Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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mardi 23 septembre 2014

Porte-Plume - Voyage d'une goutte

Du bonheur d’être un individu.

Nous sommes là-haut dans un état vaporeux, encore inexistantes, éthérées mais pressées d’en sortir. Au milieu des nimbes, notre texture relève de l’impalpable, de l’aérien, du léger, du presque rien.
Et curieusement, à un moment donné … Allez savoir pourquoi, peut-être deux nuages se sont-ils agrégés ? Nous ressentons une densité terrible, une pesanteur incroyable. Et c’est la débandade ! Chacune d’entre nous se libère et nous fonçons, tête la première. Nous devenons chacune « une » goutte d’eau isolée. Et c’est une jouissance indéfinissable. Cela dure peu de temps. Mais quel schuss ! Nous glissons dans l’atmosphère avec une verticalité parfaite. L’air dont nous étions partie prenante, nous le transperçons avec force et puissance, chacune à notre manière.
Et puis vient la chute. Une acmé variée à chaque fois. Certaines s’écrasent sur ce que les humains ont construit pour se protéger de nous, tuile, zinc, ardoise, chaume. Quelques-unes rebondissent avec douceur sur des pétales, des feuilles rousses, vertes ou brunes. D’autres font un flop dans notre élément liquide originel et se voient englouties dans une flaque.
Mais finalement, un peu plus tard, au gré de l’inclinaison, on se retrouve toutes, coude à coude, embrigadées dans une masse en mouvement, dans un filet d’eau qui ruisselle puis un cours d’eau, ensuite une rivière, un fleuve, enfin la mer et l’océan…
Alors, il nous faudra attendre que le soleil équatorial veuille bien nous réchauffer, qu’il nous conduise à nouveau là-haut et que nous connaissions derechef le bonheur très court d’être un individu : une goutte d’eau isolée des autres.

Litter'auteurs -Voyage d'une goutte

Essenti’Elle

Elle sort, encore ensommeillée, du métro Barbès-Rochechouart. Il est tôt et frisquet, mais elle est décidée : il est essentiel qu’elle fasse ce pèlerinage.
Traversée du Boulevard de la Chapelle ; la circulation est déjà dense et les klaxons retentissent. À sa gauche, la rue des Islettes dans laquelle elle s’engouffre. C’est la première étape de son circuit. « Je me prends pour le Christ sur son chemin de croix, pense-t-elle, émue. Mais pour moi il n’y aura pas autant de stations ». Oui, c’est en quelque sorte un chemin de croix qu’elle entreprend. Un retour à petits pas sur son passé. Ce passé qu’elle recherche depuis si longtemps et qui, de générations en générations, a été tu, dissimulé, supprimé. C’est à la hauteur du n°12 qu’elle s’arrête.
C’est sinistre ; elle frissonne. Une porte de garage en bas d’un immeuble en béton. Et là, dans l’angle, le gourbi d’un sans-abri. Un pauvre sourire s’esquisse sur ses lèvres. Ce n’est pas comme cela qu’elle imaginait le domicile de sa quadrisaïeule ! Certes, en 1830, il n’y avait ni métro, ni parking. Mais déjà la misère et la pauvreté régnaient dans ce quartier ; elles ont traversé le temps et survivent encore. Pas de trace, non plus, du lavoir dont elle a récemment découvert l’existence du temps de son ancêtre. Mais une place. Bétonnée, elle aussi. Déserte.
Ce quartier ne lui dit rien qui vaille, on y sent le dénuement, l’impécuniosité.
Elle sort de son sac le plan qu’elle a retrouvé au fond d’une armoire, dans la datcha de ses grands-parents. Il est daté de 1850. Il ressemble à un vieux parchemin. On pourrait la croire occupée à une chasse au trésor !
Elle tente de se repérer, de faire le lien entre le passé et maintenant. C’est pour cela qu’elle est venue ici. Établir un pont entre sa lointaine Russie et ce quartier de Paris Le pont de son histoire. Elle se sent perdue, minuscule goutte dans une heuristique complexe et secrète. Clandestine. Inavouée. Obscure.
Elle s’égare, s’affole, dans ces rues enchevêtrées. Elle avance, revient, repart… cherche la plaque sur le mur qui lui dira qu’elle est arrivée chez elle, enfin. Elle ne veut pas demander son chemin, persuadée que son sang parlera, que l’objectif sera atteint. La mission qu’elle a promis à son fils d’accomplir quelques jours avant qu’il ne meure.
Soudain. « Rue de La Goutte D’or ». C’est là. C’est là qu’Anna Coupeau, en 1852, est née. Anna, dite Nana, son arrière-arrière-grand-mère née de l’union de Gervaise Macquart et de Coupeau. Nana, qui lors de son séjour en Russie, en 1869, avait donné naissance à une fille où elle l’avait abandonnée, l’année suivante, pour retrouver, à Paris, son fils Louiset et le suivre dans la tombe atteinte de la variole qu’il lui avait transmise.
Elle a retrouvé son origine.

Où lire Litter'auteurs

Lunembul - Voyage d'une goutte

J'aurais voulu ne pas voyager, rester ici pour toujours. Je faisais partie d'un tourbillon, oh un petit tourbillon ! et je m'arrangeais pour ne pas en être arrachée.
Ca a duré quelques jours, puis une branche d'arbre a perturbé mon parcours circulaire et j'ai repris la descente du torrent, vite ! vite ! vite !
Pensez si j'avais peur. Je ne savais pas où j'allais. Je n'étais pas seule bien sur, mais les autres m'étaient.. comment dire ? elles ne me parlaient pas.

Puis la violence du courant s'est calmée, tant qu'à un moment : plus rien. Que le soleil. Alors je me suis évaporée, je me suis scindée en molécules ignorantes de leur sort. Ce témoignage est ce qui reste de moi, de ma courte vie.

Je n'étais qu'une goutte parmi d'autres gouttes, mais s'il vous plait, ne m'oubliez pas.

Claudie - Voyage d'une goutte

PETITE BOULE DE RAGE

Un jour d’orage, elle glissait sur la peau. La petite boule transparente et fragile, irisée de la couleur du ciel se frayait un parcours au-delà des crêts et des vals d’un visage. D’abord timide, à la naissance des cils, elle s’enhardissait au long de sa course et se chargeait du sel d’une saine colère.

Il la contemplait sur la photo en noir et blanc, le sourire béat et l’air satisfait. Peu lui importait ses pleurs. Il avait décidé de la quitter sans un mot, sans un regard en arrière. La chute s’annonçait vertigineuse. La goutte s’accrochait au fin duvet du visage, hésitait, seule et nue. Pas d’âme sœur pour la rejoindre sur le chemin de sa solitude. Elle était unique, jolie mais dangereuse.

La photo se rétracta sous l’impact. Le sourire du cruel se transforma en rictus, le visage dévoila sa fatuité et son hypocrisie.
Petite goutte se régénéra aux cristaux de l’argentique. Elle devint facétieuse, burina le visage puis forte de son nouveau pouvoir, creusa de vilains trous, de longues boursouflures. Elle garda intact le festonné de la photo car elle en aimait le blanc sinueux qui lui rappelait l’écume des vagues mais la colère du désamour l’emporta.
Le vent dans les saules conte la légende d’une belle qui avait donné une seule larme pour un amour défunt. Une goutte d’orage qui avait creusé le lit de la rivière où viennent se déverser toutes les larmes des esseulées de la terre.

Vegas sur sarthe - Voyage d'une goutte

Sorcellerie

Te souviens-tu d'un soir quand à Marie-Galante
nos râles répondaient au chant des batraciens
une perle sortie de tes tresses mouvantes
est venue ruisseler dans le creux de tes reins.

J'ai voulu la cueillir, briser sa course folle
avant qu'elle ne fuie vers ton secret sillon
mais quelque dieu vaudou, quelque sorcier créole
de mes folles pensées joua les trublions.

De la goutte nacrée n'est resté que le sel
sur le grain de ta peau qui frissonnait encore
je perdais le joyau qui manquait au décor.

Le ti-punch a bon dos et ton rire railleur
faisait monter l'envie... d'aller dormir ailleurs
mais ma trouble métiss' Dieu que tu étais belle.

Où goûter Vegas sur sarthe

lundi 22 septembre 2014

Gaëti - Voyage d'une goutte

La cryminelle

Je voyais enfin le jour, c'était un moment incroyable. Je ne savais pas vraiment pourquoi j'étais née. Ma mère me portait, elle riait ou elle pleurait je ne pouvais pas le dire. De toute façon, pour moi le résultat était le même. Je me suis glissée un peu comme j'ai pu le long du grain de sa peau. Une vallée s'offrait devant moi. J'ai commencé soudainement à sentir que je perdais le contrôle de mon itinéraire. Maman faisait de grands gestes et très vite elle s'est débarrassée de mes soeurs. Moi je suis passé entre les grandes envolées de mains. Je devais probablement être une privilégiée. La preuve, je suis longtemps restée dans les creux de ses lèvres. Elle m'effleurait, moi je la faisais trembler quand je dessinais de mon parcours la courbe de sa bouche. Mais bientôt, je dus continuer mon chemin et je me suis retrouvée, plus grande au gré de mes péripéties mais au bord du précipice. J'ai bien demandé à ce qu'elle me rattrape mais elle continuait ses mouvements de mains envers mes soeurs. Je me suis tout à coup sentie oubliée, pas au même niveau que les autres, malheureuse car non chassée. Je me suis laissée tomber alors lentement, j'ai fait une chute interminable dans le vide. Comme si le temps était suspendu, je flottais dans l'air comme sentant une mort prochaine. Mais il n'était pas suspendu, je me suis écrasée au sol où certaines de mes soeurs se trouvaient déjà. Si je n'avais pas été une larme, j'en aurais moi-même pleuré.

Où lire Gaëti

Chri - Voyage d'une goutte

Une goutte.

