Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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vendredi 28 novembre 2014

Mamily - 18h45

18H45

Elle prenait, comme moi, le 18h45.
Je m'installais au numéro B 23,comme tous les soirs,sans même avoir besoin de repérer l'emplacement.
Depuis trois mois nous nous retrouvions dans cette même voiture du train 5745 sans nous connaître,
pour un trajet d'une heure.
Même point de départ, même point d'arrivée.
Je la trouvais assise face à moi.
Elle portait élégamment une fourrure d'un ton gris ponctué de noir qui faisait ressortir ses immenses yeux d'un bleu profond étonnant. Ses pupilles cerclées de noir m'ont subjugué,étonné. Son regard fut suspendu au mien dès le premier instant.
Intimidé par cette présence sublime,je n'osais lui parler.
Tous les soirs nous communiquions par:
des regards interrogateurs,
des regards flatteurs,
des regards complices,
des regards amusés,
des regards inquiets.
Par moment,elle bougeait un peu,redressant la tête,sans quitter mon regard,croisant et décroisant ses jambes fines. Puis elle prenait une pause confortable,faisait mine de s'assoupir. Mais,les yeux baissés,à travers un battement de cils,elle filtrait son regard vers moi,en biais, en soulevant un sourcil. Elle sortait un petit bout de langue rose,se léchait les lèvres d'un mouvement appliqué.
Moi,je ne bougeais pas,comme paralysé. Je ne souhaitais surtout pas rompre l'envoûtement qui m'enveloppait.
Quand le son du haut-parleur annonçait l'arrivée en gare,elle se redressait fièrement sur son fauteuil et s'étirait,comme pour émerger d'un songe.
Nous nous dirigions vers la sortie.
Elle marchait devant moi en se dandinant.
A l'arrêt du train,nous descendions sur le quai.
Nous partions chacun de notre côté.
Moi,j'espérais la retrouver le lendemain.
Ce rituel se répétait tous les soirs jusqu'à la fois où je la vis arriver,accompagnée d' un homme âgé s'appuyant sur une canne,le teint pâle,les traits tirés.
Il s'assit sur le fauteuil qu'elle occupait auparavant.
Pour la première fois,elle m'ignora,garda les yeux baissés.

Pour la première fois,elle remua la queue,s'installa aux pieds de son maître,poussa un gros soupir puis s'endormit jusqu'à l'arrivée.

jeudi 27 novembre 2014

Clise - 18h45

Elle prenait comme moi le 18h45
Tous les soirs
Non par nécessité
Mais par toc
Le tic-tac de l’horloge
La délogeait de chez elle
Elle se précipitait à petits pas
De dératée
Pour ne pas rater
L’inutile voyage
Dans un bus bondé
D’inconnus dénués d’intérêt
Dans sa ronde infernale
Machinale viscérale
Elle évacuait à l’arrêt suivant
Rentrait dare-dare
Chez elle pour regarder
De sa fenêtre passer
Le 19h05 ...

Le blog de Clise

Jacou - 18h45

Complainte

Elle prenait comme moi le 18h45.
C’était, vous l’avez deviné, le même train.
Tous les soirs, je lui disais, mademoiselle à demain.
Mais elle ne me répondait toujours rien.

Retenez bien ce refrain

Mais elle ne me répondait toujours rien.
Tous les soirs, je vivais le même train-train.
Elle arrivait, c’était le même sourire divin.
Moi, je la contemplais, rongeant mon frein.

Revenez au refrain

Tous les soirs, je lui disais, mademoiselle à demain.
Elle, elle descendait avec le même air serein.
Je l’accompagnais un bout de chemin.
Puis m’en retournais seul avec mon chagrin.

Relisez le refrain

C’était, vous l’avez deviné, le même train.
Un soir, l’apercevant, je crus enfin,
Qu’elle voulait me parler, c’était certain.
De grands gestes me faisait, j’étais bien.

Souvenez vous du refrain

Elle prenait comme moi le 18h45
Je la vis, gesticulant de ses deux mains,
Avec un autre partager, des muets, le destin.
Voilà pourquoi elle ne me répondait jamais rien.

Oubliez le refrain.

Où lire Jacou

Daniel Hô - 18h45

Elle prenait comme moi le 18h45.

Il faut que je vous fasse un aveu. Jamais je ne l’ai remarquée. Elle, perdue dans la foule des anonymes, n’a pas su ou n’a pas pu retenir mon attention. Non, il n’y a pas eu ces yeux magnifiques à la couleur d’une minéralité rare, de regard mystérieux amorce de début d’un voyage fantastique, de chevelure ondulante jumelle de Cassiopée dans la nuit d’un été torride, de parfum délicat à la rareté d’une rose de Samarkand, de voix mélodieuse à la douceur d’une mésange, de démarche altière d’une reine de Saba damnant le pauvre Salomon que je serais devenu, rien de tout cela ou rien d’autre encore.

Mais alors comment ai-je pu connaître son existence ? Simplement parce que c’est elle qui me l’a dit ou plutôt écrit. Je me suis reconnu en lisant fortuitement, dans la rubrique du cœur du journal de ma région, un article qui titrait :

Il prenait comme moi le 18h45.

Blick - 18h45

Édition spéciale

Elle prenait comme moi le 18h45.

J'arrivai du kiosque comme chaque soir et m'affalai comme un millefeuille sur la banquette. Le monde dégoulinait de mauvaises nouvelles.

Le ciel était de la couleur du plomb des typographes, la pluie dessinait sur les vitres des calligrammes en elzévir, quand une bourrasque soudaine changea la fonte j'eus peur que l'orage ne la retarde et ne la fasse rater l'interligne.

Elle courut sur le quai, les pigeons s'envolèrent comme une poignée de gros sel vers la verrière sur laquelle voguaient à toute allure des cumulus qu'on voyait lâcher à la volée des flaques entières, comme des paquets de journaux.

Elle s'abattit près de moi en secouant sa chevelure, ce qui jeta en l'air une myriade de gouttes d'eau étincelantes comme du mica qui dessinèrent en l'air la roue d'un paon avant de crépiter sur moi en averse tropicale, alors mon cœur, coprin noir d'encre, manqua se liquéfier.

On entendait le conducteur choisir avec soin sa banlieue dans la casse des aiguillages tandis que le train s'ébranlait, puis tout s'huila et ronronna comme une presse rotative au soleil couchant accroché aux caténaires.

Ses yeux d'abord, sa respiration essoufflée comme une émotion d'avoir couru, enfin ses doigts tournant mes pages. Elle n'est pas de celles qui se moquent du monde, ses conflits, ses scandales, ses colloques, les inondations et les catastrophes environnementales à venir, les mariages princiers, les courses cyclistes et les matches de foot, aussi me parcourut-elle sans distraction et me lut d'un trait jusqu'à mon extase.

Plus tard, dans cette intimité tendre d'après l'amour, elle lut l'horoscope imprimé à sa dévotion, puis me chatouilla délicieusement en remplissant la grille de mots croisés, tapotant ses lèvres chéries du crayon qui me griffait comme m'auraient égratigné ses ongles.

Elle disparut à la nuit tombée pour aller, j'imagine, récupérer ses enfants à la garderie, sans ardeur embrasser son mari, préparer le repas. L'équipe de nettoyage fit peu de cas de moi, me froissant et me jetant entre les rails. A l'heure où les trains dorment comme des vagabonds sous les ponts des autoroutes, le vent finit de disperser mes pages trempées de pluie et de larmes. Dans les barres et les tours alentour s'allumaient déjà, une à une, les fenêtres des ouvriers du livre qui partaient au labeur.

L'Arpenteur d'étoiles - 18h45

Elle prenait le 18h45. Pour elle aussi c’était la première fois. Deux solitudes fracassées recherchant l’oubli dans un voyage au long cours. Du bercement régulier des bogies dans la nuit tiède naissait la rêverie. Les senteurs d’acajou et de vieux cuir de la cabine se mêlaient aux arômes acidulés des grandes plaines, qui glissaient par la fenêtre à peine baissée.
J’avais entr’aperçu sa silhouette sur le quai, environnée de valises et des voix des porteurs. Maintenant c’était les effluves légers de son parfum qui dansaient dans le couloir.

Nous avons croisés nos regards au wagon-restaurant et nous nous sommes frôlés dans les passages vers le grand salon. Et puis il y eut cette halte sur les bords ombreux du Danube. Depuis une ruelle, un violon tzigane solitaire avait lancé sa plainte … Elle m’a regardé : « vous savez, la seule chose importante à présent, ce sont les tendres prémices de l’été » ... Pouvions-nous faire autrement ?
Nous nous sommes endormis, calés contre l’autre, bercés par le roulement apaisant du train filant vers les premières lueurs de l’aube, exquise promesse d’éternité.

Belgrade, Sofia, Istanbul. Couleurs éclatantes, parfums d’épices, reflets mauves de la mer. En contrebas, le murmure de la ville montait par bouffées dans l’air du soir ... « je t’aime » au creux de mon épaule, dans nos mains qui s’accrochent, au bord de nos lèvres, dans l’eau de tes yeux clairs ...

mercredi 26 novembre 2014

Petite Plume - 18h45

Elle prenait comme moi le 18h45
Chaque jour je l’observais d’un œil discret, elle m’observait aussi.
Elle semblait perdue dans ses pensées…comme moi.
Elle avait les traits tirés, des rides précoces, difficile de lui donner un âge…comme moi.

Nous avions les mêmes yeux d’un bleu azur mais un regard éteint.
Nous arborions la même coiffure, une coiffure…des mèches de cheveux ternes et désordonnées. Ses vêtements ne la mettaient pas en valeur, comme les miens.

Avait-elle comme moi vécue une journée sans intérêt ? Allait-elle comme moi passer une nième soirée avec la solitude ?
Elle était pourtant jolie, avait de belles formes, il ne manquait à ce visage qu’un sourire. On m’a souvent dit que je devrais sourire…
Autour de nous des voyageurs parlaient, riaient. Nous, nous restions muettes, regardant défiler le paysage en attendant l’annonce de notre gare d’arrivée.
Trois mois que nous prenons le 18h45
Trois mois que je l’observe, qu’elle m’observe.

