Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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mardi 30 septembre 2014

Vegas sur sarthe - Mer de la tranquillité

Apollo gît

Dans mes rêves d'enfant Elle semblait si loin
que même en attachant bout à bout mes peluches
je n'aurais pu toucher ce ballon de baudruche
qui égayait mes nuits de son sourire en coin.

J'ai rangé mes peluches au rayon Souvenirs
je voulais posséder le monde et au-delà
j'ai appris tous ces mots... décoller... alunir
j'étais de la Nasa l'un des trois lauréats.

Ce vingt et un juillet nous avions un rancard
Elle ne riait plus, fâchée, inconsolable
et moi j'étais penaud, honteux, déconfit car...

dans mon accoutrement j'ai fait l'irréparable
en un pas de géant pour notre humanité
j'ai marché dans la mer de la Tranquillité

Où lire Vegas sur sarthe

Cloclo - Mer de la tranquilité

On me croit, on n’me croit pas…

On me croit, on n’me croit pas :
un jour je m’suis exilée,
au port des tranquillités
parce que j’en avais assez
des tempêtes et des marées,
des orages et des tonnerres
et des furies de la terre,
des norois, des coups de vent,
des colères de mes amants…
On me croit, on n’me croit pas :
Là-haut ça a fait des vagues,
c’était pas non plus très calme,
c’était plein de Japonais,
d’ Ukrainiens et de Français,
de touristes en transit
et de zoulous qui hésit-
taient ici à s’installer
parce qu’il n’y a pas de café !
On me croit, on n’me croit pas :
j’ai pris mes cliques et mes claques,
j’ai voulu prendre une barque
mais il n’y avait pas d’eau,
j’suis montée dans un vaisseau
qui retournait sur la terre
et c’est sans autre manière
que je suis rentrée chez moi.

(On me croit, on n’me croit pas un jour ça arrivera !)

Où lire Cloclo

Claudie - Mer de la tranquilité

VOYAGE

- M’man on va rester longtemps ?
- Non mon chéri, l’équipage va vite réparer.
- C’est chouette ici mais je m’ennuie et puis, j’ai froid !
Elle se rapproche de lui, l’entoure de ses bras. Il fait un clair de terre incroyable. La roche de basalte sur laquelle ils sont appuyés scintille de mille feux argentés.
- On est sur la lune mais où ?
- Sur la Mer de la Tranquillité.
- C’est pas une mer normale, il n’y a pas d’eau mais elle a un joli nom.
- Oui, ici, il y a beaucoup de mers qui ont des noms à faire rêver.
- Lesquels par exemple ?
- La Mer de la Connaissance.
- Ha çà, c’est une mer pour toi !
- La Mer du Nectar, celle des Nuées, celle des Ecumes. Il y en a une que j’aime particulièrement, parce qu’elle me rappelle mon petit garçon, la Mer de l’Ingénuité.
- Tu exagères, je ne suis plus un enfant.
- Je sais, tu es devenu un fort et courageux garçon.
Elle regarde l’équipage qui s’affaire autour de l’orbiteur. Les hommes ont l’air perplexe. Les propulseurs d’appoint sont inutilisables et la communication avec la Terre est définitivement rompue. L’ingénieur, ce matin a parlé de fissures gravissimes de la carrosserie du véhicule spatial. Mais pourquoi s’est-elle embarqué dans ce vol habité, avec son fils de surcroît. Elle aime tant lui faire plaisir. Le gosse souffre de leur divorce, elle n’en a pas la garde et espérait se rapprocher de lui au cours de ce voyage.
Elle vérifie leurs tuyaux d’arrivée d’air. Ils ont une autonomie de combien, quelques heures, un jour peut-être ?
Le petit tremble de froid maintenant. Elle enlève sa gabardine pour lui couvrir les jambes. Il proteste puis se laisse aller contre sa poitrine.
- C’est cela, il faut dormir mon ange, rejoindre les bras enveloppants de la Mer de la Tranquillité.

Porte Plume - Mer de la tranquilité

Ambivalence d’un astre

Étrange nom que cette « mer de la tranquillité » sur un astre funeste et sinistre ! La lune a souvent été habillée d’un caractère inquiétant. N’est-elle pas liée avec la nuit, le sommeil et les tourments qui les accompagnent ? Au crépuscule ou bien lors de réveils nocturnes, nous retrouvons sa mystérieuse, mais aussi amicale et étrange présence.
Il faut croire qu’elle nous ressemble, et que cette lune doit bien refléter notre ambivalence : calme et étrangeté. Tout comme nous, cet astre semble fait d’ambiguïté.
« La mer de la tranquillité » côtoie celle « des crises », celle « des humeurs », ou encore « l’océan des tempêtes », mais aussi « la mer de la sérénité ». Que ces noms sont étranges et fascinants ! Les astronomes doivent être, à certaines heures, poètes et fins amateurs de l’âme humaine pour choisir de telles dénominations.
On comprend que la contemplation de la lune nous plonge dans un sentiment de fraternité déroutante. Ce miroir de nous-mêmes nous renvoie à l’énigme profonde des choses humaines.

Mafaxel - Mer de la tranquilité

« …..Ils ont réalisé leur rêve.Ils avaient une fortune suffisante pour s'offrir le voyage.Cinquante personnes sont parties ce matin de Pékin pour un voyage de deux ans en direction de la lune afin de se poser sur la mer de la Tranquillité.
Le temps aujourd'hui, médiocre avec.... »

- Non, mais, ils sont fadas, donner tout ce fric pour aller dans un endroit où il n'y a rien ;
- Même pas un bistrot. Un p'tit blanc, Stan, c'est possible, ici, au moins.
- Vous comprenez rien les gars. Ces mecs-là, c'est les nouveaux conquérants, les nouveaux Christophe Colomb, Magellan, Vasco de Gama ;
- Justement à propos de gamma, j'ai
- Oh ! La ferme....
- Donc, ils vont arriver, arracher le drapeau américain planté par Armstrong et mettre le drapeau chinois.
- Puis, ils diront, la lune nous appartient.
- Pas si simple : y'a pas que des chinois à faire le voyage, y'a des russes, des américains, des européens, des africains, des indiens, des japonais, j'en oublie,c'est sûr.
- T'en sais des choses, toi dis-donc. Et là-bas qu'est-ce qu'ils vont faire, du tourisme, visiter les cratères ?
- Tu parles : ils vont préparer un autre voyage où ils enverront tous ceux qui voudront y aller. Comme pour l'Amérique.Tous les aventuriers, les damnés de la terre, ceux qui n'ont plus rien à perdre, ni à gagner sur la terre, si on leur paie le voyage sans retour, il y aura du monde, tu peux me croire. On leur promettra la lune....
- Ben moi, j'préfère crever ici à m'chercher du boulot.
- Ça donne quoi, au fait.
- Oh c'est la mer de la tranquillité !  

Bombadilom - Mer de la tranquilité

Une mer presque tranquille

Pour des raisons évidentes de compréhension nous présentons ici une traduction sortie des archives secrètes d’un gouvernement dont nous taisons le nom.