Au tout début, une petite boule se forme. Comme un noyau d’avocat. Un truc dur, qu’on sent à l’intérieur de soi. Qui grossit. Dedans. Qui monte. Du bas. Et qui s’étend, étreint, oppresse et envahit. Qui prend toute la place dévaste et dérange ce qui était là avant, paisible au calme. D’emblée, quand la boule nait, l’humeur change. Vous pouviez être en train de lire, de recoller une porcelaine, d’éplucher des carottes, de jouer, de sourire, de peindre une aquarelle, d’éclater de rire, tout bascule d’un coup, d’un seul. En une demi-seconde, c’en est fini, vous êtes pris, attrapé, dans les phares, serré au col, étouffant, submergé. Vous manquez d’air, vos poumons en cherchent, il n’y en a plus dans la pièce où vous êtes, vous en essayez une autre. Vous êtes mal. Vous avez mal à la poitrine et ça ne fait que commencer. Ça c’est le début, il y a un après.

Il suffit de trois notes. D’elles naissent trois sanglots contenus. Elles vous font cet effet là à chaque fois où que vous soyez, quoique vous fassiez. Alors vous regardez autour de vous pour voir si on vous a remarqué, si on peut vous voir ou bien si vous allez être tranquille et si vous allez pouvoir vous abandonner.

On ne peut vous voir. Vous êtes dans le noir, dans un angle mort, dans un endroit surpeuplé, bref vous êtes seul. Vous pouvez y aller.

Elle vient d’abord et toujours de l’œil droit. De son coin. Elle y prospère avant de s’écouler. Elle est salée au delà du raisonnable. Et elle glisse le long de la narine. C’est toujours pareil, toujours le même effet à chaque fois qu’il attaque : Les matins se suivent et se ressemblent… Ça te fait la même chose. S’emparent de toi, une tristesse infinie mêlée à une petite honte aussi… Depuis le temps… Il poursuit : Quand l’amour fait place au quotidien… Une goutte s’écoule, c’est fait, c’est mort, c’est ridicule, mon pauvre vieux, cherche un mouchoir, un bout de tissu, quelque chose pour essuyer ça, cette chanson, à chaque fois elle me fait le coup, je pleure.

Où lire Chri
Où voir ses photos

Daniel Hô - Voyage d'une goutte

S’arrachent encore à la nuit les derniers lambeaux de crêpe noir quand scintille aux premières lueurs du jour le cristal d’une goutte de rosée. Elle s’écoule doucement avec grâce le long de la nervure d’une feuille de noisetier pour y terminer suspendue à son extrémité.

Exposée au regard du monde elle offre le galbe parfait d’une perle oblongue et translucide, magnifique piège d’éclats de couleurs et de lumières du matin naissant. Un témoin silencieux retient son souffle comme pour conjurer la fatalité d’une chute annoncée. Un petit vent effronté passe, à peine signalé par le doux frémissement de la canopée. La sursitaire en est secouée et manque de peu de se verser mais, par chance, tient bon à sa feuille.

Rassuré, l’homme en soupire de soulagement. Sa contemplation égoïste reprend quand soudain arrive traîtresse, par le même chemin emprunté, une autre perle de rosée qui sans gêne aucune bouscule son aînée pour lui prendre sa place. La fraîcheur de sa beauté plus que parfaite fait vite oublier l’ancienne et c’est pour elle qu’à présent bat le cœur de l’ingrat.

Manoudanslaforet - Voyage d'une goutte

Elle se laisse glisser
le long de la vitre,
sur le goulot de la bouteille
entre ses seins
pour finir son voyage écrasée sur le sol
marquant la fin de l'orage....

Fairywen - Voyage d'une goutte

Seul.

Une nouvelle goutte tombe sur le sol de pierre. Une goutte rouge et brillante, une goutte de vie qui s’en va. Il crispe une main sur son flanc dans un dernier effort pour arrêter les gouttes suivantes, mais il n’a plus de forces. La blessure est grave, trop grave, et il est seul. S’il avait eu un coéquipier comme les autres flics, il aurait pu s’en sortir, mais il est le Chasseur, et le Chasseur chasse seul. Et surtout, le Chasseur n’a aucune envie que l’on apprenne qu’avant d’être sa proie, l’Ombre est son amante, alors il part seul. Toujours.
Mais aujourd’hui la solitude qui l’a toujours protégée est devenue son ennemi. A chaque battement de son cœur, les gouttes sanglantes jaillissent et tachent de rouge sa chemise déchirée. Il ne regrette rien, pourtant. Pas une seule de ses rencontres avec elle, pas une seule de leurs nuits d’amour volées à leur impossible histoire, pas un seul des baisers échangés au milieu de leurs combats acharnés. Il sourit malgré la douleur. Puisqu’il doit mourir ici ce soir, autant que ce soit avec son image devant les yeux, celle d’une femme à l’ensorcelante beauté, celle d’une panthère à la couleur de la nuit, celle de l’Ombre qui a capturé son cœur endurci.
Il ouvre péniblement les yeux. Sa vision est trouble, et le délire s’installe, annonçant ses derniers instants de vie. Car sinon, comment expliquer qu’il la voit auprès de lui, félin souple et silencieux qui se glisse dans cette grotte où il a trouvé refuge ?
Une langue râpeuse lèche soudain son flanc blessé, arrêtant peu à peu le saignement. Il a un faible sursaut, tente de se redresser, mais une grosse patte à la douceur de velours se pose sur son épaule, le clouant au sol, et la caresse guérisseuse continue. Epuisé, il sombre dans l’inconscience, pas tout à fait sûr de ne pas être en train de rêver, mais de toute façon hors d’état de lutter.

Le fauve aux yeux brillants s’allonge auprès de lui, gardien silencieux et farouche. Les gouttes rouges ne coulent plus sur le sol de pierre…

Où voir le rêve du Chasseur, où retrouver les autres récits de l'Ombre et du Chasseur et où voir mon blog d'auteur.

Tisseuse - Voyage d'une goutte

Juste une larme
Rien qu’une larme
De celles qui prennent leur temps
Pour imprimer leur trace
Et creuser toujours la même place
Tout doucement

Juste un filet salé
Pour ramener
Les aléas intérieurs
Dans la primitive marée
Le long de la jetée
Des mouvements du cœur

Juste une rivière
De larmes boueuses
Laissant aller l’amer
Le long des joues creuses
Dans le lit mouvant
Des pleureuses d’antan

Semaine du 22 septembre au 28 septembre 2014

Le voyage d'une goutte.

Qu'elle soit d'eau, de vin, de rosée, de miel..., une goutte tombe et vous éloigne de la photo que vous contemplez depuis une semaine. Racontez-nous qui elle est, d'où elle vient et où elle va.

Votre texte devra nous parvenir, en vers ou en prose, à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com avant dimanche 28 septembre minuit.

dimanche 21 septembre 2014

Gino Gordon - Inspiration photographique

Une seule nuance de noir

Quand la porte de la remise a violemment claqué, Laura se dit qu'elle allait devoir attendre le retour de Luis pour qu'on la sorte de là. Il était parti chercher des cigarettes. On était dimanche soir et comme l'unique débit de tabac ouvert était au bout de la ville, Luis ne serait pas de retour avant trente bonnes minutes.
La remise de Pépé, c'était son jardin secret jusqu'à sa mort, il y a dix ans. Mémé n'avait pas le droit d'y mettre les pieds et de temps en temps quand Pépé était bien luné, on avait le droit de l'accompagner quand il allait chercher un outil de jardin ou une bouteille de vin. C'était une cabane en dur construite au fond du jardin à l'orée du bois, faite de parpaings grossièrement assemblés et recouverte de tôles en fibrociment. Poussière et les toiles d'araignées s'y étaient accumulées après sa mort, et tant que Mémé veillait sur la maison et la mémoire de son défunt mari, il n'était venu l'idée à personne d'y pénétrer. Mais depuis le départ de Mémé en maison de retraite, Laura s'était aventurée quelques fois dans le sanctuaire, par pure curiosité d'abord, puis dans l'espoir d'y dénicher quelque objet rare ou particulièrement symbolique d'une époque révolue.

Dans les premières minutes, Laura s'était acharnée sur la serrure. Le penne était engagé et aucune action sur la poignée ni la serrure ne pouvait le faire bouger. Le jour baissait. Laura n'avait ni montre ni téléphone avec elle, de sorte qu'il lui était impossible de mesurer le temps qui passait. Elle fit jouer l'interrupteur et l'ampoule émit un éclair bref et un petit claquement. Dépitée, elle s'installa sur un vieux tabouret et fit un peu de ménage sur l'établi encombré pour y poser les coudes. Elle n'avait plus qu'à attendre.
Elle s'endormit.

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samedi 20 septembre 2014

Tiniak - Inspiration photographique

VÆ SOLI !

Dans le silence gourd, le réveil est brutal
Peut-être fait-il jour, mais la pénombre est dense
Je recompte mes doigts, mes dents, mes évidences
Ils répondent, présents dans la lumière sale :

« - Pigeon, vole !
- Croquignole !
- Tu le savais, pourtant, qu'elle était folle.. »

L'endroit s'est étréci pendant que je dormais
Ma cage !...
Venu de mon plein gré, ça ! je ne m'en plaindrai
pas davantage
(il y faudrait pourtant faire un peu le ménage...)

Des toiles d'araignées couvrent le soupirail
- tout rouillé le ventail ! et ça fait quelque temps
qu'il ne s'est plus ouvert, à l'air... aux quatre vents...
à la main familière approchant le poitrail...

Non, si je me tiens là, c'est pour toute autre chose
En oublier la cause est le but poursuivi
Eh ben, c'est du boulot que de gagner l'oubli !
quand, aux parois, subsiste encore un peu de rose...

Qui frappe à l'occiput ? Zut, et zut ! C'est Matin !
Oh, non ! j'étais si bien... Encore cinq minutes ?
« - Prisonnier volontaire, au seuil de ta cahute
l'heure a déjà levé le long pain quotidien. »
dit-il...
Et, moi qui voudrais bien tirer plus loin le fil !

...à l'anglaise ?...
Mais où ? Mais où filer, contourner la fournaise ?!