Ce soir, je ne supporte plus de voir cette femme plongée dans cette tristesse, j’ai envie de lui parler, j’ai envie de lui sourire, j’ai envie de rire avec elle, j’ai envie de mettre de la couleur dans nos vies. Ce soir je ne supporte plus de voir cette femme … Ce soir je ne supporte plus de voir mon reflet dans la vitre de ce train de 18h45…

Pascal - 18h45

Elle prenait comme moi le 18h45. C’était le seul emploi du temps qui nous rapprochait tous les soirs. Elle partait vers la capitale, j’en revenais. Pendant cet interlude curieux, de mon quai, je la reluquais et je la trouvais moche comme peut l’être un épouvantail quelconque. Pas moche, dans le sens « la Nature ne l’a pas gâtée » parce que, là, personne n’est vraiment responsable mais moche, vulgaire, par une suite de négligences fatales, au-delà d’une normalité de correction urbaine…

Pour qu’on ne vous remarque pas, il faut être transparent et pour être transparent, il faut être comme les autres, issu du même moule, uniforme ; faire semblant de lire un journal intéressant, s’apitoyer niaisement sur le toutou peureux étouffé dans les bras d’une mémère dominante, regarder les lumières finissantes dans les vérandas de la gare sans bien réaliser les kaléidoscopes éphémères, s’endormir sans sommeil, rêver sans lendemain et se tenir sur un pied comme une grue épuisée de sa journée d’étang, fumer sans inhaler, mâchouiller un chewing-gum à la chlorophylle évaporée, bidouiller son portable avec ses jeux imbéciles ou s’envoyer des textos pour faire croire aux autres, à ceux du même quai, qu’on ne nous oublie pas…
Vous avez remarqué ? La pantomime des gens sur un quai est une suite de signaux d’alarme sans secours. C’est amusant comme on peut traduire cette solitude ambiante. Quel paradoxe moderne, cette survivance au quotidien. Nous nous sommes éloignés de nous-mêmes pour paraître un personnage que nous ne sommes pas ; plus on est au milieu des gens et plus on se sent seuls…

Elle ne dérogeait pas à la règle. Elle était un peu tout cela, moche et insignifiante. Ses talons aiguilles, sa jupe si courte, son maquillage fané et ses yeux en veilleuse, n’arrivaient pas à l’élever au-dessus de cette morosité de quai froid. Elle était anonyme, fantôme, zombie, au milieu des autres ombres s’agglutinant sur le quai comme des mouches sur un cadavre…

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Adrienne - 18h45

D comme déclaration

Il prenait comme moi le 18h45 mais je ne le savais pas. Jusqu’à cette chaude journée d’avril où le hasard m'a fait monter dans le même wagon. Je venais juste de hisser à grand-peine mon sac de voyage dans le filet quand je l’ai vu qui me regardait en souriant. La première idée qui m’est venue, c’est que je devais être rouge et échevelée et que peut-être j’avais des auréoles de transpiration sous les bras.
- Tu peux venir t’asseoir ici, si tu veux, m’a-t-il dit en me désignant la banquette en face de lui.

J’ai jeté un coup d’œil désespéré à mon gros sac plein de livres et de linge sale.
- Tu peux le laisser là, a-t-il ajouté, tu le prendras quand on descend, ça ne gêne personne.

Depuis ce jour-là, nous avons fait route ensemble chaque samedi. J’apprenais à mieux le connaître même si c’était surtout lui qui posait les questions. Quatre ans de plus que moi, ça compte quand on n’en a que dix-huit : il était déjà en premier doctorat alors que moi je n’avais encore rien prouvé. Il me paraissait toujours aussi inaccessible qu'à mes quatorze ans. J’aimais son humour, ses yeux bleus, son nez busqué, son surpoids, sa canine un peu de travers, j’aimais tout.
Toute la semaine je dessinais son profil sur mes notes de cours et le samedi je l’admirais dans le wagon de train.
Il n’en a jamais rien su.

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Oncle Dan - 18h45

La belle inconnue

Elle prenait comme moi le 18H45. Personnellement, j'aurais pu prendre également celui de 17H12 ou, lorsque j'étais retenu au bureau pour une raison quelconque, celui de 19H24. Cela m'était déjà arrivé. Mais depuis le jour où je l'avais aperçue pour la première fois, aucune catastrophe ne m'aurait empêché de prendre le 18H45.

Elle était d’une beauté surhumaine et je suis effrayé de mon insuffisance à vous en décrire la sublimité.
Le torrent sombre de ses cheveux magnifiait un visage à arrêter les pendules et jamais les vibrations d’une rame de train ne firent trembler ses luminaires au fond de prunelles plus pures. Elle était fine, svelte, avec des rondeurs d’une volupté presque immorale qu'elle cherchait à dissimuler par pudeur sous une robe longue.

Elle était discrète et silencieuse. Délicate et secrète.

Un jour sombre et funeste. Ah, que je maudis ce jour-là ! Alors que J’essayais vainement de m’extraire de l’abîme de son décolleté, un individu extraordinairement quelconque assis en face d’elle, entama un cortège de banalités propre à assommer d’un coup un essaim d’éléphanteaux.

La jeune fille à l’indicible beauté l’interrompit par un péremptoire : Ne perdez pas votre temps, monsieur, je suis sourde et muette.
L’individu formidablement quelconque se mit alors à ouvrir et fermer la bouche en silence, comme un poisson rouge tombé du bocal.

Quant à moi, je battis le record du saut en hauteur, départ assis. Il me paraissait impossible d’avoir entendu ce que j’avais entendu.
La jeune fille, plus angélique qu’un ange et plus gracieuse qu’une déesse, se tourna vers moi et me confia : Je lis sur les lèvres et je suis ventriloque.

Pourtant, remarqua l’individu horriblement quelconque et vulgaire, vos lèvres bougent !
Pure coquetterie, précisa-t-elle en se levant car le train arrivait en gare. Elle saisit son énorme sac à main et quitta notre wagon.

Je ne l'ai jamais revue.

Chri - 18h45

Elle, elle prenait comme moi la 18h45.
Je l’avais repérée à plusieurs reprises quand elle montait avant tout le monde sur la passerelle de son allure conquérante et dédaigneuse.

La navette du soir pour Moranion, un des deux milles cinq cent vingt sept satellites mis en orbite autour de la terre à partir des années 2033 tant l’air y était devenu irrespirable et le climat perturbé. Chaque nation avait donné comme noms à ces entités de survies des noms de célébrités vaines qui avaient sévis dans les dernières décennies où la terre avait été vivable. Pour la France, on trouvait Nabilon, Estrosion, Sarkozion et pour d’autres c’était Kardashion, Hiltion, Ronaldion, Poutinion etc

Seuls quelques escadrons de soldats gardant des condamnés par la justice restaient à demeure sur terre. Les autres remontaient tous les soirs grâce à des navettes supersoniques… Les autres, enfin ce qu’il en restait entre les inondations, les passages fréquents des cyclones, les pluies diluviennes, la montée des eaux, les tempêtes de sable, de neige, les maladies pulmonaires, l’expansion des virus, les dégradations génétiques dûes à tout ce qui avait créé ce merdier et qu’on avait laissé faire. Cela allait de l’utilisation des pesticides et à la généralisation des OGM en passant par le CO2 et autre couche d’ozone. Désormais nous étions dans une merde noire et il n’y avait aucune perspective d’éclaircissement. Malgré ses défauts et ses inconvénients, l’air artificiel des satellites était préférable à celui qu’on ne pouvait plus respirer « en bas ».

Ainsi, nous étions une petite centaine à embarquer tous les soirs sur la 18h45, il y en avait toutes les dix minutes, pour passer la nuit dans nos unités collectives, viables, respiratoires (les CVR) et nous redescendions le matin pour nos professions respectives.

Je l’avais repérée à plusieurs reprises quand elle montait avant tout le monde sur la passerelle de son allure conquérante. Elle était magnifiquement belle. Si droite, si majestueuse que ce devait en être une. Las, je n’aurais aucune chance de quoi que ce soit avec elle, nous ne faisions pas partie de la même caste. Oui, on avait réintroduit ce principe pour que ce soit moins le bazar. Chacun sa caste et plus de mélanges, on y voyait plus clair…

Elle, elle avait un passe pour TOUTES les navettes et elle embarquait en premier dans la 18h45, c’est dire…

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mardi 25 novembre 2014

Ours Bourru - 18h45

Ça tourne pas rond… Vraiment pas…!

Ils prenaient comme moi le 18h45. Tous.
C'est ce qu'on nous avait dit à l'agence Havas-Nouvelles Frontières. "Ce qu'il vous faut, c'est le 18h45. Il est particulièrement bien adapté à votre cas. Avec lui, plus de problème, la régénération est optimale. Vous vous rendez compte? 18h45 de sommeil tout en voyageant dans le continuum hyper espace. Vous vous endormirez au spatioport et vous réveillerez chez vous dans votre lit. En plus, votre cueillette est épluchée et préparée par notre robot chef Maïté suivant une recette landaise qui lui vient de son arrière grand-mère. Les bocaux seront rangés dans vos placards, vos affaires lavées et repassées. Oui, ce qu'il vous faut c'est le 18h45, vraiment!"

Et voilà, on était tous dans la file du quai sur la "Terre Jumelle" à attendre l'appel pour le retour. Il faut dire qu'ici c'était la pleine saison pour les champignons et, bien sûr, cela commençait à se savoir. Chaque année il y avait de plus en plus de monde et maintenant, on n'avait plus droit qu'à cinq pauvres Tupperware d'un litre pour la collecte. La spatiodouane équipée de chiens et de cochons renifleurs y veillait sévèrement.

La "Terre Jumelle", quel merveilleux endroit! Et dire qu'on avait d'abord ri au nez de son "inventeur", le génial astronome képlérien Pûrrat-Endr. Pourtant, cet homme, après de savants calculs, avait su expliquer les "non-failles gravitationnelles" du système solaire, "non-failles" qui s'expliquaient simplement par la présence de "doubles" des planètes diamétralement opposées à celles-ci par rapport au Soleil. Les mauvaises langues disaient qu'il avait eu cette idée saugrenue en retournant son tableau pour écrire un soir de beuverie où il voyait double, n'empêche, la sonde Rosetta XIII dépêchée à la poursuite de la comète Chourave avait trouvé et photographié la Terre Jumelle! Allo, Houston, on a un problème… Houston? Allo! Mais allo, quoi…

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Mafaxel - 18h45

Il prenait comme moi le 18 h 45. C'était le dernier bac de la journée qui faisait la liaison entre le continent et l'île. Nous étions peu nombreux et j'ai facilement repéré ce voyageur avec son étui à violon sur le dos.

Il faisait encore chaud quand nous sommes arrivés sur l'île et j'ai décidé de passer la première soirée à errer sans but aux alentours de la chambre d'hôtes où je logeais. J'avais emporté des fruits qui me serviraient de dîner, j'avais besoin d'être seule. J'ai vagabondé une bonne heure et quand mon estomac s'est rappelé à mon souvenir, je me suis installée dans une anfractuosité de rocher. Assise à l'abri face à la mer, à marée montante mais encore assez loin, je jouissais du bonheur de ma tranquillité. J'étais en train de ranger les pelures de mes fruits dans un sac quand il me sembla entendre de la musique.

Mais oui, je ne me trompais pas, c'était un air de violon.

Je me suis approchée de la mer et j'ai vu alors, mon voyageur du 18 h 45, les pieds dans l'eau qui jouait une mélodie mélancolique le plus souvent, mais avec des envolées très gaies. Mes rares connaissances musicales ne me permettaient pas de reconnaître le morceau. Peut-être était-ce une composition personnelle, d'ailleurs, comme un étrange dialogue. C'était magnifique.