« Maman ! Maman ! C’est trop bien ici ! Regarde les bonds que je peux faire !
- Fais attention quand même, ce n’est pas très sur. Même si il n’y a personne ça peut quand même être dangereux.
- Mais m’man …
- Allez ! viens par là. Il y a une grande étendue où tu pourras jouer sans rien craindre.
- Ouaiiiis … Et papa ? il arrive bientôt ?
- Il ne devrait pas tarder. Il finit une extraction du coté de - pas d’équivalence connue à ce jour – et il nous rejoint. Alors t’en penses quoi de cette sortie ?
- T’es trop forte maman, t’es la meilleure !
…..
- Maman ? Mamannn !!!! C’est quoi ? Maman !
- Je ne sais pas mon chéri. Reste à coté de moi.
- Maman ….
- Chut mon petit. Je suis sur qu’il n’y a rien à craindre. Tiens je vais tenter quelque chose ? Bonjour que … »

FIN DU DOCUMENT

C’est ici que se termine cette retranscription. Monsieur le Président, Messieurs, Mesdames les sénatrices nous ne devons pas nous étonner après avoir lu ceci si un jour, une race jusqu’ici inconnue vient nous détruire étant donné ce qui est arrivé ce 16 Juillet dans la mer de la tranquillité.

lundi 29 septembre 2014

Tiniak - Mer de la tranquilité

PIERRE AUSTÈRE

PREMIER QUART

Je ne pousserai plus, au soir, la chansonnette
où persiste pourtant une chère langueur
Je préfère être assis sur ce croissant, rêveur
à pêcher des nuées le silence têtu

À mon dernier portail, tirée la chevillette
j'ai piqué l'Au-Revoir à mes semblables sueurs
sur un papier mâché où ont séché des fleurs
car ce qui m'habitait ne me reconnaît plus

Puisque l'absence d'air ici est un régal
et chaque lunaison, une occasion en or
de changer au Zodiaque un trajet de Centaure
qu'irais-je m'empêtrer les pieds dans le tapi ?

J'ai quatre fois vingt ans sur mon disque d'opale
chaque mois n'est qu'un jour, chaque jour un trésor
Quand tu lèves le nez, tu n'y vois que ta mort
moi qui le suis déjà, en ai fait mon logis

DEUXIÈME QUART

Lune
sans L'Une
affranchis mes sades infortunes

Taire
cent terres
conforte mes amours opportunes

Et je crèche là-haut
avec un sang nouveau
à pêcher tous les mots qui me viennent

Jamais plus je ne crains
le jour ni le matin
ni ma main au regret de la tienne

TROISIÈME QUART

Ellipse ! Ellipse ! Ellipse...
épargne-moi bientôt une prochaine éclipse

DERNIER QUART

Jeux sombres

Où pécher plus profond...

Fairywen - Mer de la Tranquillité

Lune de Sang.

“La Mer de la Tranquillité” … Ce que je peux rire, à chaque fois que j’y pense… Vous autres humains, si imbus de vous-mêmes et de votre soi-disant “savoir”, vous ne pouviez choisir nom plus inapproprié pour ce cratère devant lequel vous vous êtes extasiés en le découvrant… Au départ, vous avez même soutenu mordicus que c’était une véritable mer.

Si vous saviez…

Mais non, vous ne voulez pas savoir… Vous traitez avec mépris ceux qui pensent que moi, la Lune, j’ai une influence sur vos vies, affirmant haut et fort que c’est impossible, que je ne suis qu’un astre mort.
Pourtant, c’est bien moi et moi seule qui contrôle vos marées…

Et lorsque je deviens rousse, vous prétendez que ce n’est qu’un jeu de lumières, qu’il n’y a pas de quoi avoir peur… Vos ancêtres que vous regardez avec commisération parce qu’ils vivaient dans des grottes et tremblaient devant les ténèbres étaient bien plus intelligents que vous. Ils savaient, eux. Ils savaient ce que signifiait la Lune Rousse, ils savaient qu’il fallait la craindre et ne pas sortir cette nuit-là. Oh oui, ils savaient…

Mais vous, vous… Enfermés dans vos tours de verre et de béton, vous ne connaissez plus rien à la nature, vous ne savez pas ce qui rôde la nuit, et malgré tous vos instruments sophistiqués, vous n’avez jamais découvert ce qui se passe dans la Mer de Tranquillité lorsque vient la Lune Rousse… Cette nuit-là les créatures de la nuit sortent de mes entrailles, et se glissent vers votre monde. Comment ? Mais je suis la Lune, ne l’oubliez pas, je suis la Lune et en tant que telle, la nuit m’appartient et je peux tout…

Alors méfiez-vous, humains arrogants, méfiez-vous de la Lune Rousse, car qui sait ce que je pourrais libérer dans les ténèbres… ? Ce qui pourrait ramper, s’insinuer, vous guetter, vous traquer dans le noir… Mes créatures ne laissent pas de traces, un instant vous êtes là, l’instant d’après vous n’y êtes plus, et votre sang abreuve ma surface froide…

Pensez-y, la prochaine fois que vous verrez briller la Lune de Sang, et que vous entendrez un bruit de pas derrière vous dans le noir…

Où voir briller la Lune de Sang et où trouver mon blog d'auteur

Chri - Mer de la Tranquillité

Mer de quoi ?

Tucson ! Tucson ! On a un gros blême !
On vient de passer pour la troisième fois au-dessus de notre point d’alunissage prévu dans la zone sud FB3B et nous n’avons pas vu ce que nous devions voir !

On nous avait promis un endroit plat, tranquille, sans vents de sable, une région paisible, sans aucun danger apparent, quasiment déserte, en tous les cas non-habitée et croyez nous sur parole, ce que nous venons d’entre voir ne ressemble pas vraiment à ça ! Des villages, oui, je dis bien des villages, paraissent à feux et à sangs, des hordes de ce qu’il pourrait être des colonnes armées vêtues de noir entassées dans des convois de picks up géants les parcourent en tous sens, ce qu’on pense être des puits de forage brûlent en libérant des fumées noires qui montent jusqu’à la hauteur de notre orbite, partout on aperçoit les lueurs violentes de ce qui nous fait penser à des explosions d’une violence incroyable, bref ici, en dessous c’est comme une guerre, en tous les cas un sacré bordel. Et figurez vous qu’on n’a plus du tout envie de se poser, nous ! On remonte un peu en altitude et on attend vos instructions.

Mer de la Tranquillité vous aviez dit ? Mer du Bazar Sans Nom, plutôt.

Où lire Chri et Où voir ses photos

Jacou - Mer de la Tranquillité

C’est encore loin, la Mer…de la tranquillité?

Voilà des heures déjà que j’ai aluni, camouflé mon parachute ; j’ai dû pour cela creuser dans le basalte ; coriace, le magma volcanique. En plus, je ne voulais pas faire de bruit. Je m’y suis reprise à plusieurs fois avec mon piolet à pointe en céramique ; devant l’insuccès de mes efforts, j’ai décidé de taper un grand coup. Tant pis ! Je prenais le risque de réveiller les luniens. Faut croire qu’ils ont le sommeil profond. Personne ne s’est manifesté.

Mon barda bien caché, j’ai continué ma route ; ce fut une pénible ascension ; une chaleur moite ; mes vêtements collaient à ma peau. Un temps, je songeais à continuer nue l’exploration. Ne connaissant pas les lois satellitaires, je me suis abstenue de me déshabiller.

Je fis bien ; quelques minutes plus tard, le vent se mit à souffler, des débris basaltiques volaient en tous sens. Je me protégeais la tête ; mais les projectiles semblaient dirigés, de sorte qu’ils évitent mon corps. Quand la tempête fut calmée, je repris mon chemin. Des cailloux roulaient maintenant sous mes pieds, risquant, à chaque pas, de me déstabiliser. A quatre pattes, j’atteignis enfin une crête. Je me redressai, contemplai un immense cratère sombre. Il faisait encore nuit sur la lune. Mes jambes ployèrent et mon corps dégringola en roule barrique jusqu’au fond. Là, plus rien. Noir complet.

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Blick - Mer de la Tranquillité

Clair de terre

Pour me punir d’une distraction coupable,
on m’a exilé sur la lune.
J’arrose mes monnaies-du-pape,
je pêche des môles dans les cratères,
je vais en vacances à la mer.
Mais sans eau, tous ces plaisirs ne sont rien,
je ne trouve ni Sérénité ni Tranquillité,
et je m’ennuie.

Alors les nuits de pleine terre
je grimpe sur le mont Huygens,
aux glaciers de neige carbonique.
A mes pieds, ma chienne Laïka hurle,
invisibles des rapaces ululent.
Je regarde les océans et les forêts qui moutonnent,
les lumières des villes et des aéroports,
j’aperçois la muraille de Chine,
une nostalgie terrible m’étreint,
et je pleure.

Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2014

Une goutte mène nécessairement à la mer, n'est-ce pas? Et si c'était à la Mer de la tranquillité, sur la lune rien de moins? Science-fiction, dystopie, conte traditionnel; peu importe le moyen adopté, racontez-nous une histoire qui se passe dans ce lieu qui fait rêver les Terriens depuis des lunes...
Vous avez jusqu'au dimanche 5 octobre minuit heure de Paris à l'adresse habituelle pour nous convaincre (ou pas) de vous y retrouver.

dimanche 28 septembre 2014

Tiniak - Voyage d'une goutte

SUÉE

Une goutte
ajoute
à mon embarras

Une croûte
de doute
et je n'en sors pas

Carapace
menace
de durcir encore

Dégueulasse
lavasse
un rire au-dehors

Oublieux
des feux
plaident l'occident

Désastreux
leur jeu
revient à l'orient

À ce front
marron
qui me sert de casque

Perle en rond
sans nom
une goutte flasque

Et je sue
morue
de ta trahison

L'impromptue
vertu
d'un simple pardon

Où choper une suée...

samedi 27 septembre 2014

AOC - Voyage d'une goutte

A la lumière
D’un beau cristal d’urate
L’orteil s’illumine
Prédestiné par son nom
Henri Paille a la goutte

Clise - Voyage d'une goutte

Embarquée contre son gré
Dans les méandres
D’une feuille rougissante
Une goutte de rosée débaroule
Avec une extrême dignité
Au centre d’une flaque
Provoquant une onde automnale
Qui tourne, tourne, tourne.

Où lire Clise

jeudi 25 septembre 2014

Jak - Voyage d'une goutte

La goutte inattendue

A pic, venue du ciel sur ma tête tu rebondis
Et mon crane résonne de ton doux clapotis
Sur mon nez tu t’acharnes semblable à une larme
Et suis impudemment mes rides sans vacarme

Sur ma bouche fiévreuse, juste à la commissure
Tu t’infiltres, m’abreuves apaisant ma gerçure
Dans mon cou tu te fraies comme une voie royale
Pour baigner mon doux sein en son fond abyssal

Puis glissant lentement, en avant tu pénètres
M’inondant jusqu’aux reins que tu surprends en traitre
Finalement épuisée tu te disperses alors
Jusqu’en des lieux divins appelés bouton d’or.
……

Malheureuse, sur mes godillots tu atterris.
On ne m’y prendra plus d’errer sans parapluie.

Lorraine - Voyage d'une goutte

La goutte de rosée, fraîche et inattendue
A effleuré le front de la fée Mélusine
Qui voletait seulette et quelque peu perdue
Par-dessus le lieu-dit « Forêt des Capucines »

Un souffle de printemps l’enveloppa soudain
« Je rêve » se dit-elle, « nous sommes en automne »
Mais la goutte éperdue et qui parlait latin
Lui dit « Carpe diem ! Et voici ta couronne

La goutte de rosée la coiffa de muguet
De lilas et d’azur et de lumière d’or
Les pieds menus chaussés d’ambre et de serpolet
Menèrent à l’étang la fée du Bois d’Armor

La goutte de rosée remit à Mélusine
Sa baguette égarée et puis, très doucement
Irradiée par le ciel, sereine et opaline
Redevint ce peu d’eau qu’aspire le néant

Où lire Lorraine

L'Arpenteur d'étoiles - Voyage d'une goutte

Nous glissions dans un labyrinthe tortueux et complexe, ahurissant dédale aux parois changeantes. Grondements, coups réguliers, bruits sourds remplissaient notre univers sonore. Nous étions tantôt aspirées tantôt propulsées avec une puissance inouïe. Nous étions innombrables dans cet infini voyage et n’avions que bien peu de chance de sortir de cette démesure.

Pourtant je viens d’en être expulsée. Seule. Brutalement. Par une minuscule ouverture juste suffisante pour moi. A présent je me sens transportée avec soin. Je comprends que je vais être mélangée à des liquides qui vont me transformer, me dissoudre à jamais. Des voix résonnent au-dessus de moi. J’aurai au moins entendu la voix des humains avant de croiser la mort.

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mercredi 24 septembre 2014

Jul - Voyage d'une goutte

Une goutte, je n’ai senti rien qu’une goutte.

Tous les jours nous la voyions passer. Même les passants se retournaient pour la regarder, même les garçons de café, même les automobilistes, même les petits garçons qui donnaient encore la main, et nous autres, ouvriers sur nos échafaudages que les longues journées nous permettaient d’observer les gens …

Sa beauté nous enflammait tous sans exception. Nous nous sentions des dieux, nous nous enhardissions à l’appeler lorsqu’elle passait. Nous rêvions de la serrer dans nos bras, de l’embrasser dans le cou, de caresser sa peau, de sentir le parfum de ses cheveux et de se perdre dans ses yeux. Elle était notre distraction, notre attraction, notre grand-huit, notre cœur chavirant à chaque coup de talon aiguille sur le pavé. Parfois le vent assez téméraire pour soulever sa robe et souligner la beauté de ses courbes nous arrachait des cris de transe et des sifflements de plaisir. Nous éructions de bonheur.

Tous les jours cette scène se répétait et jamais nous ne nous lassions. Jamais elle ne nous prêta attention. Jamais elle ne détourna son regard.

Ce jour-là, elle était plus belle que jamais. Le soleil de la fin d’automne rivalisait encore un peu avec elle avant de s’effacer avec les courtes journées d’hiver. Elle traversa la route déterminée. Voulait-elle nous éviter ? Nous avons crié plus fort que jamais, nous l’avons supplié de ne pas traverser, nous lui avons hurlé de s’arrêter. Mais elle ne s’arrêta pas. La voiture non plus.

Si nous avions pu connaître son nom pour l’interpeller, si nous avions pu la prendre dans nos bras pour la protéger, si nous avions pu …

J’ai fermé les yeux. J’ai écouté le bruit, j’ai attendu le silence, j’ai senti une goutte. J’ai ouvert les yeux pour recueillir cette larme. J’ai contemplé une dernière fois sa beauté dans cette larme pourpre …

Adel - Voyage d'une goutte

Petite goutte au bout de la cuiller de bois, si petite, et si grand le monde en toi !
Le beau nom de cet arbre, un rond d'abord, comme un soleil, comme une lune pleine, de l'eau qui coule, puis un souffle de vent, de vie...
La mémoire des Antiques qui ont planté,et de ceux-là, qui venus des déserts, ont irrigué
Les doigts mordus de froid quand il faut récolter
La tortilla de la Pili, le pain sous le jambon, et les noires années, quand il n'y eut que ça, «pan i oli» pour résister
Ces vieillards de mille ans arrachés à leur terre, dont les corps torturés s'en vont orner des jardins imbéciles
Ceux qui là-bas gardent un peu -et tant!- d'Elle, et ceux plus loin encore, ces milliers, entre lesquels est un refuge, un rêve devenu vrai
La Mer enfin, Mare (Madre), tout ce qu'en moi j'ai d'elle, d'Elles, ma Méditerranéité
Petite goutte au bout de ma langue...

mardi 23 septembre 2014

Porte-Plume - Voyage d'une goutte

Du bonheur d’être un individu.

