Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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samedi 26 mai 2012

Sable du temps - Panne d'écriture

Il suffirait d'un trait de plume
pour accrocher les mots
farandole joyeuse
cascade jaillissante
aux reflets vif argent.
Il suffirait d'un trait de plume
pour colorer tes rêves
il était une fois
nos jeux d'enfants
courses folles
rouge fleur bleu azur
mains offertes anneau d'or.
Il suffirait d'un trait de plume
pour dessiner le temps
heures lumineuses
herbe tendre matins d'avril
plein été soleil ardent
vignes en fête soirées d'automne
nuits d'hiver cimes bleutées.
Las !
ma page est blanche
lit de glace
dentelle de givre
neige éternelle.
Il suffirait d'un trait de plume
pour tout te dire ...

Où lire Sable du temps

Noisette - Panne d'écriture

Il n'y a pas de hasard

Cette robe te va très bien m'a dit mon fils. Cela tombe bien : ce soir c'est sortie "cinéma art et essai". Un film allemand en VO dans une petite salle de province. J'arrive à la dernière minute comme d'habitude, je gravis les escaliers menant au guichet sans omettre de saluer Mr T. pendu au téléphone. Joli sourire. Regard toujours aussi pétillant mais m'a-t-il seulement vue ? Une dizaine de personnes dans la salle en ce jour de semaine. Je m'installe au milieu d'une rangée vide. Un couple s'installe juste derrière moi. Je participe bien malgré moi à leur conversation. Ils parlent du Fils de l'autre qui m'a profondément émue la semaine dernière. L'envie me démange de leur donner mon avis.
Mr T. arrive près de moi et me salut une deuxième fois. Seuls deux sièges nous séparent.
"L'Amour et rien d'autre" : une intimité filmée avec beaucoup de pudeur mais sans pudibonderie ; une actrice principale époustouflante de vérité. J'aime. Seul hic : la chanson française du générique est d'une mièvrerie déconcertante. Cela me fait quitter la salle avant les autres spectateurs. Je m'attarde dans le hall d'entrée pour y lire le programme du mois à venir. Mr T. me rattrape à la sortie :

- Cela vous a plu ?

Une conversation s'engage. Echanges de point de vue sur un bout de trottoir. Douceur estivale. Je me sens troublée, happée par son enthousiasme pour cette actrice allemande. Il se sent un peu ridicule tout à coup de me dire tout cela. Mais non ! Je suis ravie de rencontrer une personne aussi passionnée.

Nos pas nous portent vers le parking.
- Où allez-vous ? me demande-t-il.
- Je rentre chez moi
Il y a comme un flottement. Je le sens hésitant.
- Bon, alors bonne soirée !

Il retourne à sa voiture. Moi à la mienne. Ma petite voix intérieure me dit de faire demi-tour, de courir vers lui, de lui dire que c'est trop bête de se séparer comme cela, qu'il n'est pas tard... Mais je ne l'écoute pas.

Par deux fois nos voitures se croisent sur le trajet du retour. Nous n'habitons qu'à quelques centaines de mètre l'un de l'autre et la fantaisie m'a pris de passer par sa rue et lui par la mienne.

L'idée m'a obsédée toute la journée du lendemain : lui écrire un SMS. Il n'a pas été bien difficile de trouver son numéro de portable.

Et maintenant me voilà à sec devant mon écran de portable désespérément vide.

Que lui écrire ? Que j'aurais aimé poursuivre notre conversation autour d'un verre ? Que j'aurais aimé me réchauffer encore à son l'enthousiasme débordant ? Que j'ai eu envie de voir cette actrice allemande si particulière dans un autre de ses films ? Que je le remercie de me l'avoir fait découvrir ? Oserais-je pousser plus loin en avouant j'ai eu une irrépressible envie de le toucher ?

Comment l'écrire ? Que va-t-il penser ? Ne vaut-il pas mieux rester dans l'ombre protectrice et étouffer mon désagréable sentiment d'inachevé ?

L'angoisse de la page blanche me prend. Je lève les yeux et mon regard se pose sur la rue, juste au moment où la silhouette de Mr T. la traverse !

J'ouvre ma porte précipitamment pour que cette histoire ne reste pas page blanche...

Mamily - Panne d'écriture

Un crayon rend visite à une page blanche.
Il frappe à la porte.
Personne ne répond.

jeudi 24 mai 2012

Sebarjo - Panne d'écriture

Lettre (ou)verte

Ce matin-là, j'avais décidé d'aller dans la remise au fond du jardin pour écrire mes quelques lignes - voire pages - quotidiennes. Il faisait beau et j'y serais bien. Tout était aménagé simplement mais confortablement.

Un vieil établi me servait de bureau sur lequel j'entassais quelques feuilles vierges à lignes et à grands carreaux, ainsi que des stylos dans un pot de confiture. Au-dessus, étaient posés sur une étagère en pin, quelques tasses en alu et des petites cuillères biscornues, une boîte en fer qui jadis avait renfermé des biscuits et qui aujourd'hui cachait une réserve de sucres, un transistor GO/FM et quelques toiles d'araignées nullement chagrines.

J'avais emmené avec moi un thermos rempli de café. Je le buvais à petites gorgées, le savourant pleinement avant de me mettre à l'ouvrage.

Tout allait bien, je me sentais en pleine forme. Seulement une fois assis face à la page vierge de mots et légèrement griffonnée de dessins absurdes, je ne pus rien écrire. Aucune phrase ne sortit de mon stylo bic tout piteux. Les minutes passaient de plus en plus longues et je finis par regarder par la fenêtre et admirer le soleil qui scintillait dans le ciel bleu à travers les branches du cerisier du voisin.

C'est alors que je me mis à chantonner sur l'air d'une comptine célèbre :

Une cerise verte
Attachée à l'arbre
Je l'attrape par la queue
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Trempez-là dans l'huile
Trempez-là dans l'eau
Ca fera un pruneau tout chaud

Ce jour-là, je n'avais rien écrit mais ma page blanche m'avait replongé en enfance...

Où fredonner la chanson

Cacoune - Panne d'écriture

En panne de mots, mais pas de sens

En panne, je suis. Les mots me fuient.

Un peu direct.
M’arrêterais-je, ici ?
Ah non tout de même, c’est un peu court.
Reprenons don’ la plume pour se gratter le cerveau…

Au figuré :
En panne d’essence, je suis à sec. Vide est mon bec.

Encore un peu gourd, j’en conviens bien mais le mot est lourd…

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Valentyne - Panne d'écriture

Le docteur entendit soudain toquer à la porte : un bruit minuscule mais insistant. Il se leva, ouvrit la porte, personne.
Il se rassit, caressant sa barbe bien taillée, rajusta ses lunettes, perplexe, et regarda son agenda. Son patient suivant avait un drôle de nom. Mais bon, personne ne choisit son nom. A nouveau le bruit se fit entendre et ce bon docteur rouvrit la porte :
Et là, il le vit, minuscule. Par terre un stylo criait : « aidez moi cher Docteur Freud, je suis là, c’est moi, j’ai rendez vous »
Habitué à de drôles d’énergumènes, le docteur se pencha et installa le pauvre stylo sur le divan. Il devait se pencher pour mieux l’entendre.
- Qu’est ce qui vous amène cher Mr Bique, vous permettez que je vous appelle Bique ?
- Oui tout à fait c’est mon nom, pas un pseudonyme, un quelconque écran de fumée pour écrire sous anonymat, c’est mon nom et j’en suis fier.
- Venez en au fait !
- Et bien, je suis en panne !
- En panne et bien expliquez moi tout cela.
- Oui tout a commencé par mon impuissance.
- Oui l’impuissance, développez.
- Et bien oui : l’impuissance de mettre en mots toutes les idées qui me passent par la tête, je ne suis plus capable d’aligner trois mots cohérents, je bredouille, je bafouille, je fais des ratures, c’est la débandade.
- C’est la débandade, poursuivez, votre cas m’intéresse.
- Et bien figurez vous qu’avant, le lundi je frétillais à l’idée du début de la semaine : j’avais des désirs. J’allais sur le site des Impromptus Littéraires. Je voyais les mots voltiger devant mes yeux, en sarabande, Depuis quelques temps, c’est le calme plat, plus d’idées, plus de jeu de mots, de saillies pertinentes.
- Je vois votre cas est grave mais pas désespéré. Voici mon ordonnance
Vous mettre à votre table, faire le vide dans votre tête et écrire. Ecrire 500 mots tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il vente. Il faut soigner le mal par le mal.

Ce texte est une suite éventuelle de celui-ci

Tinouscka - Panne d'écriture

Dis, Mamy…

Corentin, 9 ans.
Un bureau, un cahier à spirales : pages blanches

Tiens, mais…, c’est le cahier de Mamy, celui dans lequel elle écrit des choses qu’elle ne veut pas qu’on lise…
C’est quoi ce truc bizarre, en haut de la page ? : « Semaine du 21 au 28 Mai : vous avez dansé, et bien écrivez maintenant !»
C’est sur, Mamy, elle danse super bien, mais comment Ils le savent, eux ?
C’est quoi ces gribouillages ? Y a même des cœurs et une araignée qui louche ; on dirait les dessins qu’on voit chez le psy de ma sœur.
Et puis, y a marqué « Tinouscka » un peu partout avec des « ! », des « ? » et des « … ».
C’est qui Tinouscka d’abord ? J’connais pas, moi !
Et c’est qui ces gens qui demandent à ma grand mère d’écrire ? Et si elle veut pas, elle, hein ?!
Et si moi j’écrivais des choses, dans le cahier à spirale de Mamy, peut être que ça lui ferait plaisir ? Peut être…peut être pas…, mais bon, j’ai trop envie.