Et merde, je suis fait ! Je dois donc retourner
au monde
et m'y perdre l'entier, luttant chaque seconde
pour le même défi
que, visière baissée, me préserve la nuit

Où remettre son casque à l'endroit...

Bombadilom - Inspiration photographique

Rencontre

Après 4 ou 5 rendez-vous dans son chez elle si feutré, Olivier se sent enfin à l’aise. Pas comme avec l’autre pétasse qui voulait tout contrôler. D’ailleurs il lui a suffit de deux rencontres pour la jeter celle-la.

Alors, comme il est bien il décide de s’ouvrir à elle, de lui parler de sa vie, de ses doutes. Il sent la peur renaitre, peur qu’elle se mette à rire, qu’elle prenne peur à son tour et qu’elle le fuit mais il ne peut plus s’arrêter. Mais non ! Elle reste là, elle l’écoute, s’intéresse à ce qu’il lui dit. Puis pleine de confiance elle lui demande de descendre et il y va, bravement, la trouille fixé au ventre.

Bien sur cela a été long. Une grande partie du temps a été prise par son travail et ce qu’il restait par sa famille. Mais finalement Olivier a trouvé cette pièce dont elle lui parlait. Une malheureuse fenêtre couverte de tellement de poussière que le soleil du dehors se traine péniblement jusqu’en son centre. Tout n’est que saleté. L’abandon suinte des objets, même des toiles d’araignée. D’ailleurs l’une de ces bestioles est roulée en boule sur le sol, morte d’ennui sans doute.

Olivier se sent étouffé, il suffoque. Sa peur balaie d’un coup toute la poussière et l’en enveloppe. Il a l’impression que c’est son propre corps qui compose cette poussière qui lui encombre le nez, se glisse dans sa bouche. Alors qu’il lui semble que la mort s’approche de lui il pense à l’épitaphe que sa famille pourrait mettre sur sa pierre tombale : « mort de ne pas avoir su vivre ».

Et puis … elle vient à son secours. Il se laisse guider par sa voix, remonte lentement, renait à la lumière.

« Alors ? Avez-vous trouvé la pièce, tout au fond de vous ? Celle qui vous correspond ?
- Oui. » et il se met à pleurer.

Gab Camote - Inspiration photographique

Oublié au soleil des caves obscures.
Je monte la garde.
Négligé tout ce temps.
Je suis de longue garde, dit-on
Mais à trop me dédaigner, me délaisser, attendre.
Ils attendent quoi au juste ? Quelle occasion, raison ?
Rien de bon, pas même l'ivresse ne sortira de mon flacon.
Qu’importe l’ivresse, il leur restera toujours le flacon.

Où lire Gab Camote

vendredi 19 septembre 2014

Clise - Inspiration photographique

L‘araignée tisse sa toile
conquérante, dans les décombres
de lendemains perdus

Où lire Clise

Mapie - Inspiration photographique

- Viens vite voir …. c’est chouette, c’est dans son jus… tout y est! Un vrai trésor cette acquisition !

- C’est là ?
C’est un peu sombre non ?

Au juste, c’est quoi… La cuisine… l’atelier ?… le…le cellier ?
bouteille, ustensiles… oui, c’est bien ça, c’est le cellier !
C’est vrai que c’est dans son jus..

et…. et là, sinon, toi, tu as eu le coup de cœur… ?
Tu parles bien du coup de cœur, celui qui ne se discute pas…
A ne pas confondre avec le coup au cœur…

mmmmh… C’est personnel un coup de cœur, faut dire…

- T’en penses quoi ? Chouette non ?

- Bon, alors, très sincèrement, tu vois, comme ça, là, tout de suite, je ne me projette pas…
Je ne sais pas…
c’est peut être la poussière.. ou les toiles d’araignées… ou les deux… je… je ne me sens pas chez moi… peut être un peu plus chez elles, je parle des araignées….

Note, ne va pas t’imaginer que je sois récalcitrante à un peu de ménage… hein…
Je suis pas fermée à un coup de frais, un coup de balai, des carreaux neufs, une batterie de cuisine tout inox… tiens avec une crédence et … pourquoi pas faire tomber ce mur humide et faire une baie vitrée qu’on ouvrirai sur la petite cour ???
Elle est mignonne la petite cour !
Évidemment, ça sous entend un ragréage du sol … imaginons un béton ciré. C’est classe le béton ciré !

C’est drôle, tu vois….
En fait t’as raison, à y réfléchir je commence à m’y sentir bien moi dans cette vieille maison… je m’y projetterais presque…. c’est amusant les choses non ?
Je n’aurais jamais pensé aimer autant les vieilles pierres…

On est tellement semblables finalement tous les deux!!!!

Où lire Mapie

jeudi 18 septembre 2014

Zoz - Inspiration photographique

~ le temps s'empoussière d'un tic tac abandonné

manège usé

temps autrefois chamboulé de mains d'hommes

seul le jour lui fait vigile

temps de poussière

délaissé du geste humain

temps perpétué sur l'inutile ..

zoz ..

Manoudanslaforêt - Inspiration photographique

Inspirations...

C'était l'été, nous avions 10 ans,
l'après midi nous partions en bande à travers champs,
gourdes et paquets de gâteaux dans le sac à dos.
La maison abandonnée nous attirait comme un aimant,
nous nous approchions souvent, sans faire de bruit
pour ne pas réveiller les possibles habitants!
N'osant jamais pousser la porte.
Et un jour, l'un de nous l'a fait
« c'était à mon grand père cette maison alors j'ai bien l'droit ! »
L'air était emprunt de poussière, les toiles d'araignées envahissaient tout
quelques bribes de vie subsistaient
« ben dis donc ton grand père y s'embêtait pas.. » lâcha l'un de nous
en apercevant la bouteille sur le bord de la fenêtre.
« Ben il a attendu toute sa vie qu'elle revienne ...la grand mère ...alors il l'a remplacée ! »

Lilou - Inspiration photographique

J’avais mal au cœur… Tous ces virages je n’en pouvais plus. Ces routes étroites ne permettaient pas à deux voitures de se croiser alors, je me demandais bien comment un tracteur ou mieux une moissonneuse batteuse pouvaient passer par là ; Pourtant, il m’avait bien dit qu’il possédait une ferme moderne dans le plus bel endroit du monde. Je commençais à avoir des doutes.
Un nœud se formait ma gorge au point qu’un seul petit filet de voix sortit.
- C’est encore loin ? demandé-je avec aigreur
- Nous arrivons, mon ange, me répondit-il avec un large sourire ; encore une demi-heure. Pas loin en kilomètres mais le chemin est un peu caillouteux. Je fais attention à mon 4X4. Caillouteux ? Quel euphémisme !
Je me rencognais contre la portière comme ci cela permettait d’aller plus vite. Mon ange, mais il rêve ! D’ailleurs parlons-en du 4X4, un véhicule qui datait du début de l'automobile et les amortisseurs n'étaient qu'un vieux souvenir. Les phares projetaient des pinceaux de lumière blafarde, que le chemin était à peine visible.
J’écoutais, cahotée d’un coté et d’autre, ballotée comme une poupée de chiffon empêchant tout espoir de dormir, les belles promesses de mon compagnon. Quelle galère ! J’avais participé à cette émission stupide de télé réalité. Ma copine Chantal avait été sélectionnée et je n’avais pas voulu être en reste. Elle avait passé une semaine de rêve entre mer et soleil. Moi j’avais gagné une semaine au fin fond du bout d’une France du Moyen âge. C’était bien ma chance.
- J’ai mis une bouteille de Bordeaux à chambrer…
- Tu sais ma chérie, entendis-je encore la maison n’est pas très spacieuse mais bien agencée. Elle est inhabitée depuis une bonne dizaine d’années mais j’ai choisi en ton honneur de la rouvrir. Un coup de chiffon et de serpillère suffiront. Une baie vitrée éclaire le salon. Les murs épais en pierre conservent la fraîcheur mais tu pourras allumer le poêle à bois. Il y a un bûcher bien garni à cent mètres ; avec une brouette tu n’auras pas besoin de faire plusieurs trajets.
Cette semaine c’est la tonte des moutons et nous avons besoin de bras. Tu tombes à pic pour faire la cuisine car nous serons une bonne quinzaine d’hommes… J’ai déniché une pile de magazines très intéressants sur les rapports humains que tu pourras dévorer durant ton temps libre.

L’arrivée dans la maison tint toutes ses promesses….

Où lire Lilou

Lira - Inspiration photographique

L'atelier

Sous le voile de poussière
Que le temps pose sur la mémoire
Le souvenir se mit à vibrer
Dans les plis du silence
La voix qui s'est tue
Sur un dernier été
Frissonna sur sa peau
Elle reconnut sans peine
Le visage inchangé
Penché sur l'ouvrage
Le temps des morts
Ne creuse pas les rides
Le bruit de l'outil
Qui martèle la pierre
Résonna sur les murs
Œuvre inachevée
Sculpture éphémère
Elle but jusqu'à l'extase
Le parfum du vin doux.
Pour la première fois
Elle ouvrit la fenêtre
Au vent qui dépoussière
Le chagrin.

Littér’auteurs - Inspiration photographique

Noctu’Elle

Isabelle Noctuelle, éblouie par l’obscurité de la chambre, se sent portée vers une trouble clarté aux contours imprécis. Elle se cogne contre la vitre, meurtrit ses ailes, relance sa quête improbable vers la nitescence enténébrée ; s’abat, étourdie, sur une bordure de fenêtre pruinée d’années d’abandon. Elle s’ébroue, commotionnée. Erre, désemparée, sur le rebord de la tabatière. S’empêtre dans le canevas englué d’une toile arachnéenne. Sa flamboyance de vitraux de soleil couchant, s’agite, éperdue.
Isabelle Noctuelle est posée. Là. Scrute, à petites impulsions. Pose une patte gracile. Palpe. Masse. Pelote. Sonde. Se décide à explorer. Tourne le dos à la lumière. Heurte de ses flagelles une étrangeté : glaciale, austère, inerte. Sensilles en alerte, elle furette. Elle chasse quelques grains de poussière pour s’approcher au plus près de la matière de cette saugrenuité. C’est glissant, c’est glaçant. C’est sombre. Et pourtant elle distingue un reflet. Elle parvient malaisément déployer à nouveau sa voilure chamarrée. Ne se tourne surtout pas vers la lumière qui l’attirerait irrésistiblement. Il faut qu’elle sache ce qu’est cet objet.
Isabelle Noctuelle est rentrée dans l’objet. Elle étouffe, s’asphyxie, s’étiole, se brise, suffoque, se noie. Sombre. Succombe.