Quand il a jugé que la mer était suffisamment haute, il a sorti de la poche de sa chemise une fleur, cueillie sur l'île probablement, et il l'a posée doucement sur une vague. Puis, à reculons, il a regagné la plage, rangé son violon et est parti, disparaissant à mes yeux .

Je me suis aperçue alors que des larmes coulaient sur mes joues.

Mon hôtesse m'attendait pour me proposer une infusion que j'acceptai volontiers. Nous avons parlé de la beauté de l'île et elle m'a indiqué les meilleurs endroits à visiter. Encouragée par sa gentillesse, je lui ai parlé du violoniste.

« Ah ! me dit-elle, vous l'avez vu ! Cela fait cinq ans qu'il revient à la même date.»

Cinq années auparavant donc, une petite fille de 2 ans environ avait trompé la vigilance de ses parents et avait été attirée par l'eau.

« Personne ne sait bien ce qui s'est passé. Avec les enfants, il suffit de quelques secondes pour qu'ils s'échappent, vous savez. C'est ce jeune homme qui s'est précipité dans l'eau et a réussi à ramener la fillette, mais trop tard, malheureusement.

Depuis , à chaque anniversaire de l'accident, il revient jouer du violon exactement à l'endroit où la petite s'est noyée. »

Anna - 18h45

Ils prenaient comme moi le 18h45.
Je dis 18h45 parce que c'est ce qu'on lisait sur l'horaire de bus, morceau de papier tant de fois plié et déplié qu'il ressemblait à de la dentelle. Il passait rarement pile à 18h45, cela dit ; plutôt vers 18h50, 19h00 même si le temps était mauvais.

Tous les soirs d'hiver, nous guettions la lueur jaune des phares du bus, quasi invisibles les uns aux autres dans l'obscurité et le brouillard. Tous les soirs, le premier qui apercevait cette lueur quittait l'abri très relatif de la haie de troènes pour s'avancer au bord du trottoir, là où le bus allait s'arrêter. Tous les soirs, nous nous joignions à lui un par un pour former la masse humaine qui attendait l'ouverture des portes en accordéon, j'attendais mon tour, j'avançais jusqu'au fond du bus où je m'asseyais, toujours à la même place. Tous les soirs, je les regardais.

J'imagine que pour les autres, c'était une fille et un garçon. De mon point de vue, du fond du bus, c'était deux genoux. Un genou droit dépassant à gauche de l'allée, le genou en jean. Un genou gauche dépassant à droite de l'allée, le genou en treillis.

Le chauffeur du bus écoutait la radio, Europe 2 en général, et je regardais les genoux réagir à la musique.
Le genou en treillis manifestait son enthousiasme sur le rap, et le bon gros hip hop qui tâche.
Le genou en jean aimait la chanson française.
Tous les deux se déchaînaient sur le rock.

Fatigué par ma journée de boulot, je me laissais hypnotiser par le balancement du bus et le mouvement des genoux, jusqu'à les envisager comme deux entités autonomes, en rien reliés à un corps entier. Ça a duré quelques années comme ça, ce manège.

Et puis je ne sais pas, ils étaient au collège, au lycée peut-être, en tout cas ils ont grandi. Les genoux ont pris de l'ampleur. Puis ils ont quitté le bus un soir de printemps et je ne les ai plus jamais revus.

Où lire Anna

Vegas sur sarthe - 18h45

La jolie cul-terreuse

Elle prenait comme moi le 18h45 avec tous ceux qui comme nous - s'étant fait piéger par la douceur bucolique du canal et l'odeur enivrante des collines surchauffées - n'avaient comme planche de salut que les trois wagons brinquebalant du tortillard pour regagner la capitale bourguignonne.
Notre sauveur avait gardé le nom de Train des Pêcheurs, de l'époque où les dijonnais endimanchés ou chargés de leurs équipements débarquaient dans les gares de la vallée de l'Ouche jusqu'au terminus de Gissey-sur-Ouche pour venir taquiner le goujon ou la perche sur les bords du canal.
Aujourd'hui le petit train de la Côte d'Or vivait ses derniers instants...
Je ne sais pas pourquoi je m'étais laissé aller à lui raconter tout ça mais elle avait l'air si captivée dans sa jolie robe Vichy bleue assortie à deux grands yeux étonnés.

Elle avait abandonné sa Saône-et-Loire natale pour la première fois pour visiter une cousine le temps du week-end et s'inquiétait déjà de sa correspondance à Dijon pour Mâcon.
Ici elle était une cul-terreuse et cette expression bien de chez nous la fit éclater d'un rire cristallin!
Joliment garni son décolleté Vichy tressautait aux moindres cahots du wagon au point que je réalisai qu'on avait déjà passé la halte de Sainte-Marie et même la gare de Pont-de-Pany, soit la respectable distance de six kilomètres!
Mais on allait bientôt arriver au pont métallique qui franchit en biais le canal vers Fleurey, et il y avait de quoi raconter...

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lundi 24 novembre 2014

Littér’auteurs - 18h45

Il prenait comme moi le 18 h45,
Coïncidence.

Ce sont nos trains qui se croisaient,
Indifférence.

Un soir, les rames se sont télescopées,
Épouvante.

Dans l’amas de ferraille,
Carnage.

Des corps blessés, aussi.
Violence.

Côte à côte sur le ballast,
Souffrance.

Les sirènes hurlaient,
Affolement.

Ses bras battaient l’air,
Dislocation.

Ma face sanguinolente,
Hébétude.

Dans la même ambulance,
Communion.

Dans le même hôpital,
Assistance.

Je suis toujours en vie,
Absence.

Où lire Littér’auteurs

Tiniak - 18h45

LADITE, Passagère

L à, elle prenait comme moi,
le 18h45
Si elle n'y paraissait pas,
je m'en consolais sur le zinc

A son passage près de moi
pour prendre sa place habituelle
je m'enivrais du gardenia
pris dans ses tissus coccinelle

D u regard, je comptais les pois
de sa poitrine à son bas-ventre
alors, j'inventais quelque loi
dont nous étions toujours le centre

I ci les champs, là-bas les bois
qui m'évoquaient des océans
priant que le charme opérât
au-delà, je figeais le temps

T aire le sens de mon émoi
m’infligeait une sourde peine
et me rongeait d'anonymat
depuis le cœur jusqu'à la couenne

E t le voyage finira
une heure après quelques poussières
L'Au-Quotidien l'emportera
quoi que m'en songe, Passagère !

Où prendre le train de 18h45

Semaine du 24 novembre au 30 novembre 2014

Maintenant libérés de vos tracas, il est temps pour vous d'emprunter le 18h45. La suite et la forme vous appartiennent si ce n'est que votre texte devra débuter par "il/elle prenait comme moi le 18h45".

Pour ce thème proposé par Emma, vous avez jusqu'à dimanche 30 novembre pour nous raconter ce qu'il se passa ensuite à l'adresse habituelle impromptuslitteraires(at)gmail.com.

dimanche 23 novembre 2014

Gregory - Psy

- Alors je vous le dis d'emblée : je n'ai rien à vous dire. De toute façon je n'aime pas trop raconter ma vie et vous n'y comprendriez rien.
Et je ne crois pas non plus que vous puissiez m'aider. Et d'abord qui vous dit que j'ai besoin d'aide ? Oui bien sûr vous allez me répondre de haut mais alors pourquoi avoir pris ce rendez-vous ? Ne dites pas non je ne suis pas con.

Enfin non vous n'allez rien répondre, vous allez juste hocher la tête avec ce regard mi-paternaliste mi-compréhensif qui doit sans doute me mettre en confiance et me pousser à continuer. Voilà, ce regard là, on s'est compris. Sauf que le sourire est un peu vexant, limite condescendant. Ma vie ne prête pas à rire, j'aime autant vous le dire.

Eh bien j'ai pris rendez-vous seulement pour pouvoir prolonger mon arrêt de travail. Désolé de vous décevoir mais je n'ai pas besoin de vous. Enfin si j'ai besoin de vous, pour l'arrêt de travail, parce que mon généraliste, qui ne comprend rien à rien, ne veut pas me le renouveler si je ne vois pas d'abord un spécialiste : un psy ! Voilà, le mot est dit. Et je ne trouve pas cela drôle.

Mais moi je n'ai rien demandé de spécial, juste qu'il trouve ce que j'ai. Je ne vais pas bien, je suis toujours fatigué, et il ne trouve jamais rien. Spécialiste de quoi d'abord, je vous le demande ? N'importe quoi. Moi je sais ce que fais, mais vous on ne sait pas. Non parce que rien que pour vous trouver dans les pages jaunes : psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste, on est perdu.

Bon alors comment ça fonctionne chez vous ? Je connais un peu vous savez, j'aimerais autant ne pas perdre mon temps. On peut faire ça vite fait sur le divan là : d'abord je m'allonge, puis je m'étale, puis j'allonge la monnaie, puis je détale. Beau métier vraiment. Vous ne devez pas être trop fatigué, vous.
Enfin bon, puisque je n'ai pas le choix, allons-y. Et ne me dites pas qu'on a toujours le choix. C'est facile ça. Si j'avais le choix je ne serais pas là. Je n'en serais pas là. Et ne souriez pas ! Ça ne se voit pas mais je le sais bien que vous souriez !

Qu'est-ce que vous croyez ? Que mon problème est dans la tête ? Que je fais semblant ? Qu'il suffit de me gaver de médocs pour que je ferme ma gueule ? Ah ce serait plus simple ! Comme ça je vivrais comme un zombie et tout le monde sera content ! Surtout ma femme ! C'est elle qui devrait être ici et pas moi ! C'est elle qui est folle ! Vous ne comprenez rien à rien !

Oh et puis de toute façon ça ne sert à rien. Je vous raconte mes problèmes et ça vous fait marrer. Allez tant pis. Au revoir monsieur. Merci de votre aide.

samedi 22 novembre 2014

Stouf - Psy

Méfiez vous des psys !

Il a le puits dans la tête, il est attiré mais il ne doit pas tomber. Il n'a plus de médicaments, il doit fumer.
Vite... j'ai peur !
Mais non gros, il-moi c'est toi dans le miroir ... regarde, c'est toi !
Il ne faut pas qu'il pense, ça va trop vite, pas de contrôle.
Le couteau entre ses doigts ... IL est ou le miroir ?
Làààà ... gros, tu fais chier avec ton schlass, range ce machin... reste tranquille, on est entre potes !
Il faut qu'il descende parler à madame Goldstein, la psy amie.
Madame Goldstein, ouvre ta porte salope !
Madame Golstein elle s'en fout, elle est cool (son mari s'appelle Raoul) !
Peuuuf ... v'la encore l'autre con du cinquième qui est en pleine crise de bipolarité... j'vais m'faire chier.