Dis, Mamy, tu te souviens de ma première étoile à Combloux ? T’étais morte de peur au bord de la piste. Le soir, pour fêter ça, on est allé manger une crêpe banane/chocolat ; j’ai été malade toute la nuit, mais c’était bien quand même !
Dis, tu te souviens de Bénodet ? Mon premier cours de dériveur… Qu’est-ce que t’étais inquiète… En plus, j’ai dessalé et j’ai perdu une basket ; mes premières Nike ! J’avais peur que tu me grondes, mais tu étais tellement contente de me récupérer sain et sauf, qu’on a acheté plein de langoustines et on a fait la fête !
Dis, tu te souviens de toutes ces blagues que je raconte, et que tu ne comprends pas…tout de suite ? Ah…, c’est trop bien quand tu ris après tout le monde !
Dis, c’est quand qu’on retourne au Planétarium ? J’aime bien quand tu m’expliques les étoiles, même si tu te trompes parfois…
Ben oui, j’te l’ai pas dit, mais Papa m’a abonné à « Science et Vie Junior », alors forcément, j’suis plus fort que toi, maintenant !
Je t’aime Mamy… Je ne te l’ai jamais dit, mais sur une page blanche, j’peux.

mercredi 23 mai 2012

Blj73 - Panne d'écriture

PAGE BLANCHE

Page blanche
Le vide, l'angoisse
Je planche
Page blanche
Le cafard, la poisse
Je flanche

Page blanche
Sans importance
Prise de conscience
Je pense
Page blanche
Une ouverture
Être nature

Page blanche
Je suis sensible
Tout est possible
Page blanche
Émotion, réflexion
Libération

Page blanche
Éveil des sens
Écoute intense
Je suis disponible
Tout est discible
Page blanche
J'accueille l'imprévisible

Page blanche
Envie de dire
Envie de rire

Liberté d'expression
Thérapie de l'émotion
Source d'inspiration

Page blanche
Sésame
Couleurs de l'âme

L'écriture s'enflamme.

Miss M - Panne d'écriture

Contre toute attente

Le basson d'à côté avait joué la partition des basses une bonne partie de la nuit et le réveil mal réglé crachouilla un jus infâme de borborygmes au beau milieu d'un rêve Sisyphien.
Inspire – Expire – Inspire – Expire...
Allez debout, change de cap, mets les voiles... Café, douche, il fait beau, la vie est belle, tout va bien.
- Maaaaaaaaman !!!!!!!!
- Ma puce, mon amour, lumière de ma vie...
- Je veux un câlin ! Un gros ! Ya du chocolat ? Des tartines ? Et puis j'veux pas aller à l'école. Maxime va encore m'embêter et je veux pas. Dis, je peux inviter Solène, Marie, Emma, Laura, Maëlys, et Gwen mercredi ? Et Mathéo aussi, je l'aime bien Mathéo. Tu me feras une tresse africaine hein d'accord.
- Chérie, au fait j'ai invité Édouard et Agnès ce soir, ça ira ? J'adore Agnès elle est tellement drôle...
- M'man, faut signer ça (le dis pas à papa hein)
- Miaou-rwaou-rrr..

Bien, aujourd'hui les lignes de forces sont tracées, je me demande si le rêve... Bref c'est parti et même si j'ai envie d'appuyer sur « rewind », c'est pas possible, voire même déconseillé si toute fois ça l'était, possible.
Dans ces cas là, les muses volettent gaiement et je n'ai qu'à jouer avec elles. Lorsque j'ai trouvé le mode d'emploi parce que quand la Muse est taquine, rien ne va de soi !

La panne, je l'adore de velours à y glisser mes doigts.
Je peux admirer les mains de mon boucher détachant celle d'un abats, tout comme la puissance du charpentier qui tutoie des pannes de toutes sortes en faisant la compétition avec les oiseaux siffleurs.
L'ennui et ses acolytes Aquoibonite, Cesnulabailler, sans oublier Saseraquoitouça me font mettre le navire en panne en attendant que...la tempête reprenne !

mardi 22 mai 2012

Iceman - Panne d'écriture

(Résumé du dernier épisode : Farid El Guerrouj, journaliste, est convoqué par un mystérieux inconnu pour une interview. Après s’être rendu dans la chambre de ce Robert Fontenay, celui-ci lui demande de le tuer et commence à lui raconter son histoire. Mais ils sont interrompus . kidnappé, menacé, Farid retrouve la trace de Fontenay et fuit un mystérieux ennemi dans des sous-sols avant de se retrouver dans une chapelle provençale. Fontenay lui apprend qu’il est l’objet d’une prophétie et lui donne un médaillon avant de lui dire d’aller à New York…où Ephraïm Stanislas reçoit justement une lettre de Fontenay. A New York, Ephraïm reçoit des menaces et repense au passé tandis que notre héros se perd dans le temps sur le quai d’une gare. Farid arrive à Marseille et cherche à rejoindre New York. Il trouve refuge chez son ami d’enfance Pierre qui lui trouve un moyen de rallier New York. Ephraïm reçoit la visite d’un fantôme de son passé : Marie )

« Marie,
Je … Tu m’as surpris par ta venue cette nuit. Tu me ma
Tu étais si be
Tu as du me trouver si changé depuis la dernière fois où nous je t’ai vue.
Comment m’as-tu
Je ne sais quoi te dire, t’écrire, alors que je continue à t’envoyer des lettres depuis toutes ces années, depuis
Je n’ai cessé de penser à toi, à nos moments passés à regarder les étoiles, où tu dois être maintenant.
Tes yeux sont comme ces
J’espère simplement te revoir comme cette nuit. »

Éphraïm arrache soudainement la page du cahier qu’il vient de griffonner et la jette dans la corbeille.

Le roman feuilleton complet est ici

Jujube - Panne d'écriture

Rectangle blanc sur fond bleu de lin. Drap blanc étendu sur champ de lin en fleur.
Barre noire clignottante, surlignage rouge car il n’y a pas deux t à clignotante. Signal de passage à niveau qui clignote au rouge tandis que la barre s’abaisse sur fond de champ bleu devant lequel la garde-barrière a tendu son drap blanc à sécher au vent claquant.
Un train va passer. Je salue la garde-barrière.

Mais elle ne me répond pas, soucieuse : le train arrive en toussant, et s’arrête devant la barre du passage à niveau et le feu rouge clignotant. Qu’est-ce qu’on va devenir ? C’est la panne, bête et brutale. Je ne vois même plus le champ de lin en fleur ni le drap étendu au grand vent.

Avouez que c’est balot. Ballot ? Oui, c’est mieux. Tiens ! un surlignage vert, et un rouge, parce que mon correcteur n’admet pas ‘surlignage’, et veut une majuscule, mais justement, ça me donne l’occasion de m’intéresser aux bas côtés de la chaussée, bien verts en ce mois de Mai pluvieux, piqués de coquelicots, qui balottent , ben non, balotent , ben non plus, ballotent, ou ballotent, disons plutôt, balancent leurs corolles rouges au milieux de la folle avoine. C’est beau mais j’aimerais bien que cette panne ne s’éternise pas ... "Gentil coquelicot, Mesdames, gentil coquelicot nouveau !"

Je pianotte, pianote sur mon volant pendant que le lourd engin fulmine, car nous sommes en 1958, 1957 pour être plus précise, à l’heureuse époque des locomotives à vapeur. Fchouff, fchouff ! Elle voit rouge ! La voilà qui s’ébranle à nouveau et ses wagons rampent lourdement vers la gauche, la droite, plutôt vers la gauche puisque je décide que le train vient de l’Est et s’en va vers la mer, la mer bleue, comme le fond de Microsoft Word, vers les régates aux voiles blanches qui claquent au vent du grand large vers l’horizon où s’appuie un ciel qui porte ses nuages blancs. Ca clignote en vert, comme le signal et la barre est relevée, revoilà le champ de lin et le drap qui bouffe, je passe en première et adresse un salut à la garde barrière. Brave femme.

Plus qu’un quart d’heure avant Pouzioux la Jarrie où m’attend ma grand-mère qui fête ses quatre-vingt-un ans, manquerait plus que je tombe en panne…

Chri - Panne d'écriture

Un petit matin.

Il m’avait déjà sorti du sommeil vers quatre heures trente, environ. J’avais réussi à me rendormir sans trop de difficultés, mais d’un sommeil plus léger. Pour m’y aider, j’avais allumé la radio. Romain Didier chantait Petit Matin, ça m’avait étonné, on l’entend si rarement. Dès les dernières notes j’avais replongé.

C’est vers six heures trente qu’il s’est remis à l’ouvrage. Une quinzaine de fois cinq ou six notes.
Dans une demi conscience, je me suis dit : Tu la voulais la campagne ? Alors de quoi te plains-tu, exactement ? Tu l’as. Il n’empêche que des recettes de coq au vin me sont passées par la tête … Je me suis étiré en repoussant la couette au bout du lit, puis j’ai essayé d’entre voir quel serait le temps de la journée. Nous allions vers du grand beau. Il ne serait pas encore très facile de rester attaché à sa chaise, aujourd’hui. Le mistral qui avait soufflé la veille en se gonflant les joues comme un trompettiste fou était arrivé à ses fins. Le ciel était débarrassé de la chape grise de nuages lourds qui, hier encore, déguisaient l’endroit en Bretagne sud. C’était un ciel de fond d’écran. D’un bleu irréel. Extrêmement bleu. Si tant est que cet adverbe est approprié à une couleur, enfin vous voyez ce que je veux dire ?