Où lire Littér’auteurs

« Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,
Je serai ton cercueil, aimable pestilence. »
(Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Le Flacon »)

mercredi 17 septembre 2014

Vegas sur sarthe - Inspiration photographique

Egarement

L'endroit était désert, ses derniers occupants
l'avaient enguirlandé de suaires de deuil
que tissent à l'envi d'affreux monstres rampants
que j'allais affronter en franchissant le seuil.

Des pierres sataniques, des outils d'un autre âge
attendaient aux carreaux d'improbables sauveurs
une bouteille nue, anonyme breuvage
de ma curiosité attisa la ferveur.

Qui me dira comment, pourquoi, par quel mystère
en partit le bouchon dans un pet ridicule
aux remugles troublants d'herbages et de terre?

Je l'ai sifflée d'un trait sans effroi, sans calcul
sur mon dos mastiquaient des monstres fossoyeurs
la porte s'est fermée, depuis je n'ai plus peur...

Où lire Vegas sur sarthe

Tisseuse - Inspiration photographique

Je m’en songe et en vérité
Dans des contrées oubliées
Dans des recoins de mon passé
Dont je gratte quelques bribes lassées

Je me cogne aux angles de la vie
Leur arrachant en route quelques débris
Comme un brouilleur de piste
A qui l’émotion résiste

Je tourne en rond dans ma cage
Négligeant au passage
Les bonnes cuvées
Par ci par là encavées

Seules ces dernières
Méritent d’être partagées
Hors ces lieux délabrés
Délétères

Alors amis impromptus
Je lève mon vers
A vous tous, quoique inconnus
Pour m’enivrer de nos parcelles de lumière

Chri - Inspiration photographique

À la cave.

Je ne comprends pas ce qui se passe s’est-il dit.
J’ai tout pour n’être pas malheureux. Tout, et je n’y arrive pas…
Alors, comme à chaque fois, il avait décidé de monter voir le soleil se coucher du haut de la colline de Thouzon. Un monticule de terre qui dominait la plaine et sur lequel se dressait encore les ruines d’une abbatiale. Il avait laissé sa bagnole en bas, au parking, et il avait pris le chemin qui monte droit dans la garrigue parmi les chênes verts, les buis, les cistes et les ronces. Il n’y en avait pas pour longtemps, à peine une dizaine de courtes minutes et on était au sommet. Là haut, une tour chancelante, un bâtiment qui, en son temps de splendeur avait été une église et tout autour quelques murs en train d’être remontés pierre à pierre par des jeunes gens plutôt volontaires mais sans doute pas maçons… De quelque côté qu’on se tourne la vue était splendide, lointaine et dégagée. Vers le Nord, on apercevait le sein du Ventoux avec son téton d’antenne pointé droit dans l’étincelant du bleu électrique, au sud c’était la plaine vers Cavaillon et ses tranches de champs découpées par les haies gigantesques des cyprès les protégeant du mistral, à l’Est les découpes rocheuses des Dentelles de Montmirail et les débuts des montagnes de Drôme. C’est simple, l’œil ne savait plus ou donner de la pupille. Il fallait voir certains soirs d’Automne les colonnes grises des fumées montantes des feux de feuilles mortes, il fallait être là certains jours d’hiver où la neige avait recouvert le pays d’une immense et douce couette blanche, il fallait y monter les soirs de Printemps où la terre dans son entier tremblait toute de renaître. Il y venait à chaque fois qu’il en avait besoin et ce soir là, il en avait besoin.
Il avait emménagé depuis quelques mois déjà et les travaux avaient bien avancé pendant l’été. Il en avait mis un coup et il avait été bien aidé par quelques amis fidèles qui étaient venus lui prêter main forte. Quelques cloisons étaient descendues, des pièces avaient retrouvé des couleurs, des terrasses avaient été créées puis carrelées, une salle de bain avait été rénovée, bref c’est sa baraque en entier qui avait été transformée. En trois mois. Et puis, tous les amis étaient partis retrouver leurs vies et lui seul. Et cet endroit qu’il avait désiré, qu’il avait transformé à ses goûts, qu’il avait conçu lui était devenu dérangeant presque hostile. Il avait mis cela sur le compte de la nouveauté. Une région nouvelle, des gens nouveaux, une vie nouvelle. Il faut s’adapter, prendre son temps, attendre un peu. Mais rien n’était venu. Aucune lumière n’était descendue du ciel. Je ne comprends pas ce qui se se passe, je n’y arrive pas.
C’est assis sur le muret face au feu dardant du couchant que ça lui était venu. Je n’ai plus les moyens de fuir, je dois m’y coller s’était-il résolu.
Il faut que je descende dans ma cave et que je finisse de nettoyer ce coin sombre où dorment encore les fantômes qui me pourrissent la vie…

Où lire Chri et où voir ses photos

mardi 16 septembre 2014

Claudie - Inspiration photographique

LE CABANON

Le cabanon est perdu dans les hautes herbes. Le vent en a descellé les pierres et la toiture n’est plus qu’un souvenir. Je me revois, gamin, tenir la main de mon grand père pour grimper le chemin escarpé à travers champs. La rivière à truites chantait sous le soleil d’août et nos cannes à pêche attendaient fièrement alignées contre le mur.
La table de bois accueillait le festin préparé par les femmes. Le pain bis, taillé dans la tranche, les poissons aux yeux blancs et les figues gonflées à s’en éclater. Le vin clair roulait sous la langue et descendait allègrement dans les gosiers. Les copains de grand père avaient l’œil égrillard, le verbe haut et la main baladeuse et moi, je m’endormais sur le banc rêche dans l’odeur de garrigue et de suif des bougies tremblotantes.
Je suis parti pour d’autres obligations et plaisirs. Le cabanon est toujours droit malgré les blessures du temps. Mon cher grand père a rejoint le paradis des truites.
Ce matin, je remonte le chemin de pierre. L’air se fait plus vif en fin de saison et la nature rousse reprend ses droits. La porte du cabanon claque à tous les vents. Les mouches et les guêpes s’écrasent sur la vitre qui voile le soleil. Sur le rebord de la fenêtre, les outils de menuisier disparaissent sous la moisissure et les toiles d’araignées tapissent la casserole percée. Seule, la bouteille de vin ouverte, veille sur les bonheurs perdus de l’enfance. Je ne veux pas pleurer et referme la porte. La grosse clé dans les mains me semble dérisoire.
Demain le terrain sera vendu et d’autres gosses éclabousseront d’éclats de rires, les eaux transparentes de la rivière à truites.

Adrienne - Inspiration photographique

- C’est une enfant si sage ! dit le grand-père du bas de la ville. Si sage ! Mais à table, quelle affaire pour qu’elle finisse son assiette !

- On n’a jamais aucun problème avec cette petite, dit la grand-mère du haut de la ville. Elle est si obéissante ! Sauf à l’heure de la soupe. Quelle misère pour la lui faire avaler !

Le dimanche, quand toute la famille est réunie autour de la table, que la petite soupire devant son assiette déjà froide, on la saisit rudement d’une main, on prend la soupe et la cuillère dans l’autre, on la pousse vivement dans la cave, on pose l’assiette au sol et on met le verrou à la porte.

- Tu ne sortiras d’ici que lorsque tu auras tout mangé, c’est compris ?

Parfois la petite pleure. Elle n’a que cinq ans, après tout. Parfois elle frappe la lourde porte de ses deux poings. Ça fait mal.

Elle se jure solennellement que quand elle sera grande, plus jamais elle ne mangera de soupe.

Où lire Adrienne

ABC - Inspiration photographique

Les trois coups résonnèrent
Le décor était planté
La scène restait vide
Dans le plus grand silence
Se célébrait l’absence
Ainsi se déroulait le préambule
D’une pièce trop sombre
Dont pour la première fois
J’étais le seul et unique acteur
Un long monologue
Qui claquait la porte
À l’obscurité
Pour faire naître
La couleur

Les spectateurs étaient tendus
En attente du premier acte
Perdu dans mon trac
Assis dans ma loge
La bouteille était vide
Je l’avais bue jusqu’à la lie
Une toile d’araignée
Envahissait ma mémoire
Mon texte s’était échappé
Dans un trou noir
La scène restait vide
Dans le plus grand silence
Le rideau tomba
Sur ma déchéance

Où lire ABC

lundi 15 septembre 2014

Porte-Plume - Inspiration photographique

Les arachnides.

Il était une fois une époque, bien ancienne dont on n’a aucune idée, où les dieux et les déesses régnaient sur la terre et les eaux, sur les airs et le ciel. L’une de ces divinités, Pallas-Athénée, particulièrement fière et superbe, n’aimait guère les mortels, trop arrogants à son goût. Un jour, elle rencontra une jeune tisseuse (je n’invente pas !) qui se nommait Arachné. Cette dernière, quelque peu effrontée, prétendait tisser de la meilleure manière au monde. Pallas mit au concours les prétendues qualités d’Arachné qui, malgré les manigances de Pallas, l’emporta haut la main.

Jalouse, comme le sont les déesses, Pallas détruisit l’œuvre d’Arachné qui, de dépit, se pendit avec un fil de tisserand.

De remords (elle connaissait des sentiments humains) la belle déesse Pallas fit renaître à la vie la jeune et tumultueuse Arachné. Mais elle lui donna forme animale, avec un air effrayant, huit pattes, plusieurs yeux, toute velue et la cantonna dans les lieux les plus obscurs et cachés. Elle lui conserva l’art de tisser. Et depuis ces temps si lointains, les descendantes d’Arachné, toujours aussi effrontées, ne finissent pas de tendre leurs toiles où se prennent objets oubliés, bouteilles d’un autre âge, outils abandonnés, doigts humains maladroits et insectes étourdis.