Madame Goldstein sera-t-elle encore vivante demain matin ?
Vous le saurez en vous abonant au 3615 Qui-N'en-Veut... ;o)

Ours bouru - Psy

Confirmation. Stop. Le grain de folie est bien promis au canapé. Stop.

Alors voilà, docteur, j'étais tranquille, j'étais peinard, je ne demandais rien à personne, j'étais là, blotti au milieu de mes frères et sœurs…

Ah? Vous êtes nombreux dans la famille?

Ben oui, pas mal… Enfin, on peut pas appeler ça une famille, vu qu'on est pas bien faits encore.

Pas bien faits? Vous voulez dire que vous avez un grain?

Euh, non, pas exactement docteur, dans la famille, on est des tas de grains.

Je ne comprends rien. Parlez-moi de votre mère.

Je ne peux pas dire que je l'ai bien connue. Tout ce que je peux dire c'est qu'on était bien avec elle. Elle nous couvait, était courageuse et nous tenait bien au chaud.(Soupir…) Enfin, façon de parler, vous savez, elle gardait son sang froid en toute circonstance…

Une mère courage donc?

Certes, elle savait remonter le courant et mener sa barque, façon de parler, bien sûr, docteur.

Comment ça?

Et bien, le malheur, c'est qu'à trop suivre les barques, elle s'est faite monter en bateau…

Je ne comprends rien, vous voulez dire qu'on l'a extorqué de quelque chose?

La vie, docteur, la vie… On suit un fleuve tranquille et…

Mais c'est terrible votre histoire, dites donc, et donc vous vous êtes retrouvé sans mère à voir?

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L'Arpenteur d'étoiles - Psy

Il m'a fallu expliquer, ou tenter d'expliquer ce que je suis et comment je le suis devenu. Et puis il m'a demandé si je pouvais me raccrocher à un souvenir d'enfance lumineux. Si l'ombre existe, a-t-il rajouté, c'est grâce à la lumière. Alors j'ai plongé dans ce que fut ma vie ...

Je suis parti une nuit d’hiver, parti pour nulle part, pour un quelconque ailleurs, dans une errance qui deviendrait ma vie. L’entreprise paternelle, la coterie des notables, la voie royale qui m’était naturellement réservée n’étaient pas pour moi.
Alors de bars en bordels, de ports en quais de gare, je suis entré peu à peu dans cet anonymat qui permet tout. J’ai abordé la frange du monde. J’ai rencontré des gens « autres », des personnages que je ne croyais exister que dans les romans de Manchette, de Chandler ou de Le Carré. J’ai tour à tour endossé les costumes d’homme de main, d’espion, puis de mercenaire ; j’ai vécu tant de vies.
Mes mains ont frappé parfois très fort. Elles ont tué, hélas, des hommes qui étaient du mauvais côté. Du côté des pauvres, des miséreux, de ceux qui se battent pour leur survie, leur liberté. Moi je me donnais au plus offrant. Les trafiquants de bois précieux, d’animaux rares, d’or et surtout d’armes me recherchaient pour mon efficacité. Des fortunes inouïes ont glissé entre mes doigts. Ces mêmes mains ont aussi caressé. Des peaux de toutes les couleurs. Les peaux des filles que l’on bouscule et qui rient un peu trop fort, de celles que l’on force sur les tables les nuits d’alcool et de détresse. Les peaux luisantes des belles abyssines, les peaux souples et légères des asiatiques, les peaux claires presque transparentes des slaves. Et puis les peaux douces et parfumées de ces déesses inaccessibles gantées de soie qui se donnent en criant à l’arrière des immenses limousines dans la moiteur des soirées africaines.

Et bien malgré tout cela, j’ai gardé au fond de mon âme si noire un coin de mon enfance. Un coin sacré, béni, immaculé. Les jours où mon père me mettait sur ses épaules et m’emmenait à la fête. Je n’oublierai jamais les lumières des baraques, les musiques des manèges, les appels des camelots, le bruit de la foule aimable se pressant devant les attractions, et les odeurs, surtout les odeurs. Je crois encore les sentir comme ramenées par les vents alizés, quand face à la mer je repense aux jours anciens. L’odeur des pommes d’amour mêlées à celle de la poudre des stands de tir, celles des gaufres, celle du sucre multicolore que l’on étirait sur le marbre brillant, et celle plus suave mais tellement reconnaissable de la barbe à papa.

Au fond de la place du village, je revois derrière sa machine en fer le marchand au visage rougeaud surmonté d’une drôle de toque blanche. Ce magicien des gourmandises enfantines, faiseur des nuages roses que je promenais au bout d’un bâtonnet de bois et qui barbouillaient de bonheur sucré mes joues de petit garçon.

Face au lourd silence du praticien je me suis extirpé du divan. Sans accorder un regard à l'homme tassé dans son fauteuil, j'ai frappé à la porte. Le flic m'attendait. Il ma repassé les bracelets et accompagné dans le fourgon pénitentiaire. Finalement il a raison le psy ; sans lumière pas d'obscurité, sans nuit pas de jour, sans prison pas de liberté"

vendredi 21 novembre 2014

Clise - Psy

Barricadée dans mon exil intérieur
J’étouffe mes peurs indicibles
Et vous souris impunément.

Où lire Clise

Daniel Hô - Psy

- Docteur, je vous ai dit que j’adorais la vie, la lumière...
- Oui, je vous écoute…
- Ce que je ne vous ai pas encore dit, c’est qu’a contrario la nuit m’angoissait, me terrorisait et cela depuis ma tendre enfance…
- Oui, je vous écoute…
- Il m’arrive ces derniers temps d’aller au-devant de pensées sombres pour y découvrir les limites de mes angoisses…
- Oui, je vous écoute…
- D’accord, j’y vais tout de suite, maintenant. Je commence ma descente au plus profond du gouffre, en quête de noirceur, en ce lieu où la lumière n'a plus droit de cité. Je débute une exploration qui se veut sans limite. Vous savez, le noir se décline en de multiples tonalités sur la palette de qui veut bien l’observer ou plutôt bien le ressentir...

M’envahissent les pensées noires
Implacables et traîtresses
Mon esprit se noie du soir
Mon corps glisse en détresse

Me fuit cette volonté
Dernier rempart à la nuit
De l’abîme des angoissés
C’est la raison qui s’enfuit

S’étouffe la flamme du tendre
Au romantisme dépassé
A l’idéal désuet

S’éteint la vie dans la cendre
Doucement et en silence
Puisque telle est la sentence…

- Hem, bien, bien…
- Qu’en pensez-vous docteur ? Dois-je m’abstenir de provoquer ce type de réflexion ?
- Oui, je vous écoute…

Tim - Psy

Misanthrope

S’extraire de cette vie. Lui dire, à celle-ci, qu’elle l’ennuie, qu’il n’en peut plus de l’écouter. Lui dire, à lui, qu’il le fait chier. Leur dire, à tous, d’aller se faire mettre ou voir, s’il accepte de ne pas être vulgaire, ce dont il doute. Taper fort, dans cette fourmilière, autour de laquelle il tourne depuis trop longtemps, l’observant. Écraser ce qui, affolé, en sortirait. Puis s’envoler, et leur chier dessus.

Qu’il serait doux de bâillonner le bavard, fermer sa grande gueule au prétentieux, redresser les tordus à coups de pompes dans le cul et de mains dans la gueule. Enfin, si tout cela servait à quelque chose. Si cela leur permettait de comprendre quelle pollution ils constituent. Pollueurs, ceux qui, pervers ou maladroits, font mal. Pollueurs, ceux qui pourraient faire son bien mais s’en abstiennent. L’idiot l’accable, l’indigne le hérisse, l’insensible l’inquiète, le mesquin l’exaspère.

S’affranchir des conventions qui poussent à poser son mouchoir sur tout ou presque, à taire. Se sentir libre de dire à l’autre qu’il se comporte comme une merde, qu’il est probablement. Se libérer des contraintes sociales qui conduisent à respecter à l’excès ce qui n’en mérite aucun. Est-ce alors se respecter soi-même ?

Se respecter, lui, en étant acteur de ce qu’il vit et en cessant d’observer le monde avec son regard faussement respectueux posé sur ceux qui, de toute façon, le méprisent ou qu’il indiffère.

Bon, patient suivant… Monsieur Lambert et sa timidité pathologique. A peur de tout et de tous. Doit pas beaucoup aimer les gens… Entrez Monsieur Lambert, installez-vous !

Tiniak - Psy

SPLEEN DOCTOR

Alors voilà, Docteur :

J'avais un Fil-au-coeur
qui a pris de l'ampleur
n'a cessé de grossir
d'imposer son empire
puis il a pris l'aspect
d'une corde tressée
serrée ! serrée ! - quoi, vous savez...

Je l'aimais pour sa fleur
- si singulière odeur !
qui me rappelait tout
ce qu'il y eut entre nous
que nul autre ne sut
que nul autre put
jusqu'à, jusqu'à ce... Jamais Plus !

Jusqu'à ce que la peur
décuple sa fureur
que sa corde à mon col
m'ait montré cette folle
pour ce qu'elle est vraiment
avec tous ses amants
Maman ! Maman ! - mais qui l'Entend ?

Alors voilà, Docteur
comment vint le malheur
d'accès de jalousie
en malignes furies
à me nouer les bras
puisque je n'étais pas
Papa ! Papa ! dans sa paranoïa...
autour de moi, comme un boa

Et le plus fort, Docteur
c'est qu'Elle m'a trompé pour me fendre le coeur

Où (ne pas ?) creuser plus profond les coussins du divan

Mamily - Psy

Est-ce un tic?
Est-ce un toc?
Les miettes m' insupportent.
Les miettes de quoi?
De n'importe quoi?
Surtout les miettes de pain.
Sur la table,je les débarrasse en un tour de main.
Pour faire ma cueillette,
Ma main droite devient balayette.
Ma main gauche sert de pelle.
Je les emprisonne de la première à la dernière.
Avec un mouchoir, j'en fais une aumônière,
Que je glisse dans ma poche ou dans mon sac.
Je peux aussi, selon, me déplacer vers une poubelle.
Où que je sois, aucune miette n'échappe à mon œil vigilant.
J'ai une stratégie très bien organisée.
Si, par malheur, l'une d'elles, attardée, résiste à mes doigts,
Je n'hésite pas à mouiller mon index pour la piéger et l'avaler.
J'occulte le regard étonné des autres et, ma foi,
Je continue de converser, rire, échanger,
Comme si de rien n'était.
Cette scène se reproduit machinalement,
Sans gêne ni affolement.

Je me promets toujours de consulter à ce sujet.....
Quelle aubaine, la consigne de cette semaine!
Je me suis allongée sur le fauteuil des Impromptus,
Et..... je leur confie ma pulsion.

jeudi 20 novembre 2014

Blick - Psy

Concerto pour la main gauche

Je joue du piano depuis ma plus tendre enfance mais seulement de la main droite dans les aigus c’est moins grave. Ma main gauche est trop mal à droite je préfère la garder dans ma poche. Quand j’étais petit les garçons de mon âge jouaient au foot au stade municipal pendant que je faisais des gammes tout seul au stade pianal juste après le stade oral. Évidemment je ne pourrais pas interpréter le Concerto pour la main gauche de Ravel de toutes façons les rats vêlent pas c’est les vaches.