Nous sommes là-haut dans un état vaporeux, encore inexistantes, éthérées mais pressées d’en sortir. Au milieu des nimbes, notre texture relève de l’impalpable, de l’aérien, du léger, du presque rien.
Et curieusement, à un moment donné … Allez savoir pourquoi, peut-être deux nuages se sont-ils agrégés ? Nous ressentons une densité terrible, une pesanteur incroyable. Et c’est la débandade ! Chacune d’entre nous se libère et nous fonçons, tête la première. Nous devenons chacune « une » goutte d’eau isolée. Et c’est une jouissance indéfinissable. Cela dure peu de temps. Mais quel schuss ! Nous glissons dans l’atmosphère avec une verticalité parfaite. L’air dont nous étions partie prenante, nous le transperçons avec force et puissance, chacune à notre manière.
Et puis vient la chute. Une acmé variée à chaque fois. Certaines s’écrasent sur ce que les humains ont construit pour se protéger de nous, tuile, zinc, ardoise, chaume. Quelques-unes rebondissent avec douceur sur des pétales, des feuilles rousses, vertes ou brunes. D’autres font un flop dans notre élément liquide originel et se voient englouties dans une flaque.
Mais finalement, un peu plus tard, au gré de l’inclinaison, on se retrouve toutes, coude à coude, embrigadées dans une masse en mouvement, dans un filet d’eau qui ruisselle puis un cours d’eau, ensuite une rivière, un fleuve, enfin la mer et l’océan…
Alors, il nous faudra attendre que le soleil équatorial veuille bien nous réchauffer, qu’il nous conduise à nouveau là-haut et que nous connaissions derechef le bonheur très court d’être un individu : une goutte d’eau isolée des autres.

Litter'auteurs -Voyage d'une goutte

Essenti’Elle

Elle sort, encore ensommeillée, du métro Barbès-Rochechouart. Il est tôt et frisquet, mais elle est décidée : il est essentiel qu’elle fasse ce pèlerinage.
Traversée du Boulevard de la Chapelle ; la circulation est déjà dense et les klaxons retentissent. À sa gauche, la rue des Islettes dans laquelle elle s’engouffre. C’est la première étape de son circuit. « Je me prends pour le Christ sur son chemin de croix, pense-t-elle, émue. Mais pour moi il n’y aura pas autant de stations ». Oui, c’est en quelque sorte un chemin de croix qu’elle entreprend. Un retour à petits pas sur son passé. Ce passé qu’elle recherche depuis si longtemps et qui, de générations en générations, a été tu, dissimulé, supprimé. C’est à la hauteur du n°12 qu’elle s’arrête.
C’est sinistre ; elle frissonne. Une porte de garage en bas d’un immeuble en béton. Et là, dans l’angle, le gourbi d’un sans-abri. Un pauvre sourire s’esquisse sur ses lèvres. Ce n’est pas comme cela qu’elle imaginait le domicile de sa quadrisaïeule ! Certes, en 1830, il n’y avait ni métro, ni parking. Mais déjà la misère et la pauvreté régnaient dans ce quartier ; elles ont traversé le temps et survivent encore. Pas de trace, non plus, du lavoir dont elle a récemment découvert l’existence du temps de son ancêtre. Mais une place. Bétonnée, elle aussi. Déserte.
Ce quartier ne lui dit rien qui vaille, on y sent le dénuement, l’impécuniosité.
Elle sort de son sac le plan qu’elle a retrouvé au fond d’une armoire, dans la datcha de ses grands-parents. Il est daté de 1850. Il ressemble à un vieux parchemin. On pourrait la croire occupée à une chasse au trésor !
Elle tente de se repérer, de faire le lien entre le passé et maintenant. C’est pour cela qu’elle est venue ici. Établir un pont entre sa lointaine Russie et ce quartier de Paris Le pont de son histoire. Elle se sent perdue, minuscule goutte dans une heuristique complexe et secrète. Clandestine. Inavouée. Obscure.
Elle s’égare, s’affole, dans ces rues enchevêtrées. Elle avance, revient, repart… cherche la plaque sur le mur qui lui dira qu’elle est arrivée chez elle, enfin. Elle ne veut pas demander son chemin, persuadée que son sang parlera, que l’objectif sera atteint. La mission qu’elle a promis à son fils d’accomplir quelques jours avant qu’il ne meure.
Soudain. « Rue de La Goutte D’or ». C’est là. C’est là qu’Anna Coupeau, en 1852, est née. Anna, dite Nana, son arrière-arrière-grand-mère née de l’union de Gervaise Macquart et de Coupeau. Nana, qui lors de son séjour en Russie, en 1869, avait donné naissance à une fille où elle l’avait abandonnée, l’année suivante, pour retrouver, à Paris, son fils Louiset et le suivre dans la tombe atteinte de la variole qu’il lui avait transmise.
Elle a retrouvé son origine.

Où lire Litter'auteurs

Lunembul - Voyage d'une goutte

J'aurais voulu ne pas voyager, rester ici pour toujours. Je faisais partie d'un tourbillon, oh un petit tourbillon ! et je m'arrangeais pour ne pas en être arrachée.
Ca a duré quelques jours, puis une branche d'arbre a perturbé mon parcours circulaire et j'ai repris la descente du torrent, vite ! vite ! vite !
Pensez si j'avais peur. Je ne savais pas où j'allais. Je n'étais pas seule bien sur, mais les autres m'étaient.. comment dire ? elles ne me parlaient pas.

Puis la violence du courant s'est calmée, tant qu'à un moment : plus rien. Que le soleil. Alors je me suis évaporée, je me suis scindée en molécules ignorantes de leur sort. Ce témoignage est ce qui reste de moi, de ma courte vie.

Je n'étais qu'une goutte parmi d'autres gouttes, mais s'il vous plait, ne m'oubliez pas.

Claudie - Voyage d'une goutte

PETITE BOULE DE RAGE

Un jour d’orage, elle glissait sur la peau. La petite boule transparente et fragile, irisée de la couleur du ciel se frayait un parcours au-delà des crêts et des vals d’un visage. D’abord timide, à la naissance des cils, elle s’enhardissait au long de sa course et se chargeait du sel d’une saine colère.

Il la contemplait sur la photo en noir et blanc, le sourire béat et l’air satisfait. Peu lui importait ses pleurs. Il avait décidé de la quitter sans un mot, sans un regard en arrière. La chute s’annonçait vertigineuse. La goutte s’accrochait au fin duvet du visage, hésitait, seule et nue. Pas d’âme sœur pour la rejoindre sur le chemin de sa solitude. Elle était unique, jolie mais dangereuse.

La photo se rétracta sous l’impact. Le sourire du cruel se transforma en rictus, le visage dévoila sa fatuité et son hypocrisie.
Petite goutte se régénéra aux cristaux de l’argentique. Elle devint facétieuse, burina le visage puis forte de son nouveau pouvoir, creusa de vilains trous, de longues boursouflures. Elle garda intact le festonné de la photo car elle en aimait le blanc sinueux qui lui rappelait l’écume des vagues mais la colère du désamour l’emporta.
Le vent dans les saules conte la légende d’une belle qui avait donné une seule larme pour un amour défunt. Une goutte d’orage qui avait creusé le lit de la rivière où viennent se déverser toutes les larmes des esseulées de la terre.

Vegas sur sarthe - Voyage d'une goutte

Sorcellerie

Te souviens-tu d'un soir quand à Marie-Galante
nos râles répondaient au chant des batraciens
une perle sortie de tes tresses mouvantes
est venue ruisseler dans le creux de tes reins.

J'ai voulu la cueillir, briser sa course folle
avant qu'elle ne fuie vers ton secret sillon
mais quelque dieu vaudou, quelque sorcier créole
de mes folles pensées joua les trublions.

De la goutte nacrée n'est resté que le sel
sur le grain de ta peau qui frissonnait encore
je perdais le joyau qui manquait au décor.

Le ti-punch a bon dos et ton rire railleur
faisait monter l'envie... d'aller dormir ailleurs
mais ma trouble métiss' Dieu que tu étais belle.