Il allait faire chaud, aussi, ça se sentait aux odeurs qui sont entrées dans la chambre quand j’ai ouvert la fenêtre. C’était des odeurs mêlées de chèvrefeuille dont la floraison se terminait déjà, de rose et d’herbe humide. Je me suis levé, j’ai mis un peu de temps à le faire à cause de quelques courbatures. Un cadeau de la soirée dernière… J’ai secoué la couette, je me suis entouré les reins d’une serviette de bain bleu marine, je me suis passé les mains sur la tête et le visage comme on défroisse une feuille de papier oublié dans un portefeuille. Mes deux pieds se sont enfilés dans la paire de tongs abandonnée auprès du lit. Ils ont fait ça seuls comme des grands, sans que j’y sois pour rien. Le secret c'est de les éduquer le plus tôt possible. Je suis descendu par l’escalier ... (par quoi d'autre aurai-je pu descendre ?) Je suis arrivé dans la pièce principale. Il y faisait plus frais qu’en haut. J'ai maîtrisé un frisson et attrapé un tee-shirt qui traînait sur le dossier du canapé. Je l’ai enfilé. Je m’en fichais pas mal qu’il soit à l’envers et la couture pouvait bien me gêner un peu, il n’était pas question que je recommence la gymnastique dans l’autre sens. Mon épaule droite me faisait encore souffrir surtout dès que j’essayais de la lever un peu. Je suis allé vers la porte fenêtre. Je l’ai ouverte et j’ai poussé les deux battants des volets verts. J’ai pensé que je les accrocherais plus tard.

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Lorraine - Panne d'écriture

L’angoisse de la page blanche
Vous la connaissez comme moi
Le mot se moque et se déhanche
Me laissant rageuse et sans voix.

Pourtant c’est aujourd’hui dimanche
J’avais le temps, il faisait froid,
Mais comme l’oiseau sur la branche
L’esprit s’envole au bout des doigts

Il a filé dedans ma manche
A l’excuse je n’ai pas droit
Il me faut prendre ma revanche
Par un retournement adroit

Et sur la page où je m’épanche
Les mots s’alignent trois par trois
L’angoisse fuit en avalanche
Qui donc avait douté de moi ?

Où lire Lorraine

Oncle Dan - Panne d'écriture

L'autre jour, je filais à vive allure sur le papier glacé et montais les vitesses, enivré par une imagination en ébullition, lorsque je l'ai aperçu à la fin d'un minuscule paragraphe. Il était posté dans la marge pour se protéger des excès d'inspiration. Il paraîtrait que l'espérance de vie moyenne de l'écrivain dans la marge ne dépasserait pas vingt minutes mais cette affirmation n'a jamais été étayée par une étude vraiment sérieuse.

Influencé depuis ma plus tendre enfance par monsieur Martin qui avait donné la moitié de sa tunique à un mendiant sur le bord du chemin, je ne laisse jamais quelqu'un dans un endroit qui ressemble de près ou de loin à un caniveau. Donc, je rétrograde et je m'arrête dans un crissement de plume qui laisse quelques points de suspension à la fin de ma dernière phrase. Je m'approche de la marge et demande à l'inconnu s'il a besoin d'aide car j'ai beaucoup de nègres parmi mes connaissances.

Je suis en panne d'écriture, me lance-t-il sans se retourner, faisant mine d'évaluer le niveau de son réservoir. Panne sèche ? Le questionnai-je le moins sèchement possible. Non, non, il y a du carburant, la pompe fonctionne, la plume n'est pas cassée. Non, c'est plus sérieux.

Je vois ce que c'est, lui dis-je en connaisseur aguerri, c'est un problème de démarrage. Quand il manque l'étincelle initiale, impossible d'aller plus loin.Je crois bien que vous avez raison, admit-il. Cela fait des semaines qu'après quelques essais ratés, je reste planté sur le bord de la page blanche et que je n'ai rien envoyé aux Impromptus littéraires. Ils vont s'inquiéter. Il y en a qui se sont déjà étonnés de mon silence et me l'ont fait savoir lors de commentaires sur mon blog.

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lundi 21 mai 2012

EVP - Panne d'écriture

- Allo ! 3827, les muses ?
…Just a gigolo, every where I go…
- 3827 Les muses à votre service, ne quittez pas une opératrice va vous répondre
… Just a gigolo, every where I go… (5 minutes plus tard)
- 3827 Les muses à votre service ne quittez…Clic.
- Les muses bonjour !
- Oui, bonjour, j’ai un problème là : Une panne.
- Panne d’encre, page blanche, ne quittez pas je vous passe le service :
…Just a gigolo, every where I go…I aint got no…
- Panne d’encre, page blanche, bonjour !
- Oui, dites là, j’ai payé mon abonnement et rien du tout !
- Ah ! Oui, mais avec les ponts et tout ça…On a eu des ruptures et le réseau est à saturation.
- Comment ça saturation ?
- Et bien oui, depuis qu’on a des plateformes délocalisées, ça bug pas mal !
- Mais, je fais comment moi ? Et puis qui est-ce qui répond ?
- Des griottes béninoises, oh ! Elles sont très bien aussi, mais ça manque de fiabilité, si vous voulez les muses classiques, il faut prendre l’abonnement « super-plus » !
- Bon O.K. Je suis coincée, va pour le super-plus !
- Je vous passe le service
…I’m just a gigolo…every where
- Abonnement “super-plus” bonjour!
- Je voudrais m’abonner tout de suite, c’est urgent !
- Engagement de 25 ans, sans résiliation possible, fidélité totale, coût exorbitant.
- Oui, oui d’accord mais tout de suite !
- Ah ça va pas être possible, elles ont Levy, Gavalda, Nothomb, Giesbert…J’ai rien de libre avant…

J’ai raccroché. Alors voilà : Rien pour cette semaine, tant pis !!

Toncrate - Panne d'écriture

Feuille blanche

F inie l’inspiration, j’ai le souffle coupé,
E criture tarie, poème inachevé,
U n ver mord dans le fruit pour le faire crever,
I l ronge mon esprit en venant l’occuper.

L es Muses m’abandonnent, et ma prosopopée,
L ’égérie de mes mots tarde à me motiver…
E t il reste sept lignes à faire à main levée,
B oudi ! jamais je vais pouvoir y arriver !

L es rimes volent bas et partent en biberine
A ,b,b,a, a,b,b,a, c’est la doctrine,
N ul ne saurait y déroger, foi de sonnet !

C alliope à mon secours ! Sors moi de ce guêpier !
H onte à moi ! voilà que je m’emmêle avec mes pieds
E t qu’un drôle d’objet sur cette page naît :))

Lilou - Panne d'écriture

Pannitude ou panade chacun fera son choix

Si j’ai pas pu écrire de texte c’est la faute à pas de chance !

Alors comme ça il faut écrire sur les pannes d’écriture…des pannes d’écriture il y a pléthore donc le choix. Qui a eu cette idée folle de nous mettre dans l’embarras ? Ne cherchons pas parlons d’écriture ou plutôt de son manque si vous le voulez bien.

Dois-je narrer comment mon cerveau se transforme en mayonnaise ratée à force de le solliciter pour écrire trois lignes ? Trois lignes qui n’ont pas toujours queue et tête mais qui donnent bonne conscience puisque elles sont écrites.

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Mamido - Panne d'écriture

En panne …

Elle a commencé à écrire sur son gros cahier à spirale, celui où elle écrit toujours puis, comme rien ne venait que des bouts de phrases sans queue ni tête, elle a refermé le cahier pour prendre une feuille volante.
Là encore, les bribes qui se présentent, péniblement, à la pointe de son stylo, cent fois raturées ne la satisfont pas.

Nouvelle feuille blanche, et cette fois-ci, elle s’est munie d’un crayon à papier tout neuf, mine HB. Tout à côté, la gomme enchâssée comme un diamant dans son écrin de plastique rose et le taille-crayon dont le réservoir transparent se remplit peu à peu. Bon signe, vous dites-vous ? A condition que la gomme n’efface pas au fur et à mesure tout ce que le crayon écrit !

Au bout d’une heure à ce rythme, le crayon a diminué de moitié, la gomme s’est biseautée de gris, le réservoir du taille-crayon est encore plein bien qu’il ait été vidé à plusieurs reprises et la feuille, jadis immaculée, est toute mâchurée*, mais toujours aucun texte n’y figure.

De guerre lasse, Marie s’installe devant l’ordi. Jamais aucun premier jet de ce qu’elle écrit n’en est sorti. L’ordi, c’est pour mettre au propre, peaufiner les ultimes versions de ses textes, jusqu’à ce que tous les mots sonnent justes et aient trouvé leur place définitives.
Elle essaie tout de même, on ne sait jamais. La encore, des phrases sans suite, de longs temps morts où elle restent les doigts suspendus au-dessus du clavier, pour finir par taper, des mots, des lettres qui ne veulent rien dire. Dans son esprit papillonnent des images auxquelles elle ne parvient à donner aucun sens.

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Venise - Panne d'écriture

Fallait-il croire encore aux vertus de l’écriture ?
Pourquoi écrire ?

Alors qu’aucun gazouillis d’oiseaux, qu’aucune nymphe de sa voix cristalline ne m’appelle sur la page blanche.
Misérable membrane de papier chiffon tendue que je déchire pour la énième fois les pointes des pieds en équilibre sur le ravin du néant.
Pourquoi tendre l’oreille à la musique propre des mots d’une phrase qui ne viennent pas ?

N’ai-je pas tout dit avant-hier ?
Pourquoi s’attacher à une entrée particulière dans la langue écrite,
Pourquoi vouloir croire que cela est encore possible ?
Aurai-je perdu ce courage de me rendre sur la feuille blanche ?
et derrière le faux plafond de mon cœur bat peut être le vrai ?

