Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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lundi 20 octobre 2014

Semaine du 20 octobre au 26 ototbre 2014

Vous connaissez tous le proverbe : "il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué". Or, en cette rentrée littéraire, a été publié un livre de Joy Sorman intitulé : "La peau de l'ours".
Nous vous proposons de laisser votre imagination vagabonder sur cette "peau d'ours", en prose ou en vers.
Votre texte, tout de fourrure écrit, devra nous parvenir à l'adresse habituelle impromptuslitteraires(at)gmail.com avant dimanche 26 Octobre minuit.

samedi 18 octobre 2014

Blick - Balai et poussière

Sous mon lit et ma houlette

J'héberge sous mon lit des moutons floconneux
Timides et craintifs, apeurés par l'orage
Et les têtes de loup, les scènes de ménage,
Le lavage à grande eau, le zèle besogneux.

Mon paisible troupeau goûte ces jours heureux
Où ma mie me revient de retour de voyage,
Il guette nos ébats, bêle, nous encourage,
Placide, ruminant nos baisers langoureux.

Sous le ciel du sommier, tel un lit-clos breton
Orné au sang de bœuf d'un motif en ajonc,
Mes ouailles de poussière aspirent à l'oubli

Qui fait la laine fraîche, à l'amour, à la paix,
Loin des aspirateurs, des genêts à balais,
Qui sont leur principal prédateur, l'ennemi.

vendredi 17 octobre 2014

Adel - Balai et poussière

Balai mécanique, balai-chiotte, balai électrique
Balai de coton, de crin, de genêt
Balai de Cendrillon, de Mickey apprenti sorcier
Quatre-vingts balais, sur une plage d'Agnès, bellement plantés
Balai du cantonnier qui s'embête toute la journée
Et celui d'la mère Michu, qu'a un chignon, et la langue bien pendue
Balai d'une sorcière qui s'envoie en l'air
Soulevant la poussière et montrant son derrière

Et tous ces balais qui s'emballent, se cavalent et s'en vont au bal
Dansent un ballet frénétique, hystérique, endiablé, ensorcelé

Et maintenant circulez, y a plus rien à balayer
Plus rien, non rien de rien
Peau de balle et balai de crin !

Clise - Balai et poussière

Petite, armée de ton balai magique
Cueille les poussières d’étoile
Drape-toi de lumière douce
Embarque-toi sans crainte
Dans la galaxie des rêves

Où lire Clise

Manoudanslaforet - Balai et poussière

Il prend son balai et péniblement soulève la poussière du trottoir
Elle prend son balai et habilement pousse la poussière dans un coin
Il avance doucement le long de la rue
Elle termine le parcours de sa pièce
Il arrive au coin de la rue
Elle ouvre la porte et pousse délicatement son petit tas dehors
Il soupire, levant les yeux vers elle, et reprend son balai
Elle soupire et referme sa porte