Où goûter Vegas sur sarthe

lundi 22 septembre 2014

Gaëti - Voyage d'une goutte

La cryminelle

Je voyais enfin le jour, c'était un moment incroyable. Je ne savais pas vraiment pourquoi j'étais née. Ma mère me portait, elle riait ou elle pleurait je ne pouvais pas le dire. De toute façon, pour moi le résultat était le même. Je me suis glissée un peu comme j'ai pu le long du grain de sa peau. Une vallée s'offrait devant moi. J'ai commencé soudainement à sentir que je perdais le contrôle de mon itinéraire. Maman faisait de grands gestes et très vite elle s'est débarrassée de mes soeurs. Moi je suis passé entre les grandes envolées de mains. Je devais probablement être une privilégiée. La preuve, je suis longtemps restée dans les creux de ses lèvres. Elle m'effleurait, moi je la faisais trembler quand je dessinais de mon parcours la courbe de sa bouche. Mais bientôt, je dus continuer mon chemin et je me suis retrouvée, plus grande au gré de mes péripéties mais au bord du précipice. J'ai bien demandé à ce qu'elle me rattrape mais elle continuait ses mouvements de mains envers mes soeurs. Je me suis tout à coup sentie oubliée, pas au même niveau que les autres, malheureuse car non chassée. Je me suis laissée tomber alors lentement, j'ai fait une chute interminable dans le vide. Comme si le temps était suspendu, je flottais dans l'air comme sentant une mort prochaine. Mais il n'était pas suspendu, je me suis écrasée au sol où certaines de mes soeurs se trouvaient déjà. Si je n'avais pas été une larme, j'en aurais moi-même pleuré.

Où lire Gaëti

Chri - Voyage d'une goutte

Une goutte.

Au tout début, une petite boule se forme. Comme un noyau d’avocat. Un truc dur, qu’on sent à l’intérieur de soi. Qui grossit. Dedans. Qui monte. Du bas. Et qui s’étend, étreint, oppresse et envahit. Qui prend toute la place dévaste et dérange ce qui était là avant, paisible au calme. D’emblée, quand la boule nait, l’humeur change. Vous pouviez être en train de lire, de recoller une porcelaine, d’éplucher des carottes, de jouer, de sourire, de peindre une aquarelle, d’éclater de rire, tout bascule d’un coup, d’un seul. En une demi-seconde, c’en est fini, vous êtes pris, attrapé, dans les phares, serré au col, étouffant, submergé. Vous manquez d’air, vos poumons en cherchent, il n’y en a plus dans la pièce où vous êtes, vous en essayez une autre. Vous êtes mal. Vous avez mal à la poitrine et ça ne fait que commencer. Ça c’est le début, il y a un après.

Il suffit de trois notes. D’elles naissent trois sanglots contenus. Elles vous font cet effet là à chaque fois où que vous soyez, quoique vous fassiez. Alors vous regardez autour de vous pour voir si on vous a remarqué, si on peut vous voir ou bien si vous allez être tranquille et si vous allez pouvoir vous abandonner.

On ne peut vous voir. Vous êtes dans le noir, dans un angle mort, dans un endroit surpeuplé, bref vous êtes seul. Vous pouvez y aller.

Elle vient d’abord et toujours de l’œil droit. De son coin. Elle y prospère avant de s’écouler. Elle est salée au delà du raisonnable. Et elle glisse le long de la narine. C’est toujours pareil, toujours le même effet à chaque fois qu’il attaque : Les matins se suivent et se ressemblent… Ça te fait la même chose. S’emparent de toi, une tristesse infinie mêlée à une petite honte aussi… Depuis le temps… Il poursuit : Quand l’amour fait place au quotidien… Une goutte s’écoule, c’est fait, c’est mort, c’est ridicule, mon pauvre vieux, cherche un mouchoir, un bout de tissu, quelque chose pour essuyer ça, cette chanson, à chaque fois elle me fait le coup, je pleure.

Où lire Chri
Où voir ses photos

Daniel Hô - Voyage d'une goutte

S’arrachent encore à la nuit les derniers lambeaux de crêpe noir quand scintille aux premières lueurs du jour le cristal d’une goutte de rosée. Elle s’écoule doucement avec grâce le long de la nervure d’une feuille de noisetier pour y terminer suspendue à son extrémité.

Exposée au regard du monde elle offre le galbe parfait d’une perle oblongue et translucide, magnifique piège d’éclats de couleurs et de lumières du matin naissant. Un témoin silencieux retient son souffle comme pour conjurer la fatalité d’une chute annoncée. Un petit vent effronté passe, à peine signalé par le doux frémissement de la canopée. La sursitaire en est secouée et manque de peu de se verser mais, par chance, tient bon à sa feuille.

Rassuré, l’homme en soupire de soulagement. Sa contemplation égoïste reprend quand soudain arrive traîtresse, par le même chemin emprunté, une autre perle de rosée qui sans gêne aucune bouscule son aînée pour lui prendre sa place. La fraîcheur de sa beauté plus que parfaite fait vite oublier l’ancienne et c’est pour elle qu’à présent bat le cœur de l’ingrat.

Manoudanslaforet - Voyage d'une goutte

Elle se laisse glisser
le long de la vitre,
sur le goulot de la bouteille
entre ses seins
pour finir son voyage écrasée sur le sol
marquant la fin de l'orage....

Fairywen - Voyage d'une goutte

Seul.

Une nouvelle goutte tombe sur le sol de pierre. Une goutte rouge et brillante, une goutte de vie qui s’en va. Il crispe une main sur son flanc dans un dernier effort pour arrêter les gouttes suivantes, mais il n’a plus de forces. La blessure est grave, trop grave, et il est seul. S’il avait eu un coéquipier comme les autres flics, il aurait pu s’en sortir, mais il est le Chasseur, et le Chasseur chasse seul. Et surtout, le Chasseur n’a aucune envie que l’on apprenne qu’avant d’être sa proie, l’Ombre est son amante, alors il part seul. Toujours.
Mais aujourd’hui la solitude qui l’a toujours protégée est devenue son ennemi. A chaque battement de son cœur, les gouttes sanglantes jaillissent et tachent de rouge sa chemise déchirée. Il ne regrette rien, pourtant. Pas une seule de ses rencontres avec elle, pas une seule de leurs nuits d’amour volées à leur impossible histoire, pas un seul des baisers échangés au milieu de leurs combats acharnés. Il sourit malgré la douleur. Puisqu’il doit mourir ici ce soir, autant que ce soit avec son image devant les yeux, celle d’une femme à l’ensorcelante beauté, celle d’une panthère à la couleur de la nuit, celle de l’Ombre qui a capturé son cœur endurci.
Il ouvre péniblement les yeux. Sa vision est trouble, et le délire s’installe, annonçant ses derniers instants de vie. Car sinon, comment expliquer qu’il la voit auprès de lui, félin souple et silencieux qui se glisse dans cette grotte où il a trouvé refuge ?
Une langue râpeuse lèche soudain son flanc blessé, arrêtant peu à peu le saignement. Il a un faible sursaut, tente de se redresser, mais une grosse patte à la douceur de velours se pose sur son épaule, le clouant au sol, et la caresse guérisseuse continue. Epuisé, il sombre dans l’inconscience, pas tout à fait sûr de ne pas être en train de rêver, mais de toute façon hors d’état de lutter.

Le fauve aux yeux brillants s’allonge auprès de lui, gardien silencieux et farouche. Les gouttes rouges ne coulent plus sur le sol de pierre…

Où voir le rêve du Chasseur, où retrouver les autres récits de l'Ombre et du Chasseur et où voir mon blog d'auteur.

Tisseuse - Voyage d'une goutte

Juste une larme
Rien qu’une larme
De celles qui prennent leur temps
Pour imprimer leur trace
Et creuser toujours la même place
Tout doucement

Juste un filet salé
Pour ramener
Les aléas intérieurs
Dans la primitive marée
Le long de la jetée
Des mouvements du cœur

Juste une rivière
De larmes boueuses
Laissant aller l’amer
Le long des joues creuses
Dans le lit mouvant
Des pleureuses d’antan

Semaine du 22 septembre au 28 septembre 2014

Le voyage d'une goutte.

Qu'elle soit d'eau, de vin, de rosée, de miel..., une goutte tombe et vous éloigne de la photo que vous contemplez depuis une semaine. Racontez-nous qui elle est, d'où elle vient et où elle va.