Qu’elles soient regardées avec respect, ces arachnides, si mystérieuses, si travailleuses et si curieuses ; elles sont à l’image de ceux ou de celles qui tissent des textes où ils espèrent prendre et piéger les humains.

Fairywen - Inspiration photographique

Abandon.

Cabane abandonnée,
Bouteille oubliée
Devant une fenêtre fermée.
Tristesse fanée
D’une existence passée
Qui lentement est effacée
Sous les toiles d’araignées,
La poussière déposée,
Le temps écoulé…

Où voir le temps qui s'enfuit et où lire mon blog d'auteur

Jacou - Inspiration photographique

Surmenage

Tissage et métissage
Voilà un vieil adage
Ai-je encore l’âge
Avant tout je dois ici faire le ménage
Comme c’est l’usage
Plumeau et courage
Seront à l’ouvrage
Cela ne sera pas outrage
Avant que de me mettre à l’ouvrage
De cette bouteille faire le dépucelage
Quel délicieux breuvage
A l’autre flacon je vais faire perçage
Afin de lui rendre hommage
Nectar digne d’un ange
Tirage et métrage
Voilà un bel alpage
Qui me réjouissage
Ici, nul besoin de décapage
Quelles idées en ombrage
Vivent ces divins cépages
Promesses de belles vendanges !

Où lire Jacou

Semaine du 15 septembre au 21 septembre 2014

Cette nouvelle semaine sera d'inspiration photographique. Votre texte sera librement inspiré de la photo ci-dessous. Qu'importe le sujet, pourvu qu'on ait l'ivresse de vos mots. Vous avez jusqu'au dimanche 21 septembre minuit, heure de Paris, pour nous faire part de votre inspiration à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com.


Crédit photo : Cacoune

dimanche 14 septembre 2014

Gino Gordon - Une étrange bâtisse

Ça se peut pas

- Tu viens dans ma maison ?
La Juliette, elle est géniale, je l'adore mais elle est un peu … Non, je ne dirais pas qu'elle n'a pas toute sa tête, c'est pas ça. La Juliette, elle vit dans un autre monde. Elle s'imagine des choses. Ça fait des semaines qu'elle me parle de sa maison et ce qu'elle me raconte de sa maison, et bien, ça se peut pas.
Ma maison à moi, elle est toute petite. J'y vais seulement pour dormir. Elle est confortable mais c'est pas une maison pour vivre à deux. Non, jamais je proposerai à Juliette de venir chez moi.
La maison de Juliette, malgré tout ce qu'elle raconte, elle n'a rien d'exceptionnel. Je le vois bien, elle est encore plus petite que la mienne, alors ça se peut pas.

On se voit toujours à l'extérieur, surtout quand il pleut. On fait des longues ballades sans rien se dire. C'est assez romantique. Mais la balade se termine toujours par:
- Tu viens dans ma maison ?
Juliette, puisque je te dis que ça se peut pas. Arrête de dire des bêtises.
Parfois elle m'énerve un peu, mais ça ne se voit pas. Je suis plutôt du genre calme.

Aujourd'hui encore.
- Tu viens dans ma maison ?
- D'accord, je viens, mais je t'ai prévenu.
- Eh mais t'es malade ? Ça se peut pas !
- Je te l'avais dit.
- Pas cette maison là ! L'autre. Viens.
Je lui emboite le pas et la suis jusqu'au fond du jardin.

Et là, sous une feuille de rhubarbe, je découvre une jolie maison rose en plastique. On est entré. On s'est collés l'un à l'autre, coquille contre coquille et on y est resté plusieurs mois parce que l'été arrivait.

Tiniak - Une étrange bâtisse

La rue m’est familière au point d’y faire corps
Alors… Alors… ! Quelle est cette maison ?!
Sa pierre, c’est du grès; ses volets sont marrons
Ici, tout est en craie que le soir pare d’ors

Sa porte est peinte en rouge et son numéro vert !
Eh ben, bravo ! Dis, ça envoie du lourd !
Vu qu’à travers sa vitre, on aperçoit la cour
Je ne résiste pas, je frappe à son mystère

La porte mécanique ouvre sans vis-à-vis
Allez… J’y vais ! Après tout, c’est le jeu
Pas déçu du voyage, oh ! j’en prends plein les yeux !
Le corridor, déjà, tapissé d'organdi...

Dessus, tant de portraits que je croyais perdus !
de moi, d'amis, d'amours désenchantées...
et, tracé sur le sol, un parcours orienté
pointant un escalier aux marches dévêtues

Je gravis prudemment ses dégrès inégaux
Le pas plus lent, tandis que je m'approche
avec le sentiment d'être le jouet fantoche
d'un projet qui m'écharpe et m'enlise les mots

Je suis sur le palier, sans réponse à l'appel
Allons... Allons... Tout ceci n'est qu'un rêve
Mais voici que, du mur, un bras me tend un glaive
et qu'une voix me dit "tu n'es plus éternel"

Je fuis ! Je fuis ! Je cours! Je n'ai plus d'appétit !
Eh, au secours ! C'est quoi, tout ce barnum ?!
Je regarde après moi, je vois tous ces fantômes
et je sais désormais qu'ils ont pignon, ici !

Où cauchemarder sans modération...

vendredi 12 septembre 2014

Porte-Plume - Une étrange bâtisse

Histoire d’un corps de logis.

Nous habitons tous dans d’étranges bâtisses. Elles ont besoin d’échafaudages à leurs débuts pour pourvoir être consolidées. Et leurs fondations doivent être solidement ancrées au plus profond d’un sol dur comme de la roche. C’est d’elles que dépendent toutes leurs structures. L’on découvre parfois des maisons bancales ou tortueuses ; on comprend mieux leur apparence à voir les fondations cachées et ce que la maison a pu subir en ses premières années.
Elles grandissent au fur et à mesure des ans, ces bâtisses dont nous sommes les architectes. On y ajoute des pièces, des étages parfois. On y voit des enfants grandir et on entend leurs rires, leurs jeux ou leurs larmes leur donner une animation joyeuse et féérique. Elles vibrent alors de toute leur âme.
Et puis, petit à petit, cette maison qui nous est propre devient plus silencieuse. Bien qu’elle soit achevée, parfaitement construite, décorée, améliorée, enjolivée au fil des ans, elle semble avoir perdu un peu de son entrain. Peut-être s’engourdit-elle dans ses habitudes ?
Enfin, viennent le temps des premières fissures, des lézardes qui la balafrent de plus en plus. On peut les trouver belles au début. Elles donnent du cachet à cette bâtisse. Mais on se dit alors qu’il sera bientôt temps de la quitter. Et cette étrange bâtisse libérée de son locataire principal curieusement rapetissera et d’un coup de baguette divine finira comme petit tas de sable ou de cendre.

Manoudanslaforet - une étrange bâtisse

Elle est cachée par les arbres, les herbes folles
Ses volets plus ou moins bien arrimés battent au vent
Elle se laisse apercevoir, approcher
les herbes s'écartent et se referment derrière moi.
J'ouvre d'un coup d'épaule, la lourde porte de bois dérangeant au passage quelques araignées
je laisse la lumière et l'air frais entrer
je pousse un volet, une hirondelle se sauve...
Alors je le vois, le fauteuil, ce fauteuil
il s'asseyait là, une cigarette à la main, un verre dans l'autre
il nous regardait, nous écoutait parfois, semblait être ailleurs souvent
je le vois ce fauteuil et un frisson de haine et de peur parcourt mon corps
je ne veux plus le voir, d'un claquement sec je referme le volet et soudain c'est pire , cette maison me hante, me parle, me fait peur, me rappelle trop de choses...elle pourtant si banale...
Elle doit disparaître....au fond de mon coffre de voiture je trouve ce qui la réduira en cendres, bientôt cette étrange bâtisse ne sera plus qu'un souvenir, un cauchemar que je pourrais oublier.

Lilousoleil - Une étrange bâtisse

Trop petite pour s’en souvenir, elle est retournée sur les lieux de son enfance. Les vacances sont propices à ce genre de pèlerinage. Elle reconnut les rues, les pavés, et si les magasins éclairés et les vitrines brillantes avaient remplacé les échoppes sombres et les façades à la peinture écaillée, tout était conforme à ses souvenirs. Parvenue devant le Temple du Change imposant qui clôturait la place, elle fit une pause ; c’est là que ses parents s’étaient mariés, le cliché trainait dans quelque poussiéreux album photo. Elle s’engagea lentement dans la montée qui débouchait sur la gare Saint Paul dans le quartier bien nommé, puis se glissa dans la rue Saint Jean, berceau de son enfance. Elle reconnut l’entrée la courette avec ses escaliers ouverts, fixa les fenêtres du troisième étage et emplit ses poumons d’un air chargé d’émotion.

Après avoir fait le tour de la place du Bœuf, et remonté la rue du même nom, elle fila par la traboule et déboucha rue Juiverie. Elle passa devant l’égout à ciel ouvert resté d’époque. Elle sourit à ce petit souvenir ; un jour, elle avait voulu grimper jusqu’en haut mais ses jambes étaient bien petites et s’étaient vite fatiguées. Elle s’était mise à pleurer à mi pente sans plus bouger.

façade Elle avait redécouvert avec un vrai bonheur la façade de la Maison Claude Debourg façade en saillie sur la rue Lainerie ; cette maison qu’elle connaissait si bien, c’était son chemin pour aller à l’école.

