Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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lundi 22 décembre 2014

Vacances de fin d'année

La trêve des confiseurs, tout le monde connaît.
Mais la trêve des Impromptus Littéraires ?
Et bien c'est la même chose, aussi mettrons-nous le site au repos jusqu'au 5 janvier 2015.
D'ici là, chacun pourra aiguiser ses envies d'écriture et exercer son imaginaire.

Bien entendu, vous pouvez continuer à communiquer vos avis, vos envies et vos remarques sur la page Facebook du site, par le biais des commentaires ou encore de la boîte mail.

Vous constaterez sûrement que vos commentaires n'apparaissent pas de suite lorsque vous les validez. L'aventure des Impromptus est pour nous un partage qui exclut tout échange inconvenant ou insultant. Pour la tranquillité de tous, nous avons donc décidé de remettre en place la modération. Nous ferons en sorte de les publier rapidement même les mains pleines de chocolat !

Nous souhaitons à toutes et tous une bonne fin d'année et de très bonnes fêtes !

samedi 20 décembre 2014

Littér'auteurs - Indécision

Bon sang il est bientôt minuit
Faut que j’y aille
  Pffff pas envie
  Oui mais ils m’attendent
Et depuis le 3 janvier 1863 c’est toujours pareil ils m’attendent
Ils m’attendent chaque année
Faut que j’y aille
Tous les ans c’est la même chose
Je tergiverse j’atermoie je barguigne je chipote
Tous les ans c’est pareil
Allez j’y vais
J’en ai plein le dos de cette hotte
Et puis les rennes ils n’en font qu’à leur tête
Non c’est décidé cette année ils se passeront de moi
Oui mais comment ils vont faire si je ne comble pas leurs désirs
Bon c’est la dernière fois
Ils ont un an pour me trouver un remplaçant
Hi hi ça va être dur de me remplacer
Ah oui comment ils vont faire si je démissionne
Je peux pas leur faire ça après presque 152 ans de service
Je peux pas leur faire ça
J’y vais
Et si je n’y allais pas ils feraient quoi
Tiens je vais essayer de ne pas y aller
Pour voir

23 décembre 2014
23 h 59
Bon j’y vais
Mais c’est bien la dernière fois

Où lire Littér'auteurs

vendredi 19 décembre 2014

Vince - Indécision

Entre pétoche et venette

Piscine municipale, été 1977.

Voilà une demi-heure que je sèche au soleil. Je ne sais pas ce qui m’a pris : d’habitude, je m’arrête au plongeoir de trois mètres, ce qui me procure déjà de belles sensations.
Là, j’ai continué les marches et me suis retrouvé sur la plus haute des trois bases de saut du plongeoir olympique. 10 mètres. La hauteur de plus de trois étages d’immeuble. A la scierie où mon père travaille, j’ai déjà sauté de haut, mais ce n’est pas pareil. C’était dans un tas de sciure, et de beaucoup plus bas.
Je sais que plus je laisse passer de temps, plus ce sera difficile, mais je n’arrive pas à me résoudre. Dix fois, vingt fois j’ai mis les pieds au bord de la plate-forme, et dix fois, vingt fois j’ai fini par reculer, au prétexte de laisser passer les plus aguerris, moins hésitants que moi, histoire de ne pas générer un bouchon sur le sautoir. A chaque fois, un petit quelque chose est venu enrayer mes bonnes résolutions : une fois c’est un coup de vent, une autre, c’est un coup d’œil vers le fond du bassin qui me renvoie ces espèces d’images mobiles, façon kaléidoscope, que font les joints du carrelage bleu déformés et grossis par l’effet de transparence de l’eau. Une troisième c’est la voix de ma mère quand elle m’implore de redescendre par les marches. Elle bronze en contre-bas avec Émilie, une fille de mon âge, dont je suis secrètement amoureux. De là où elles se trouvent, elles ne se rendent pas compte que la descente par l’escalier serait beaucoup plus dangereuse que de faire le grand saut. La dernière, c’est Enzo qui fait l’andouille, comme à son habitude, depuis le sautoir des 3 mètres : Hé, Jacques, regarde je vais tenter un triple plattire-bouchonné avec remontée à la surface en mode baleine. Et après son plongeon peu esthétique, c’est un bout de son cul tout blanc qui ressort en premier quand il revient du fond… Même le maitre-nageur rigole. Pas moi. J’avais presque fait le pas, j’avais bien fait le vide dans ma tête, je n’étais plus en proie aux multiples questionnements qui nourrissaient ma peur.
Il va falloir tout reprendre depuis le commencement.
Je me couche sur la plate-forme, les yeux fermés, cherchant à me reconcentrer. Le contact du béton chaud m’apaise.
J’essaye de ne penser à rien. D’oublier où je suis, et comment inéluctablement je vais devoir en repartir.
Malgré les yeux fermés, l’intensité du soleil me fait comme des petites étoiles sous les paupières. Je les regarde, je tente de les compter, mais en fait c’est toujours la même, qui s’imprime en différents endroits, au gré des mouvements de mes yeux sous leur peau protectrice. Je tente de la rendre immobile, de faire qu’il n’y en ait plus qu’une. Cela finit de m’apaiser.
Alors je rouvre les yeux, je me relève doucement, je vérifie que personne sur la plate-forme n’est en train de s’approcher du bord. Un grand me prévient que le bassin est vide, que je peux y aller. Il me sauve la mise, m’évitant de regarder de nouveau vers le bas. Mon regard se fixe sur l’horizon, la chaîne du Mont-Blanc en l’occurrence, que l’on voit par beau temps, depuis notre piémont et je m’approche encore.
Je décide de ne pas m’arrêter. Un pas, puis deux, puis une légère prise d’élan et…
Je compte un… les yeux grands ouverts toujours fixés sur les montagnes, le corps presque crispé, raide. J’entends un cri de ma mère.
Je compte deux… j’essaye de me tendre encore, d’être droit comme un I, je prends une bouffée d’air, je ne vois plus la neige.
Je compte trois… le contact avec l’eau : elle me paraît bien froide, mais c’est moi qui suis chaud, à être resté là-haut si longtemps.
Je plonge profondément sous l’eau, même si je ne touche pas le fond, ce que j’aurai bien aimé.
J’ai un peu de mal à remonter tout de suite, encore sous l’effet de la gravité. Je regarde vers le haut, vois le ciel et sa lumière vers laquelle il faut nager. L’air dans mes poumons commence à me brûler. Du moins c’est l’impression que j’en ai. J’agite encore les jambes, papillonne des bras, remonte doucement, enfin la délivrance… Enzo par un sifflet me fait comprendre son admiration, le maître-nageur me fixe, encore un peu inquiet. Ma mère me sourit, de l’amour plein les lèvres, on sent qu’elle se décrispe. Émilie me regarde avec un drôle d’air. Un regard plein de charme, que je ne lui connais pas. Aujourd’hui, j’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée.

Où lire Vince

Saraline - Indécision

Ah, misère !
Impossible de décider.
Dix fois, j’ai recommencé…
Quelle galère !
Non, je ne puis y arriver.

Mamily - Indécision

"Les trois me sont venus à l'esprit en même temps. Comme je suis en accord avec le thème de cette semaine et suis dans l'indécision je me permets de vous laisser choisir pour moi."

texte 1 :
"J'y vais ou j'y vais pas?
Si j'y vais,
j'vais regretter d'y être allée.
Si j'y vais pas,
j'vais me morfondre de ne pas y être allée.
Alors?...
J'y vais ou j'y vais pas?......"

texte 2 :
"Quel temps fait-il aujourd'hui?
Le ciel est-il bleu ou gris?
Dois-je prendre mon parapluie?"

texte 3 :
"Être ou ne pas être
Dans le paraître.
Voilà la question."

jeudi 18 décembre 2014

Tisseuse - Indécision

Indécise indécision
Qui m’amène en déraison
A douter saison après saison
De mon âme et de sa maison

Infertile indécision
Qui sape toute passion
Son père est robotisation
Sa mère infantilisation

Imbécile indécision
Qui brime toute action
Rendant insipide les missions
De vie ou de fictions

L'Arpenteur d'étoiles - Indécision

Ça a failli !

- Une p’tite pièce … pour manger, s’il vous plait …

Il est vieux Georges. Vieux et pas très propre dans son manteau gris. Dans le coin d’une porte cochère dans ce quartier commerçant et plutôt chic, il attend. Assis à même le sol, avec son chien à l’oreille cassée endormi sous une vague couverture. Il ne tend même plus son gobelet de plastique blanc. Il l’a posé devant lui, près d’une pancarte en carton.
Ce soir, germe en lui un doute inhabituel, dérangeant. C’est ça, « dérangeant » marmonne Georges ...

Des fois il se gratte la tête, découvrant une chevelure clairsemée et qui a du être abondante, dans le temps. On ne lui donne pas vraiment d’âge à Georges. Lui ne sait plus tout à fait. Et puis il s’en fout. Tout le monde s’en fout. Ce drôle de doute s'insinue encore un peu plus loin.

L’été il est là aussi. Son chien est alors étendu sur son manteau. Georges arbore un tee-shirt avec un Panda, disant qu’il faut sauver les espèces en voie de disparition. Il a jamais vu de tee-shirt disant qu’il faut sauver les hommes en voie de disparition. C’est comme ça. La vie est comme ça.