Votre texte devra nous parvenir, en vers ou en prose, à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com avant dimanche 28 septembre minuit.

dimanche 21 septembre 2014

Gino Gordon - Inspiration photographique

Une seule nuance de noir

Quand la porte de la remise a violemment claqué, Laura se dit qu'elle allait devoir attendre le retour de Luis pour qu'on la sorte de là. Il était parti chercher des cigarettes. On était dimanche soir et comme l'unique débit de tabac ouvert était au bout de la ville, Luis ne serait pas de retour avant trente bonnes minutes.
La remise de Pépé, c'était son jardin secret jusqu'à sa mort, il y a dix ans. Mémé n'avait pas le droit d'y mettre les pieds et de temps en temps quand Pépé était bien luné, on avait le droit de l'accompagner quand il allait chercher un outil de jardin ou une bouteille de vin. C'était une cabane en dur construite au fond du jardin à l'orée du bois, faite de parpaings grossièrement assemblés et recouverte de tôles en fibrociment. Poussière et les toiles d'araignées s'y étaient accumulées après sa mort, et tant que Mémé veillait sur la maison et la mémoire de son défunt mari, il n'était venu l'idée à personne d'y pénétrer. Mais depuis le départ de Mémé en maison de retraite, Laura s'était aventurée quelques fois dans le sanctuaire, par pure curiosité d'abord, puis dans l'espoir d'y dénicher quelque objet rare ou particulièrement symbolique d'une époque révolue.

Dans les premières minutes, Laura s'était acharnée sur la serrure. Le penne était engagé et aucune action sur la poignée ni la serrure ne pouvait le faire bouger. Le jour baissait. Laura n'avait ni montre ni téléphone avec elle, de sorte qu'il lui était impossible de mesurer le temps qui passait. Elle fit jouer l'interrupteur et l'ampoule émit un éclair bref et un petit claquement. Dépitée, elle s'installa sur un vieux tabouret et fit un peu de ménage sur l'établi encombré pour y poser les coudes. Elle n'avait plus qu'à attendre.
Elle s'endormit.

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samedi 20 septembre 2014

Tiniak - Inspiration photographique

VÆ SOLI !

Dans le silence gourd, le réveil est brutal
Peut-être fait-il jour, mais la pénombre est dense
Je recompte mes doigts, mes dents, mes évidences
Ils répondent, présents dans la lumière sale :

« - Pigeon, vole !
- Croquignole !
- Tu le savais, pourtant, qu'elle était folle.. »

L'endroit s'est étréci pendant que je dormais
Ma cage !...
Venu de mon plein gré, ça ! je ne m'en plaindrai
pas davantage
(il y faudrait pourtant faire un peu le ménage...)

Des toiles d'araignées couvrent le soupirail
- tout rouillé le ventail ! et ça fait quelque temps
qu'il ne s'est plus ouvert, à l'air... aux quatre vents...
à la main familière approchant le poitrail...

Non, si je me tiens là, c'est pour toute autre chose
En oublier la cause est le but poursuivi
Eh ben, c'est du boulot que de gagner l'oubli !
quand, aux parois, subsiste encore un peu de rose...

Qui frappe à l'occiput ? Zut, et zut ! C'est Matin !
Oh, non ! j'étais si bien... Encore cinq minutes ?
« - Prisonnier volontaire, au seuil de ta cahute
l'heure a déjà levé le long pain quotidien. »
dit-il...
Et, moi qui voudrais bien tirer plus loin le fil !

...à l'anglaise ?...
Mais où ? Mais où filer, contourner la fournaise ?!

Et merde, je suis fait ! Je dois donc retourner
au monde
et m'y perdre l'entier, luttant chaque seconde
pour le même défi
que, visière baissée, me préserve la nuit

Où remettre son casque à l'endroit...

Bombadilom - Inspiration photographique

Rencontre

Après 4 ou 5 rendez-vous dans son chez elle si feutré, Olivier se sent enfin à l’aise. Pas comme avec l’autre pétasse qui voulait tout contrôler. D’ailleurs il lui a suffit de deux rencontres pour la jeter celle-la.

Alors, comme il est bien il décide de s’ouvrir à elle, de lui parler de sa vie, de ses doutes. Il sent la peur renaitre, peur qu’elle se mette à rire, qu’elle prenne peur à son tour et qu’elle le fuit mais il ne peut plus s’arrêter. Mais non ! Elle reste là, elle l’écoute, s’intéresse à ce qu’il lui dit. Puis pleine de confiance elle lui demande de descendre et il y va, bravement, la trouille fixé au ventre.

Bien sur cela a été long. Une grande partie du temps a été prise par son travail et ce qu’il restait par sa famille. Mais finalement Olivier a trouvé cette pièce dont elle lui parlait. Une malheureuse fenêtre couverte de tellement de poussière que le soleil du dehors se traine péniblement jusqu’en son centre. Tout n’est que saleté. L’abandon suinte des objets, même des toiles d’araignée. D’ailleurs l’une de ces bestioles est roulée en boule sur le sol, morte d’ennui sans doute.

Olivier se sent étouffé, il suffoque. Sa peur balaie d’un coup toute la poussière et l’en enveloppe. Il a l’impression que c’est son propre corps qui compose cette poussière qui lui encombre le nez, se glisse dans sa bouche. Alors qu’il lui semble que la mort s’approche de lui il pense à l’épitaphe que sa famille pourrait mettre sur sa pierre tombale : « mort de ne pas avoir su vivre ».

Et puis … elle vient à son secours. Il se laisse guider par sa voix, remonte lentement, renait à la lumière.

« Alors ? Avez-vous trouvé la pièce, tout au fond de vous ? Celle qui vous correspond ?
- Oui. » et il se met à pleurer.

Gab Camote - Inspiration photographique

Oublié au soleil des caves obscures.
Je monte la garde.
Négligé tout ce temps.
Je suis de longue garde, dit-on
Mais à trop me dédaigner, me délaisser, attendre.
Ils attendent quoi au juste ? Quelle occasion, raison ?
Rien de bon, pas même l'ivresse ne sortira de mon flacon.
Qu’importe l’ivresse, il leur restera toujours le flacon.

Où lire Gab Camote

vendredi 19 septembre 2014

Clise - Inspiration photographique

L‘araignée tisse sa toile
conquérante, dans les décombres
de lendemains perdus

Où lire Clise

Mapie - Inspiration photographique

- Viens vite voir …. c’est chouette, c’est dans son jus… tout y est! Un vrai trésor cette acquisition !

- C’est là ?
C’est un peu sombre non ?

Au juste, c’est quoi… La cuisine… l’atelier ?… le…le cellier ?
bouteille, ustensiles… oui, c’est bien ça, c’est le cellier !
C’est vrai que c’est dans son jus..

et…. et là, sinon, toi, tu as eu le coup de cœur… ?
Tu parles bien du coup de cœur, celui qui ne se discute pas…
A ne pas confondre avec le coup au cœur…

mmmmh… C’est personnel un coup de cœur, faut dire…

- T’en penses quoi ? Chouette non ?

- Bon, alors, très sincèrement, tu vois, comme ça, là, tout de suite, je ne me projette pas…
Je ne sais pas…
c’est peut être la poussière.. ou les toiles d’araignées… ou les deux… je… je ne me sens pas chez moi… peut être un peu plus chez elles, je parle des araignées….

Note, ne va pas t’imaginer que je sois récalcitrante à un peu de ménage… hein…
Je suis pas fermée à un coup de frais, un coup de balai, des carreaux neufs, une batterie de cuisine tout inox… tiens avec une crédence et … pourquoi pas faire tomber ce mur humide et faire une baie vitrée qu’on ouvrirai sur la petite cour ???
Elle est mignonne la petite cour !
Évidemment, ça sous entend un ragréage du sol … imaginons un béton ciré. C’est classe le béton ciré !

C’est drôle, tu vois….
En fait t’as raison, à y réfléchir je commence à m’y sentir bien moi dans cette vieille maison… je m’y projetterais presque…. c’est amusant les choses non ?
Je n’aurais jamais pensé aimer autant les vieilles pierres…

On est tellement semblables finalement tous les deux!!!!