Mon amie habite Saint Mamans mais c’est pas Drôme du tout car moi je vis loin près de la mer. Je rêve de son Vercors son corps quoi c’est pas trop dur à interpréter ça. J’ai pas d’argent pour prendre le train c’est l’Ardèche (c’est-à-dire vu ce que me coûtent ces séances d’interprétation des rêves). Elle dit que je suis un amant hors pair mais je ne sais pas comment elle l’écrit en fait. J’ai acheté du thé goût russe car elle m’a dit qu’elle est athée mais elle préfère quand même et quand elle m’aime au matin de nos nuits d’amour le café.

Parfois je vais sur la grève en matière de protestation. Pas loin de chez moi vit une colonie de canes à pêche qui hachurent le ciel comme les hallebardes d’une averse elles m’accueillent comme un des leurres. On discute appâts et appas techniques de pêche et culture des pêches tu parles là-bas c’est le pays sans parler des abricots des amandes mais une averse de grêle peut gâter la récolte trop grêles on les rejette à l’eau. Le noyau c’est du poison mais il faut aussi bien vérifier les s pour les poissons c’est vital et les hameçons. Autre problème : les puces rondes et la poésie à cause des vers et bien sûr des asticots. Les tournepierres qui tournent les pages de mes partitions à marée basse n’ont pas ces soucis non plus que l’aigrette un peu surette qui me sert de métronome.

Je sais que je suis loin du sujet et que le sujet ce n’est pas moi qui joue du piano depuis ma plus tendre enfance mais seulement de la main droite dans les aigus c’est moins grave.

« Bien monsieur Blick nous continuerons la semaine prochaine. »

J’allonge un billet et prends le large des sons aigus marchent dans ma tête de long en large. Ils arpentent la laisse de mer comme des arpèges et résonnent comme les cloches des reins d’une cathédrale engloutie mais c’est pas grave du tout. Comme la séance m’a creusé à la faim je fiche Lacan.

mardi 18 novembre 2014

Pascal - Psy

Docteur, docteur !...

Il paraît qu’on manque de libido en vieillissant ! Sans doute… Mais vous avez vu les machins qu’on se trimballe depuis plus de quarante ans ? M’étonne pas qu’on tombe en panne ! Notre baisse de forme sexuelle va de pair avec la déchéance physique de notre bonne femme ! CQFD ! Avant c’était Raphaël, Rubens, Renoir, maintenant : c’est Botero, Florot, Picasso !...

La Nature est bien faite ! Notre désir va s’amenuisant, il fout le camp du côté des abonnés absents : c’est proportionnel au cube de la cellulite légitime de madame ! Et c’est nous qu’on accuse d’être malade ! Mais faut pas déconner ! On passe pour des cons devant notre femme et devant le docteur !...

« …Quoi, elle ne vous plaît plus, votre femme ?!... »

« Mais elle a toute la panoplie de la super ménopausée en relief ! Cheveux filasses, moustaches, double menton, bourrelets rembourrés un peu partout, léger boitement, peau de crocodile, genoux cagneux, cors aux pieds, une légère tendance à la bouteille, un langage de muletière, quelques tics et j’en passe… »

« Quoi ?... Quoi ?... Mais, circonstance atténuante, cher monsieur, elle vous a fait deux beaux enfants !!... »

« Oui, je sais : on a passé le témoin en fabriquant la génération future… Tu parles d’une réussite : les tares pour l’un et l’hérédité pour l’autre… »

Alors, ce con de spécialiste des choses de la bite me propose gravement des potions, des décoctions, des médicaments : des blancs, des bleus. Il paraît que c’est la pompe qui déconne, c’est l’abus de bonne chère, c’est l’alcool, c’est la clope, c’est le stress, c’est la pollution, c’est le boulot, c’est les médocs, c’est psychologique, c’est les temps modernes… Le sexe, c’est dans la tête…

« Mais docteur, ce sont des conneries monstres tout ça ! C’est de l’hypocrisie en boîtes de vingt cachets ! Ma femme ne me fait plus bander, c’est tout ! Les arguments fanés de madame n’ont pas l’heur de me remplir le calebar !...

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Chri - Psy

Autopsie.

___ … C’est pour cette raison que j’ai acheté un deuxième tournevis, vous comprenez ? Maintenant je vais vous expliquer ce que j’ai envie de faire avec Vous avez bien compris que je n’en peux plus que je ne supporte plus d’être depuis huit ans fourré tous les samedis et dimanches après-midi dans ce magasin de meubles suédois… Quand il était à l’autre bout de la banlieue on n’y allait qu’une fois par mois et encore mais depuis qu’ils se sont installés à dix minutes de la maison c’est devenu invivable Oh j’ai bien essayé de l’en empêcher de la dissuader de la sevrer même mais c’était plus fort qu’elle, vous savez elle est comme une junky Combien de fois lui ai-je recommandé de consulter  Va parler à quelqu’un ce n’est pas écrit il faut trouver un moyen pour qu’on y aille comme les autres trois ou quatre fois par an il n’est pas normal d’acheter tant d’étagères d’entasser tant de coussins mais il lui fallait sa dose de KALLAX, de MULIG ou de DRÖNA les pires celles que je déteste le plus à monter c’étaient les FJÄLKINGE… Oui parce que les meubles c’est moi qui les monte voyez elle a décrété qu’elle n’y arrivait pas et donc c’est à moi de m’y coller Non seulement j’y vais je les achète je me les coltine et je les monte Tenez, regardez j’ai une ampoule là au beau milieu de la paume à force de visser dévisser Pas une semaine sans en rapporter une on ne savait plus où les mettre Un expert du vissage je vous dis Alors vous comprenez mon cauchemar maintenant  Vous savez ce que j’ai très envie de faire  Je voudrais m’en débarrasser Et pas seulement du catalogue hein je voudrais me séparer de ma femme et d’une manière définitive Un somnifère dans la verveine et hop hop un joli cruciforme droit dans le cœur pendant qu’elle dort J’ai appris à le manier en expert vous savez Et depuis qu’on s’est équipé d’un MORGONGÅVA elle fait ses huit heures sans se retourner Comme elle s’est mise à ronfler comme une chaudière ce sera vite fait bien fait Ils n’en font pas encore de chaudières les suédois Je vais m’entraîner avec du travers de porc fumé à la suédoise il est en promo Ça devrait rentrer aussi bien non Je n’aimerais pas qu’elle souffre vous savez je ne suis pas un monstre Ensuite je la découperais en morceaux hé hé qu’ils doivent l’assembler à l’autopsie En parlant de ça votre divan c’est bien un KIVIK n’est-ce-pas  Le premier jour la première fois que je suis entré ici je l’ai pris pour un SÖDERHAMN et puis vu la date je me suis dit que ce n’était pas possible c’est un tout nouveau modèle celui là Ils ne l’ont sorti qu’en Novembre J’y pense vous devez bien savoir ce que je ressens je suis certain que vous comprenez l’enfer que je vis Finalement on fait la même chose vous et moi On a la même occupation Vous aussi vous essayez d’assembler des trucs éparpillés oui mais vous personne vous oblige c’est ça le truc c’est ça votre différence

___ Cruciforme, ça évoque quoi pour vous? Vous pouvez essayer d’y réfléchir et de me dire ça la prochaine fois ?

Où lire Chri
et pour les photos

Zoz - Psy

C'est vrai !

~ c'est vrai qu'il y a des plates'bandes que je n'ai pas piétinées, des bouts d'hasard où j'ai pas mis le pied, des draps que je n'ai pas brûlés. Ta bouche mauvaise, que je n'ai pas fracturée. Ton sommeil que je n'ai pas défiguré et ces oiseaux de paradis que je n'ai pas fait lever, c'est vrai que je n'ai pas aboyé.
Il y avait cette clé qui ne tourne toujours pas, ce sourire qui me sciait les jambes, c'est vrai que je n'ai pas crié, que je ne savais pas que j'avais une voix.

Au bord des terres l'océan tangue toujours et la nuit et le jour. Le sable fait des bulles le long de sa dentelle, et tout s'efface devant elle, c'est vrai.
Au fond de la nuit persiste cette brise qui brise ses ancrages et ce bateau de tous les départs qui m'attend comme une utopie. C'est vrai que je n'ai pas dit oui !
zoz..

Littér’auteurs - Psy

Justement

Moi et les divans ça fait deux ; trois, même, avec l’énergumène qui est assis à ton chevet, qui te regarde avec la compassion de celui qui t’assiste dans tes derniers instants. D’ailleurs, chez moi, pas de divan. On ne sait jamais !
Mais bon… toutes mes copines me disent que je devrais aller voir un psy. Parce que.
Quand ma coiffeuse s’y est mis, elle aussi, je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a dit : parce que.
Mais enfin, c’est quoi ce délire ? Ma coiffeuse a rajouté : justement.
Justement.
Équitablement ou précisément ? Impartialement ou rigoureusement ? Objectivement ou immanquablement ? Froidement ou nécessairement ? Sèchement ou fatalement ? Crûment ou inéluctablement ? Brutalement ou obligatoirement ? Bestialement ou sûrement ? Férocement ou paisiblement ? Cruellement ou doucement ? Atrocement ou agréablement ? Épouvantablement ou gracieusement ? Terriblement ou civilement ? Joliment ou poliment ?
Justement, a répété ma coiffeuse.

Je me suis bien marrée ! Elle croyait que je cherchais des rimes en « ment »… comme…
équitablement,
précisément,
impartialement,
rigoureusement,
objectivement,
immanquablement,
froidement,
nécessairement,
sèchement,
fatalement,
crûment,
brutalement,
obligatoirement,
bestialement,
sûrement,
férocement,
paisiblement,
cruellement,
doucement,
atrocement,
agréablement,
épouvantablement,
gracieusement,
terriblement,
civilement,
joliment,
poliment.

Je me suis bien marrée ! Elle n’a même pas vu que j’ai sauté un mot… justement !
Et c’est moi qui devrais aller voir un psy ?
Justement, c’est plutôt elle qui devrait s’allonger sur le divan. Mais pas sur le mien. Chez moi, pas de divan.
Parce que.
Justement.
Hep ! Toi le lecteur ! Je suis sûre que tu n’as pas vu le mot que j’ai sauté ! Rigole pas trop ! C’est justement un test pour savoir si tu dois aller voir un psy. Parce que.
Justement.