Dans l’angle opposé, un personnage engoncé dans un énorme anorak, caché sous un bonnet à oreilles en fourrure, agite une cloche montée sur un trépied. A ses pieds, un petit magnétophone diffuse des chants de Noël. « Douce nuit, sainte nuit » murmure Georges. Ou encore « Vive le vent, vive le vent ». Alors il chantonne aussi, Georges, dans sa barbe, en caressant Toto-le-toutou qui se serre un peu plus contre lui. Le bonhomme qui ressemblerait à un ours brun si il n’avait son panneau de l’Armée du Salut, ne l’a jamais regardé ni bien entendu adressé la parole. C’est comme ça, pense Georges. La vie est comme ça. « Ça y est » qu’il pense. Cette année p't'être ben que j'vais pas y aller tiens !

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mercredi 17 décembre 2014

Cacoune - Indécision

Indécision, ma croix

Beaucoup d'incertitudes et une lourde hésitation. Beaucoup d'embarras liés à tant de tâtonnements. Une lourde indétermination. Ce vague sentiment, prégnant, empreint de confusion. Et puis des doutes... Oh oui ! des paquets de doutes. Treize à la douzaine. Deux pour le prix d'un. Des doutes par milliers plein ma hotte. De quoi en faire une collection. De celle qui prend la poussière dans les coins et qui vous pourrit la déco pour des décennies. De quoi en faire un collier du genre sautoir qui court lourdement jusqu'au nombril de mon monde. Cet état, indéfini, me plonge dans une telle perplexité... Plus profonde qu'un abyme sans fond. Je me sens comme crucifiée, anéantie par la souffrance que fait naître en moi ce trouble. C'est une torture que cette vacillation constante de l'âme, cette irrésolution de la chair, ce flottement mou et presque sans vie d'un esprit flou d'imprécision, fou d'oscillation. Errant. Encore lui... Toute cette instabilité qui génère tant d'obscurité. Tant de versatilité qui n'engendre que de la précarité. Et je vacille dans mon tourment. Je m'ancre dans ce désarroi. Je croix... je crois à l'impossible choix, à l'irrésolution de mon moi.

Je crois... donc je décide.

Ce n'était donc que ça ?

Où lire Cacoune... ou pas

Mafaxel - Indécision

Falou aime les vacances. D'ailleurs, dans le travail, c'est la seule chose qu'elle apprécie : l'argent que cela lui permet de mettre de côté chaque année pour partir.
Dès janvier, parfois même avant, elle se rend dans toutes les agences de voyage, regarde tous les sites Internet proposant des vacances forcément idéales.
Et alors commencent les discussions avec son conjoint : où, quand, comment.

On peut commencer par où, mais vite on se rend compte que comment et quand ont leur place parce que l'endroit à définir induit la saison : aller aux sports d'hiver, ou partir en été pour profiter du beau temps et donc quand. Tout le monde ne peut pas s'offrir des vacances deux fois par an, il faut bien choisir une période.
Idem pour comment : voiture, train, avion et tiens pourquoi pas une croisière ou une semaine en péniche.
Non mais ça va pas, je vais mourir d'ennui ou bien on va claquer plus d'argent qu'on en a gagné.
Bon d'accord pas de croisière. Un voyage organisé alors, la Croatie, ton frère a beaucoup aimé.
Justement, c'est trop couru.
Alors, un petit tour en Italie en voiture, Venise, Florence, Rome et on pourrait descendre jusqu'aux Pouilles, ce n'est pas encore très touristique.
C'est peut-être une idée, mais ça fait beaucoup de route La côte d'azur peut-être ?
Passer notre temps dans les embouteillages à l'aller et au retour, et pour aller sur les plages, non merci.

Chacun de son côté boude plus ou moins, mais continue de chercher .
Enfin , ils ont trouvé l'endroit idéal pour cet été : un gîte dans un petit village de Corse, mais pas trop loin de la mer. On a donc la mer, la montagne, les villages, les villes et les randos.
Pour s'y rendre, bateau et voiture : mini-croisière et liberté de déplacement.

Euh ! On ne sera pas un peu isolés là dans ce gîte ?.....Bon, bon j'ai rien dit...

Claudie - Indécision

Bulles d’incertitudes
Se cristallisent
Aux lèvres bleuies du temps.

Tiniak - Indécision

CAISSE, HIER

Le cœur a sa fenêtre ouverte
La forêt bien rangée devant brûle tout son flanc droit
Ça va chauffer plus fort à présent, sous les toits
que, sur le bout des doigts, ont repris les décomptes
des passagères hontes
et des gentils émois
quand, depuis l’occident un vent court à sa perte

Ou c’est peut-être moi qui me fais à l’idée
que le jour a passé sans que je ne le vois
nichée toi, niché moi
dans quelque dé à coudre
avec nos grains à moudre – et de concert, encore !
jusqu’au délit des corps dans le content des chairs

Mais – je ne rêve pas …
cela fait bien longtemps que tu n’es plus personne
que je n’ai que dix doigts
pour joindre mes deux bras
et que je m’époumone à maudire l’automne
quand l’hiver est bien là, en bas, rue Salomone

Ou alors quoi ? Courir ?
Bondir, là ! sur tes pas qui se sont effacés
depuis quelques années vers un autre Agadir
sa paire de saphirs et son autre patois ?
Puisque je les entends toujours dans l’escalier

Je ferme la fenêtre
La forêt peut brûler, je m’habille de fleuve !
Qu’Est-ce … j’allais chercher
… en traversant la pièce où tu restes cachée
dans ta dernière épreuve ?
Pour que je m’en émeuve, tout l’être !

Ça, qui me le dira ?

Où passer à l'acte, bon sang !

mardi 16 décembre 2014

Gregory - Indécision

Alors il faudrait rire
Et oublier l'enfer
Alors il faut partir
Sans regard en arrière
Alors elle peut mourir
Ils n'auront plus de mère
Alors ils vont souffrir
Et je ne serai pas fier
Alors plutôt mentir
Tant que je peux me taire
Alors encore tenir
Tant que je peux le faire
Alors tout va pourrir
Demain dans la poussière
Alors il faut choisir
Aujourd'hui comme hier

Alors que dire
Alors que faire

Pascal - Indécision

Pauvre idiot

Elle est morte. C’est sûr, elle est morte. De sa planète, je ne vois plus aucune trace vivante, je ne distingue aucune brillance, aucune vibration, aucune tendance, aucune mouvance, aucun signe. Sa route effrénée a croisé la mienne sans heurt que ma désespérance inouïe qu’elle a laissée dans son sillage. J’ai encore des étincelles dans les yeux comme de la limaille d’acier brûlante. Son souvenir l’érige aux dépens d’une réalité sans attrait et sa statue de poussière est une chimère véritable.

Elle s’est désagrégée, ou enfuie, ou évaporée ; elle a disparu en dehors de toutes mes recherches les plus romantiques, les plus inespérées, les plus assidues, les plus viscérales. Mes sensations aux abois ne perçoivent plus aucune empreinte de sa vie : pas le moindre petit message, pas une infime partition, une quelconque rumeur, un fond de parfum. Je peux tendre l’oreille, écarquiller les yeux, renifler le vent : de son univers, je n’entends plus rien.

Par pudeur ou par oubli, par courtoisie ou par jalousie, plus personne ne me rapporte de ses nouvelles. Il n’est que l’écho de mon cœur qui tape encore des SOS sporadiques quand son image se figure de proue, se floute, à l’avant de mes pensées mélancoliques. Il ne traîne que des courants d’air dans ma tête malade pour l’animer encore de fugaces contorsions malignes. Il ne plane que des refrains de chansons tristes, des hymnes à l’Amour morte, des rengaines de port d’Amsterdam pour amplifier cette aridité.
Elle n’est plus réelle que par des souvenirs affabulateurs, ceux agités par les ficelles menteuses de mon hypocrisie latente. C’est une chimère insaisissable navigant au gré de mes gamineries encore agrippées à ses mesquineries de donzelle. Nostalgique, collectionneur, j’ai conservé quelques-uns de ses sourires moqueurs, quelques-uns de ses rictus indéchiffrables, quelques-unes de ses mimiques intéressées, que je garde au chaud dans le tabernacle de ma Passion allant refroidissant.

Aujourd’hui, je ne sais plus vraiment si elle a existé ou si elle n’était qu’un fantôme illuminé de l’aura extraordinaire dont je l’habillais avec tant de ferveur. Comme une icône flamboyante, je l’ai priée si souvent à l’ombre de mes espérances tellement croyantes. Je l’ai vue tant de fois se grandir sur la pointe des pieds, si curieuse des détails de ma vie. Yeux dans les yeux, elle soutenait mes conclusions, elle drossait ses vagues amusées sur ma plage conquise, elle s’admirait dans le miroir de mes pupilles, elle battait des cils et j’étais son plus fidèle troubadour.
Elle était partout, elle était dans toutes les dimensions, dans toutes les directions ! Dans l’azur, les nuages colporteurs dessinaient son visage ! Dans les frondaisons, elle jouait à cache-cache avec mon cœur ; je la guettais dans l’ombre quand le soleil la dessinait avec ses airs moqueurs.