Ce matin je le vois bien quelque chose fait obstacle, comme une falaise, un récif à force de chercher trop longtemps le passage je n’ai trouvé que l’ornière.
C’est la menace d’un naufrage qui s’annonce ici, je suis prise dans des glaces qui de surcroit fonctionnent comme un miroir.

Je suis à la naissance morcelée de moi-même il en faudra des impertinences et des tourments pour que l’écriture se repeuple d’elle-même.
Issue d’une diaspora j’ai fait le chemin du poignant retour pour que mon écriture ne s’épuise pas dans une lame de fond.

Tisseuse - Panne d'écriture

P rivée d’inspir je me sens rétrécir
A vec peine j’essaie de réfléchir
N ul n’est censé toujours réussir
N ul n’arrive toujours à écrire
E xcepté celui qui a la bosse de la lyre

D épitée je m’escrime et je vire

E mpêtrée du pareil au pire
C hagrinée de me voir ainsi dépérir
R avinée je ne sais que maudire
I rritée au moindre soupir
T out se fige comme statue de cire
U ltime tentative de m’en sortir
R este quelques mots à détruire
E n un dernier expir

Tiniak - Panne d'écriture

BLANCHE HEURE

Oh, ma Petite Chèvre à l'ombre des moulins
Mon possible festin ! Mon aube aux pâles lèvres
Ma vierge sans visage encadré de mes mains
Ma fièvre !
Viens t’en perler le front de mon lot quotidien

Laisse-moi te souiller - tant pis qu'on soit dimanche !
Te gratter le papier, te prendre par la manche
et, de l'en-tête au pied, déverser ma revanche
sur le temps qui me prend chaque jour une année
m'emporte... m'avalanche...

Tout ce blanc, c'est la mort qui me lance un défi
Je veux le relever de mon trait, de mon dit
Je veux l'avoir en face
mais ne jamais céder à la sombre menace
de son pli

D'une grotte insondée tu es la bouche ouverte
et je t'ai rencardée pour mon expédition
pour aller titiller à ta surface inerte
l'idée que je me fais de mon sang, de mon nom
jusqu'à la découverte

Je suis le loup surgi de ton secret désir
Je prépare une orgie qui ne veut pas finir
savoure ton martyr au moment de tracer
sur ta virginité mon vorace délire
Oui, je vais t'absorber !

Mais, à l'instant, que dire ?

Où ne plus s'inquiéter de la Dame Blanche...

Lira - Panne d'écriture

J'ai la plume amnésique
Et l'encre plus glacée
Qu'une banquise polaire.
Chaque idée qui s'avance
Se prend dans les filets
De l'incongruité et de l'indigence,
Liguées contre la plus petite lueur
Qui surgirait de mon imagination.
Sitôt que des mots défilent,
Hardis et revendicatifs,
Les voilà dispersés
Sous les coups de matraques
Des forces du désordre
Qui embrigadent mon cerveau.
La page m'engloutit
Dans son arrogance virginale.
Je coule comme un pauvre hère,
Plongeant dans l'océan,
Lesté du poids colossal
De ses années de misère.
Je referme prestement
Une anthologie des poètes,
De tous les temps
Et de tous les espaces,
Qui voudrait me contraindre,
Le crayon sur la tempe,
Au plagiat besogneux.
Perturbé dans ses repères temporels
Et rivé au thème précédent,
Mon corps entre dans la danse.
C'est danse de Saint-Guy,
Rythmée par les lamentations
De mon siège maltraité.
Mon estomac se noue
Comme l'intrigue d'un polar
Et se hisse dans ma gorge
Jusqu'au risque d'asphyxie.
Mes doigts, moites et gourds,
Refusent tout compromis
Et boudent le clavier
Tout autant que la feuille.
J'ai perdu l'appétit
Le rire et le dormir
Et même le désir
Tente de s'évader.
J'implore tous les seins,
Gorgés d'inspiration,
De nourrir la phrase
D'un piètre scribouillard.
Ma prière est stérile
Et ma créativité désertique.
Dépitée, je m'inscris
Sur un site d'écriture
Espérant Goncourir
Au vénérable prix
De la littérature...

Quebre - Panne d'écriture

Au dimanche ponant (rondeau du cocu)

Au dimanche ponant, l’encre est en rade
Ne sachant exprimer ma reculade :
Certes, tu fautas ; mais je me déhanche
Bas, m’excusant de ta propre tocade ;
Veuille, aux vers, que ton cœur boomerang penche !

Mais ch’suis sec : et si un vers d’ambassade,
Rond de jambe, excusait ton embrassade ?
Rimaillons presto, que le destin penche
Au dimanche ponant.

Ma rime, hélas, chuinte en baudruche fade,
Echouant mon inverse sérénade
A ton balcon quat’vents, où je m’emmanche…
Cœur, il faut savoir contempler la rade :
Va, donc, aux quat’vents, là où amants flanchent
Au dimanche ponant.

Où lire Quebre

Vegas sur sarthe - Panne d'écriture

Un point c'est tout

Jusqu'alors je ne m'étais jamais lancé dans l'exercice sans mes biscuits, mes rations de survie ou au moins une roue de secours - gardant précieusement sous le coude, histoire d'assurer mes arrières vu que le devant ne risque plus rien, quelque sonnet en vers et contre tout, quelque arrière-pensée de Pascal, rimes empruntées, citations wikipédiennes ou un machin dans ces Zola - car j'avais trop peur de rester en carafe, la plume racornie, englué dans la marge sans espoir d'atteindre jamais le bout de la ligne, en proie aux affres de cette maladie honteuse que les spécialistes nomment leucosélophobie et qui transforme votre moindre petite phrase en une suite de mots insipides, et pourtant c'est arrivé, sournoisement, insidieusement, je dus me rendre à l'évidence (si vous voulez l'adresse, n'hésitez pas à demander), j'étais bel et bien desséché, contaminé, ramené au rang des scribouillards stériles qu'une arthrose galopante envahit depuis la partie supérieure du cortex frontal gauche jusqu'au bout du petit doigt (qui n'avait évidemment rien à me dire) et qui fait d'eux la risée des médias en tous genres... alors tandis que je tirais la langue tel un caméléon boulimique à la recherche d'un insecte suicidaire, j'ai senti une main invisible tenir ma main et tracer ces mots - ceux-là même que vous lirez peut-être si j'ose les publier - des mots d'excuse, d'explications confuses, de vaines justifications, bref (pour faire court) j'étais sec, éteint, inutile, en un mot infécond à tel point que j'accueillis comme une délivrance ce coup de point final.

Où voir sécher Vegas sur sarthe

Semaine du 21 mai au 27 mai 2012

Vous avez dansé, et bien écrivez à présent !
Mais comment faire lorsque l'inspiration n'est pas au rendez-vous ? Racontez-nous vos pannes d'encre, vos doigts gourds sur le clavier, vos vertiges devant la page blanche.
Qu'ils soient écrits d'un trait ou laborieusement, vos textes doivent nous parvenir à l'adresse habituelle avant dimanche 27 mai minuit.

Pour toutes les fois où les thèmes impromptus vous ont donné du fil à retordre...

dimanche 20 mai 2012

Obni - Danse d'une vie

Tout à l'heure, quand je suis arrivé à la Maison de Retraite dans l'Unité Alzheimer, j'ai entendu des tambours, des chants et des rires.
Je me suis approché à pas feutrés et j'ai vu ma mère qui dansait sur un rythme méditerranéen, elle était accompagnée par une aide-soignante métissée et il y avait un peu de bonheur partagé.
Les gens qui les regardaient en silence, étaient quasiment tous en fauteuil ou en lit. Ce public était atone, les yeux dans le vague, parfois un rictus se dessinait sur leur visage, des cris transperçaient la petite salle et d'autres personnes ne savaient plus où donner de la tête.
Et ma mère tournait, tournait… Sans même me voir. Dans un autre temps, une autre époque qui n'est là que sous forme de bribes informes et voilées par l'engourdissement neuronal.
Soudain, le personnel en blouses blanche et bleue, lui a dit :"Vous avez de la visite !"
- Ah ! C'est mon mari ! a-t-elle dit
Je me suis approché doucement d'elle et lui ai murmuré :
- Bonjour maman, est-ce que tu veux que nous allions un peu dans le parc ou veux-tu continuer à danser ? C'est sacrément bien ce que tu fais. Tu te débrouilles bien.
Mécaniquement, elle m'a embrassé et a quitté le groupe de danse. Ses yeux étaient fixes.

Quand j'ai pris connaissance de la consigne de cette semaine, j'ai pensé qu'il fallait que j'écrive à nouveau sur ce moment terrible dans ma vie.
Ma mère danse, une danse de la vie qui ne se pense plus, qui est sans mémoire, mécanique, immensément désespérée mais en même temps…
Alors que je pleure dans ma tête, je me dis aussi en regardant son visage lorsqu'elle danse, qu'elle vit. Dans ce moment là, elle a conscience de son corps, de ses mouvements, de l'harmonie du rythme avec la musique et cela soulage un peu mon désespoir.
Danse d'une vie sans mémoire mais si belle !

Où lire Obni

vendredi 18 mai 2012

Mamily - Danse d'une vie

Olé!
Tourne,tourne bel hidalgo!........olé!
Claque,claque,le tempo!.......... olé!
Tape,tape tes pieds!................. olé!
Rythme endiablé!............... .... olé!
Castagnettes affolées!....... ...... olé!
Guitare enflammée!................ olé!