Où lire Littér’auteurs

Tisseuse - Psy

Je traîne mon ennui au bar de la folie
J’emmène mon spleen à flanc de colline
Je suis en errance presque en partance
J’ai un blues indolent qui me colle à la tête

En un rythme lent qui m’enrobe et me prête
Des relents de néant et d’incohérence
Le gris m’envahit me tord et me plie
Travelling au ralenti

Ma tête sombre s’emplit d’ombres
Et de nuages qu’elle ravage
Dans l’entrelacs des pensées
Et des humeurs calcinées

Je me rends songe et vérité
Dans des contrées oubliées
Dans des recoins de mon passé
Dont je gratte quelques bribes lassées

Je tourne en rond dans ma cage
Visitant les mêmes paysages
Me cognant aux angles de la vie
Dont j’arrache çà et là quelques débris

Fouillant le sauvage comportement fœtal
Extirpant l’archaïque mémoire tripale
La vie redouble d’un cri décuplé
Primal presque animal

Je me débats et je vire de bord évitant le pire
Je n’ai plus de sillon à creuser
Plus qu’une terre échevelée
A patiemment renourrir

Manoudanslaforet - Psy

Monologue sur le divan

Je m’allonge, ferme les yeux :
- Alors qu’est ce que tu me racontes ?
Rien que du vieux…
- Allez ose t’as bien des choses à dire ?
Ben ..oui je suis triste comme jamais du chagrin d’amour de mon fiston
- Et puis ?
Mon mari m’ennuie…me lasse… m’énerve…m’agace…. J’ai du mal à lui trouver quelques choses de positif…ça craint…
- Et alors ?
Ben voila c’est tout…
J’ouvre les yeux et je me dis que j’ai bien fait de ne pas payer une consultation pour ne dire que ça !!!!

lundi 17 novembre 2014

Emma - Psy

Nickel

- Je préfère le fauteuil en altuglas, si ça vous fait rien.

Que les choses soient claires, c'est pas moi qui ai voulu venir. C'est mes parents qui me tannent, surtout ma mère. Alors bon, pour avoir la paix...
Parce que je ne suis pas malade, pas du tout ! Au contraire je suis bien plus lucide que vous tous qui crapotez dans les miasmes et vous fricassez le museau à longueur de journée !
Vous, je ne sais pas si vous fricassez des museaux, mais je le suppose, quand vous êtes en civil : de nos jours on ne peut plus y échapper. Et smac et smac aux collègues dont on n'a rien à secouer, ni eux de nous, d'ailleurs, et smic smic dans le vide aux pimbêches de tout poil.

Poil ! Tiens, voilà un mot parfaitement répugnant. Poil ! Vous regardez ça au microscope, y'a plein de bestioles qui font l'ascension. Pareil pour la peau : dans vos empreintes digitales, c'est le Paris Dakar des champignons et acariens.
Pas les miennes, ça je peux l'affirmer, nickel mes empreintes ! Et c'est du boulot, je vous assure d'astiquer ça aux lingettes désinfectantes. Mais la santé est à ce prix ! Pensez à ces inconscients qui échangent la grippe A contre une  maladie de peau rien qu'en se serrant la main.  Ce qu'il y a de bien avec les psys, c'est qu'ils ne vous interrompent pas, mais aussi qu'il ne vous serrent pas la pince.

Je sais, vous vous dites que je me suis fourvoyée : chez vous, c'est pas trop le lavage de mains qui vous botte, mais les bonnes grosses névroses liées aux bons gros secrets de famille.
Mais avant vous, j'ai essayé deux comportementalistes. Enfin quand je dis "je", c'est ma mère qui avait pris les rendez-vous...
Le premier avait des fauteuils en velours, vous imaginez ? microcosmos en live !!!
Le deuxième, ça allait à peu près, formica vintage dans la salle d'attente, mais des méthodes d'une violence !!! La première fois il m'a fait tremper les mains sans regarder dans un sac de talc. 80 euros la boîte de talc ! Et encore, je pense qu'il doit le recycler. La deuxième, il  m'a plus vue.

C'est par ma copine Karine qu'on a eu vos coordonnées. Elle, elle fait de la dépression à l'envers, jamais aussi contente que dans la pluie ou du brouillard. Le soleil ça la rend dingue. Elle dit que son analyse lui fait du bien, qu'elle a enfin compris que sa grand-mère a trompé son grand père, ce qui, à mon avis, lui fait une belle jambe. Elle angoisse toujours sur les incertitudes de sa génétique, parce que sur la carte postale ornée d'un coeur quelle a trouvée dans le vieux missel de sa grand-mère, c'est simplement écrit "devinez qui ?"
En fait, ce qui m'a décidé est qu'elle m'a dit que vous êtes meublé en altuglas. Philippe Starck, quand même.

Pour en revenir à ce qu'ils appellent "mon trouble", avouez que je ne fais que mettre réellement en pratique ce qu'on nous serine partout !
  C'est vrai que c'est épuisant de prendre six douches par jour, mais l'hygiène l'exige. La pureté ! Moi je vis en accord avec mes principes. C'est une éthique ! Je me défends contre l'ennemi de l'extérieur.
Ma petite soeur ( ça m'étonnerait pas que ma mère vous l'amène un de ces jours), elle se défend contre l'ennemi de l'intérieur : le gras, qui vous transforme en otarie, enrobe les organes et tapisse les vaisseaux. Répugnant quand on y pense.

Ah ah !!! Vous vous demandez sans doute comment sont nos parents ?
Tout ce qu'il y a de plus normaux. Sont dans l'eau tiède, et bien contents d'y être. Du genre "j' suis pas raciste mais..."

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- On en reste là pour aujourd'hui. Non non, je ne reçois pas d'argent, glissez les billets dans cette enveloppe que vous mettrez dans ma boîte à lettres en sortant...

Où lire Emma

Vegas sur sarthe - Psy

Bémol majeur

Au début je parlais peu.
Et ELLE moins encore, si ce n'étaient ces “Oui et ensuite?” que sa bouche carmin susurrait sournoisement dans mon dos quand j'interrompais le grand déballage de mes lieux communs.
“Oui et ensuite?”
Alors j'ai raconté Germaine et ses trois greffiers angora qui foutent du poil partout... pas tant les greffiers.
Je racontais nos vacances à Pornichet, l'appart de l'avenue du Littoral, le casino Partouche et puis la varicelle du gamin.
“Oui et ensuite?”
Ensuite... il s'était gratté et on avait remplacé les bains de mer par des bains tièdes additionnés de farine d'avoine. Allez trouver de la farine d'avoine à Pornichet en plein mois d'Août!
ELLE était dotée d'une patience infinie et de deux jambes interminables qui finissaient au bord d'une micro-jupe moulante et qu'elle croisait et décroisait avec un petit bruissement soyeux des plus pernicieux...
Pendant ce temps je durcissais et mon fauteuil aussi, plus raide et plus inconfortable à mesure que je consultais.
“Oui et ensuite?”
Ensuite j'ai évacué la farine d'avoine pour raconter le bureau, l'informatisation du fichier immobilier, la scanérisation du stock, les tickets restau et aussi cette soudaine promotion obtenue dans la douleur et l'écoeurement et qu'on appelle familièrement promotion-canapé.
Pour l'heure le sien était fait d'un vieux cuir crevassé et malgré son aspect fatigué par tant de fondements qui s'y étaient abandonnés, j'étais sûr de gagner au change.
Mais je devais le mériter - c'est ce qu'ELLE m'avait fait comprendre - quand j'aurais abandonné sur son paillasson tout ce fatras qui constituait mon 'Moi conscient' et qui m'empêchait de lâcher prise.

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Semaine du 17 novembre au 23 novembre 2014

Il n'y a pas que l'amour dans la vie, bien sûr, il y a aussi nombre d'autres émotions qui parfois nous empoisonnent la vie. Défoulez-vous cette semaine et étendez-vous sur le canapé d'un psy, d'un thérapeute, d'un charlatan, peu importe. En privilégiant la forme du monologue, en prose ou en vers, libérez-vous de vos tracas.
N'ayez pas peur, nous sommes liés par le secret professionnel... mais nous avons des heures de bureau uniquement jusqu'au 23 novembre minuit heure de Paris. Prenez rendez-vous avec notre secrétaire dès maintenant à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com.

samedi 15 novembre 2014

Blj73 - Une histoire d'amour

Je l'ai échappé belle
J'aurai pu passer à coté d'elle
Longtemps ignorée, longtemps boudée
Aujourd'hui, elle éclaire ma vie…

Je suis si heureuse d'avoir fait sa connaissance

Je ne risque plus d'oublier sa présence
Elle est d'une toute beauté,
Je suis émerveillée
Il me suffit de la regarder
Mon cœur s'enflamme,
Elle réchauffe mon âme
Pas besoin de l'appeler
Pas besoin de lui téléphoner
Elle est là immanquablement à mon appel
Que ferais-je aujourd'hui sans elle ?

Auparavant, en courant
Je passais devant elle
Un jour, après un détour
J'ai pris conscience de sa présence
Je me suis arrêtée, je l'ai admirée
Elle m'enchantait, elle me ravissait
Je n'ai pas hésité, je lui ai parlé
Nous avons fait connaissance
Réceptive, elle était
Elle m'a pris comme j'étais..

Aujourd'hui, l'aventure perdure
Je suis gâtée…
Toujours prête à m'accueillir
Toujours prête à m'offrir
Ses cadeaux de toute beauté,
Ses cadeaux très Nature
Chaque jour, elle m'attend
Je lui confie mes secrets
Je lui confie mes chagrins,
Elle, elle n'attend rien
Elle m'écoute inconditionnelle
Je peux compter sur elle

Un jour, si vous la croisez
Vous-aussi, vous pouvez vous ouvrir à elle
Dame Nature est universelle…
Et dire que je l'ai échappé belle
J'aurais pu passer à coté d'elle…

Gilsoub - Une histoire d'amour

Des fois j’ai l’impression que c’était hier, d’autres fois que le temps a passé, mais aujourd’hui encore je n’ai pas réussi totalement à l’oublier.

Je me rappelle très bien de notre première rencontre, en quelque sorte le premier flirt, c’était au soleil, sur une terrasse, pas loin de la mer ; là où j’attendais une belle blonde, j’ai trouvé une jolie brune bien roulée ; ce n’avait pas été ma première intention, mais je n’ai pas pu m’empêcher de l’allumer…

De cette première soirée me resta une impression étrange, la bouche un peu pâteuse… J’ai d’abord voulu ne pas y donner de l’importance, à quoi bon, et puis c’est à mon initiative que je l’ai retrouvée un mois après ; c’est certainement là que tout a vraiment commencé…

Très vite nous n’avons pu nous passer l’un de l’autre ; surtout moi…
J’aimais à la caresser du bout des doigts, la savoir toujours à portée de bouche, la sucer passionnément ; je n’imaginais pas ne plus l’avoir à mes côtés.
Du premier baiser sucré du matin à celui du soir, c’est comme si ma vie lui appartenait, elle me faisait du bien, et si elle venait à être absente, je pouvais illico me sentir mal !