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lundi 15 décembre 2014

Gaëti - Indécision

"Elle préfère marcher devant"

Retour de sortie. Il a fait beau aujourd'hui sur la ville. Un magnifique soleil qui a perduré au travers de la fraîcheur hivernale. Ce genre de temps qui nous donne du baume au cœur et du rose aux joues. La petite troupe en a profité pour flâner dans les rues, prendre un café, faire quelques magasins. Pourtant, elle ne se sent pas à la fête. Elle a la tête ailleurs, et pourtant si près.
Elle marche presque sur les pieds d'Isild qui mène la danse et les ramène à la colocation. Finalement elle décide de se porter à la même hauteur qu'elle, non pas qu'elle ait des envies de commandement mais c'est comme ça. Au choix, elle préfère marcher devant.
Derrière elle, il y a Thibault et Coralie. Co, c'était celle qui était là depuis le début depuis le collège, tellement d'années déjà … et elles demeuraient toujours les meilleures amies. Elle entendait toujours ses éternels apitoiements depuis qu'elles savaient ce qu'étaient les sentiments. Et du coup, ainsi elle connut Thibault, d'abord par la bouche tour à tour transcendée et agacée de Co. Elle savait les amoureux tranquillement dans son dos, enlacés tels les bonbons par l'amas de sucre.
Il y avait pas mal de marche pour rentrer, c'était dans ces instants qu'ils bénissaient l'invention des transports en commun. Mais il fallait vivre l'instant : les copains, le beau temps, le temps libre. Et pourtant, c'était réellement dur pour elle de s'enlever certaines images de sa tête, insistantes alors que banales. Cent mille fois le même geste avait été reproduit sans que cela porte nuisance. Désormais ce n'était plus pareil, il y avait tellement de facteurs qui jouaient dans la balance.
Vous ne comprenez pas ce qui se passe ? Elle non plus rassurez-vous. Je ne suis que la voix de sa propre conscience et je ne suis même pas d'accord avec moi-même. Les mots, les regards, les gestes se bousculaient dans sa tête comme dans une collision des sens. Elle jeta un rapide coup d’œil vers Isild, qui le lui rendit, si seulement elle était capable de partager ce secret avec elle… Mais elle ne pouvait pas, elle n'y arrivait pas. Et puis, ses secrets, elle avait toujours eu l'habitude de les raconter à Co, pas à Isild. Mais sa copine d'enfance avait les yeux dégoulinants de mièvrerie, de déification idiote pour Thibault. La période préalable de reproches était bien passée, il n'y avait plus que de l'amour entre eux. Les nouveaux adultes que tous étaient ne fonctionnaient décidément plus pareils.
L'appartement fut à nouveau bientôt visible, à l'intérieur le même spectacle recommencerait et cette fois-ci elle ne pourrait pas l'éviter. Isild non plus mais elle s'en ficherait. Mais elle, ça la travaillait déjà. Elle savait déjà qu'il lui serait impossible de fixer ce canapé, là où les sentiments qu'elle refrénait depuis tant de temps avaient explosé tels une bombe sous l'effet de son détonateur de corps. C'était mal et pourtant jamais elle ne s'était autant senti vivre, au-delà du malaise de la situation. Alors voilà, elle avait préféré marcher devant toute cette après-midi, devant pour éviter de voir que ça n'avait été qu'éphémère, devant pour éviter de voir qu'il ne lâcherait jamais pour autant la main de sa chérie.

Où lire Gaëti

Zoz - Indécision

~ ma main s'agite sous l'oreiller
cherche la gâchette
ma main sans lumière
et toi tu dors

elle pleure sur le métal froid
brisée de prières
elle a ce mal incurable de l'espoir

je suis incapable de notre mort
et toi tu dors ..

Où lire Zoz

Blick - Indécision

Joyeux Noël !

Joyeux Noël ! je ne sais quel cadeau
Au pied du sapin serait le plus beau,
Comment savoir ce qui saura lui plaire.
Il faut aussi voir l'aspect budgétaire
Sans pour autant passer pour un blaireau.

Je cours les grands magasins, quel fardeau,
Me triturant sans cesse le cerveau,
Je peste : invention de publicitaire :
Joyeux Noël !

Treize vers luisants tirent mon traîneau
Comme des rennes. Puisse ce rondeau,
Qui sut épargner mon compte bancaire,
Ô mon amour, mon cœur, te satisfaire,
Car versifier ne fut pas du gâteau :
Joyeux Noël !

Chri - Indécision

Ou, ou

Naître ou mourir, hurler ou sourire,
Hôpital ou clinique, calme ou panique,
Pouce ou tétine, Maïzena ou blédine,
Maître ou maîtresse, règle ou tendresse,
Calcul ou chanson, école ou buissons,
Danse ou judo, foot ou piano,
Carambar ou Miko, scout ou louveteau,
Boum ou soirée, tapisser ou danser,
Romane ou Lucie, Elise ou Julie,
Collège ou lycée, sortir ou rentrer,
Piscine ou acné, se montrer, se cacher,
Se pendre ou go on, Jagger ou Lennon,
Le bac ou le boulot, tourneur ou languezo,
La Cigale l'opéra, le Perche ou l’Cap Ferrat,
Bourgogne ou Bordeaux, Ciné ou restau,
La mer, la campagne, l’anorak ou le pagne,
L’église ou la mairie, pour six mois, pour la vie,
Fille ou garçon, le choix des prénoms,
Lisa ou Tony, Sarah ou Rémi.
Aimer, désaimer, s’arrêter, continuer.
Rêve ou cauchemar, lumière ou placard,
Ne rien dire ou parler, partir ou rester,
Rester digne ou pleurer, en vouloir, oublier.
Stop ou encore, le Sud ou le Nord,
Divan ou pilules, arthrose ou kiné,
Darrieux ou mémé, Piccoli ou pépé
Ecrire ou parler, se taire, raconter,
Cendres ou cimetière, Lourdes ou l'éther,
Le ciel, la poussière, les douceurs ou l’amer...
Alors, râler, râler encore et toujours sourire
Pour, en bout de piste,
mourir ou... mourir.

Où lire Chri
Où voir ses photos

Daniel Hô - Indécision

à gauche ou à droite
c’est bien l’éternel dilemme
depuis qu’est le slip

Vegas sur sarthe - Indécision

Tango-hésitation

Il parait que j'ai longtemps hésité entre venir par le siège et par la présentation transverse pour finalement débarquer classiquement c'est à dire par voie basse tout en braillant à tue-tête, ce qui me semble parfaitement contradictoire... enfin, je crois.
J'arrivai ainsi en pleine incertitude dans un monde impitoyable où j'allais m'adonner à une interminable valse-hésitation dont j'hésite à parler ici.

Tétine ou téton fut un des premiers choix cornéliens qui me fut proposé alors que je n'aspirais qu'à des joies simples, au rythme d'une trilogie sans surprise: miammiam-dodo-caca.
Pour le bleu ou le rose, on avait déjà choisi pour moi avant même mon expulsion - allez savoir comment - et c'est sans doute la seule fois où j'ai manqué l'occasion de m'affirmer: je voulais du rose!!
Ca doit venir de là, l'expression “se faire avoir comme un bleu”... enfin, je crois.
A ce moment si j'avais su parler j'aurais essayé de transiger pour ne froisser personne: rose et bleu, ça doit être vaguement lilas ou peut-être lie de vin, non?
Lie de vin, c'eut été de circonstance pour un p'tit bourguignon... à moins d'un joli camaïeu de bleu sur fond rose. Bref, peu importe, c'est trop tard, j'ai fait dans le bleu.

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Semaine du 15 décembre au 21 décembre 2014

La semaine dernière vous aviez dix ans, ça c'est sûr.

Mais aujourd'hui ? Où en êtes-vous de vos certitudes ? Racontez-nous vos valse-hésitations, vos doutes en tous genres et vos incertitudes qui vont qui viennent.

Vous avez jusqu'au dimanche 21 décembre minuit pour nous adresser vos textes... ou pas. Le tout à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com.

Bonne semaine à toutes et à tous.

dimanche 14 décembre 2014

Daniel Hô - J'ai dix ans

Les fourmis sont terribles. Une, deux, trois, puis dix, puis la multitude. La mouche morte offerte en sacrifice ne dure pas bien longtemps. Avec la conscience des bonnes ouvrières, elles la découpent en tronçons et marchant les unes derrière les autres, elles la transportent vers leur nid, un énorme tas fait d’épines de sapins desséchées. La procession aux allures de caravane marchande se trouve soudainement empêchée par un sillon profond creusé de la pointe du bâton de Matcho. Depuis près d’une heure, il les observe et le spectacle du grouillement de ces insectes exerce sur lui toujours la même fascination. Matcho a dix ans. C’est un petit gaillard au teint mat. Ses deux yeux bleus surmontés d’une épaisse tignasse noire expriment l’énergie et la malice. Il est la vie personnifiée.
La matinée est bien entamée. Le soleil se rapproche de son zénith. L’ombre des arbres qui tout à l’heure s’étirait nonchalamment au sol se ravise à présent. Accroupi, Matcho bascule sa tête en arrière en fronçant les sourcils pour observer le long châle blanc d’un nuage qui se désagrège lentement dans l’immensité cyan du ciel. Il se relève, jette son bâton au loin, écarte grand ses bras et ouvre la bouche pour avaler goulûment les brassées du vent doux qui lui caresse le visage.
A midi il ne regagnera pas son camping pour manger. Manger à heure fixe, ça, c’est une habitude de sédentaire, de gadjo. Lui, s’il a faim, il trouvera bien un arbre fruitier pour se rassasier. La chaleur est maintenant bien installée. Encore une journée de canicule. Il ne s’en plaint pas. L’envie de se rafraîchir le gagne et il prend la décision d’aller à l’étang pour s’y baigner. Le choix d’un bon plan d’eau ne manque pas. Il existe dans la région une foison d’anciennes gravières abandonnées, remplies de l’eau de la nappe phréatique toute proche. Il pêchera un peu c’est sûr mais, sans canne, sans filet, à la main comme il sait si bien le faire. D’ailleurs c’est ce qui lui a valu son nom en romanès, Matcho qui veut dire poisson.
Pour lui, pas d’école aujourd’hui. Pourquoi y irait-il ? Pour y être méprisé, cantonné et oublié au fond de la classe ? Non, vraiment ça ne sert à rien. Peu importe que l’on soit lundi, mardi ou un autre jour de la semaine, il ne compte pas les jours. Il vit son école, l’école de la nature, de la vie, de la vie vraie. Alors plus tard, à ses enfants, il leur parlera de sa propre jeunesse, de son souvenir de l’école, de son école à lui : l’école de la liberté. Sa narration commencera, très certainement, par un : « J’ai dix ans, et je viens de vivre une sacrée journée. »

samedi 13 décembre 2014

Tiniak - J'ai dix ans

Tout a pris fin il y a dix ans et quelques jours
Donc, j'ai dix ans
et je viens de vivre une sacrée journée