Mamily - Balai et poussière

Ce mercredi d'Août,à la tombée de la nuit,les enfants étaient tout excités à l'idée d'aller retrouver leur père, Albert, chercheur au planétarium.
Il leur avait promis de leur faire observer les constellations avec son télescope.
Tous les soirs, les enfants attendaient avec impatience, son retour à la maison, pour qu'il leur raconte ses découvertes de la journée .Il imprégnait ses récits de tant de magie qu'ils étaient curieux de voir ce qui se passait là-haut. Victor était le plus intéressé. Ses parents lui avaient offert des albums d'astrologie qu'il souhaitait, pour son anniversaire et il était passionné par les mystères de l'univers.
Chacun leur tour, ils collèrent leurs yeux dans le télescope, sollicitant Albert pour des explications sur ce qu'ils observaient.
<<Je voudrais tellement voir la Grande Ourse, papa!>>dit Nathalie.
<<Vous savez - et je vous l'ai déjà dit - il faut solliciter son imagination pour pouvoir observer la galaxie! Ainsi, tu vas facilement reconnaître La Grande Ourse grâce à sa forme de casserole!.....>>
Nathalie fut prise de fou rire puis, avec Albert qui guidait ses observations, elle apprit que la troisième constellation du ciel contient le Grand Chariot ou Grande Casserole composée par les sept plus brillantes étoiles.
Emerveillée par sa découverte, elle céda la place à Victor avec regrets.
Plus sérieux et attentif par toutes ses lectures, ce dernier exprima un désir précis:
-<<Moi,je voudrais repérer l'étoile polaire. Je sais qu'elle fait partie de la petite Ourse, n'est-ce pas papa?>>
-<<Joli!.....fiston.....je vais t'aider à la trouver, ensuite, pendant que tu l'observeras, je te donnerai des détails!>>
-<<hurrah!!Je vois l'étoile polaire!!!!>>s'écrie Victor.
-<<C'est le bout de la queue de la Petite Oursequi a la même forme que la Grande Ourse en plus petit. Puisque tu as localisé l'étoile polaire, regarde bien au bout de l'autre extrémité.Tu vas observer deux étoiles, les deux seules qui brillent avec elle.Tu y es?....>>demande Albert.
Victor lève un pouce pour confirmer.
Albert continue:
<<A côté de la Petite Ourse, tu vas trouver l'emplacement du Dragon dont tu me parlais la semaine dernière.>>
-<<Non,..... je ne vois pas....>>regrette Victor.
-<<C'est une constellation allongée, dont la queue prend naissance entre la Grande Ourse et la Petite Ourse. Elle s'enroule autour de l'étoile polaire. Ses étoiles sont peu brillantes et difficiles à voir. C'est bon?>>interroge Albert.
-<<Ouiiiiiiiiiiiii!Quel régal!!!........
Ah!Ah Ah! Je viens de voir passer une étoile filante!!>>crie Victor.

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jeudi 16 octobre 2014

L'Arpenteur d'étoiles - Balai et poussière

La ferme des jeudis.

J’ai quatre ou cinq ans. C’est jeudi. Pour la première fois, accompagné de ma mère et de ma grand-mère, je vais « chez la Catherine ». Nous avions pris le car rouge, puis avions marché jusqu’à la vieille ferme torse posée au bout d’un petit hameau. Elle, elle était une solide paysanne en blouse grise, aux yeux clairs toujours en mouvement, à la voix aiguë et un peu cassée de trop appeler les poules au grain. Elle était généreuse en tout : en assiettées de lard comme en parts de tarte, en histoire de guérisseurs, sorciers et saltimbanques, en mamelles imposantes et en rire musical si haut perché, qu’on pouvait presque la croire quand elle se disait chanteuse d’opéra.

On entrait par un petit couloir qui nous emmenait dans la pièce principale. A droite une alcôve avec un lit haut, couvert d’une courtepointe épaisse. Au centre une table en bois. De part et d’autre, des bancs lustrés par l’usage. Du plafond en poutres et planches disjointes, descendaient deux lampes à contrepoids. L’une d’elle avait conservé une pâte de verre festonnée et ternie. Pour l’autre, on avait bricolé une espèce d’abat-jour en fer blanc, sur lequel on avait rajouté un torchon de toile grise reste probable d’un vieux drap. Quand on descendait les lampes, on éclairait précisément le centre de la table, permettant la lecture immuable du journal ou les travaux de raccommodage. Pendaient aussi les spirales marron des papiers tue-mouches, vrombissant des malheureuses prises au piège et tentant en vain de s’extirper de la surface collante. Contre le mur de gauche, un vieux buffet en bois vernis jaunâtre et aux portes supérieures décorées de motifs en verre dépoli. Sur le plateau central, une photo de mariage et deux autres des enfants en tenue de première communion, entourées de tout un fatras d’objets hétéroclites et de cartes postales. Faisant face, de l’autre côté de la table, le fourneau à la barre de laiton brillante, surmonté de son tuyau noir et luisant. Dans l’axe de la porte l’unique fenêtre dominant la cour de la ferme. Les murs, revêtus d’un papier peint à fleurs, étaient couverts de gravures ou de dessins tirés de vieux calendriers et aussi d’images pieuses. On y avait accroché, bien en évidence, deux canevas à la polychromie triomphante.