Rapidement des amis m’ont mis en garde contre elle, du genre « méfie-toi », « c’est trop beau pour être vrai », « ce n’est pas ce qu’il te faut », « elle te coûte cher », « il ne faut pas que je regarde juste le plaisir qu’elle me procure », « je suis encore jeune », «elle va me rendre malade» bref que des jaloux et des emmerdeurs à ce que j’en pensais alors ; avec le recul, force est de constater qu’ils avaient raison, il n’y a pas de fumée sans feu ; moi j’étais aveugle…

Et puis le temps passa, la passion devenant routine et les bons moments plus rares. Plusieurs fois j’ai songé à la quitter, et malgré les tensions de plus en plus importantes entre nous, je n’arrivais pas à m’y résoudre, je n’avais pas le courage ; elle me manquait très vite.
Un jour, alors que désespéré de la situation j’en parlais avec mon médecin, il m’en donna la solution : être fort, déterminé et un médicament pour m’aider.
Je suis rentré chez moi, notre cohabitation devenait de plus en plus difficile, les gens ne voulaient plus me voir quand elle m’accompagnait, sa réputation de salope, osons le mot, prenait de l’ampleur ; j’ai actée ma décision ferme et définitive, résolue, mais avec regret...

Je me souviens encore de la date comme un moment marquant de ma vie.
Cela fait maintenant plusieurs années que l’on s’est séparé et pourtant je pense toujours à elle, au bon moment passé ensemble, à son goût que j’adorais, son odeur, la contenance qu’elle me donnait, le plaisir, cette impression de jouissance des fois…

C’est le 10 mars 2008, à 3 heures du matin, que j’ai fumé ma dernière cigarette et dieu sait que je l’aimais, que j’aimais cloper…

Où lire Gilsoub

Gaëti - Une histoire d'amour

Famili

Qu'on le réveille, à n'importe quelle heure de la nuit, si tel était le cas. Telles étaient les consignes qu'il avait données à son commandant en chef en cas d'arrivée de la missive. L'idée de recevoir au milieu de son sommeil le passeport pour de jolis rêves rassurés était un cadeau qui ne se refusait pas. De toute façon, les réveils brusques, il en avait l'habitude, c'était un trait caractéristique de l'armée sur le terrain. Sachant que terrain était un bien grand mot tant il sondait depuis de nombreux jours une étendue liquide sans fond, au beau milieu de nulle part.

Les heures de réception des messages variaient, au bon vouloir de la hiérarchie et de haut commandement militaire. Parfois, ils arrivaient pendant l'exercice de leur fonction et une petite pause lecture leur était offerte ; d'autres fois, seule l'épaisse lumière rouge au-dessus des portes du couloir indiquaient qu'il était en pleine nuit, juste histoire de rappeler à son corps sa nécessité de se reposer. Dans ce cas, c'était sans vergogne qu'un officier ou autre passaient dans les chambres en disant "Famili, famili".

La distribution des petites antisèches au bonheur en gros. En quarante mots, les familles sur le plancher des vaches donnaient des nouvelles de l'autre front. Quarante et pas un de plus. Alors toutes apprenaient l'art de rester concis et on revenait au temps des télégraphes en éliminant tout le superflu. Quarante mots pour garder le contact avec les siens et ne pas perdre pied, le comble pour quelqu'un travaillant dans un sous-marin à propulsion nucléaire et nageant dans une mer dont il ignorait le nom.

"Préparatifs avancent Stressée Détails beaucoup Parents moi impatients Moi aussi Peut être poste meilleur négociation patronne salaire Frères Soeurs Papa Maman ok Neveux Nièces école ok Espère navire passe bien Bientôt fin Retrouvailles Fête Anniversaire T'aime Manque Bisous Pêche"

Le seul lien restant avec sa chérie. Son amour à la peau sucrée comme un fruit. Ce petit bout de papier était à la fois l'assurance de bonnes nouvelles et qu'elle pensait à lui. Difficile pour leur couple de résister au manque effroyable causé par tous ses départs et la dangerosité de son métier. Parti pour deux mois et demi, qu'elle est longue l'attente lorsque Pénélope manque de bras et qu'elle repousse les prétendants. Tout cela, il le savait, et elle savait qu'il savait. Ainsi, elle le préservait au maximum des idées noires tout en dosant chacun de ses mots. Il devait après tout se concentrer un maximum sur son travail. Dévier de sa trajectoire aurait été aussi fatal que celle de l'engin qu'il pilotait avec ses camarades.

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vendredi 14 novembre 2014

Cacoune - Une histoire d'amour

Déclaration

En cette journée pluvieuse, froide et cafardeuse,
j’ose saisir ma plume pour dire combien, je l’aime.
Cette passion, je l’assume, même si elle me laisse songeuse.
Car, je sais que sans lui, ma vie ne serait pas la même.

Si vous saviez…

Il est si doux, si chaud, toujours si enveloppant
Le jour, la nuit, l’instant, quel que soit le moment
Il sait rendre tout beau, si bon, si tendrement
Que blottie en son sein, je me dis : cessons tous nos mouvements

M’y plonger sans retenue
Fermer les yeux doucement
Humer son parfum frais
Et caresser ses formes

C’est même encore mieux nue
Me dis-je, m’abandonnant
Dans son sein si douillet
Et son cœur tant énorme

Violent contentement
Contact saisissant
Nos corps généreux
S’épousent harmonieusement

En moi, le plaisir monte
Alors je crie, je clame,
et ceci, bien, sans honte
Je lui déclare ma flamme

« C’est clair, c’est sûr, c’est lui !
C’est dingue ce que j’aime mon lit ! »

jeudi 13 novembre 2014

Lilousoleil - Une histoire d'amour

Elle, à peine éveillée au milieu d’un lit défait, un rayon de soleil qui filtre aux travers des persiennes mal fermée, la petite chatte blanche au pelage doux et soyeux roulée en boule contre son épaule.
Lui, couché tard et levé tôt, marche dans les rues désertes et calmes à cette heure matinale, avec au fond du cœur l’impression d’avoir survécu à une tendre tornade après cette nuit passée auprès d’elle ; elle, inconnue hier encore à l’heure du thé..

Elle, elle rêve à ces derniers moments vécus avec lui. Le film se déroulait en boucle. Elle se demandait si c’était le prélude à une histoire merveilleuse ou si ce ne serait qu’un déjeuner de soleil.
Lui, que ses pas entrainent inexorablement vers cet appartement ; il revient. Il ne peut s’en empêcher. Ce duel amoureux lui laisse des images inoubliables. Ecrire une lettre d’amour et la glisser sous la porte. Repartir comme un voleur ou monter quatre à quatre les marches et après ?

Elle, elle veut arrêter le temps, ne veut plus souffrir. Elle veut pouvoir écouter son cœur mordu brutalement par des sentiments qu’elle s’était interdit. Pourquoi refuser la main tendue… Le malheur ne frappera pas deux fois. Que pouvait-elle perdre encore ?
Lui devine sa fragilité, une douleur secrète… Il aimerait bien percer ce mystère.

Elle, elle se lève, s’enroule dans cette robe de chambre de soie pêche qu’elle ne voulait plus porter de puis l’accident. Son époux, ses enfants, elle retrouve le parfum, elle est apaisée.
Lui, passe devant une petite marchande de fleurs, achète un petit bouquet rose

Elle prépare un petit plateau de petit déjeuner.
Eux, se précipitant dans les bras l’un de l’autre, bégayant des mots qu’eux seuls pouvaient comprendre.

Au dehors, les oiseaux chantaient le printemps qui renaissait.
Amour fugitif ou amour … Ils veulent croire à l’éternité.

Où lire Lilousoleil

Mamily - Une histoire d'amour

A quinze ans, elle crut à l'amour des garçons.
Il ne lui apporta que désillusions.
Elle s'éloigna d'eux et se renferma.
Un jour, surgit en elle un désir brutal et fou
Qui hanta ses rêves.
Les fantômes de la nuit la transformèrent
En nymphe experte de volupté.
Elle se mit à explorer le corps de son elfe,
Avec un doigté délicat, une maîtrise insoupçonnés.
Ces rêves ont bouleversé sa vie.
Son sommeil fut entrecoupé de sursauts
Où elle se surprenait dans un état
D'essoufflement,
De délices,
De sensations brûlantes.
La nuit lui révéla la sexualité.

Sur le chemin du lycée,
Quand elle l'apercevait au loin,
Son cœur s'affolait et la faisait basculer.
Quand elle était tout près d'elle,
Elle avait peine à dissimuler son émoi.
Quand elle effleurait son genou sous la table commune,
Sa main tremblait.
Quand elle entendait sa voix susurrer une poésie,
Elle chavirait en fermant les yeux.
Son trouble fut décelé
Par le professeur de français.
Elle bravait le regard furibond
Avec insolence.
Elle persista dans l'indécence.
Pendant les cours,
Se serrant contre la cuisse de sa muse,
Reniflant comme un animal
Les boucles blondes
Qui dansaient sur l'épaule proche,
Jouissant d'un contact furtif de son oreille,
Elle donnait vie à ses rêves.
Obsédée, elle se mit à la traquer,
Se plaquant contre un arbre, à l'abri des regards,
Caressant le tronc avec les mains écartées,
Laissant les larmes exprimer son désespoir.
Durant les vacances d'été,
Elle se cloîtra avec ses fantasmes,
Dépérissant à vue d'œil dans l'attente du retour.....

Un coup de poignard a tué son amour,
Le jour où elle les surprit, enlacés, passionnés,
Échangeant des baisers qu'elle n'avait osé donner.
La brûlure ne s'est jamais cicatrisée....

Litter'auteurs - Une histoire d'amour

Quand, ce matin-là, le facteur sonne chez Fernande et Piotr, ils se regardent, inquiets. Quelle mauvaise nouvelle pouvait-il bien leur apporter ? Ils hésitent même à traverser le jardinet pour aller lui ouvrir le petit portail.
- Reste là, je vais y aller.
- Tu penses que c’est quoi ?
- Comment veux-tu que je sache !

Pendant qu’ils palabrent, le facteur s’impatiente. Il sait bien qu’ils sont là, ces deux gentils petits vieux qui ne bougent plus guère de leur maisonnette ! D’ailleurs, il se demande lui-même s’il n’est pas porteur de mauvaise nouvelle. Une lettre recommandée, pensez donc ! Mais il n’a pas que ça à faire ! Il ne va tout de même pas leur laisser un avis de passage ! La poste est à l’autre bout du village ; comment leurs pauvres jambes allaient-elles les porter jusque là ? Il appuie une nouvelle fois sur la sonnette.
- On vient, on vient ! s’exclame Piotr.
Le facteur peut voir Fernande qui guette derrière la fenêtre.
- C’est un pli recommandé, Monsieur Zgórecki ! Tenez ! signez là. J’espère que votre dame va bien ! Allez ! à bientôt !
Piotr tourne et retourne l’enveloppe entre ses doigts. Fernande s’impatiente.
- Qui c’est qui nous l’envoie ?
- Un notaire.
- Un notaire ?