J'ai découvert à l'aurore un soleil violé
par l'haleine d'un vieux marin chargée de mousse
déjà la journée courait, la mort à ses trousses
son élan pris depuis mon petit-déjeuner

Les huis libéraient leurs effluves quotidiens
charriant les bruits de la comédie laborieuse
le sang perdu coulant de ses mains oublieuses
quand, sur son paillasson, j'enjambais mon vieux chien

J'ai recueilli un vol de mouettes, quai Vendeuvre
passé la main au ventre gris de son Vieux Port
payé d'une plume nouvelle pour mon sort
un franc sourire à la manœuvre

L'heure avait les cheveux plus courts
Je t'ai reconnue sans maudire
Quel heur célébrait l'alentour ?
Un mystère à n'y pas suffire !

J'ai parcouru la ville à genoux, haut le front
dans la poche une main prête à sortir mon soûl
dans l'autre ce mouchoir qui ne me dit pas où
et la semelle offerte à de joyeux marrons

Le vent marin jouait des gammes peu bourgeoises
pour ces anciens malins perclus de vérité
L'après-midi faisait des bonds désordonnés
craignant l'inimitié verte que l'On dégoise

J'ai abouché le flanc d'une triste panthère
avec le sentiment de lui mordre bien plus
Comment s'en consoler puisqu'elle m'a dit "Tu.." ?
Moi, triste Gagne-Pain de ses maigres affaires !

L'heure avait les cheveux plus longs
J'y mêlais mes doigts fatigués
J'avais du mal à respirer
Me faisais l'effet d'un gougeon !

J'ai embrassé le pli de la nuit approchant
sa robe sur les toits du monde grabataire
criant les noms perdus de mes trop Êtres Chers
et ne pouvant rien faire autre que les aimant

Le tableau s'est conclu sur un carnage veûle
avec les mains fouillant cette peau infertile
où je peine à trouver la ferveur érectile
d'une journée passée sans que mon âme feûle

Où plonger les mains dans une vraie journée...

Stouf - J'ai dix ans

J'ai dix ans, et je viens de vivre une sacrée journée

-Stouuuf... stouf réveille toi !
-Heiiiin... quoi ?
Aïe... on me donne un coup de coude, c'est qui ?
Bon ça va, c'est Juliette, ma fiancée. J'ai dix ans et elle aussi, on va se marier quand on sera grand et nous vivrons en Afrique parce qu'elle aime les giraffes et moi les lions.
Pfff... j'me suis encore endormis pendant le cour de notre institutrice, madame Wordstein !
-Viens, que je lui dis à Juliette, on va voire la corneille !
A la sortie il y a Tiargy, mon poteau, le héro de la coure d'école. Un jour madame Rousseau, la directrice, lui a donner une claque en plein dans la tête, ça saignait... là il est devenu le chef pour toujours. Un jour il a récupérer une corneille qui avait une pate cassée, il l'a soignée et hop !
Maintenant, elle vient le chercher à l'école... elle vole et se pose sur son épaule.
J'aime bien quand on sort de l'école... Juliette me prend la main.
En chemin nous regardons la vitrine du Familistère, toujours aussi nulle la vitrine de Noël !
J'aime bien quand je raconte des bêtises et que Juliette rigole.
Tiargy il rentre chez lui , Juliette et moi on va vers la grande maison où elle habite, je sais que je vais être un peu triste... complêtement, en vérité.
Juliette me dit -Tu viens demain, au gouter ? J'ai appris un nouveau truc au piano.
Moi j'aime pas le piano... mais bon... vu qu'on va se marier en Afrique !

vendredi 12 décembre 2014

Manoudanslaforet - J'ai 10 ans

Classe de neige ! J'adore la montagne et le ski, pour une fois je ne suis pas la nulle : je sais skier alors que mes copines non !
Et puis comble du bonheur, mon père a dit qu'il passerait me voir durant le séjour...
Et ce dimanche là, au lieu d'aller à la messe (école catho oblige!) mon père , arrivé la veille sans doute , réussit à convaincre la mère supérieure de me laisser le suivre sur les pistes.
Quelle joie, double voir triple : échapper à la messe, être regardée avec envie, voire jalousie, et être seule avec mon père sur les pistes.
Nous partons dans la bonne humeur sous un soleil radieux, sur une neige fraîchement tombée et j'en garde un souvenir de belles glissades jusqu'à....la terrible chute ! Voulant suivre l'excellent skieur qu'était mon père , je m'encastre dans la poudreuse... et crac !!! La suite reste plus floue...descente en traîneau...hôpital....plâtre...retour à la colo... et retour à la maison dans la coccinelle de mon prof de gym (qui ressemblait à Nicolas Peyrac!!)mon père disparaissant (dans mes souvenirs!!)de cette partie de la journée...
Mais pour la petite fille de 10 ans que j'étais, je viens de vivre une sacrée journée, de joie, de bonheur, mais aussi de douleur.... Longtemps je me suis dit que le Bon Dieu m'avait punie d'avoir raté la messe...

jeudi 11 décembre 2014

Chri - J'ai dix ans

Le jour où mon grand-père...

J'ai dix ans, et je viens de vivre une sacrée journée.
Pourquoi ? Mais nom de Dieu quelle saleté de mouche l’a piqué ce jour là ? D’où lui est venue cette foutue idée ? Par où a-t-elle débarqué dans sa cervelle ? Pourquoi a-t-il fait ça ? Qu’est-ce qui lui a pris ?
La journée avait plutôt bien commencé.
C’était en été. C’était un jour de vacances, un jour tranquille sans obligations ni contrainte autre que celle de le vivre. Dans l’air de la campagne, venues des serres fleuries flottaient des odeurs chaudes, humides et fortes. Nous, mes parents et moi, nous campions là-haut, comme tous les ans, sous les pins, près du poulailler et du grand garage, juste après les deux bassins, le grand pour l’arrosage et le petit pour les engrais. En vrai, quand on arrivait, on montait la tente sous la pinède, on installait le campement et, ensuite on venait juste y dormir. Le reste de la journée on le passait ou dans la campagne ou au cabanon. Bien que la mer ne soit pas très loin, on y allait assez peu, une ou deux fois la semaine, souvent le dimanche, rarement plus. Ici, la mer c’était plutôt pour les poissons, les pêcheurs et... les anglais. Pour se tremper, il y avait le grand bassin rond tout en hauteur à peu près cinq six mètres et son immense et glissante échelle de métal. C’était notre piscine à débordement… Et tout au long du jour, il y avait aussi les lances qui arrosaient les bancs de fleurs ou de tomates dans les moiteurs des serres aux châssis blanchis à la chaux.

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Claudie - J'ai dix ans

PREMIERS PAS

La journée avait été maussade comme souvent en Bretagne où je passais le mois de juillet avec la famille. L’oncle Pierrot et la tata à moustache étaient arrivés depuis le matin et la maison de grand-mère bouillonnait d’effervescence. Ma tante déballait ses maillots de bain à froufrous et nous les gosses, pouffions de rire en la voyant minauder devant la glace de l’armoire. Mon père était revenu du centre du village, un énorme poste de télévision Radiola entre les bras. Grand-mère le houspilla car l’engin prenait la place de ses bibelots et autres napperons de dentelle mais surtout, elle avait été obligée d’exiler la vierge Marie, son repère, dont la robe blanche et bleue clignotait comme un phare dans l’obscurité. - C’est pour cette nuit annonça papa tout excité. Je vous réveille les enfants.
Le sommeil fut long à venir, le ciel était agité de nuages noirs précurseurs d’orage. A deux heures tapantes, notre père en pyjama nous secoua. Mon frère grognait et moi, je descendis l’escalier grinçant quatre à quatre, prêt à admirer le spectacle. Toute la famille était vautrée dans le canapé du salon éclairé par une lumière surnaturelle. Mon père alluma le poste avec des gestes précautionneux.
Le spectacle : de la neige et le son qui va avec. Le visage de papa passa par toutes les couleurs de l’arc en ciel. Il tripota les boutons en jurant et nous les vîmes enfin à l’écran. Les astronautes sautillaient, ridicules dans leurs combinaisons blanches sur le sol lunaire.
- Ils ont aluni sur la mer de la Tranquillité claironna mon père.
- C’est pas une mer, c’est juste de la poussière, dit Jeannot avant de se taire, le bec cloué par le regard noir du paternel.
Armstrong en tâtant du pied gauche le sol lunaire pour en vérifier la résistance, avançait la bannière étoilée à la main. Rejoint par Aldrin, ils le plantèrent sur le sol dans un geste patriotique.
- Un petit pas pour l’homme mais un bond de géant pour l’humanité.
Ces mots résonnèrent dans le silence. Les aiguilles de l’antique horloge indiquaient 3h56 et nous vivions en direct les premiers pas de l’homme sur la lune. Je regardais mon père, absorbé par l’écran quand ce dernier se brouilla définitivement lors d’un coup de tonnerre retentissant.
- Il faut que les enfants dorment dit grand-mère d’un ton péremptoire et joignant le geste à la parole éteignit le poste.
Impossible de dormir. Je me retournais dans le petit lit de fer. J’étais un super astronaute et je quittais la terre à bord d’une fusée encore plus impressionnante qu’Apollo.
Aujourd’hui j’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée même si elle ne fait que commencer. Une journée à graver dans la mémoire universelle.