Elle déambula le long de la rue Juiverie, pénétra dans les cours intérieures des immeubles ; tout ici respirait la Renaissance. Les voûtes, les escaliers sans vis, les vestiges romains, les fontaines et les puits. Elle pénétra dans une nouvelle cour et là un coup de poing… La maison qu’elle n’avait jamais vue ; on ne voit pas ce que l’on voit tous les jours. Trop petite sans doute pour connaître l’Histoire historique de son quartier : La maison Henri IV. Il séjourna ici et c’est peu dire que la montée proche s’appelle la montée Saint Barthélemy. La maison fut construite sous le règne de François premier qui y logea. Un pur joyau resté en l’état. Une bouffée de nostalgie l’étreignit, comme si elle avait reçu un coup de poing dans l’estomac devant cette richesse qui avait traversé les décennies. Elle s’assit par terre sans respect pour son pantalon blanc et resta un moment à contempler cette architecture, à imaginer la vie des habitants. Elle rêva combien de temps ? Elle ne saurait le dire. Avant que le rêve s’achève, elle décida de se replonger dans l’Histoire de ce quartier du Vieux Lyon…Une manière de retrouver un peu de son enfance.

Où lire Lilousoleil

mercredi 10 septembre 2014

Gab Camote - Une étrange bâtisse

Il va voir et disparaît au coin de la maison aux volets fermés.
Il en fait le tour, cherchant une porte.
Elle attend dans la voiture, à l'entrée du chemin.
Un temps. Le temps.
Cinq minutes. Plus.
Elle sort de la voiture, s'avance dans le chemin.
Crainte.
A l'angle de la maison elle regarde.
Personne. Pas de porte, pas de fenêtre de ce côté-ci.
Pas de trou, pas d'issue. Au-devant les champs vides.
Aucune cachette.
Il a disparu.
Elle revient sur ses pas, frappe à la porte.
Personne dans la maison fermée.
Personne pour la renseigner, la rassurer.
Elle retourne à la voiture. Attend.
La nuit d'hiver tombe. Vite.
Il ne revient pas.
Elle ne sait quoi faire. S'endort un peu.
S'angoisse, n'ose plus sortir dans la nuit.
Il a disparu. Elle s'en va.

Où lire Gab Camote

mardi 9 septembre 2014

L'Arpenteur d'étoiles - Une étrange bâtisse

Le palais du Temps

Une étrange histoire soufflée un soir de confidence par une de mes amies très proches.
Elle la raconte encore parfois, frissonnante. Je vous la livre ici avec son accord. C’est elle qui parle :

J’étais alors jeune femme belle, brune et longue. Je confiais mes rêves aux vents, aux étoiles, à l’infini et à quelques hommes de passage. Je me perdais dans un regard, m’embrasais pour une main posée, me dissolvais pour une peau aux parfums d’épices et caressais parfois des envies de départ.

Ce soir-là, je marchais dans Florence, ville où j’aimais revenir comme on retourne au port. Une rue bordée de palais, aux murs griffés par les âges et éclairés de cet ocre et de ce vert usé que l’on ne trouve qu’aux fenêtres d’Italie. Cheminait à mes côtés un homme à la silhouette élancée et à la démarche légère. Nous ne nous parlions pas. Je le regardais de côté ne sachant pas très bien s’il était blond ou brun, beau ou laid. Il m’avait rejointe dans mon errance et avait accordé son pas au mien. J’avais trouvé cela naturel, et sans vraiment comprendre, j’avais accepté sa présence. Peut-être le fin réseau aux coins de ses yeux, ou son profil anguleux, ou cet ineffable sourire que je devinais. Ou tout à la fois. A chacun de mes regards vers lui, j’avais l’impression d‘imperceptibles changements, d’une mèche de cheveux barrant son front que je n’avais pas remarquée d’abord, d’une fine cicatrice à son poignet dont j’aurais juré qu’elle n’était pas là un instant auparavant. Puis nous nous sommes arrêtés devant une grande bâtisse massive et immatérielle à la fois, et qui m’apparut alors comme émergeant soudain d’une brume orangée,

- C’est là.
Il avait parlé d’une voix feutrée, juste contre mon oreille. Je n’ai pas été surprise de le suivre sous la vaste porte cochère, puis dans un large escalier en pierre à la rampe douce sous la main. Nous avons traversé des pièces immenses où nos pas résonnaient sur les dalles fraîches. Parfois de grands pans de tentures agités par un léger courant d’air, pendaient devant des baies vertigineuses filtrant le soleil. Dans ces rais mouvant de lumière dansait une poussière dorée. Je sentais des présences diffuses, éthérées, comme diluées dans l’atmosphère mais n’en éprouvais aucune crainte.

Tout au bout d’un long couloir, une dernière porte s’ouvrit sur une terrasse écrasée de lumière. Nous nous sommes avancés jusqu’à un large balustre. Nous sommes restés un moment pour admirer une campagne soyeuse et ondoyante, hérissée du pinceau des cyprès dont les cimes s’inclinaient doucement sous une brise tiède. J’étais fascinée par cette houle semblant battre au rythme de mon propre cœur, et c’est alors que cela se produisit.

Je me sentis d’abord happée puis aspirée vers l'infini. Des voix, des visages affluaient vers moi devenue souffle. Je vis des hommes, puis l’Homme. Notre vie, les enfants. Son départ définitif. Je me vis petite fille sautant à la corde dans la cour de l’école du village, puis sur les genoux de ma mère adorée, puis le jour de mon prix de piano aux côtés de mon père tremblant de fierté. Tout se succédait sans ordre précis, mais les images, les sons, les mots prononcés étaient d’une absolue netteté. Je me vis fermer les yeux de mon amie Jeanne, courir avec Lui sous la pluie de New York, caresser le chien Fred après une marche en montagne, admirer le coucher de soleil sur la grande pyramide, oser frôler les lèvres de mon premier amour … Puis tout cessa brutalement …

Je me trouvais à nouveau sur la terrasse, près de cet homme qui me regardait avec un doux sourire.
- Que s’est-il passé ?
Il m’emmena devant un miroir émaillé de taches bronze et je découvris une vieille femme alourdie, à la chevelure presque blanche, au visage ridé et marqué. Je poussais un cri qui s’étrangla dans ma gorge. Il me prit par l’épaule :
- Ne vous inquiétez pas, venez avec moi.
Je le suivis à nouveau, perdue, les épaules voûtées, le pas incertain. Nous avons repris le même chemin et, au fur et à mesure que nous avancions je semblais m’alléger, me tendre. Mon cœur battait plus fort, mes muscles s’affermissaient. Bientôt, nous étions dehors, devant la porte cochère.

- Où étions-nous ? Qui donc êtes-vous ? Pourquoi vous, vous n’avez pas changé ?
- Nous étions dans votre vie. Mon apparence est celle que l’on me donne. Je ne change jamais parce que je suis le temps et que je n’existe pas.

Puis il disparut, me laissant seule, jeune femme belle, brune et longue.
Je levais la tête vers la bâtisse que nous venions de quitter. Sur la pierre du fronton était gravé « Le palais du Temps ».

Chri - Une étrange bâtisse

Petit mousse.

Le soleil et la chaleur s’étaient donnés rendez-vous dans le pays. Bien qu’on soit au cœur de Septembre, il faisait chaud comme en été ougandais. Il en souffrait. Il venait de faire son tour habituel qui partait de chez lui et l’y ramenait en longeant ce qu’ici on appelle sorgue. Un brin de rivière qui court entre les champs bordés de cyprès. La chaleur était écrasante, suffocante et lui donnait bien de la peine. Lui troublait aussi un peu les sens car il finissait pas ne plus savoir s’il avait chaud ou s’il était gelé. Il frissonnait, même. Sur le retour, il allait descendre dans la sorgue et s’y tremper. Comme elle était à treize ou quatorze toute l’année, ce bain là lui ferait un bien fou. Mais avant d’y arriver il fallait encore avaler la longue ligne droite des platanes dont l’ombre tentante couvrait l’autre côté du chemin. Il soufflait, il transpirait, il suait.
Ce n’est pas qu’il aimait courir, non, ce qui le motivait c’était d’avoir couru. Il en avait encore pour une belle demi-heure avant de se plonger dans le frais. C’est alors qu’il la vit.
Il ne l’avait jamais vue auparavant et pourtant il passait là deux à trois fois par semaine. À l’âge qu’il avait atteint il lui fallait ça mais pas plus. Ses genoux regimbaient, ses chevilles se plaignaient, son dos protestait, ses mollets le regardaient de travers et ses cuisses le battaient froid. Il les reposait au moins une journée entre chaque sortie.
Elle se dressait là. Il s’arrêta, il s’essuya le visage de la sueur, et il regarda sans comprendre. Comment se faisait-il qu’il ne l’ait jamais remarquée ? Elle était au bout d’une allée bordée de cyprès, massive, imposante. Nulle grille ne barrait le parcours de l’allée. Il pensa qu’il s’était trompé de chemin mais non, il était bien sur l’habituel. Je devais passer là la tête dans l’herbe se dit-il.
Il décida d’aller voir, et il emprunta le chemin de terre. Après une trentaine de mètres il était devant la bâtisse. Il fut surpris qu’elle n’ait aucun des caractères des maisons d’ici. Ce n’était pas ce qu’on appelle un vieux mas. Plutôt une vaste maison bourgeoise anglaise de trois niveaux jusques aux tuiles qui étaient plates et en ardoise. A l’abandon, ou presque. Les ronces et les herbes s’en donnaient à cœur joie. Un perron derrière un escalier de quelques marches et une lourde porte de bois entre ouverte. Il monta les marches et entendit comme une voix qui chantait mais c’était diffus comme très éloigné. Il entra dans un long couloir sombre et la voix se fit plus précise. C’était bien une mélodie. Au bout du couloir un grand escalier qui menait au premier niveau il monta quelques marches et écouta. Le son s’éloignait. Il redescendit et entra dans la première pièce à gauche du hall. La mélodie venait de là. Il s’enfonça dans le sombre de la pièce seulement éclairée par les rais de lumières entre les lames des volets de chêne. Au fond de la pièce, sans doute un salon, on chantait. Il reconnut même la mélodie. Il s’approcha se faisant le plus discret possible. Il passa le premier salon et entra dans la deuxième pièce. Pas de doute le chant venait de là. Il ne faisait aucun bruit malgré le parquet de bois. Le chant ne s’interrompait pas. Il poursuivit…
Et là, dans le coin le plus reculé de l’immense pièce toute vide et presque noire, il se pencha et là, au plein milieu d’une flaque d’eau comme un lac, sans doute le reste d’une fuite de tout là-haut le toit, il aperçut, à genoux sur une boite vide d’allumettes comme sur un canoë, une pagaie empoignée ferme, un bandeau noir masquant son œil droit, une frontale sur le front diffusant un minuscule trait de lumière, ramant de bon cœur pour rejoindre la rive, un minuscule mulot semblant chanter à tue-tête :