Tous ces souvenirs se sont forgés au fil des années ; nous y sommes allés si souvent. Mais cette première fois-là, dans ce court corridor de l’entrée, je fus fasciné par un balai en paille et une pelle en bois noir, posés contre le mur. Et depuis, la ferme de mes jeudis a toujours été associée à ces deux objets ordinaires et dérisoires. Croiser l’un d’eux, n’importe où que ce soit, me ramène immanquablement là-bas, dans les odeurs mêlées du café brûlant et des bêtes à l’étable.

Des années plus tard, je traversais pour des raisons professionnelles la région de mon enfance. J’avais un peu de temps et l’envie me prit de retourner voir la maison de la Catherine. J’en retrouvais tout naturellement le chemin. Arrivé en haut de la courte côte, je découvris que la bâtisse avait été rasée. Sans doute depuis peu. Il n’en restait qu’un petit muret longeant la route, un enchevêtrement de planches de bois, quelques tuiles brunes, et la poussière de mon enfance. Je me suis arrêté, le cœur serré. En bas demeuraient les deux pommiers et le pré en pente où je jouais au ballon.
Et puis, là, dépassant d’un amas de gravats, une pelle en bois noir, fendue, et un balai en paille sans manche. Aujourd’hui, ils dorment dans un placard de ma maison, vestiges secrets et chéris.
Un seul détail incarne à jamais et à lui seul, un endroit tout entier que l'on a aimé. Les replis de nos mémoires sont insondables.

Nounedeb - Balai et poussière

Il est des couples inséparables.
Que serait le balai sans la pelle ?
A qui roulerait-il une pelle ?
Et la pelle aime bien la raideur du balai.
L’aspirateur, c’est les deux en un seul.
Il est hermaphrodite, en somme.
Il est un peu comme l’escargot,
Son sac est sa coquille, il glisse sur le parquet
Comme cagouille sur la salade.
Il traque la poussière comme un malade.
Cependant que, dans le placard
La pelle et le balai sont enlacés
A tout jamais.

Où lire Nounedeb

mercredi 15 octobre 2014

Tiniak - Balai et poussière

Je vais donner du pied dans ta mémoire sale
que d'ici au cosmos
un ballet de poussières
aille le disputer à ces autres - solaires !
à quoi se sont brûlées des ailes idéales
et sans âge

Je vais la secouer, ta pelure avachie
d'un coup de balai brosse
dans ton regard éteint
pile entre les deux yeux du bonheur mal appris
dont s'étouffent les feux près du tendre regain
des ménages

La chanson oubliée, je vais te la redire
et la baleine à bosse
en reprendra le ton
La moindre particule au vibrant électron
sera le vestibule où poser un sourire
neuf et sage

Lors, tu composeras
de nouveau les couplets
qui feront chavirer des lents soirs

la vilaine armada
aux voiles déchirées
de naviguer sur l'amer espoir

À cette orchestration
fuiront tous les moutons
quittant les recoins du vague à l'âme

Et, selon le tempo
de notre oratorio
nous saurons sous de longs oriflammes
nous emballer

Où chasser les moutons...