mercredi 10 décembre 2014

Tisseuse - J'ai dix ans

Une malheureuse toux s’accroche à moi depuis de longs jours, qualifiée du nom peu gracieux de « chant du coq » qui donne à penser à une coqueluche à l’homme de la science, sans que ce dernier puisse se prononcer cependant formellement. En bref, je me traine, je tousse, et personne ne sait exactement ce dont je souffre, en ce printemps froid et humide.
Je ne me considère pas réellement comme un « cas désespéré », mais je soupçonne ma mère de trouver ce prétexte afin de légitimer auprès de mon père une sorte d’escapade, sous couvert de chaperons officiels, en l’occurrence ma grand-mère et ma grand-tante, et sous l’égide d’une organisation infaillible : un pèlerinage diocésain à Lourdes !
Le slogan tout trouvé étant : « le bon air des Pyrénées, et les prières à la Vierge devraient lui redonner une bonne santé ! et puis, cela fera plaisir à ma mère et à ma tante qui n’ont pas tant de distractions ! ». C’est sûr qu’à 77 et 78 ans, à l’époque, pour l’une vieille fille et pour l’autre veuve, les sorties se font plutôt rares !
« le bon air des montagnes devrait la guérir » sonne à mes oreilles comme dans les livres de Heïdi où son amie à la santé si fragile retrouve des forces …

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Vince - J'ai dix ans

φωτός

Je suis né sur Ross 154, une naine rouge proche du soleil, située dans la constellation du Sagittaire. J’ai d’abord cru que mon existence tournerait court, happé dès mes plus jeunes années par l’appel irrésistible de l’étoile de Barnard, une proche voisine de ma génitrice. Mais ma trajectoire rectiligne n’a pas dévié à son approche et j’ai tracé ma route. Depuis ma naissance, j’ai parcouru quelque chose comme 3 parsecs soit de l’ordre de 100x1012 kilomètres. Durant tout ce temps, ma route aurait pu s’arrêter sur une des 65 étoiles ou des 4 naines brunes, situées dans ma zone, formant pas moins de 50 systèmes stellaires. Mais non, allez savoir pourquoi, le premier troquet que je croise, c’est ce petit bout de caillou que vous appelez la Terre. D’ici, elle ressemble plutôt à une goutte d’eau, mais bon, après tout c’est chez vous, vous l’appelez comme vous voulez ! Pour mon entrée dans l’atmosphère, pas besoin de bouclier thermique. Je ne suis pas chargé électriquement, je n’ai même pas vraiment de masse, bien que je possède une quantité de mouvement. D’ailleurs dans le vide ou dans l’air, ma vitesse reste quasiment la même. Elle n’est réduite que de 1% dans votre atmosphère. L’eau, par contre, a un peu plus d’effet : j’ai pris une de ces claques en tapant sur l’un de vos océans. Et encore, ça aurait pu être pire, il parait que certains de vos physiciens s’amusent même à réduire ma vitesse à quelques mètres par seconde dans certaines matières… Avec mes congénères, il parait que nous vous sommes indispensables. Un transport d'énergie jusqu'à la surface de la terre qui maintient l'équilibre de l'environnement naturel par la régénération de l'oxygène grâce à la chlorophylle des plantes.
Aujourd’hui, j’ai dix ans, j’ai frappé la surface de la Terre quelque part dans l’océan Indien, à mi-chemin entre La Réunion et L’Ile Maurice. J’ai pris un petit bain, je vous ai réchauffé d’une part mes quelques 2 eV, ce qui est insignifiant, mais comme on est plusieurs à avoir fait le voyage…
Aujourd’hui, j’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée : après dix ans en trajectoire parfaitement rectiligne, voilà que lors de mon passage chez vous, j’ai rencontré un obstacle, et j’ai été réfracté… Je repars comme je suis venu, mais dans une autre direction. Et comme je suis relativement stable, que j’ai une durée de vie de 1018 ans, ça n’est que le début…

Où lire Vince

mardi 9 décembre 2014

Saraline - J'ai dix ans

La neige et la froidure ont envahi ma campagne depuis plusieurs jours. Le vent, chaque jour, semble apporter de nouvelles pelletées de neige qui s’amoncellent sur les quelque cinquante centimètres de neige qui forment déjà des congères sur les bords des routes et des chemins. Le sol est gelé, mon père doit casser la glace pour puiser l’eau nécessaire aux animaux de la ferme. Je ne peux même plus sortir mon vélo, la couche de neige emprisonne les roues jusqu’au moyeu …

Ce jour-là, dès que le ciel se dégage un peu, mon père, emmitouflé dans sa grosse canadienne, la chapka vissée sur la tête et équipé d’un attirail que je ne connais pas ( une espèce de bobine de fil qui me semble énorme et qui contient des petits ronds brillants), vient me proposer de l’accompagner pour l’aider dans une tâche qu’il qualifie de « spéciale ». Il faut savoir que mon père est un grand bricoleur et que plus grand-chose ne m’étonne venant de lui, mais je trouve qu’il fait bien froid, j’étais bien au coin de la cheminée et puis c’est quoi ce machin bizarre, plein de fils et qui brille au soleil ?

Mais…, j’ai dix ans, je suis curieuse et je tiens de mon père, j’aime bricoler, inventer, toucher à la nouveauté… Je m’équipe donc comme il se doit : bottes garnies de chaudes chaussettes tricotées main, blouson imperméable doublé d’un énorme gilet de laine (j’ai tout à fait l’allure d’un enfant trop nourri), un bonnet et des moufles. Et nous voilà partis vers un champ pas trop éloigné de la ferme paternelle, un champ qui n’est plus qu’une vaste étendue de neige dont je crains à chaque pas qu’elle ne déborde au-dessus de mes bottes.

Mon père commence alors à planter quelques piquets, sur trois rangées, sur une bonne longueur. Puis il me tend l’engin, m’intime l’ordre de le tenir fermement et il se met à dérouler ce fil sur lequel dansent ces drôles de petits miroirs qui lancent des éclats de lumière aveuglants. Il arrime solidement ces fils aux piquets préalablement plantés. Cette mise en place à laquelle je n’ai rien compris m’a semblé un peu longue, mais en voyant l’air réjoui de mon père, je me dis que je n’ai encore rien vu. C’est alors que sa réflexion me laisse pantoise : « Ce soir, nous allons faire un vrai festin ; nous aurons des alouettes à la broche au dîner. » La petite campagnarde que je suis sait bien qu’il est normal de manger les animaux que nous élevons à la ferme, par contre, j’ai bien compris que les alouettes sont des petits oiseaux qui vivent librement dans nos champs et je n’avais pas imaginé qu’ils puissent un jour finir dans mon assiette …

Au repas du soir, la petite bestiole coincée entre deux bardes de lard, au grand désespoir de mon père, ne m’arrache qu’un haut le cœur, suivi d’une crise de larmes …
J’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée.


** plus ou moins autobiographique ; en 1956, la chasse aux alouettes n’était pas encore formellement interdite, et je ne me souviens pas de « récidives » !
*** J'aurais dû, aussi, remercier Vegas, qui m'a donné l'idée de ce "flashback " !

Blick - J'ai dix ans

Auto biographie

Vers huit heures ce lundi matin, je descendis au garage où dort ma vieille Chrysler et qui me sert aussi d'atelier. C'est ici que j'écris mes textes. Mais cette semaine je ne suis pas inspiré. Je contemplais l'établi en me grattant la tête, le tas de métaphores rechapées qui gît dans un coin à même le ciment, les oxymores suspendus au râtelier, par rang de taille, les casiers pleins de synecdoques, d'antonomases et de paronomases. J'ouvris et fermai machinalement les tiroirs où j'ai toutes mes hyperboles et mes anacoluthes. Que vais-je bien pouvoir écrire. Ma Chrysler, avec qui je discute souvent et qui me donne parfois un coup de main pour les finitions et le polissage à la peau de chamois, m'observait avec goguenardise. J'attrapai une synalèphe et lui dis Bjour. On a quoi comme thème cette semaine, demanda t-elle. Je le lui dis, Ah fit-elle en une ellipse magnifique. C'est pas le tout, nous avons du taf, dis-je, et je me lançai.

J'étais gamin pendant la guerre de Cent Ans, qui n'en finissait pas. J'habitais Orléans, que les Anglais occupaient en attendant avec flegme qu'on les boute hors de France. Le 8 mai Jeanne d'Arc, arrivant de Chinon, enleva le châtelet des Tourelles et descendit triomphalement la rue d'Illiers, qui sentait bon le crottin, le cuir, la graisse et le suif des flambeaux. Je courais avec la foule en liesse au milieu des chevaux caparaçonnés, les armures cliquetaient et les oriflammes claquaient dans la brise caressante du soir. A l'arrière du cortège Gilles de Rais distribuait aux enfants des bonbons, des chewing-gums et des cigarettes américaines. Plus tard un feu d'artifice fut tiré aux abords du pont Royal depuis des barques sur la Loire, et je me dis, couché dans l'herbe à admirer le bouquet final tout en tirant la première bouffée de ma vie : J'ai dix ans, et je viens de vivre une sacrée journée.