Ils se regardent, atterrés. Un notaire …
- Ben, qu’est-ce t’attends pour l’ouvrir !
- Tiens ! va-s’y, Madame courage ! Ça fait cinquante ans que tu me serines ! T’avais qu’à ! T’aurais dû ! À ta place, j’aurais fait… Eh bien, là, t’as qu’à !

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mercredi 12 novembre 2014

CristelD - Une histoire d'amour

UNS

Tes yeux doux et tendres
Ont croisé les miens :
Inconnus attirés.

Miraculeuse rencontre :
Océan vide d’où jaillit une
Ile.

Imprévu bienheureux !
Lien : deux enfants naissent
Soulignant notre union.

Pivoine - Une histoire d'amour

Extrait du Journal de Philippe.

"Ce matin, je suis arrivé devant ma classe de terminale avec des pieds en plomb."

J'ai écrit cette première phrase qui dit tout et ne dit rien, et j'en suis resté là de ma confession.
Ce n'est pas tout à fait vrai, j'ai encore écrit ceci:

"Pourquoi avais-je des pieds de plomb? Parce qu'on se trouvait au dernier trimestre de leur dernière année scolaire? Parce qu'on était à la première heure de la journée?
Qu'il était 8 heures -5 et que nous aurions déjà dû être en cours à 8 heures -10? Parce que j'avais deux heures de contrôle général devant moi dans une classe qui... Une classe que..."

Et j'en suis resté là, une fois de plus. Tant la honte et le sentiment de culpabilité me taraudent.
Je n'ai pas été à la hauteur.
Je recommence.
Ce fameux jour dont je parle, d'abord, la moitié des élèves manquait. Les garçons étaient là, pour la plupart, les uns discutant, les autres baillant aux corneilles. Une ou deux jeunes filles, indifférentes, voire, ricanantes me regardaient par en-dessous. Ce n'était pas pour me mettre de bonne humeur. Elles manquaient, pour la plupart. Sabine n'était pas là non plus, je l'ai tout de suite remarqué. Ni Samia - sa meilleure amie - mon reproche vivant.

Parfois, je crains davantage le regard, si perspicace de Samia, que celui de Sabine.
Finalement, l'un d'eux a marmonné : "elles sont toutes aux toilettes..."

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Emma - Une histoire d'Amour

Love story.

Depuis 6 ans que je suis directeur de la maintenance des escalators de la gare du Nord, je ne vois même plus les gens. Qui montent, qui descendent, en une masse à la fois grise et colorée, qui me fait penser à ces boules informes que font les enfants lorsqu'ils sont fatigués de jouer à la pâte à modeler et compressent toutes les couleurs ensemble. Des gens gris qui montent et qui descendent, et ne reprendront leurs couleurs que quand ils auront retrouvé ceux qui les attendent quelque part. Encombrés de bagages à dos, ou à roulettes, dans lesquels sont enfermés des bouts d'eux-mêmes, de la couleur de la vie d'avant ou pour la vie d'après.
J'ai vu souvent des jeunes remonter en courant l'escalier descendant. J'ai vu de splendides et athlétiques voleurs à l’arraché. Ceux-là attendent les heures creuses pour pouvoir s'envoler plus facilement. J'ai vu un tout petit qui savait à peine marcher se fracasser la mâchoire, et entendu sa mère se plaindre à la cantonade "celui-là, il me fait tout voir, ça fait deux fois aujourd'hui qu'il ramasse une gamelle!" J'ai vu pas mal de gens se casser la figure, j'ai même dû appeler les secours deux ou trois fois.

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Blick - Une histoire d'amour

Jaufré Rudel

J'ai galopé à corps perdu pour rattraper la croisade qui, s'éloignant déjà des vignobles de Blaye, cheminait en braillant vers Tripoli. Nous atteignîmes vite la mer, car les jours sont longs en mai, quand paraît la fleur d'églantine, et les soudards allaient bon train. Je rêvai d'amour tout mon soûl en les suivant à cheval, écoutant s'éclaircir le ruisseau de la fontaine et mâchant des chants d'oiseaux lointains. Je me moquais comme de l'an 1140 des funestes conséquences à long terme de ces expéditions chez les sarrasins.

Il faut dire que j'étais en pleine confusion des sens lorsque je me mis en chemin pour la rejoindre. L'odeur de sa beauté était parvenue jusqu'à mes oreilles et le bruit de ses perfections avait chatouillé mes narines. Mes doigts s'emmêlaient déjà dans le parfum de ses yeux, mon souffle caressait sa voix douce qui chantonnait sous les palmiers de l'île aux lapins, tandis que j'écoutais de mes lèvres battre son cœur, dont la rumeur passionnée fit, hélas, se lever une houle courte et hachée qui rendit la mer peu sûre et agitée.

J'en tombai gravement malade et délirai jusqu'à la fin de la traversée, couché dans la cambuse où les matelots me jetèrent. On m'amena dans une chambre d'auberge pour y mourir. Quand le Croissant-Rouge la fit prévenir (je ne le rechoukranerai jamais assez), elle accourut pleine de robes et de bracelets qui tintinnabulèrent, aussitôt l'hiver gelé et mon chagrin morne et pensif s'en allèrent, tandis que le rossignol, la grive, le geai et le pic s'envolaient gaiement des chênaies, faisant cliqueter les ramures. Repos sentinelle : les ramures, pas les armures.

Je n'ai pas vu la terre sainte, n'y croyant guère, ni croyant ni guerrier. Je ne mourus pas non plus en odeur de sainteté, plutôt, après de doux entretiens, dans celle délicieuse de ses cheveux, le cœur si plein de joie d'être enfin vu de ses beaux yeux. Et quand, la vie me quittant, je partis de cette terre, il me souvint longtemps de cet amour de loin, dont il reste quelques chansons.

Tim - Une histoire d'amour

L’amour des sens

C’est sûr, il va cesser de penser à lui, d’abord à lui. A cause d’elle. Non, grâce à elle.
Il veut la voir et ne voir qu’elle. La regarder en silence : il sait qu’avec elle, il peut aimer les silences qui laissent parler les regards. Il sait qu’avec elle, l’absence de mots peut ne pas être angoissante. Il veut l’observer quand elle ne sait pas qu’elle l’est. La regarder dormir, atteindre l’intime de son sommeil. Contempler la nudité de son corps imparfait. Aimer cette imperfection, trop ou pas assez, contre laquelle, excessive, elle rage parfois. Admirer la finesse de ses traits et le charme de son sourire.

Il veut toucher ce corps aussi, le caresser et l’apprendre. Le sentir frissonner sous ses doigts, éprouver sa sensibilité. Savoir que ses mains ont ce pouvoir de le faire réagir et faire naître en elle le désir, comme il monte en lui au simple contact d’elle. Gonfler leur quotidien de ces effleurements éloquents qui disent, eux aussi, l’intimité, la présence de l’autre, ses attentions.

Il veut entendre, les bruits qu’elle fait sans s’en rendre compte, sa respiration, l’entendre parler haut quand elle se croit seule ou qu’elle a oublié qu’elle ne l’était pas. Il veut l’écouter parler de son travail, raconter le film qu’elle est allée voir sans lui ou le livre qu’elle vient de lire, qu’il lira aussi, c’est sûr, à elle il a tellement plu. Prêter, à ses peines, son oreille et son épaule. Partager les joies, l’enthousiasme qu’elle ne saurait taire.

Il veut sentir son corps. Savoir son parfum lorsqu’elle en porte et connaître l’odeur de son corps quand les effluves se sont dissipés. Il veut retrouver ces odeurs mélangées dans ses vêtements, la légère âcreté de sa transpiration. Il veut, reniflant son oreiller, y déceler sa présence, si elle s’est levée avant lui ou si la nuit les éloigne. Il saura qu’elle approche, qu’elle est là, avant même de la voir, de l’entendre. Il veut connaître le goût de sa peau et celui de ses lèvres. Ses lèvres à lui n’auront de cesse d’apprendre son corps à elle, couvert de baisers et jamais trop embrassé. Il veut leurs langues qui se cherchent, se touchent, s’enlacent. Il veut le goût salé de ses larmes lorsqu’il espèrera, les empêchant de couler le long de ses joues, atténuer sa tristesse.

Oui, dès qu’il la rencontre, c’est sûr, elle éveillera ses sens.

Chri - Une histoire d'amour

UN SIEGE VIDE.

Je ne l’ai pas remarquée de suite.
C'est-à-dire qu’en premier, ce sont ses jambes qui m’ont, si je peux dire, sautées aux yeux. Elles étaient longues, fines, musclées et cuivrées. Et ses genoux intelligents. Les deux. N’essayez pas de me faire dire comment je peux savoir une chose pareille, je ne le dirai pas, mais je vous demande solennellement de me croire sur parole. Et je pèse mes mots : intelligents et bien sûr attirants. Il faisait tellement chaud dans ce minuscule théâtre que la plupart des femmes présentes faisaient prendre l’air à leurs cuisses et s’éventaient le visage avec le programme avec des gestes d’une élégance rare. Elle, elle faisait comme les autres. Et toutes ces mains agitées créaient un courant d’air magique qui, très vite après avoir un peu rafraîchi, échauffait un tantinet les sens.

Elle était entrée juste après le début du spectacle, à cet instant où le noir se fait et s’était assise sur le siège vide à côté de moi. J’en avais été chagriné, un temps. À minuscule théâtre, place riquiqui. Avant elle, j’avais pensé: Tant mieux, personne à côté, si je m’ennuie, je pourrais me dégourdir au moins les jambes. Là, par elle, j’étais scotché. Enfin scotché… Tout est relatif ! Disons que j’étais bien figé! En s’asseyant son genou gauche avait touché le mien. Elle m’avait, alors, pour s’excuser, décoché un sourire à faire trembler une île. J’avais, à partir de cet instant précis, rêvé de me transformer en limande sole… À cause des yeux sur le côté.

Puis, la pièce avait commencé. Un truc assez triste qui parlait de ce que tout le monde connaît plus ou moins, de rupture, de comment s’aimer encore quand on ne s’aime plus. C’était bien écrit, bien interprété, je n’étais plus dans l’humeur. Ce genou, cette cuisse, maintenant, qui s’appuyait contre la mienne... Son geste pour rassembler ses cheveux et aérer un peu sa nuque, une bretelle fine de sa robe blanche en lin qui n’en faisait qu’à sa tête... La longueur de ses doigts agitant l’éventail improvisé... la joliesse de ses sandales noires à talons, la finesse de ses attaches, la couleur de sa peau, son rire franc aux répliques cinglantes, sa présence, son incroyable présence, l'aimantante présence de... son épaule qui s’appuyait de temps en temps contre la mienne et tout juste après, son sourire irradiant se tournant vers moi… et je n'avais encore rien vu ses yeux... Le vert leur allait si bien.

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