Volants écarlates.....altière,
Maestro...habit de lumière:

Corps passionnés,
A peine effleurés,
Volutes et arabesques harmonisées,
Regards à jamais rivés,
Joie et souffrance mêlées.

Flamenco flamboyant!
Flamenco fascinant!
Olé!.....flamenco!..... magie pour la vie.

Blj73 - Danse d'une vie

LA DANSE DU VENTRE

Adolescence
Seule
Initiation
Plaisir
Découverte :
Jouissance.

jeudi 17 mai 2012

Lira - Danse d'une vie

GLORIA et ROBERT

Griffes de la misère plantées dans le regard,
Les danseurs entrent en piste au rythme d'espérances
Où des rêves perdus arpentent le silence.
Rapaces mercantiles et public de foire,
Ivres de jubilation, buveurs de désespoir,
Applaudissez, criez, crachez votre indécence.
Et vous qui résistez, danseurs décharnés
Titubant sur l'épaule de la fin qui se lève,
Rescapés de la nuit, vos corps vous trahissent,
Ombres désabusées qui dansent avec la mort.
Barbarie de l'instant, ultime sacrifice,
Et dernière supplique, un soupir étouffé.

Rêves de la misère posés sous les paupières,
Tu tombes sur la piste. Rouge sang.

(Comme Tinouscka , j'ai puisé mon inspiration dans "On achève bien les chevaux")

Emma - Danse d'une vie

Alexandrie.

Nous étions fiancés, Yvan et moi, depuis plus de quatre ans.
Maman commençait à trouver que quatre ans de fiançailles, c'est un peu long.
"Tu vas finir par monter en graine, ma fille" disait-elle, "Eva va se marier avant toi, alors qu'elle a trois ans de moins que toi ! Et à propos de graine, est-ce qu'il te respecte, au moins ?"
Ça, pour me respecter, il me respectait, mon Yvan. Il était si délicat, distingué, si doux, si attentionné : "on n'est pas bien, comme ça, Charlotte ? Es-tu si pressée d'avoir des mômes braillards ? Plus de ciné, plus de concerts, plus de tennis, tu te rends compte-?"
Tel était le cas de mes amies, en effet, et je m'estimais privilégiée par rapport à elles !
Mais quand même, par moments, j'aurais aimé qu'il me respecte un peu moins.
Maman revenait à la charge :" Tu es sûre qu'il ne voit pas quelqu'un d'autre ?"
Cela me faisait rire. Plus sérieux qu'Yvan, il n'y a pas : en dehors de nos soirées à deux, rarement une sortie avec des collègues, et ses sacro- saintes parties de tennis avec Marc, le cousin de Claude, le fiancé d'Eva, ma petite sœur.
Et voilà que ces deux-là se mariaient.
Quand j'ai vu arriver Yvan ce matin-là dans son costume bleu gris comme ses yeux, j'ai eu, comme souvent, le souffle coupé devant tant de beauté. Je me demandais souvent comment un être aussi magnifique avait pu tomber amoureux de la fille ordinaire que je suis.
Ce fut une belle fête, intime et chaleureuse. Sauf qu'en soirée le temps frisquet nous obligea à déserter la terrasse initialement prévue comme piste de danse, pour nous replier dans la maison.
Tout avait été parfait dans cette journée, et je chantais gaiment avec Eva "Alexandrie", quand mon attention fut attirée par mon père figé près de la porte fenêtre, qui semblait contempler fixement la nuit…
Je m'approchai de lui et suivis son regard.
Sur la terrasse plongée dans l'ombre, Yvan dansait, seul, en bras de chemise, les yeux fermés, comme en extase, ondulant avec une grâce féline.

Mais je ne compris vraiment ce qu'avait déjà saisi mon père, qu'en voyant Marc se lever d'une chaise invisible, et poser tendrement la veste d'Yvan sur ses épaules.

Où lire Emma

Tiniak - Danse d'une vie

Embrassade

Un bras s'offre, une main s'y pose
L'Ephémère à son musical
enveloppe, sentimental
un mouvement qui, soudain, s'ose

Tes yeux s'invitent dans mon champ
La beauté veut son résultat
et le tempo qui n'attend pas
nous suggère un nouvel allant

Je vais prendre ce que tu donnes
et t'offrirai ce qui me vient
Nous voici rendus, l'un pour l'un
à la vérité qui résonne

Oh, la vigueur de cet oubli !
Sa musique imprègne le sens
que nous donnons à cette danse
Notre densité s'accomplit

Anticipe une exclamation
épouse la charge des corps
repousse l'idée de la mort
dans le claquement des talons

Pourtant, c'est une tragédie
que la musique met en place
orchestrant notre face à face
où se lisent nos appétits

Oh, fandango ! Ah, mystère
qui nous raccorde à ce moment
que rien n'épargne du Vivant
ni aucune pensée n'altère

Et nous voici, à notre Dense
à nous embrasser comme rimes
chacun y allant de sa frime
offrir à l'autre son essence

Où claquer des talons

Sable du temps - Danse d'une vie

La danse du ménestrel

Il relisait le message pour la troisième fois et n'en croyait toujours pas ses yeux :
- votre candidature a été retenue pour le rôle du ménestrel dans notre superproduction …
S'ensuivaient, le lieu du tournage, la date, l'heure et tous les précieux conseils inhérents au bon déroulement du bal, car il s'agissait bien d'un bal, celui que l'on prédisait le plus beau de l'année.

Pour devenir cet heureux élu impatient de montrer ses talents, il avait travaillé dur et s'était plié de bonne grâce aux strictes exigences voulues pour la circonstance : savoir jouer d'un instrument de musique et plus précisément du luth, être un danseur émérite capable de mener le branle et d'entraîner joyeusement les foules, et maigrir de trente kilos. Lui qui n'était pas d'un naturel très gras, avait jugé cette dernière requête étonnante et quelque peu superflue et songeait que désormais, il ne lui resterait plus que la peau sur les os ! Qu'importe ! il n'en danserait qu'avec plus de grâce et de légèreté !

Le grand jour était enfin arrivé. Le site était grandiose, une église quelle merveille, et tous les participants étaient déjà là, venus d'horizons les plus divers, papotant, se bousculant, étonnés d'avoir été choisis pour ce grand événement : des prélats, un pape, une moniale bénédictine, un roi, un empereur, un peu plus loin, un chevalier en armes, un abbé mitré, un paysan et un enfant.

Mais Dieu que ces danseurs étaient donc maigres, - une procession de squelettes - se disait le musicien en déambulant dans la nef, saluant les uns et les autres. Orchestré par un ménestrel au sommet de son art, le bal des transis avait commencé.

Bourgeois, gens du peuple et puissants, mimiques facétieuses et pied léger, avaient dansé au son du luth. L'excessive maigreur des personnages, la lueur des cierges, la solennité du lieu, l'extrême pâleur des visages rendaient la farandole irréelle et fantomatique.

Et puis, en un instant, la Mort, grande ordonnatrice de la cérémonie, avait, d'un coup de faux aussi soudain que tranchant stoppé net cette basse danse de morts vivants.
Elle avait alors pris palette, couleurs et pinceaux et immortalisé la scène en un tableau tragique.

Depuis ce jour de l'an mil quatre cent cinquante, on peut admirer « la danse macabre » figée à tout jamais sur les murs de l'abbatiale de la Chaise-Dieu.
- N'ayez crainte, humbles passants, la dernière danse ici-bas vous ouvre les portes de l'au-delà et vous enseigne que la mort n'épargne ni petit ni grand. -

Ce fut une très belle danse, foi de ménestrel !

Adrienne - Danse d'une vie

Le bal

Quand Adrienne eut vingt ans, on lui permit pour la première fois d’aller au bal. Parce que c’était le bal de la Sainte-Anne, sa patronne, vu qu’elle était couturière.

C’était un dimanche après-midi du mois de juillet et Adrienne fit son entrée, encadrée de son père et de sa mère. Elle portait une robe neuve, une création personnelle très élégante, et son chignon était bien coiffé.Accoudés au bar, trois jeunes gens buvaient des bières, comme chaque dimanche après-midi, en reluquant les jeunes filles.

- Vous avez vu celle-là ? dit mon futur grand-père. C’est une nouvelle !

Dès qu’Adrienne se fut installée à une table, toujours encadrée de ses mère et père, il vida son verre, écrasa sa cigarette et quitta son tabouret. Il ne savait pas encore qu’en faisant ces quelques pas vers elle, il en prenait pour 56 ans.

- Vous dansez, mademoiselle ? lui fit-il tout en surveillant la réaction du père et de la mère, assis bien droits sur leur siège et l’air pas trop accommodants.

Elle ne lui dit pas non.Quand le père et la mère virent qu’Adrienne n’avait plus ni le temps de s’asseoir et de souffler, ni l’occasion d’être invitée par un autre gars, ils décidèrent de se renseigner sur ce jeune homme :

- M’est d’avis, dit la mère, qu’on n’a pas fini de le voir, celui-là.