Tu es complètement hors sujet, me coupa ma Chrysler, qu'est-ce qui te prend de raconter ta vie, qui crois-tu que cela intéresse. Jamais Songeuse ne laissera passer ça, et ne compte pas sur Le Géomètre ou Nevada sur Loir pour te sauver la mise. Allons faire une balade sur les bords de Loire et laisse-moi faire. Nous sortons du garage, et la voilà qui démarre, au quart de tour je dois le reconnaître, car c'est une excellente voiture comme on n'en fait plus.

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Jacou - J'ai dix ans

Quand rêve et réalité se confondent.

La voilà, derrière les arbres. Je ne la vois pas très bien, encore ; mais c’est elle, oui, c’est bien elle.
Je voudrais que ce moment dure toujours. Quelques pas, elle est là, toute entière, devant moi.
Je n’y crois pas encore tout à fait.
Hier, elle n’était qu’un rêve ; rêve inaccessible. Aujourd’hui, le rêve est devenu réalité. Total émerveillement.
Bien plantée sur ses jambes, son nez gratte le ciel ; je vais enfin pouvoir en faire l’ascension.
La montée se fait en ascenseur. Ma mère est claustrophobe ; une montée enfermée dans la cabine, c’est déjà trop pour elle.
La descente se fera donc par l’escalier. Mon père, lui, a le vertige. Nous devons nous arrêter à chaque palier.
Moi, je n’ai aucun souci, ascenseur, escalier, tout va bien. Je suis sur un petit nuage.
J’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée.
Radieuse, je chante la comptine de mes récréations :

« La Tour Eiffel a trois cents mètres
Du haut en bas on voit la Seine
Pour y monter il faut payer
Tous les millions qu'elle a coûté
1 sou, 2 sous, 3 sous...»

Où lire Jacou

lundi 8 décembre 2014

L'Arpenteur d'étoiles - J'ai dix ans

Parfum de femmes ou, comment est née une obsession.

Ils sonnent à la porte d’en bas. « Entrez, c’est ouvert » leur crie mon père depuis le perron ». Ils montent et avec eux montent le bonheur, et l’insouciance de la jeunesse.
La plus jeune sœur de mon père vient nous présenter son mari tout neuf. Ils débarquent de Paris, ou presque de Paris, de Melun, et vont dormir à la maison. Elle est jeune, jolie, lumineuse et un peu foldingue. Lui, c’est une autre lumière, plus douce, drôle et poétique. Ils sont arrivés par le train, juste avant midi. Dans leurs yeux, un désordre heureux, un brin de folie et une joie simple qui se posent doucement sur nos épaules. Ma grand-mère, chignon blanc, regard bleu et blouse grise s’affaire devant le fourneau à barre de laiton depuis tôt ce matin. Mon père ravi, se montre encore plus théâtral que d’habitude. Maman, elle, timide et réservée veille à ce que le couvert soit mis comme il se doit, fourchette à gauche et couteau à droite et que les serviettes de table soient joliment pliées dans les assiettes blanches.

Ils m’ont apporté un jeu de ping-pong. La table de la salle à manger étant remplie, mon oncle décide unilatéralement de tendre le filet dans le couloir, mais « à hauteur d’homme ». Alors un match épique se déroule. Je suis avec mon père, contre mon oncle et son épouse toute neuve. On joue à grands éclats de rire, la balle se perdant sans cesse derrière le rideau de l’escalier ou le sous le grand buffet. Papa tente de couper les balles et de les smasher avec force, comme quand il était jeune. L’oncle ramène tout avec décontraction. C’est le jeune couple qui gagne haut la main. Papa m’explique comment tenir la raquette, comment servir, comment effectuer un coup droit, un revers, un smash et surtout comment donner de l’effet à la balle ... « mais tu verras quand on aura mangé, on mettra le filet sur la table et on gagnera ». Je garde mon quant à soi et acquiesce en regardant de côté le tonton embrassant son épouse toute neuve.
La journée se passe en narration complète et circonstanciée du mariage auquel nous n’avions pu nous rendre, en descriptif précis des cadeaux somptueux reçus – tu te rends compte, une pince à sucre ... en argent – et au rappel des souvenirs du passé et des personnages si caractéristiques de la famille, enjolivés, magnifiés, sublimés.

Et vers le soir mon père lance « et si nous allions au cinéma ». Oui, oui, enthousiaste de la part de toute la famille. Un coup d’œil sur le journal. La séance de 8 heures et demi « du soir » au Rialto propose « Du mouron pour les petits oiseaux » ... avec Paul Meurisse précise mon père, acteur qu’il adore. « Et le petit ? » Demande maman. « Il vient avec nous ». « Bon, alors mets ton manteau » Un quart d’heure à pied en bavardage et en gestes amples, sur le cinéma, Jules Berry, Gabin et les seconds rôles fétiches de mon père, Carette, Adam, Tissier, Aimos ... Il y a un peu de monde qui attend devant l’entrée. « Je vous invite » dit mon père jouant les grands seigneurs, et sans écouter les refus embarrassés de sa sœur, il prend les billets pour tout le monde.
C’est la troisième fois que je rentre dans un cinéma. La première avec mes parents pour Blanche Neige dans la salle paroissiale, la deuxième avec ma grand-mère au même endroit pour Les dix commandements.

Mais cette fois c’est un film un peu policier auquel je ne peux rien comprendre.
Et pourtant j’ai gardé en mémoire une phrase étonnante que Paul Meurisse prononce en entrant dans une chambre, me tirant brutalement de ma torpeur : « hmmm, ça sent la femme ici !» Cette phrase m’a marqué à jamais et j’ai passé mon adolescence à détecter, deviner et respirer les parfums et les odeurs dans le sillage des filles. Imaginez, la tête de ma mère murmurant assez fort dans un reproche appuyé à mon père « tu vois, on aurait jamais dû l’emmener voir ça ». Et bien j’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée.

Vegas sur sarthe - J'ai dix ans

Plus tard j'en aurai une grosse

Tous les jours avec mes parents et ma grande sœur on rend visite à la voisine qui habite sur le même palier que nous.
C'est pas loin et surtout y'a la télé.
Papa dit qu'un jour on en aura une grosse - pas une voisine, une télé - quand ils augmenteront la solde.
Chez la voisine c'est tous les jours pareil : le bébé tète sa mère et on voit le général Massu et tout plein de parachutistes, mais en noir et blanc à cause du camouflage.
Qu'est ce que ça peut picoler un bébé ! Ça doit être pour ça que la maman pleure tout le temps.
Ma mère a dit tout bas que le papa a été « saigné dans une embuscade » et qu'il faut pas faire trop de conneries ici... pour respecter sa mémoire. J'ai pas compris grand chose mais je m'assois et je regarde le journal télévisé de la RTF ... Massu, Bigeard, Salan et un petit peu le sein blanc de la maman qui pleure en silence.
La RTF montre des endroits bizarres avec des noms pas comme chez nous : Blida, Sidi Bel Abbès, Mostaganem.
Les copains disent Poste-à-galène et je sais toujours pas pourquoi y se marrent.
La maman, elle rigole pas à cause du bébé qui mord son sein blanc et qui lui fait les yeux tout rouges.

Aujourd'hui on n'a pas eu droit à la guerre.
Pas parce qu'ils ont arrêté de se saigner mais parce que les russes y z'ont balancé un clébard dans l'espace avec un Spoutnik.
Y disent que la chienne s'appelle Laïka et le chef des russes Croûte Chef.
J'aurais pas dû dire que ça ressemble à un nom de casse-dalle : ça a fait rire personne.
Les russes aussi y z'ont leur guerre mais elle est froide alors que l'autre forcément à Mostaganem elle est plus chaude.
Nous, on en a eu une grosse aussi mais c'était avant que je soye né.

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Semaine du 8 décembre au 14 décembre 2014

La semaine dernière les lumières de la ville la nuit vous ont inspiré de diverses manières et peut-être auront-elles réveillé en vous un souvenir d'enfance?
Vous avez donc jusqu'au dimanche 14 décembre minuit heure de Paris pour glisser dans votre texte la phrase suivante: "J'ai dix ans, et je viens de vivre une sacrée journée." et nous le faire parvenir à l'adresse habituelle impromptuslitteraires(at)gmail.com.

dimanche 7 décembre 2014

Saraline - C'est beau une ville la nuit

C’est beau, une ville, la nuit.
Des badauds, des cabots,
Des clodos, des salauds
Je les vois, ils sont ici.
Des coiffeurs, des voleurs,
Des chanteurs, des bonnes sœurs,
Je les entends, dans la nuit.
Des enfants, des agents,
Des passants, des patients,
Ils sont là, grands et petits.
Des ennuis, des soucis,
Des satisfecit, des mercis,
Ils me suivent, dans la nuit.
Des avants et des après,
Des toujours et des jamais
Ils sont tous là, réunis.
Des espoirs et des déceptions,
Des succès et des démissions,
Circulent, sans bruit, la nuit.

samedi 6 décembre 2014

Stouf - C'est beau une ville la nuit

Ex nihilo

Les feux illuminent les temples, les tambours rythment les danses et le peuple, sans compter les moments et les heures, boit sans fin le nectar de vie, mange les présents mortels .
Cette nuit la ville fête l'infaillible cheminement des forces cosmique, le sang des vaincus coulera pour la régénérescence des vastitudes divines. Les dieux plongeront leurs racines dans l'infini dualité des pouvoirs sans forme et les mystiques chercheront le Chaos dans les entrailles ennemies.
Cette nuit les rues polies par les ans seront décorées des fleurs les plus rares, mêlant leurs odeurs aux vagues senteurs augustes et sans pitié de la fange humaine. Ici, rien n'est tout à fait ce qu'il semble.
Cette nuit le monde s'endormira dans une chaude lumière où tout n'est qu'ordre et beauté, calme et volupté... dans une froide lumière où tout n'est que désordre et laideur, bouleversement et chagrin.

vendredi 5 décembre 2014

Manoudanslaforet - C'est beau une ville la nuit

C'est beau une ville la nuit
C'est une aube étrange, la brume cache les immeubles
beau sera le temps aujourd'hui
une lumière perce le brouillard
ville apparaissant à travers
la nuit

jeudi 4 décembre 2014

Blick - C'est beau une ville la nuit

Bar de nuit

Je glissai dans le parking sur les feuilles mortes couleur limace. Les capots luisaient. A l'horizon, sur le plateau argenté de la lune, les immeubles en brique chatoyaient faiblement comme des chopes de bière et les vitres des gratte-ciels paraissaient dans la brume s'entrechoquer comme des glaçons dans des verres à cocktail. À ce vacarme lointain se mêlait la rumeur des mille rayures de la ville, traînées d'éclairage public, de phares, d'enseignes au néon, de câbles et de rails. Le ciel était boueux, saturé de lumières laiteuses.