Stouf - Balai et poussière

Amélie Fauchon Isabelle et moi... et Gérard

J'aime passer le temps en compagnie de mon amie Amélie Nothomb, le plus souvent c'est l'aprés-midi que cela se passe.
Nous ne parlons absolument pas de littérature car je n'ai jamais lu un seul de ses livres, je ne lis même pas les journaux et encore moins les programmes télé. Amélie respecte mon inculture et je ne lui fais pas de remarques moralistes à propos de sa propension à boire sans cesse du Champagne.
Avant hier le temps était assez propice à une de nos sorties diurnes et nous étions savamment avachis autour d'une table à la terrasse du Fauchon de la place de la Madeleine. Nous venions de laisser tomber l'idée de faire la queue en compagnie des adeptes de la Pinacothèque où nous avions espéré (un peu lubriquement pour ma part) admirer l'exposition « Kâma-Sûtra »... l'attente nécessitait une bonne heure à perdre.
Amélie fixait compulsivement son grand chapeau noir posé sur la table, je faisais un petit signe amicale à Gérard Depardieu qui passait en scooter et une charmante serveuse, habillée en Dior des genoux jusqu'aux yeux, s'impatientait légèrement en attendant que nous fassions commande de quelques mets et boissons très chers-pour-ce-que-c'est. J'aurais voulu que le temps s'arrête là... qu'il n y ait plus de guerres sur la terre, que Janis Joplin me chante « Summertime » dans l'oreille droite et que le père noël existe vraiment.
Je nous commandais une tonne de petits fours et une grosse théière pleine de... thé et m’exclamais tout de go -Amélie... Michel Houellebecq m'a demandé de tes nouvelles ! Cette affirmation à brûle-pourpoint sembla comme une attraction terrestre puissance mille, ses épaules s'affaissèrent, son visage se raidit tout à coup, elle bava légèrement et je remarquais pour la première fois que... non, cela est trop intime.
Elle gueula comme une patraque du cerveau -Houellebecq  Qu'il aille compter les particules élémentaires de son cul en enfer... ce CON !!!
Je fus atrocement gêné par cet éclat verbal intempestif et par les regards amusés des clients tout autour. Je leur aurai bien pétés leurs gueules à tous ces CONS !
Oups... je me calmais tout de suite afin de ne pas déplaire à Isabelle Carré, mon amie actrice préférée, qui s'approchait de notre table.
-Salut stouf ! s'écria-t-elle gaiement. Tu me présentes ton amie avant ou après que nous nous soyons enlacés tendrement ?
Boon... je fantasme un peu. En vérité Isabelle Carré me serra simplement la main et me dit qu'elle était pressée car elle allait tourner une scène d'un nouveau film et que la directrice de casting cherchait un figurant dans mon genre... ou celui de n'importe qui d'autre d'ailleurs. Elle me laissa le numéro de portable de l'attributrice cinématesque et courut rejoindre Gérard Lanvin qui l'attendait impatiemment pour jouer une des scènes d'amour du nouveau film « Balai et poussière dans l'espace topologique générale ».
Je me voyais déjà figurant un homéomorphisme bijectif continu en compagnie d'Isabelle lorsqu'on me tapota l'épaule.
-Dis donc Stouf... tu comptes te laisser phagocyter longtemps par cette actrice à l'odeur de Pathé ou daigner un regard vers cette merveilleuse auteur délaissée que je suis actuellement ? Me demanda Amélie Nothomb.

Porte-Plume - Balai et poussière

Eclats de flammes.

Il y a dans les yeux de rares femmes une magie étrange.
On dirait des pierreries brillantes et maléfiques.
Une poussière légère les voile, nous attire et nous inquiète.
Fuir leur regard nous est impossible !
Cette poudre magique nous ensorcelle.
On dirait celle d’une sirène de Rhénanie.
On pourrait croire que cette pellicule va disparaître, que le balai des cils, comme par enchantement, va la faire disparaître.
Loin de là, peine perdue, s’accentue la magie.
Et c’est pour notre malheur que ces yeux brillent de leurs éclats de flammes.

lundi 13 octobre 2014

Tim - Balai et poussière

Anniversaires

Cela fait un an que nous nous aimons. Un peu plus en réalité, mais cela fait un an aujourd’hui que nos mains, nos yeux, nos gestes, les mots, l’ont exprimé l’un à l’autre. J’ai gravé cette date en moi et, par bonheur, il ne l’a pas oubliée. Je pensais les hommes moins attachés à ces détails qui racontent aussi l’essentiel d’une vie à deux. Antoine n’est décidément pas comme les autres. Je le savais. C’est lui qui a proposé que nous fêtions chacun de nos anniversaires comme s’il s’agissait d’anniversaires de mariage. Nous ne nous marierons pas mais nous fêtons ce soir nos « noces » de coton. Antoine s’est déguisé en coton-tige. Il est drôle ! J’avais remarqué son humour très vite. C’est cela, aussi, qui m’a séduite. Il me fait toujours autant rire.