Où lire Mapie

jeudi 18 septembre 2014

Zoz - Inspiration photographique

~ le temps s'empoussière d'un tic tac abandonné

manège usé

temps autrefois chamboulé de mains d'hommes

seul le jour lui fait vigile

temps de poussière

délaissé du geste humain

temps perpétué sur l'inutile ..

zoz ..

Manoudanslaforêt - Inspiration photographique

Inspirations...

C'était l'été, nous avions 10 ans,
l'après midi nous partions en bande à travers champs,
gourdes et paquets de gâteaux dans le sac à dos.
La maison abandonnée nous attirait comme un aimant,
nous nous approchions souvent, sans faire de bruit
pour ne pas réveiller les possibles habitants!
N'osant jamais pousser la porte.
Et un jour, l'un de nous l'a fait
« c'était à mon grand père cette maison alors j'ai bien l'droit ! »
L'air était emprunt de poussière, les toiles d'araignées envahissaient tout
quelques bribes de vie subsistaient
« ben dis donc ton grand père y s'embêtait pas.. » lâcha l'un de nous
en apercevant la bouteille sur le bord de la fenêtre.
« Ben il a attendu toute sa vie qu'elle revienne ...la grand mère ...alors il l'a remplacée ! »

Lilou - Inspiration photographique

J’avais mal au cœur… Tous ces virages je n’en pouvais plus. Ces routes étroites ne permettaient pas à deux voitures de se croiser alors, je me demandais bien comment un tracteur ou mieux une moissonneuse batteuse pouvaient passer par là ; Pourtant, il m’avait bien dit qu’il possédait une ferme moderne dans le plus bel endroit du monde. Je commençais à avoir des doutes.
Un nœud se formait ma gorge au point qu’un seul petit filet de voix sortit.
- C’est encore loin ? demandé-je avec aigreur
- Nous arrivons, mon ange, me répondit-il avec un large sourire ; encore une demi-heure. Pas loin en kilomètres mais le chemin est un peu caillouteux. Je fais attention à mon 4X4. Caillouteux ? Quel euphémisme !
Je me rencognais contre la portière comme ci cela permettait d’aller plus vite. Mon ange, mais il rêve ! D’ailleurs parlons-en du 4X4, un véhicule qui datait du début de l'automobile et les amortisseurs n'étaient qu'un vieux souvenir. Les phares projetaient des pinceaux de lumière blafarde, que le chemin était à peine visible.
J’écoutais, cahotée d’un coté et d’autre, ballotée comme une poupée de chiffon empêchant tout espoir de dormir, les belles promesses de mon compagnon. Quelle galère ! J’avais participé à cette émission stupide de télé réalité. Ma copine Chantal avait été sélectionnée et je n’avais pas voulu être en reste. Elle avait passé une semaine de rêve entre mer et soleil. Moi j’avais gagné une semaine au fin fond du bout d’une France du Moyen âge. C’était bien ma chance.
- J’ai mis une bouteille de Bordeaux à chambrer…
- Tu sais ma chérie, entendis-je encore la maison n’est pas très spacieuse mais bien agencée. Elle est inhabitée depuis une bonne dizaine d’années mais j’ai choisi en ton honneur de la rouvrir. Un coup de chiffon et de serpillère suffiront. Une baie vitrée éclaire le salon. Les murs épais en pierre conservent la fraîcheur mais tu pourras allumer le poêle à bois. Il y a un bûcher bien garni à cent mètres ; avec une brouette tu n’auras pas besoin de faire plusieurs trajets.
Cette semaine c’est la tonte des moutons et nous avons besoin de bras. Tu tombes à pic pour faire la cuisine car nous serons une bonne quinzaine d’hommes… J’ai déniché une pile de magazines très intéressants sur les rapports humains que tu pourras dévorer durant ton temps libre.

L’arrivée dans la maison tint toutes ses promesses….

Où lire Lilou

Lira - Inspiration photographique

L'atelier

Sous le voile de poussière
Que le temps pose sur la mémoire
Le souvenir se mit à vibrer
Dans les plis du silence
La voix qui s'est tue
Sur un dernier été
Frissonna sur sa peau
Elle reconnut sans peine
Le visage inchangé
Penché sur l'ouvrage
Le temps des morts
Ne creuse pas les rides
Le bruit de l'outil
Qui martèle la pierre
Résonna sur les murs
Œuvre inachevée
Sculpture éphémère
Elle but jusqu'à l'extase
Le parfum du vin doux.
Pour la première fois
Elle ouvrit la fenêtre
Au vent qui dépoussière
Le chagrin.

Littér’auteurs - Inspiration photographique

Noctu’Elle

Isabelle Noctuelle, éblouie par l’obscurité de la chambre, se sent portée vers une trouble clarté aux contours imprécis. Elle se cogne contre la vitre, meurtrit ses ailes, relance sa quête improbable vers la nitescence enténébrée ; s’abat, étourdie, sur une bordure de fenêtre pruinée d’années d’abandon. Elle s’ébroue, commotionnée. Erre, désemparée, sur le rebord de la tabatière. S’empêtre dans le canevas englué d’une toile arachnéenne. Sa flamboyance de vitraux de soleil couchant, s’agite, éperdue.
Isabelle Noctuelle est posée. Là. Scrute, à petites impulsions. Pose une patte gracile. Palpe. Masse. Pelote. Sonde. Se décide à explorer. Tourne le dos à la lumière. Heurte de ses flagelles une étrangeté : glaciale, austère, inerte. Sensilles en alerte, elle furette. Elle chasse quelques grains de poussière pour s’approcher au plus près de la matière de cette saugrenuité. C’est glissant, c’est glaçant. C’est sombre. Et pourtant elle distingue un reflet. Elle parvient malaisément déployer à nouveau sa voilure chamarrée. Ne se tourne surtout pas vers la lumière qui l’attirerait irrésistiblement. Il faut qu’elle sache ce qu’est cet objet.
Isabelle Noctuelle est rentrée dans l’objet. Elle étouffe, s’asphyxie, s’étiole, se brise, suffoque, se noie. Sombre. Succombe.

Où lire Littér’auteurs

« Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,
Je serai ton cercueil, aimable pestilence. »
(Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Le Flacon »)

mercredi 17 septembre 2014

Vegas sur sarthe - Inspiration photographique

Egarement

L'endroit était désert, ses derniers occupants
l'avaient enguirlandé de suaires de deuil
que tissent à l'envi d'affreux monstres rampants
que j'allais affronter en franchissant le seuil.

Des pierres sataniques, des outils d'un autre âge
attendaient aux carreaux d'improbables sauveurs
une bouteille nue, anonyme breuvage
de ma curiosité attisa la ferveur.

Qui me dira comment, pourquoi, par quel mystère
en partit le bouchon dans un pet ridicule
aux remugles troublants d'herbages et de terre?

Je l'ai sifflée d'un trait sans effroi, sans calcul
sur mon dos mastiquaient des monstres fossoyeurs
la porte s'est fermée, depuis je n'ai plus peur...

Où lire Vegas sur sarthe

Tisseuse - Inspiration photographique

Je m’en songe et en vérité
Dans des contrées oubliées
Dans des recoins de mon passé
Dont je gratte quelques bribes lassées

Je me cogne aux angles de la vie
Leur arrachant en route quelques débris
Comme un brouilleur de piste
A qui l’émotion résiste

Je tourne en rond dans ma cage
Négligeant au passage
Les bonnes cuvées
Par ci par là encavées

Seules ces dernières
Méritent d’être partagées
Hors ces lieux délabrés
Délétères

Alors amis impromptus
Je lève mon vers
A vous tous, quoique inconnus
Pour m’enivrer de nos parcelles de lumière

Chri - Inspiration photographique

À la cave.