Je souffre de palinopsie. Aussi, quand je poussai la porte du bar, une voie lactée, qu'avaient fait naître dans ma tête les étincelles gelées du tramway grinçant sur les pavés, éclaboussa l'immense miroir derrière le zinc, où se reflétèrent jusqu'à plus soif et jusqu'à l'aurore les bouteilles d'alcool placées sur des étagères de verre. La serveuse me sourit, je ne venais boire là tous les soirs que pour son sourire, ensuite je regardai ses yeux, ses cheveux que jaspaient de paillettes les spots multicolores pendus au plafond noirci, puis ses mains secouant un shaker, puis son sourire ses yeux ses cheveux ses mains actionnant la pompe à bière. Je regardai aussi ses hanches et ses fesses quand, tout au long de la nuit, mes yeux la suivirent qui traversait la salle par des ruelles entre les tables, portant sur un plateau de lune argentée des chopes et des cocktails, s'arrêtant à des placettes italiennes où des hommes causaient bruyamment, traversant en courant presque des jardins nocturnes plantés de magnolias et de tulipiers rêveurs bercés par le murmure des fontaines, ombre chinoise aux jambes fines sur les murs de vieilles rues envahies d'arroche, d'ombilic et de morelle noire.

Je souffre de palinopsie et redoute les comètes, les étoiles filantes et les filles dont les cheveux s'enroulent trop à mes pensées. Je quittai le bar en titubant à l'heure de la fermeture, alors que l'aube pâle éveillait les autobus dans leurs dépôts au sol de ciment blafard. « Je vous ramène, je vais dans le centre ? ». Mais mes paroles virevoltèrent dans le vent, et longtemps je l'imaginai grimpant des rues en escalier dans la vieille ville, puis des volées de marches couvertes d'un tapis usé de velours vert, une chambre sous les toits d'ardoise, une lucarne par laquelle, sur la pointe de ses pieds nus, talons rougis, elle aperçoit les lumières de la nuit qui d'un coup s'éteignent au jour naissant.

C'est beau une fille la nuit.

Zoz - C'est beau une ville la nuit

~ la ville s'engloutit de pluie, une étoile blafarde vivote dans le noir d'une flaque. Un garçon rentre du trottoir des hommes. Une paillasse sale attend son sommeil migrateur. Il se recroqueville sur son dernier coup de poing, le ventre en bouilli, la bouche encore baveuse et la rue au coin qui ricane de sa rumeur humaine.
Une aiguille amie perce ses globules et le ciel clignote de ses feux orangés et les arbres se mettent à voyager... Cette came l'enlève tout entier plus haut que le plus haut gratte'ciel, sans ailes !
Temps suspendu... amnésie.
Effacé derrière une poubelle, un garçon mort un moment, écroué à sa ville ..

zoz..

Où lire Zoz

Tisseuse - C'est beau une ville la nuit

J’ai beau arpenter
Les rues bacchanales
Comme une fille légère
Je ne croise que des éreintés
Cassés dans leur verticale
Aigris dans leurs affaires

A croire que la ville pailletée
Met à mal
Les allumeurs de réverbères
Et que les néons sont lassés
D’éclairer les dédales
Des rues poussière

Comment ne pas couler
Sous la morne lumière hivernale
Des lampadaires
Et ne pas aller se jeter
Au fond du canal
Des âmes serpillières

A moins d’illuminer
La nuit sépulcrale
Qu’elle devienne solaire
Et d’un coup chasser
Les saisons bancales
A la mine sévère

mercredi 3 décembre 2014

Chri - C'est beau une ville la nuit

Une ville, les deux.

C’est beau une ville la nuit.
Ouais, pas mal mais ça, c’est surtout vrai si tu dors pas dehors, parce que, pardon quand tu t’allonges sur un carton et que tu t’enfiles dans ton duvet humide offert par le Secours Catholique, Dieu soit béni, t’as beau être sous le Pont Neuf, par exemple, t’as beau avoir les phares des bateaux mouches comme lampes de chevet, t’as tendance à la trouver un tout petit peu moins belle la ville, la nuit. Si tu veux mon avis.
Ouais, en même temps, pour être honnête, faut dire que tu en profites davantage de la ville, la nuit. Ben ouais, tu dors moins que si tu te couches dans un king size dans une chambre au Ritz. Vrai qu’au Ritz tu la vois pas passer la nuit. À peine allongé et déjà endormi. Alors que là… Et pas qu’au Ritz d’ailleurs. Partout ailleurs aussi, sauf dehors !

Et pis, dans la salle de bain, le pommeau de douche est plus large mais la flotte un poil moins chaude.
Ouais, tu l’as dit.
Devait pas dormir dehors celui qu’a dit ça, hein Robert ?
Devait savoir où coucher, le gars.
Tu l’as dit.

On se souhaite pas bonne nuit, hein mon Robert ?
On se souhaite quoi ? D’être encore en vie demain matin ? Si je calanche, demain soir, veinard, t’auras deux duvets.
T’es un amour, ma poule.

Où lire Chri
Où voir ses photos

Daniel Hô - C'est beau une ville la nuit

Un horizon bleu noir
Des ombres s’accrochant sur le sombre
Une perforation de minuscules rectangles jaunes

Dans le lointain de la nuit urbaine
Se file l’éphémère brocart
De lignes rouges et jaunes

Partant dans toutes les directions
Des lampadaires en rails interminables
Crachent une lumière blanche

A leurs pieds sur l’asphalte gris
Grouille une foule dense
Déambulant sans but bien précis

Brouhaha, cris d’enfants
Rires, chants de poivrots
Résonnent des heures durant

L’air se vomit des odeurs
Des vapeurs d’hydrocarbure
A la marée du port tout proche

Des senteurs de guimauve
Du pralin des marchands ambulants
Et de la frite triomphante

La nuit s’avance
S’étouffe alors le tintamarre
S’estompe la cohue

Arrive enfin cet instant
Du moment tant attendu
Le souffle frais venant du large

Courant les rues désertées
Balayant l’atmosphère poisseuse
Il revivifie avec bonheur la cité endormie

Mamido - C'est beau une ville la nuit

Ce soir, dès le coucher du soleil,
Je sortirai. A chaque fois, je ne sais pas ce qui m’attend…
J’irai par les ruelles, j’irai sur le pavé glissant.
En ville, lors de mes sorties nocturnes, rien n’est jamais pareil.

Je marcherai, tous mes sens aux aguets,
Attentif aux bruits confus de la cité,
Aux odeurs enivrantes qui sortent des cafés.
Je rejoindrai tous ceux qui font vibrer la nuit,
De leurs chants, de leurs danses et leurs rires joyeux.

Je lèverai les yeux vers les cieux étoilés,
Dissimulés derrière le rideau
Des lumières de la ville. Enfin,
Je m’accouderai au pont pour regarder le fleuve
Egrener les bateaux sur ses flots silencieux.
Et je lui lancerai un bouquet de violettes
En attendant que le jour rosisse le ciel pâle.
Et puis, je rentrerai dormir un peu.

Où lire Mamido

L'Arpenteur d'étoiles - C'est beau une ville la nuit

Lyon, 1852

L’hiver traîne déjà ses bottes le long des quais et, au matin, l’eau verte se drape d’une brume montante habitée de silhouettes fantômes. Certains jours, vers midi, la lame froide et bleue du soleil vient trancher le ventre de la ville, dessinant ombres et lumières verticales, acérées. Les ruelles des vieux quartiers se perdent dans l’obscur alors que les façades colorées vives des immeubles, montent aux flancs des collines. Mais bien souvent, en cette année capricieuse, des pluies battantes, brutales comme une malédiction noient tout, et les nuages lourds s’accrochent bas dans les arrières cours ruisselantes.

Paul parle sans cesse. Il parle avec son cœur, avec son regard clair, avec son rire juvénile. Il parle avec sa voix qui parfois se fissure, laissant apparaître des fragments d’homme, des pans de lendemains qui glissent le pied dans la porte de l’enfance. Il se parle à lui-même. Il parle à son ami Joseph sur les pentes vers l’école. A sa colline travailleuse étreinte par les deux fleuves, et qui gronde encore au souvenir de la grande révolte. A son père qui l’embrasse le soir avant de retourner à la façure de soie. Son père penché nuit et jour sur le métier aux fils innombrables qui finiront par embrouiller sa vue. Il parle à sa mère, sourire de miel et regard soleil malgré les mains crevassées et les rides au coin des yeux.