« Hey petit mousse ! Va comme j’te pousse ! Sur les flots bleus… »

Où lire Chri

Claudie - Une étrange bâtisse

LA MAISON DU FLEUVE

Je l’ai croisée un beau jour de printemps, au détour d’un chemin de halage et ne me souvenais absolument pas l’avoir déjà vue. Elle était nichée derrière des cyprès, toute pimpante, blanche avec des volets bleus. Une maisonnette où il faisait bon vivre l’été parmi les bourdonnements des insectes et les rires d’enfants.
J’avais soif, étant partie dès le matin et la barrière de bois était ouverte. Je faisais le tour du jardin mal entretenu et cognais aux volets. Comme dans un rêve la maison m’accueillait. J’entrais. Il n’y avait pas d’eau, le propriétaire avait du arrêter le compteur. Cependant il faisait si frais à l’intérieur que je m’endormis sur un large canapé fleurant le chien mouillé et le vieux cuir.
Un frôlement me réveilla. Il faisait nuit. Une aile douce et silencieuse. Une chouette peut-être qui n’appréciait pas le dérangement. Je lui promis de me faire discrète et de ne pas chasser la souris de son territoire. La belle aux ailes de soie émit un chuintement et je fermais mes yeux nyctalopes.
L’odeur d’abord me pénétra. Une odeur de vase et de limon. Un frisson de dégoût me mit le cœur au bord des lèvres. La maison charriait une eau immonde pleine de poissons aux chairs putrides qui me fixaient de leurs orbites vides. Des hameçons énormes se fichèrent dans ma peau. J’avais mal, j’avais froid. Un abîme me tendait ses bras morts et je m’enfonçais dans des profondeurs glaciales. Le tourbillon de ma vie aspirait mes dernières forces. Aurai-je le courage de lutter contre ma prison intérieure protégée par des volets de couleur vive. Le vent se leva et la pluie martela les tuiles. La présence de l’eau du ciel curieusement me rassura. Les éclairs de l’orage éclairaient la scène fantasmagorique de mon rêve. Les cyprès sifflaient et leurs branchages me lacéraient le visage mais je m’en moquais. Je n’avais plus peur et j’avançais crânement mes racines tordues par la tempête. Plus rien ne pouvait m’atteindre. J’atteignais le point de non retour, le nœud de mon histoire. Et c’était une simple maison qui me révélait à moi-même.
Depuis l’eau a coulé sous les ponts et j’ai acheté la petite maison. Le jardin chante de bourdonnements et les cyprès virgulent sous le vent. Le fleuve qui voulait m’engloutir est devenu plus calme qu’une eau dormante. Jusqu’à la prochaine fois…

lundi 8 septembre 2014

Vegas sur sarthe - Une étrange bâtisse

La drénaline

C'était la toute dernière bâtisse du village, marquée d'un panneau Fouzy-sur-la-Tronche copieusement criblé par nos savants tirs de caillasse. On passait toujours devant à fond la caisse - au moins du dix à l'heure - sur la mob bleue d'Oncle Hubert mais jamais on ne s'y serait arrêté. Etait-ce parce que le maire du village y régnait en maître ou parce que la Tronche à cet endroit grondait sauvagement contre les pales pourries d'une grande roue à aubes immobile et noire comme un loup garou?
Tout dans ce lieu semblait chargé d'un lourd secret.
Le moulin flanqué de son étrange cheminée de briques disjointes ne moulasse plus rien depuis belle lurette, en tout cas je n'avais jamais entendu dire qu'on y ait moudré ou moudu - ça sert à quoi de nous faire copier cent fois ces foutus verbes du troisième type - le moindre boisseau de blé depuis que mes ancêtres vivaient là.
Pourtant à chaque fois qu'on rebeuillait dans le coin avec les potes, ça viaunait comme une odeur de farine rance qui me donnait la nausée et m'attirait en même temps.

Alors quand le Bébert a proposé d'y aller voir cette nuit-là à cause que c'était nuit de pleine lune, j'ai ressenti ce machin que les grands appellent la drénaline et qui m'occasionna une drouille carabinée !
Pendant que je soulageais mes arrières aux cagouinces, Bébert préparait le matos en grand secret: échelle de corde, sac à dos et cette fameuse lanterne de cheminot Wonder qui s'use même quand on s'en sert pas.
On a jarté sans nous retourner - en chaussettes pour pas alerter Rex, le câgne du voisin qui aboyait au moindre bruit - et plus vite que prévu à cause d'une forte rabasse qui nous a gaugés avant même d'avoir passé le pont de la Tronche!

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Fairywen - Une étrange bâtisse

Le manoir dans la forêt.

La neige crissait sous mes pas tandis que j’avançais dans la forêt qui entourait ma maison. Eté comme hiver, de jour comme de nuit, j’aimais bien m’y promener. J’y faisais toujours de nouvelles découvertes : un jour, un champignon à la forme étrange, le lendemain, les traces d’un chevreuil venu musarder autour de ma maison… Je ne me sentais jamais seule avec la vie forestière qui bruissait autour de moi. Bien sûr, les gens du village avaient pensé que j’étais folle lorsque j’avais acheté cette chaumière isolée toute proche des bois. C’est qu’ils avaient mauvaise réputation, ces bois que l’on disait hantés… Moi, en tout cas, je n’y avais jamais vu aucun fantôme, aucune créature mystérieuse, mais la légende suffisait à préserver la tranquillité des lieux, et par la même occasion, la mienne.
Est-ce que je fus étonnée en découvrant soudain cet imposant manoir que je n’avais jamais vu ? Je ne sais pas. Peut-être un peu, peut-être beaucoup, peut-être pas du tout. Ai-je eu peur ? Oui, confusément, car j’ai senti que ce lieu allait changer ma vie. En tout cas j’en poussai le portail et m’avançai dans l’allée, curieuse. Il n’y avait pas âme qui vive, pourtant je me sentais observée. Pas menacée, juste observée. Le manoir m’attirait comme un aimant. Pas de lumières à ses fenêtres, pas de traces dans la neige, et pourtant, il ne paraissait pas abandonné. Alors j’ai poussé la porte et je suis entrée.
Pourquoi ? Je ne sais pas. Ce n’est pas mon genre d’entrer comme ça chez les gens sans y avoir été conviée… Quoique… La porte était entrouverte, comme une invitation à pénétrer dans le hall. A ma grande surprise, il y faisait chaud, ce qui me conforta dans mon impression que les lieux avaient au moins un occupant. Il y avait des torches fichées dans les murs, qui semblaient éclairer un chemin rien que pour moi.
Ce chemin, je l’ai suivi, jusqu’à une bibliothèque où un feu brûlait dans la cheminée. J’étais fatiguée par ma randonnée dans la neige, j’ai enlevé mon blouson, et je me suis pelotonnée sur le fauteuil qui me tendait les bras. Depuis mon refuge, je distinguais la plus grande partie de la pièce, mais avec juste des bougies en éclairage, je ne voyais pas grand-chose, surtout que dehors, la nuit commençait à tomber. C’était étrange, d’ailleurs. Il n’y avait nulle trace d’électricité dans le manoir. Depuis que j’y étais entrée, j’avais l’impression d’être dans un autre monde, une autre époque, un autre temps, un temps où la vie allait moins vite, une époque où d’étranges créatures erraient dans la forêt, un monde où tout était possible. Et étrangement, je m’y sentais bien. Le manoir m’avait accueillie à bras ouverts, comme si j’y étais attendue depuis longtemps. D’ailleurs, en y repensant, c’était tout de même surprenant que je n’ai jamais remarqué une demeure aussi vaste au cours de mes errances dans la forêt…
La fatigue et la chaleur finirent par avoir raison de moi, et je me suis endormie, bien au chaud sous le plaid que j’avais trouvé sur le fauteuil.

Lorsque je me suis réveillée, il faisait nuit, et la pleine lune brillait dans le ciel. Un ciel clair et empli d’étoiles, qui faisait étinceler la neige immaculée. De la forêt proche montait un chant sauvage, triste et beau à la fois, un chant de souffrance et d’amour, un chant d’espoir et de désespoir mêlés, un chant de mort, de vengeance et de vie.

Je n’ai pas eu peur lorsque la porte de la bibliothèque a tourné sur ses gonds…

Où voir l'étrange manoir et où lire mon blog d'auteur

Marie la végane - Une étrange bâtisse

La bâtisse de la honte

Je passe devant elle à chaque fois que je me rends à ma destination vacances favorite. Une bâtisse qui se dessine au loin, presque floue, grisâtre, faisant tache dans la journée ensoleillée. Cette fois, je suis en avance sur mon horaire. Tant qu’à perdre mon temps avant de pouvoir réclamer les clés de ma chambre d’hôtel, aussi bien céder à ma curiosité et aller voir quel est cet endroit.

La route est longue, sinueuse, passant à travers un pré où broutent quelques vaches, levant la tête à mon passage puis, une fois la surprise passée, reprenant leur repas. Je stationne devant cet étrange édifice. Sombre, avec quelques fenêtres délabrées bien en hauteur, et une simple porte au milieu. Mon instinct me souffle que je n’aimerai pas la suite. J’aurais dû l’écouter. Car à peine quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre pour laisser passer un employé sortant prendre sa pause. Et là, en une fraction de seconde, juste avant que la porte ne se referme, je constate toute l’horreur de cet endroit.