Où lire Adrienne

Tinouscka - Danse d'une vie

Marathon

Il ne restait plus que deux couples sur la piste.
C’était peut être le dernier jour… La dernière danse…
Il fallait tenir.
Atteindre les ultimes limites d’une endurance qui se mourait.
Puiser encore et encore, dans ce souffle d’énergie vitale qui survivait, à l’idée que peut être ce soir, l’autre couple s’effondrerait ou abandonnerait.
Un marathon a des règles cruelles, hors normes, mais c’était le prix à payer pour toucher la prime dont Rosy et Horace avaient grand besoin.
Ils tenaient depuis des semaines. Sans repos, sans sommeil, si ce n’était, et chacun à leur tour, quelques minutes d’assoupissement volées au temps et à la danse, sur l’épaule de l’autre.
Les pauses étaient courtes : il fallait tout à la fois se nourrir, évacuer tant bien que mal la sueur et la crasse qui infestaient leurs corps ; furtivement aussi, voler à travers les fenêtres crasseuses de ce qui servait de vestiaires, un peu de cette vie dont ils avaient presque oublié qu’elle existait encore.
Si Rosy avait pu encore penser, elle aurait sans doute abandonné cette folle idée de prime, la misère étant, à tout prendre, plus digne que cette descente aux enfers. Elle aurait ainsi et aussi, refusé cette humiliation qu’elle s’imposait depuis des jours.
Mais sa conscience l’avait lâchée depuis bien longtemps…
Peu importait donc désormais ce spectacle pitoyable qu’elle infligeait tant à Horace qu’à elle-même.
Avaient-ils encore le choix...? Abandonner, c’était se détruire un peu plus. Abandonner, c’était côtoyer à nouveau le milieu miteux des marginaux. Abandonner, c’était replonger dans la mort lente des paumés.
Si Rosy avait pu encore regarder, elle aurait vu Horace désincarné, les yeux hagards, le visage exsangue, encore debout, uniquement pour la porter ou plutôt l’empêcher de s’écrouler, car ses pas, et depuis bien longtemps, ressemblaient plus à ceux d’une mourante que l’on traine.
Ses traits livides n’exprimaient plus rien.
Il fallait tenir.
Peu avant minuit, à quelques secondes d’intervalle, les deux couples s’effondrèrent sur le sol de la salle de danse. L’animateur se tut. Un silence assourdissant s’abattit sur les gradins où le public mécontent en redemandait.

Rosy ne sut jamais que c’était Eux qui avaient remporté la prime.

(Merci à Horace Mac Coy de m’avoir soufflé un peu d’inspiration…)

mercredi 16 mai 2012

Tisseuse - Danse d'une vie

Il y a neuf ans, lors d’un dimanche ensoleillé de juin, nous étions invités à un déjeuner sur l’herbe afin de fêter l’anniversaire d’une amie. Durant l’après-midi bon nombre de ses compagnons artistes s’étaient pressés autour d’elle, l’un pour lui offrir une de ses toiles, l’autre pour lui lire un poème, les autres afin de lui interpréter leurs dernières trouvailles musicales.
Lorsqu’une jeune femme brune s’est élancée seule au milieu du jardin, sur une moquette prestement déroulée. Elle s’imposait à nos regards dans sa robe fluide d’été, avec une chorégraphie contemporaine très pure. Chacun était attiré par sa présence, les acrobaties de son corps, mais surtout par l’expressivité du visage de la danseuse.
Dès la fin du solo, ma fille, âgée alors de trois ans et demie, me déclara intensément « Maman, je veux danser comme elle, pieds nus ! ». Trop légèrement, je lui répondis « mais pas de problème, enlève tes sandales et danse ». Et sa réplique fusa : « non, pas tout de suite ! je veux apprendre, comme elle ! ».
Quelques mois plus tard, elle décrétait qu’elle serait professeur de danse.
Quelques années de plus, elle affirmait « je ne me sens vivante que sur scène ».
Et après avoir vu un spectacle de Béjart, elle assurait qu’elle souhaitait par dessus tout danser dans cette compagnie.

Je ne sais de quoi sera fait son futur, mais depuis lors la danse l’anime toute entière, avec du moderne, du jazz, du classique, des cours, des stages, et des spectacles.

L'Arpenteur d'étoiles - Danse d'une vie

La dernière danse - petite fable.

C’était le jour du triomphe. Le jour qui parachevait les vingt années écoulées. Vingt ans de malversations, de pots de vins, de crimes en tout genre avaient permis à un homme de poser une chape de plomb sur tout le pays. Son immense fortune dont personne ne savait vraiment comment elle avait été constituée lui avait assuré des appuis puissants dans tous les rouages de la société. Peu à peu celle-ci s’était construite autour de principes simples : suspicion, délation, usage constant de la force, haine absolue des artistes et des arts, en particulier de la musique. Au fil des années il avait réussi à interdire totalement musiques, chants et danses car ceux-ci détournaient le bon peuple des vraies valeurs qui ne pouvaient se développer que dans le silence. De ces dernières, la plus importante était le culte de sa personnalité. Cet homme se nommait son excellence le grand Jarobcha premier, de son vrai nom Jacques Robert Charbonnier.

Ce jour là, Jarobcha allait entrer dans la dernière ville qui venait de se soumettre à son autorité. Assis sur une plate forme tirée par un attelage de cinquante chevaux, entouré de sa garde rapprochée armée d’arbalètes, Jarobcha savourait et sa victoire et le seul met qu’il acceptait de manger : des pains au chocolat trempés dans du lait de jument bouillant. Vêtu de son manteau d’apparat orange et vert, coiffé de son célèbre béret en peau de chats angoras, il traversait une cité morte et parfaitement silencieuse, l’ombre colossale de sa silhouette obèse et difforme se détachant parfois sur les murs blancs des immeubles clos.

Le cortège arriva sur la grand place. Une grue attendait pour hisser son excellence sur le podium d’où il allait prononcer son discours. Les gardes ouvrirent les portes des maisons et une foule silencieuse se rangea derrière les barrières prévues à cet effet. Entouré par les édiles locales venues le rejoindre en dessous de l’estrade, le grand homme allait s’exprimer. Il entama sa diatribe par un rot sonore auquel répondirent des milliers de petite drapeaux soudain brandis par l’assistance. Il commençait "mes chers amis ..." lorsqu’un bruit lointain attira son attention. Courroucé il tourna son regard vers la source supposée et entendit l’impensable.

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mardi 15 mai 2012

Chri - Danse d'une vie

Celle là, je ne l’avais pas vue arriver. Pourtant, je passais ma vie toujours sur mes gardes. A force d’y être j’avais des plaques d’eczéma partout. C’était devenu tellement habituel, c’était tellement une seconde nature ! En vrai, faire gaffe était une question de survie. C’est pas qu’on habitait à Gravelotte, mais dans le secteur, ça tombait pour un rien, pour un oui ou pour un non. Et vlan, voilà déjà trois bonnes raisons au moins. Quand y en avait pas, y en avait quand même. L’avait même pas besoin d’en inventer.
Ce soir là, j’avais traîné en route avant de rentrer, comme toujours, vous me direz, mais je vous jure que si vous aviez été à ma place vous n’auriez pas été pressé non plus. Un peu de calme avant la tempête, un peu de silence avant les cris, un peu de rien avant que ça tombe.
Saka et moi on avait pris notre temps en poussant des billes le long des caniveaux, en discutant le coup. Saka, je l’aimais bien, il habitait sur mon chemin pour rentrer de l’école, alors on rentrait ensemble en jouant aux billes. Une fois devant chez lui, on se rendait celles qu’on avait gagnées comme ça on pouvait continuer à jouer. Pas question qu’il y en ait un qui plume l’autre. Ce qui comptait c’est qu’on se soit bien amusé. Je me suis toujours demandé si chez lui c’était pareil. On en a jamais parlé ensemble mais je crois bien que oui. Après avoir laissé Saka, j’avais marché drôlement lentement pour finir le trajet. J’avais tout fait. A cloches pieds, j’avais marché en arrière, j’avais caressé le chien du 26 de la rue Cavell, je l’aimais bien celui-là. Quand on approchait il gueulait comme un branque et dès qu’on lui parlait il remuait la queue et bavait en souriant. Encore un qui aimait la tendresse. L’avait qu’un défaut il puait, mais il puait. Pire, l’odeur s’accrochait à vous comme un noyé. On l’emmenait avec soi si on avait le malheur de fourrer la main dans ses poils sales. Et ses les frotter à l’intérieur de la poche n’arrangeait pas ses affaires. On puait et puis c’est tout. Après, j’avais passé un bon moment devant la vitrine de la boulangerie du coin. J’avais un peu rêvé devant les boites de bonbons. Mais il m’avait fallu bouger. Là c’est sûr j’étais bien en retard.
J’ai couru pour essayer de rattraper le temps perdu, j’ai couru tout le long de la rue. Je n’ai rien rattrapé du tout. J’ai poussé la grille du jardin qui était ouverte. Il était là, derrière, campé sur ses deux jambes comme la statue du square. Il n’a pas dit un mot. Pas un seul. La première gifle m’est arrivée droit sur l’oreille. Il y en a eu quelques une après mais j’ai arrêté de les compter. Un moment, ma tête a tapé contre un des piliers du portail. C’est là, enfin j’ai entendu les docteurs dire que c’est là que j’ai subi le plus grave. C’est là que j’ai perdu connaissance. Pour l’instant, ils ne savaient ni si je me réveillerais ni quelles séquelles j’aurais. Je les entendais dans un flou blanc. Je m’en fichais, je n’avais plus mal. Lui, j’avais entendu qu’il était en prison et ça, dans mon coma, ça m’avait fait sourire.
Cette fois, c’était sûr, j’avais reçu la danse de ma vie…

Où lire Chri

GBalland - Danse d'une vie

La valse

Elle faisait tapisserie quand un homme – insipide – vint lui demander si elle voulait danser. Son premier mouvement avait été de refuser. Il lui semblait plus petit qu’elle : n’allait-elle pas se ridiculiser ? Mais elle n’avait pas le choix, il était encore plus ridicule de rester assise, seule, sur ce banc, à regarder les autres valser.
Quand elle se leva, elle se rendit à l’évidence : il faisait au moins une demi-tête de moins qu’elle. Curieusement, cela ne semblait pas le gêner. Il la saisit par la taille sans hésitation, et lui dit en souriant “ Accrochez-vous ! ”, comme s’ils allaient s’envoler.
Ses mains étaient tièdes, sans être moites, et son pas sûr. Elle ne voyait pas ses yeux – elle n’osait pas baisser les siens – mais il savait conduire une valse à merveille. Elle l’entendit soudain dire d’une voix douce : “ Détendez-vous, faites-moi confiance, en matière de valse je n’ai pas mon pareil.”
Presque résignée, elle ferma les yeux et se laissa guider. Sa tête commençait à tourner et son corps s’alanguissait. D’un geste ferme, il rapprocha son corps du sien et sa main l’incita à se cambrer. Elle crut sentir sa bouche sur son cou et quelque chose de fulgurant traversa son corps, comme si un souffle puissant la pénétrait.
Quand la valse se termina. Elle ouvrit les yeux et le regarda pour la première fois.
- Merci, lui dit-elle, je n’oublierai jamais.
Il sourit et la raccompagna à sa place. Avant de partir, il lui tendit une carte de visite.
- Mon nom et mon numéro de téléphone, au cas où. Je suis sûr que nos corps sont faits l’un pour l’autre : trouver une partenaire de danse est si difficile !