Le violent orage qui ce matin s’est abattu sur Lyon fuit à l’horizon. Presque miraculeusement.
La nouvelle de l’annulation des cérémonies tant attendues pour la consécration de la statue de la Vierge, avait plongé la ville dans la consternation. Mais les pluies ont cessé. Le ciel s’est dégagé. Alors, à la nuit tombante, Paul a pris une bougie qu’il a placée dans un verre. Puis une autre et encore une autre. Puis il a posé ces lumignons sur le rebord de la grande fenêtre. Et il a vu. Il a vu que les fenêtres des immeubles alentour se sont illuminées aussi. Que les gens commencent à descendre dans la rue, tenant d’autres flammes.

Le voilà avec ses parents au milieu du flot. Tous vont sur la colline de Fourvière honorer la nouvelle statue de bronze dressée au sommet du clocher de la petite église. On s’interpelle, on chante. Les cloches de Saint Jean sonnent à toute volée. En quelques instants Lyon s’est embrasée.

Paul ne parle plus. Serré entre ses parents, il tient devant lui une lanterne. La flamme qui danse éclaire son visage rayonnant. Une larme coule doucement. Il l’essuie avec le béret qu’il garde dans l’autre main et avance dans cette foule immense d’hommes et de lumières*

• Nous sommes le 8 décembre 1852, date de la première illumination spontanée de la ville de Lyon. Illuminations qui deviendront plus tard la "Fête des Lumières"

Où se faire une idée du 8 décembre aujourd'hui à Lyon

Emma - C'est beau une ville la nuit

Saxo

Il avait trouvé une piaule dans la vieille ville
au-dessus d'une antique boutique de bondieuseries.
Moi je logeais à la maison des étudiantes,
inexorablement bouclée minuit pétant.
Cheveux en bataille et cœur en fête, (à moins
que ce ne soit le contraire), il me fallait courir
si je voulais rentrer avant le couperet,
Cendrillon aux pieds nus, escarpins à la main…

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans 1

J'aimais la ville la nuit, tous les chats y sont gris,
filant le long des murs en maraudes sanglantes.
J'aimais le mystère des ombres dans les vitrines,
et surtout ce saxo qui bluesait tout en haut
de cette drôle de petite maison avant le pont.
Il fallait attraper là le dernier tramway.
Car si je le loupais, je devais traverser
à pied un quartier chaud et des plus périlleux.

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

Un destin facétieux, comme il l'est bien souvent,
avait rassemblé là, dans un petit enfer,
des gens qui s'étaient étripés sous d'autres cieux.
Un soir qu'à bout de souffle j'avais in extremis
pu sauter sur le marchepied, un gros chat gris
qui courait dans la nuit tira sur le jeune homme
accroupi en boule au fond de la plate-forme.
Mourir pour des idées, l'idée est excellente,
les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez 2

Le saxo étonné a marqué une pause,
et puis il a repris sa mélodie de soie.

1 Qui vous savez
2 G Brassens.…

Où lire Emma

mardi 2 décembre 2014

Littér'auteurs - C'est beau une ville la nuit

SONGE HALLUCINÉ

« Guy, Guy, réveille-toi ! Guy ! Ce n’est qu’un cauchemar ! ». C’est Alexandre qui me battait les joues avec une ardeur inouïe (elles s’en souviennent encore) et comme j’ouvrais difficilement les yeux, je me rendais compte que j’étais suffocant et intégralement trempé.
« Guy ! Réveille-toi ! Tu es complètement ruisselant de sueur ! »

Ce n’était pas dans ma transpiration que je macérais, pendant qu’Alex, opiniâtre, persistait dans ses taloches. Il ne se rendait pas compte que je sortais de l’eau. D’une eau froide... froide... froide... presque gelée... presque tarie... presque morte , dans laquelle je m’étais glissé après être passé devant Les Halles désertes, vides, immobiles, abandonnés, mortes elles aussi, comme l’eau de la Seine, dont je n’avais pas entendu le courant bouillonner sous les arches du pont.

« Guy ! Mais bon sang ! Tu vas émerger ? »

Lorsque j’avais descendu les marches, senti le sable sous mes pieds, la vase… l’eau… Mais quelle heure était-il lorsque c’était arrivé ? Aucune horloge ne sonnait dans les clochers ou dans les monuments. Et ma montre était devenue silencieuse, elle aussi. Plus rien, plus rien, plus un frisson dans la ville, pas une lueur, pas un frôlement de son dans l'air. Rien ! Plus rien ! Mais quelle heure était-il ? Mais que se passait-il ? Je me souviens de mon épouvante… Affamé, j’avais sonné à toutes les portes, que sais-je, vingt pour le moins. Mais en vain ! La sonnerie ne sut jamais réveiller le concierge alors que, de toutes mes forces, je heurtais de mes pieds, de ma canne et de mes mains les portes obstinément closes. Quelle peur !

« Hé ! Guy ! Sors de là ! ».

Pénible cet Alex ! Pas la force de lui expliquer que ça m’est impossible de sortir de là, justement ! J’ai eu tellement peur ! Paris entier dormait, d’un sommeil profond, effrayant. Les rues étaient noires, noires, noires comme la mort. Et je les ai arpentées ! Rue de Grammont, faubourg Montmartre, Place du Château d’Eau. À La Bastille je m’aperçus que je n'avais jamais vu une nuit si sombre, car je ne distinguais pas même la colonne de Juillet, dont le Génie d'or était perdu dans l'impénétrable obscurité. Rue Royale… Personne, cafés éteints. Paris mort, désert. J’avais poussé jusqu’à L’Arc de Triomphe ; de gros nuages noirs s’étendaient lentement sur le ciel. Un ciel d’encre sur lequel, bizarrement, les nuages se découpaient en noir.

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lundi 1 décembre 2014

Pascal - C'est beau une ville la nuit

Chicago

A dix-sept heures, quand on dégageait au sauve-qui-peut général des permissionnaires, on courait presque sur la coupée pour attraper au plus vite le bus libérateur. Il ne fallait surtout pas oublier le petit signe de la tête, le salut à nos couleurs, du côté de la plage arrière. On se retrouvait dans ces navettes bondées, celles traversant l’Arsenal jusqu’à la sortie promise. Sans nul regret, on regardait nos navires, emprisonnés au bout de leurs amarres, s’éloigner dans la tourmente grisaillée…

Du Quai Milhaud jusqu’à la Porte Principale, sans une escale, les vrombissements du bus avaient déjà un air d’indépendance. Droit devant, le mont Faron était le rocher guide, le cap à maintenir, pour retrouver la liberté. C’était bon de se réapproprier la tempête de la ville, avec ses clameurs de voitures, ses mobylettes pétaradantes, ses odeurs de baraques à sandwichs, ses immeubles vieillots, ses quartiers chauds, ses passants ordinaires, ses couleurs de linge aux fenêtres populaires.

Débordante, la Porte Principale nous dégueulait dans Toulon. Les rues de la basse ville étaient tellement encombrées de marins en goguette qu’après une certaine heure, il n’y avait plus du tout de circulation. Bateau par bateau, au rythme des bus, nous déferlions en désordre grégaire. Comme des vagues insatiables, les équipages fanatiques se déversaient dans tous les bistrots de la rade. Nous étions comme du sang neuf dans les vieilles veines de la ville, attachés à la perfusion des bars, en échange de notre bonne fortune. La féerie de Toulon, les monuments historiques, les musées, les cartes postales et autres attractivités touristiques, ce n’était pas dans les desseins de notre bourse. Tant que nous le permettait notre maigre solde, on partait en bringue, on partait en piste, à l’unisson heureux de l’ivresse, du burlesque, de l’évasion et de faits d’armes aussi téméraires que fantaisistes.

J’avais dix-huit ans et je me déniaisais tous les soirs dans le dédale des rues du quartier « Chicago ». Aux putains, je faisais la cour, aux diseuses de bonne aventure, je racontais l’avenir, aux vendeuses de fleurs, je cueillais les pétales, aux serveuses, je racontais mes mille escales. On avait nos bars attitrés, nos chansons à boire, nos refrains, nos entraîneuses, nos farandoles. Pour nous tous, loin de nos familles, Toulon était aussi une escale. Pour un temps, on oubliait la ferraille de notre escorteur d’escadre, l’exiguïté des postes, la rigueur militaire, la pitance déplorable, l’enfermement des quarts à la mer, etc.

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CristelD - C'est beau une ville la nuit

Lumières…

Des taches lumineuses
Sur un fond mural,
Inégal et sombre.

Des sons résonnent
Épars, divers, puis,
Doucement, s’assourdissent.

Un nocturne silence
S’étend : au firmament
Percent des étoiles.

Claudie - C'est beau une ville la nuit

Les néons de ma ville
Donnent des couleurs
Aux fantômes de la nuit.

Tiniak - C'est beau une ville la nuit

NUIT, T'AI (veste et pull)

Où t’es-tu cachée, dis
Pépite feue Jaune-Or ?
As-tu grimpé la rue
son dos cambré à l’ouest ?
Je t’ai perdue de vue
mais j’ai gardé la veste
à mon coude, sans pli
Elle respire encore

Le Soir qui m’accompagne
a le vent douceureux
Il n’entend rien aux chants
des pavements frivoles
où je vais – garnement
loin de sa vieille école
mener fière campagne
chez les noctambuleux

J’emploie les intervalles
à te chercher, Pépite
à la carre du jour
gisant au pied du mur
dans le moindre alentour
des porches, des toitures
et tout l’Ornemental
des balcons émérites

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