Deux ans. Comme cela passe vite. Deux années incroyablement apaisantes. Le temps s’écoule naturellement et simplement à ses côtés. « Noces » de cuir. Le sac de voyage qu’Antoine m’a offert est magnifique. Je les emmène tous les deux, le sac et lui, à New York. Notre premier grand voyage. Mon Dieu, que la vie, que ma vie, est belle !

« Noces » de bois. Notre amour continue de grandir. Il prend tellement de place qu’il ne loge plus dans notre appartement d’étudiants. Nous nous offrons les plans de notre maison, notre foyer. Nous avons choisi ensemble la teinte du bardage. Ensemble aussi nous aménageons l’intérieur et commençons par les deux chambres : notre amour prend tellement de place que nous allons le partager. Je suis heureuse !

« Noces » de laine. Je tricote. Comme ma mère. C’est curieux, j’ai tant fait pour éviter de lui ressembler. Une écharpe pour Antoine, une pour Adrien. Ils sont beaux tous les deux. Adrien ressemble de plus en plus à son père. Il a déjà son sourire espiègle et charmeur. Je tricote aussi pour moi. Un pull. J’ai un peu froid, parfois, le soir. Il arrive à Antoine de rentrer tard, fatigué, trop tard et trop fatigué pour me réchauffer. Il me rassure quand il est là. Je m’inquiète dès qu’il part. Je deviens frileuse.

« Noces » de faïence. Que cet anniversaire est triste. Je ne pleure pas la vaisselle cassée, que je remplacerai, et à laquelle je ne me suis jamais attachée. Je pleure l’amour égaré, le sien qui s’est éteint sans qu’à peine je m’en aperçoive. Je pleure ma nouvelle solitude. Je pleure l’enfance perdue d’Adrien, trop petit pour comprendre, trop petit pour avoir deux maisons. Je pleure cette maison trop grande, trop lourde de tant de souvenirs, de tant de nous.

Premier anniversaire sans lui et je continue de pleurer. Ces anniversaires-là n’ont pas de nom, pourquoi les commémorer ? Je le baptise : un an, poussière. Celle qui s’accumule sur ma vie sans âme, en équilibre précaire, portée par un petit bonhomme d’à peine 5 ans. C’est la poussière que j’enlève quand je trouve la force d’épousseter les beaux souvenirs. Pour les conserver intacts, ne pas les abîmer davantage qu’il ne l’a fait. C’est lui qui les a cassés.

Deux ans de désunion. Abattement, colère, incompréhension, discernement enfin : j’ai découvert un autre Antoine. Je tape du pied, je remonte, je surnage, me redresse. La belle maison de bois est à vendre. Gonflée de la force que m’a communiquée Adrien sans le savoir, je désaime Antoine. Moi aussi, à mon tour, je le quitte. Cet anniversaire, c’est un coup de balai.