Du sang. Du sang partout. Sans parler de l’odeur… Des vaches, partout. Certaines rattachées à une affreuse machine pompant inlassablement leur lait, le regard triste. Ce regard… C’était comme si elles me suppliaient de les sortir de là. Tout près, les cadavres de celles ne pouvant plus produire assez de lait pour respecter les quotas. Et encore plus loin, mais toujours assez près pour que les vaches en train de se faire siphonner leur lait le voient et en soient psychologiquement marquées par la souffrance, les veaux. Les si petits veaux, innocents, qui ont été tués à peine quelques instants après être nés, sans jamais avoir vu la lumière du jour ni senti la caresse du vent ou l’herbe sous leurs petites pattes fragiles de nouveau-nés. Parce que le lait maternel qui leur était naturellement destiné devait plutôt être pompé et embouteillé pour faire du profit. Et ces petits veaux, innocentes victimes de la « machine », allaient ainsi rapporter pour leur viande. Et les hurlements… Les hurlements des pauvres animaux encore en vie, voyant le sort de leurs enfants et de leurs congénères, et sachant que ce sort serait, un jour pas si lointain, le leur.

J’ai éclaté en sanglots, et je me suis sauvée. Dans ma tête valsaient plusieurs images. La souffrance de ces bêtes, jugées comme « produits » alors que d’autres animaux, comme les chats et les chiens, font partie de bien des foyers à titre d’animaux de compagnie. L’odeur de mort. Leur regard, leurs hurlements emplissaient ma tête. Et par-dessus toutes ces images atroces, j’imaginais un homme, enfermé dans son manoir, se roulant dans une piscine de billets verts comme Picsou. Et il ne s’agissait que des vaches et des veaux, mais je ne suis pas aveugle, je sais que ce même sort est celui des cochons, des agneaux, des poules…….. Je pleurais. De rage, d’impuissance, mais, surtout, de la souffrance de ces animaux que je pouvais ressentir. J’ai alors su que plus jamais je ne pourrais consommer de produits animaux.

J’aurais pu essayer d’oublier, et confortablement m’installer à l’hôtel et profiter de mes vacances. Mais quand on a ouvert les yeux et constaté l’atroce réalité, on ne peut pas faire semblant que ça n’existe pas. J’avais mal, je voulais faire quelque chose de plus que de ne plus consommer tous ces produits issus de la souffrance et de la mort. J’ai donc annulé ma réservation et me suis jointe à une manifestation pour conscientiser les gens sur le sort de tous ces animaux, qui méritent autant notre amour et notre compassion que les chiens et les chats. Si j’arrive à ouvrir les yeux à ne serait-ce qu’une personne sur tous les mensonges dont cette industrie nous gave comme elle gave les oies pour leur foie gras, j’aurai au moins contribué indirectement à sauver la vie d’un animal.

Où retrouver Marie la végane

Semaine du 8 septembre au 14 septembre 2014

Une étrange bâtisse

Lors d'un voyage dans une ville étrangère ou d'une promenade dans celle où vous vivez depuis toujours (ville ou village) vous découvrez une maison étrange, qui vous semble un peu particulière sans que vous en compreniez la raison.
Et même si votre histoire se situe dans votre environnement familier vous ne l'avez encore jamais vue.
Vous êtes fascinés, attirés irrésistiblement. Cette bâtisse vous prend le cœur, l'esprit, le corps et vous décidez d'y entrer malgré la crainte insidieuse que vous ressentez.
Et là, l'aventure commence ...

Surprenez-nous, faites nous rire, trembler, rêver comme bon vous semblera.
Votre texte devra nous parvenir à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com avant dimanche 14 septembre minuit.

dimanche 7 septembre 2014

Mabata - Nom d'une pipe

Ça faisait déjà des mois qu’elle l’avait repérée dans la vitrine de l’antiquaire.
Chaque soir en sortant du cabinet de pédicure où elle travaillait, elle passait devant la boutique. Elle s’arrêtait pour regarder, pensive, cette pipe à opium qu’elle projetait d’acheter à son grand-père pour Noël. Il lui avait si souvent parlé de ces salons où il aimait aller oublier ses soucis allongé parmi les autres fumeurs. C’était avec beaucoup de nostalgie qu’il évoquait sa vie « d’avant »… Petit à petit, avec beaucoup de pudeur, il lui dévoilait sa jeunesse. Toutes les semaines, elle allait le voir à la maison de retraite. C’est sûr que là-bas, il ne pourrait pas utiliser cette pipe. Mais peut-être lui ouvrirait-elle la porte vers d’autres souvenirs…
Elle frappa doucement à la porte.
- Grand-père ?...
Il était debout, face à la fenêtre et ne l’avait pas entendu toquer.
Elle l’observa quelques instants : la crinière grisonnante, les épaules légèrement voutées, une carrure toujours imposante qui allait bien avec son mètre quatre vingt dix. Un jean, une chemise à carreaux style bucheron canadien, il lui en imposait encore. Elle s’approcha de lui doucement et reprit :
- Grand-père, tu rêvasses ?
Il se retourna vivement un grand sourire aux lèvres.
- Ma Chérie ! Non, tu vois je taillais mon rosier nain en t’attendant. Ca me détend… Tu sais, depuis que tu me fais parler du passé, je deviens insomniaque. Ne t’inquiète pas, ça ne me fait pas de mal. C’est juste bizarre de revivre tous ces moments bons et mauvais parfois…
- Si tu veux, on arrête.
- Oh non, je suis curieux de lire ce que tu vas tirer de mes souvenirs ! Encore un best-seller ? lui dit-il un petit sourire ironique au coin des lèvres.
- T’inquiète Grand-père, ça ne sera pas publié, c’est juste pour nous deux…

June - Nom d'une pipe

Hauteurs

Les minutes défilent. Tu sais. Seconde après seconde. Impitoyablement. Sans arrêt. Sans arrêt. La nuit emporte, le monde, et moi, jamais. Je tourne, encore et encore, mais le monde ne tourne pas avec moi. Jamais. Non. Jamais. Des jours et des jours, nuits après nuits. L’esprit tellement fatigué, et le corps qui pleure, pleure de ne pas se reposer. Jamais.
Jamais.
A mes côtés, il ne reste que le fantôme, la main à la pipe manucuré. Tes beaux doigts fins qui s’entrelacent langoureusement, juste entre mes lèvres. Et lorsque je goûte, lorsque je respire, lorsque la fumée entre et se libère. Je me libère. C’est comme monter un peu trop haut, vivre un peu trop haut. Pendant une seconde, toucher les étoiles alors que ta peau m’accroche, là, en bas, pour que je ne m’élève pas trop. Pour que je reste, ici, là, juste avec toi. Et tu me dis qu’il ne faut pas partir trop loin, tu me dis que c’est là que mon monde se libère, que la frontière est là, juste à l’orée de nos songes, qu’il ne faut pas fermer les yeux non, ou je ne reviendrais jamais. Il disait qu’il avait besoin de moi, oui, il disait, et sa main se détachait de ma nuque, le bois d’entre mes lèvres, l’opium de mes poumons.
Il m’avait fait voir.
Perdue entre ces rosiers nains, leurs fleurs oubliées dans mes cheveux, la nuit froide et sauvage, qui se glisse juste sur ma peau, et qui me fait tressaillir. Me fait frissonner. Les jambes qui s’enlisent entre les herbes folles, des pieds blancs, à la pédicure trop parfaite. Un visage lisse, sans sourire. Les yeux clos, maquillés, transformés. C’était tes mains qui s’acharnaient sur mon corps, inlassablement. Mais toi, tu n’es plus là non, tu n’es plus là. Tu avais le corps à mort qui tremble, ces vapeurs que l’on partageait qui t’ont tué. Et tes mains disparues, qui ne pouvaient plus me toucher, qui ne pouvaient plus me soigner, qui ne pouvaient plus me rattraper.
Et je me suis égarée.
Loin, trop loin pour moi.
Tu n’étais plus là.
Tu ne pouvais plus me rattraper.
Tu ne pouvais plus me rattraper.

Lilou - Nom d'une pipe

Pour raconter une histoire à dormir debout, il faut d’abord un nain somme toute qui ait la niaque, car un insomniaque qui n’écoute que son négot, nain téresse personne et surtout pas une pédicure folle des nains de jardin ou ou des nains de pot… Mais si cela existe des nains de pot. Je reprends donc, un insomniaque fume le narguilé, ou plutôt, comment ? L’ami de Mickey, fume l’opium ? non pas possible ! l’ami de Mickey c’est Plûtot, ne pas confondre… donc un nain somme…un insomniaque pipe à opium en main, rencontre une pédicure cul de jatte qui adore les plantes et les nains de jardins… L’insomniaque qui est loin d’être un nain bécile offre à la belle un rosier nain.

Elle est pas belle mon histoire ? vous avez raison c’est du nain porte quoi !

Bonne nuit

Où lire Lilou

jeudi 4 septembre 2014

Tiniak - Nom d'une pipe

AU NOM D'UNE PIPE

Mon très cher insomniaque alter ego
m'a fait le don d'une pipe à opium
D'un rosier nain, j'ai tiré le sebum
liant parfumé dont j'enduis le fourreau

Prends-moi la main, fantôme fraternel
et glisse-la jusqu'à ton lent soufflet
Mon bras - la branche où s'est tenu Poucet
lascivement va mélanger le ciel

Un songe fleuve emporte sur son dos
le réveil solitaire et sans amour
la promenade infertile du jour
grinçant, le chant d'un amoureux duo

Le brouillard blanc d'un mythique opéra
finit sa course en roulant à mes pieds
Je lui caresse, d'un doigt familier
le vieux dragon tombé raide mort - "Là..."

L'instant suivant, je cherche quoi m'offrir
"Une pédicure ? Une oreille ? Un four ?..."
Ce rêve dissipé, revient le jour
où - mince alors ! il faut se répartir

Adieu, Gerda ! ma pipe, mon foyer !
Bonjour chiffons et recherches d'emploi
Ah, saisonnier ! quelle est dure ta loi !
mais c'est ainsi qu'on paye son loyer

Où se curer le fourreau...