Elle rougit légèrement et il partit avant qu’elle ne pût ajouter quoi que ce soit. Quand elle regarda la carte de visite, elle constata qu’il s’appelait Hervé, qu’il était radiesthésiste et qu’il habitait dans le même immeuble qu’elle, dans l’appartement en face du sien...

Où lire GBalland

Claudie - Danse d'une vie

JOUR DE GREVE

Rose se réveilla de bonne humeur vers dix heures. L’air de juin entrait par la fenêtre logée sous les combles. La journée s’annonçait belle et surtout elle n’allait pas travailler. Les Galeries Lafayette où elle était employée étant fermées par un avis de grève. Elle avait rendez-vous avec Mauricette et Jacqueline la première vendeuse à l’usine Renault sur l’ile de la cité. Hier elles avaient défilé avec des pancartes demandant la journée de quarante heures et fait exceptionnel deux semaines de congé. Les filles s’étaient bien amusées au milieu de la foule qui déferlait sur les boulevards à la barbe des policiers dépassés par les évènements. Il y avait de la musique et des chants diffusés par hauts parleurs à s’en déchirer les tympans. Une atmosphère de liesse prémices à de grands changements !

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Valentyne - Danse d'une vie

J’avais rendez vous avec Béatrice à 19H00 après le boulot. J’y étais allé en traînant les pieds, j’avais tout fait pour éviter ce rendez vous, ce piège.
Mais la très jolie frimousse m’avait enjôlé, cajolé, menacé jusqu’à ce que je capitule, et je me retrouvais sur le trottoir bêtement à l’attendre.
Un quart d heure après l’heure dite, elle arriva, sautillant telle une petite mésange. J’observais ses jambes légères et souples sur une petite jupe noire recouverte d’une tunique noire également. « Cette tenue cache merveilleusement bien ton embonpoint naissant » l’aie je taquiné.
Elle m’a donné un grand coup avec son sac de shopping justifiant son quart d’heure de retard ! Ah, ses jambes, sur lesquelles j’avais craqué, il y a maintenant deux ans : des petits escarpins de danseuse, des chaussures de marche, des bottines, des talons : tout la mettait en valeur. Face à de telles guibolles, le commun des mortels n’avait aucune chance de résister.
Un sourire, un bisou rapide et nous étions rentrés, elle ravie que je ne lui aie pas posé de lapin et moi un peu réticent, mais bon quand faut y aller…

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Mamido - Danse d'une vie

L’an dernier, pour le thème « Libre Pavane », j’avais écrit deux versions de l’histoire d’Héloïse. Voici la seconde qui, je trouve, répond tout à fait au sujet de cette semaine.

Héloïse

Quand on la voyait, on avait le sentiment, tout de suite, qu’elle n’était pas de notre monde. Oh, bien sûr, on savait qu’elle était fille de paysans, comme nous. Qu’elle était née dans une ferme, comme nous. Ce n’était pas qu’elle soit bêcheuse où qu’elle se comportât avec supériorité à notre égard, non, non.
Elle rigolait avec nous. Comme nous, elle gambadait au cul des vaches, dans les prés. Avec elle, on allait à la pêche aux écrevisses ou à la truite, pieds nus au milieu de la rivière. Et même qu’il n’y avait pas plus habile pour les attraper, à la main, sous les cailloux ou dans les trous, sous les berges. Elle participait également aux travaux de la ferme : les récoltes, les foins, le soin des bêtes… Tout comme nous…

Mais tout dans son attitude montrait qu’elle n’était pas d’ici. Enfin pas faite pour rester ici. Comme si un curieux hasard l’avait fait naître au mauvais endroit.
Une princesse égarée chez les bouseux, en quelque sorte.

Elle mettait dans tous ses gestes une grâce, un raffinement, une délicatesse qu’aucune fille de par chez nous ne possédait.
Son prénom aussi… Alors que les autres s’appelaient tout simplement Marie, Anne, Jeanne ou Madeleine, on l’avait baptisée Héloïse. C’est pas du tout un prénom d’ici.
Comme si ses parents avaient pressenti, au moment même de sa naissance qu’elle serait différente. A moins que ce soit de porter un prénom pareil qui l’ait rendue ainsi, va savoir !

A l’école également, elle avait un comportement à part.
Comment expliquer ? Elle survolait les choses, dans tous les sens du terme. Premièrement, elle apprenait si facilement qu’on pouvait penser qu’elle avait toujours su. Et en même temps, elle rêvait. On voyait bien à son attitude relâchée sur son banc, les yeux perdus dans le vague, qu’elle avait la tête ailleurs.
Assis à côté d’elle, je la dévorais des yeux, discrètement à ce que je croyais. J’appris plus tard que mes regards en coin ne trompaient personne. Tout le monde savait, y compris Héloïse, combien j’étais fou d’elle.

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Pivoine - Danse d'une vie

Interdiction absolue…

Vous ne l'aimez pas encore. Pas vraiment. Elle vous fascine, vous attire, mais ces derniers mois, vous avez plein d'autres envies. Il ne faudrait pas grand-chose pour vous éloigner de cette terra incognita.

Peut-être faudrait-il juste un garçon sympa, un lycéen, comme vous, avec qui vous danseriez, que vous reverriez après le bal, et qui aurait la patience de mieux vous connaître.

Non. Il ne faudrait pas grand-chose.

Et c’est à une soirée d’école que ces deux pôles sentimentaux vont justement s’entrechoquer. Là, on se presse autour de vous: vous êtes jolie, en rose, avec cette fraîcheur de l'adolescence qui est sur vous, vous êtes jolie, et vous ne le savez même pas. Pourtant, les garçons n’ont-ils pas l'air de bien aimer danser avec vous ?

Mais, tandis que vous tournoyez dans les bras d'un inconnu, vous cherchez à l'apercevoir, elle. Puisqu'on vous a dit qu'elle était là. Vous tournez la tête à gauche, à droite, mais rien. Pourtant, elle y est. Et il y a le stroboscope, qui éclate de toutes parts, vous empêchant de rien distinguer. Mais elle, elle vous a vue, elle vous observe. "Tu dansais" vous dira-t-elle un peu plus tard, quand vous pourrez échanger quelques mots, si peu, car elle vous intimide tellement !

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lundi 14 mai 2012

Vegas sur sarthe - Danse d'une vie

Cosaque-choc

Si Pépé avait cru avoir échappé au pire en revenant de la grande guerre sur ses deux jambes, il ignorait que cent ans plus tôt en 1814 les cosaques de la garde impériale russe - non contents d'avoir fait valser Napoléon - nous avaient laissé un cadeau empoisonné, le "cosaque-choc", un truc aussi compliqué à prononcer qu'à faire mais qui semblait amuser nos charmants envahisseurs et gratteurs de mandoline.
Si Pépé avait cru épouser Mémé pour le meilleur, c'était sans compter sur cette folie qu'elle eut de vouloir à tout prix lui apprendre à danser ce qu'on appelait selon Pépé le "cosaque-choc" et selon d'autres kozachok, kazatchok ou encore Vertpeny Kozackok pour les plus vicieux.
Le principe en était sournois et peu orthodoxe pour l'époque puisque Mémé menait la danse tout en tapant des mains pour indiquer les changements de figure à l'homme qui tentait de l'imiter, en l'occurrence Pépé.

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EVP - Danse d'une vie

Aglaé-tête-en-l’air s’était réfugiée à la table la plus éloignée de la piste de danse que l’on avait installée sur la pelouse du château de Neuville. Ce cadre idyllique qu’avait choisi sa cousine Laure pour son mariage.
A cette heure tardive, une bonne moitié des invités avait déjà déserté la fête.
Les groupes restants s’étaient, au contraire, rapprochés et les rires fusaient, plus aigus à mesure que les bouteilles de champagne se vidaient.
Les guirlandes lumineuses n’éclairaient qu’à peine l’endroit où elle se trouvait. Elle pouvait ainsi dissimuler la grande tâche de vin qui gâchait irrémédiablement sa jolie robe de shantung bleu ciel. Elle cachait aussi son étole de lin blanc qui avait trempé dans la sauce verte ainsi que la bride de ses escarpins rafistolée avec une épingle à nourrice.
Aglaé était distraite, maladroite, gauche.
Toujours un peu ailleurs, les choses ne semblaient jamais être exactement à l'endroit prévu. Elle n’était pas vraiment triste, un peu agacée seulement ; Surtout à cause de ce charmant jeune homme qu’on lui avait présenté.