Je ne comprends pas ce qui se passe s’est-il dit.
J’ai tout pour n’être pas malheureux. Tout, et je n’y arrive pas…
Alors, comme à chaque fois, il avait décidé de monter voir le soleil se coucher du haut de la colline de Thouzon. Un monticule de terre qui dominait la plaine et sur lequel se dressait encore les ruines d’une abbatiale. Il avait laissé sa bagnole en bas, au parking, et il avait pris le chemin qui monte droit dans la garrigue parmi les chênes verts, les buis, les cistes et les ronces. Il n’y en avait pas pour longtemps, à peine une dizaine de courtes minutes et on était au sommet. Là haut, une tour chancelante, un bâtiment qui, en son temps de splendeur avait été une église et tout autour quelques murs en train d’être remontés pierre à pierre par des jeunes gens plutôt volontaires mais sans doute pas maçons… De quelque côté qu’on se tourne la vue était splendide, lointaine et dégagée. Vers le Nord, on apercevait le sein du Ventoux avec son téton d’antenne pointé droit dans l’étincelant du bleu électrique, au sud c’était la plaine vers Cavaillon et ses tranches de champs découpées par les haies gigantesques des cyprès les protégeant du mistral, à l’Est les découpes rocheuses des Dentelles de Montmirail et les débuts des montagnes de Drôme. C’est simple, l’œil ne savait plus ou donner de la pupille. Il fallait voir certains soirs d’Automne les colonnes grises des fumées montantes des feux de feuilles mortes, il fallait être là certains jours d’hiver où la neige avait recouvert le pays d’une immense et douce couette blanche, il fallait y monter les soirs de Printemps où la terre dans son entier tremblait toute de renaître. Il y venait à chaque fois qu’il en avait besoin et ce soir là, il en avait besoin.
Il avait emménagé depuis quelques mois déjà et les travaux avaient bien avancé pendant l’été. Il en avait mis un coup et il avait été bien aidé par quelques amis fidèles qui étaient venus lui prêter main forte. Quelques cloisons étaient descendues, des pièces avaient retrouvé des couleurs, des terrasses avaient été créées puis carrelées, une salle de bain avait été rénovée, bref c’est sa baraque en entier qui avait été transformée. En trois mois. Et puis, tous les amis étaient partis retrouver leurs vies et lui seul. Et cet endroit qu’il avait désiré, qu’il avait transformé à ses goûts, qu’il avait conçu lui était devenu dérangeant presque hostile. Il avait mis cela sur le compte de la nouveauté. Une région nouvelle, des gens nouveaux, une vie nouvelle. Il faut s’adapter, prendre son temps, attendre un peu. Mais rien n’était venu. Aucune lumière n’était descendue du ciel. Je ne comprends pas ce qui se se passe, je n’y arrive pas.
C’est assis sur le muret face au feu dardant du couchant que ça lui était venu. Je n’ai plus les moyens de fuir, je dois m’y coller s’était-il résolu.
Il faut que je descende dans ma cave et que je finisse de nettoyer ce coin sombre où dorment encore les fantômes qui me pourrissent la vie…

Où lire Chri et où voir ses photos

mardi 16 septembre 2014

Claudie - Inspiration photographique

LE CABANON

Le cabanon est perdu dans les hautes herbes. Le vent en a descellé les pierres et la toiture n’est plus qu’un souvenir. Je me revois, gamin, tenir la main de mon grand père pour grimper le chemin escarpé à travers champs. La rivière à truites chantait sous le soleil d’août et nos cannes à pêche attendaient fièrement alignées contre le mur.
La table de bois accueillait le festin préparé par les femmes. Le pain bis, taillé dans la tranche, les poissons aux yeux blancs et les figues gonflées à s’en éclater. Le vin clair roulait sous la langue et descendait allègrement dans les gosiers. Les copains de grand père avaient l’œil égrillard, le verbe haut et la main baladeuse et moi, je m’endormais sur le banc rêche dans l’odeur de garrigue et de suif des bougies tremblotantes.
Je suis parti pour d’autres obligations et plaisirs. Le cabanon est toujours droit malgré les blessures du temps. Mon cher grand père a rejoint le paradis des truites.
Ce matin, je remonte le chemin de pierre. L’air se fait plus vif en fin de saison et la nature rousse reprend ses droits. La porte du cabanon claque à tous les vents. Les mouches et les guêpes s’écrasent sur la vitre qui voile le soleil. Sur le rebord de la fenêtre, les outils de menuisier disparaissent sous la moisissure et les toiles d’araignées tapissent la casserole percée. Seule, la bouteille de vin ouverte, veille sur les bonheurs perdus de l’enfance. Je ne veux pas pleurer et referme la porte. La grosse clé dans les mains me semble dérisoire.
Demain le terrain sera vendu et d’autres gosses éclabousseront d’éclats de rires, les eaux transparentes de la rivière à truites.

Adrienne - Inspiration photographique

- C’est une enfant si sage ! dit le grand-père du bas de la ville. Si sage ! Mais à table, quelle affaire pour qu’elle finisse son assiette !

- On n’a jamais aucun problème avec cette petite, dit la grand-mère du haut de la ville. Elle est si obéissante ! Sauf à l’heure de la soupe. Quelle misère pour la lui faire avaler !

Le dimanche, quand toute la famille est réunie autour de la table, que la petite soupire devant son assiette déjà froide, on la saisit rudement d’une main, on prend la soupe et la cuillère dans l’autre, on la pousse vivement dans la cave, on pose l’assiette au sol et on met le verrou à la porte.

- Tu ne sortiras d’ici que lorsque tu auras tout mangé, c’est compris ?

Parfois la petite pleure. Elle n’a que cinq ans, après tout. Parfois elle frappe la lourde porte de ses deux poings. Ça fait mal.

Elle se jure solennellement que quand elle sera grande, plus jamais elle ne mangera de soupe.

Où lire Adrienne

ABC - Inspiration photographique

Les trois coups résonnèrent
Le décor était planté
La scène restait vide
Dans le plus grand silence
Se célébrait l’absence
Ainsi se déroulait le préambule
D’une pièce trop sombre
Dont pour la première fois
J’étais le seul et unique acteur
Un long monologue
Qui claquait la porte
À l’obscurité
Pour faire naître
La couleur

Les spectateurs étaient tendus
En attente du premier acte
Perdu dans mon trac
Assis dans ma loge
La bouteille était vide
Je l’avais bue jusqu’à la lie
Une toile d’araignée
Envahissait ma mémoire
Mon texte s’était échappé
Dans un trou noir
La scène restait vide
Dans le plus grand silence
Le rideau tomba
Sur ma déchéance

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lundi 15 septembre 2014

Porte-Plume - Inspiration photographique

Les arachnides.

Il était une fois une époque, bien ancienne dont on n’a aucune idée, où les dieux et les déesses régnaient sur la terre et les eaux, sur les airs et le ciel. L’une de ces divinités, Pallas-Athénée, particulièrement fière et superbe, n’aimait guère les mortels, trop arrogants à son goût. Un jour, elle rencontra une jeune tisseuse (je n’invente pas !) qui se nommait Arachné. Cette dernière, quelque peu effrontée, prétendait tisser de la meilleure manière au monde. Pallas mit au concours les prétendues qualités d’Arachné qui, malgré les manigances de Pallas, l’emporta haut la main.

Jalouse, comme le sont les déesses, Pallas détruisit l’œuvre d’Arachné qui, de dépit, se pendit avec un fil de tisserand.

De remords (elle connaissait des sentiments humains) la belle déesse Pallas fit renaître à la vie la jeune et tumultueuse Arachné. Mais elle lui donna forme animale, avec un air effrayant, huit pattes, plusieurs yeux, toute velue et la cantonna dans les lieux les plus obscurs et cachés. Elle lui conserva l’art de tisser. Et depuis ces temps si lointains, les descendantes d’Arachné, toujours aussi effrontées, ne finissent pas de tendre leurs toiles où se prennent objets oubliés, bouteilles d’un autre âge, outils abandonnés, doigts humains maladroits et insectes étourdis.

Qu’elles soient regardées avec respect, ces arachnides, si mystérieuses, si travailleuses et si curieuses ; elles sont à l’image de ceux ou de celles qui tissent des textes où ils espèrent prendre et piéger les humains.