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Venise - Danse d'une vie

L’aiguille du phono, installée dans le verger était usagée.

Le timbre de la voix de Carlos Gardel, rauque et chaude faisait trembler les amandiers.

Saturée de l’odeur humide de mon corps, je vois soudain des poissons d’argent flotter devant mes yeux.

Et dans ma robe sans manche je me suis dressée tirée par ton invitation.

Tu as posé pour la première fois ta main au bas de mon dos.

Dehors c’est déjà le soir, ta barbe juvénile fait au visage une ombre bleue

J’ondule et tu me rattrapes à chaque fois comme si le vide pouvait à tout moment happer mes talons rubis.

Tu tends les bras pour mieux m’arracher à la chute et tu te rapproches bien trop près de moi.

Tu bascules maintenant le torse vert lavant et ta chemise blanche frissonne dans le feuillage du cerisier.

La voix de Gardel nous fait trembler tous deux, et je frémis à mon tour tout en relevant la tête

Comme on a l’air de bien se débrouiller tous les deux ce tango c’est déjà le nôtre tous les pas d’une vie sont inscrits sur cette terrasse. Rien ne cloche, mon pas dans le tien ta main pétrie la mienne à chaque fois que nous prenons le risque de nous perdre.

Je prends sous mes ongles de lunes ton odeur acre, ta voix s’attarde à mon oreille

Un souffle d’hésitation et nous voilà tous deux escamotant la dernière passe, avant que mon corsage s’entrouvre. Mais Carlos nous reprend, nous pousse encore plus loin, dans la vie.

Nous contraint de tenir dans tous ces déséquilibres que d’une main ferme tu t’imposes.

C’est à cette frontière de ce jeune tango que nous avons cimenté notre union.

Ice Man - Danse d'une vie

(Résumé du dernier épisode : Farid El Guerrouj, journaliste, est convoqué par un mystérieux inconnu pour une interview. Après s’être rendu dans la chambre de ce Robert Fontenay, celui-ci lui demande de le tuer et commence à lui raconter son histoire. Mais ils sont interrompus. Kidnappé, menacé, Farid retrouve la trace de Fontenay et fuit un mystérieux ennemi dans des sous-sols avant de se retrouver dans une chapelle provençale. Fontenay lui apprend qu’il est l’objet d’une prophétie et lui donne un médaillon avant de lui dire d’aller à New York… où Ephraïm Stanislas reçoit justement une lettre de Fontenay. A New York, Ephraïm reçoit des menaces et repense au passé tandis que notre héros se perd dans le temps sur le quai d’une gare. Farid arrive à Marseille et cherche à rejoindre New York. Il trouve refuge chez son ami d’enfance Pierre qui lui trouve un moyen de rallier New York. Ephraïm reçoit la visite d’un fantôme : Marie)

Ephraïm reste un moment immobile, se demandant s’il dort encore ou s’il est réveillé. Non, c’était bien Marie, amour perdu, vestige de son passé heureux, qui est venue le voir. Il avait parlé d’elle à Fontenay mais comment a-t-il pu la « contacter » ?
Ephraïm se recouche dans le lit et s’endort peu à peu avec l’image de la jeune femme en tête. Marie McDonnel était une jeune fille de bonne famille de Boston, fille d’une aristocrate française et d’un financier d’origine irlandaise ayant réussi à Wall Street. C’est par son père, justement, que Ephraïm avait fait la connaissance de Marie. Il était son employeur et Mc Donnel avait invité quelques-uns de ses meilleurs employés à une fête dans sa luxueuse villa de Boston. On y donnait justement un bal où toute la bonne société de la ville se trouvait. Ephraïm se souvient qu’il appréhendait cette soirée, n’aimant pas, au contraire des autres collègues, les soirées mondaines.
Engoncé dans un smoking neuf, il n’avait pas spécialement fière allure et commençait la soirée dans un coin de la salle, près du buffet. Et puis elle arriva, toute aussi timide que lui, ne sachant pas trop où se mettre non plus. Ce fut pourtant elle qui l’aborda en premier.
- Bonsoir. Vous travaillez pour mon père, non ?
- Euh… oui, …Ephraïm Stanislas, enchanté.
- Marie…McDonnel. Voudriez-vous danser, s’il vous plait ? Cela m’évitera des remarques de ma mère et de supporter mon cousin.
- Euh…Oui, volontiers mademoiselle.
Ephraïm et Marie partirent rejoindre la piste de danse, restant dans un coin, à l’opposé de la mère de Marie qui arborait une toilette parisienne particulièrement ouvragée. Tout le contraire de Marie qui avait une robe blanche toute simple avec une broche dorée sur le haut de son bustier. Ephraïm n’osait pas la regarder dans les yeux et cherchait surtout à ne pas marcher sur les pieds de sa cavalière. Par chance, il savait danser à peu près correctement la valse, éduqué en cela par un père passionné de musique et c’était justement une valse qui était jouée de manière très pompeuse par l’orchestre.
- Alors Ephraïm… je peux vous appeler Ephraïm ? …
- Oui…
- Alors que faites-vous dans le monde de la finance ?
- Je m’occupe de vendre et acheter des actions pour de gros clients de la banque…
- Cela me dépasse…Et ça vous plaît ?
- Euh…pas vraiment mais ça permet de gagner confortablement sa vie et de garder le contact avec les mathématiques.
- Oh … les mathématiques. Je ne vois pas vraiment à quoi cela me servirait….
- J’adore cela parce que je calcule les trajectoires des planètes, des étoiles. Tenez ce soir, j’aurais préféré observer les étoiles que d’être ici …. Enfin, je ne veux pas dire que vous m’importunez, bien au contraire, mais le ciel est si dégagé.
- C’est vrai ? Alors venez, allons dans le jardin et laissons les danser.
- Vous êtes sûre ? Mais que va penser votre mère ?
- Oh ma mère…. Je me fiche de ce que l’on pensera. Expliquez-moi tout sur ces étoiles.

Ce fut leur première rencontre mais pas la dernière. Marie écouta avec ravissement tout ce que Ephraïm raconta et ils se fréquentèrent de nombreux mois, en secret pensant même à se fiancer, après le retour de France de Marie. Mais il y eut cet accident et jamais il ne la revit, le laissant dans un insondable chagrin qui lui tire encore des larmes dans son sommeil et dans ses rêves.

Toncrate - Danse d'une vie

L a danse de ma vie fut une farandole
A la fête des Vierges ; c’était dans un village
D e Petite Camargue, nous étions sur la plage
A vec les Arlésiennes et j’étais ton idole.

N ous nous étions connus au gala de l’école
S ans le moins soupçonner de nos cœurs l’assemblage ;
E n habit de Mireille, des filles de ton âge
D’ une volte tournaient leurs jupons en corolles.

U nis par l’énergie des danseurs qui défilent
N ous nous tenions la main pour ne pas perdre fil
E t garder à la chaîne sa belle intégrité.

V oilà, ce jour de fête qui nous avait ravis
I l était bien celui de danse d’une vie
E t ta main dans ma main ne se sont plus quittées.

Quebre - Danse d'une vie

La ducasse (1)

Tout de fumées, graillons, et de voix aguicheuses,
Un pouls forain fait crue au village picard ;
Les hommes sont buveurs, et leurs femmes guincheuses
Rient au bal attenant où lui scrute, à l’écart.

Il est duveteux, corps de travers comme ébauche,
Mais ce soir, il conjure : il sera dégourdi.
Elle est là… il tremble ; elle aussi est ébauche,
Les seins gourds, éclos en perce-neige engourdi.

Rouge, il l’invite à danser sur un mauvais slow ;
Et ils dansent, sans mot dire, jusqu’au temps mauve
Où ils s’embrassent, mal, comme lapent les chiots.

Ils pataudent, leurs doigts, de se joindre, crayeux.
Le père pensif, fume, et un gars lui guimauve :
« Eut’ tiote, elle donne al fricassée ed’ musieux ! » (2)

  1. «ducasse» : dénomination pour une fête publique, en zone de parler picard
  2. «Ta petite, elle donne à la fricassée de museaux !» : « fricassée de museaux » étant une expression très imagée, peut-être très locale et au seul Vermandois, pour désigner un baiser.

Où lire Quebre

Semaine du 14 mai au 20 mai 2012

Nous avons rêvé avec les fantômes pendant une semaine. Et si nous dansions maintenant? Mais attention, pas n'importe quelle danse! Vous devrez nous transmettre toute la magie d'une danse qui a fait basculer une vie, la vôtre, celle de votre grand-mère, celle d'un personnage inventé. Jitterbug endiablé, slow langoureux, valse nostalgique, tango passionné, peu importe; nous voulons saisir pourquoi, après cet instant précis, plus rien n'a été pareil.
Vous avez jusqu'au 20 mai minuit, heure de Paris, à l'adresse habituelle, pour nous inviter à vous rejoindre sur le plancher de danse. Après, notre carnet de bal rejoindra les fantômes de Paris...

dimanche 13 mai 2012

Clise - Duo d'ombres

A Julie-Rosine,

Tu erres dans ma vie
Tu me questionnes
Tu t’insinues dans mes pensées
Tu rôdes avec tes idées noires
Tes souffrances de petite fille
Qui a choisi d’en finir avec la vie
Pour qui comptais-tu ?
Pour qui je compte, moi ?
Je déteste les nombres…
Tu n’as pas eu le temps, toi,
D’apprendre à compter
Quatre générations nous séparent
Tout nous rapproche
Je t’explique
Tu m’interpelles
Je te conte la vie de notre famille
Tu me racontes ton errance
Je te rends ton histoire
Je te libère du passé
Je veux vivre ma vie.

Où lire Clise