Literr'auteurs - Balai et poussière

Elle fouine. Elle farfouille. Elle furète. Elle trifouille. Elle fourrage…
Elle maugrée. Elle bougonne. Elle grognonne. Elle marronne. Elle ronchonne…
Elle prospecte. Elle cherche. Elle scrute. Elle s’informe. Elle sonde. Elle enquête…
Où diable est-il passé ?
Elle remue. Elle déplace. Elle brasse. Elle soulève. Elle secoue…
Elle tousse. Elle s’ébroue. Elle graillonne. Elle éternue…
Où diable est-il caché ?
Il se camoufle. Il se dérobe. Il se dissimule. Il se tapit…
Où diable s’est-il planqué ?
Sous la carpette, sous la moquette, sous le lit…
Où diable s’est-il mussé ?
Derrière la grange, derrière la porte, derrière le fenil, derrière l’étable…
Où diable s’est-il niché ?
Dans le placard, dans la penderie, dans le cagibi…
Où diable s’est-il embusqué ?
Au fond de la tasse, au fond du puits, au fond du seau, au fond du trou…
Où diable s’est-il cloîtré ?
Parmi les capucins, parmi les cisterciens, parmi les augustins…
Dites !
Si vous voyez
Son balai
Rendez-lui !
Elle est allergique
À la poussière !

Où lire Litter'auteurs

Gaëti - Balai et poussière

Emprise

Sorcière, sorcière. Quel sortilège m'as-tu donc lancé ? N'es-tu donc bonne qu'à empoisonner les gens d'un amour qu'ils ne demandent pas ? Pourquoi les mots de ta magie ne sont que charme ou enchantement ? Quel est donc ce pouvoir que l'on t'a conféré et dont je subis les affres ?
Ton nez crochu et les verrues que tu arbores un peu partout, tout est susceptible de m'écœurer chez toi. Tu crois que tes cicatrices béantes trouvent un quelconque écho esthétique en moi mais tu te trompes. Je t'aurais craché à la figure, que pas prince pour deux sous, tu t'en aurais fait de la bave de crapaud. Et je ne parle pas de ton accoutrement. Non mais tu ne ressembles à rien. Tu revêts du noir de la tête jusqu'aux pieds. Il n'y aurait vraiment qu'un corbeau pour tomber amoureux de toi si tu n'usais pas de formules magiques, d'incantations divinatoires et autres élixirs versés en douce. Je ne sais même pas si un jour il a existé une mode pour porter des chapeaux comme le tien. Bien enfoncé sur ta tête qui porte péniblement les cordes noires et séchées qui te servent de cheveux, tu ornes un haut-de-forme qui cherche sa voie entre le sombrero du mariachi et le collier à clous d'un métalleux. J'ai honte quand tu te mets à rire. Ta voix rocailleuse et pincée fait trembler les murs et on regrette en cet instant même d'avoir un sens de l'humour. Tu es à l'image de tes innombrables grimoires qui trônent sur tes différentes étagères : tu prends la poussière. Et bien que tu sembles faire collection de tous les types de balais possibles et imaginables, la pellicule grise sur tes habits s'agrippe et se marie à merveille avec ton teint de cendre. Le temps n'a pas d'emprise sur toi tellement il en a déjà pris jusqu'ici. On pourrait croire que les recettes les plus secrètes sont inscrites sur les moindres parcelles de ton corps mais ce ne sont que des rides ou des varices qui donnent l'illusion. La perception que tu as de la cuisine me laisse pantois aussi. De nos jours, je ne crois pas que préparer la cuisine quotidienne dans un chaudron soit la chose la plus appropriée qui soit.
Mais voilà, je suis bel et bien un corbeau. On n'explique pas certaines choses, pourquoi on est attiré par certaines personnes, pourquoi on les aime alors que tout pourrait laisser penser le contraire. Tu me plais avec ton petit nez crochu et tes verrues, qui ne se voient que si peu. Tes cicatrices, d'ailleurs, seul moi les connais. Ta garde-robe, de toute façon, je compte bien la changer, et puis ce ne sont que des vêtements que je te préfère le plus souvent voir enlever. Quant à ton rire, tes habitudes, tout ça, ne les change pas. Je ne t'aimerais pas autant si tu ne les avais pas.
Sorcière, sorcière. Quand me délivreras-tu de ce mal qui me ronge, de cette malédiction que tu as jetée sur mes épaules ? Pourquoi t'es-tu mise sur mon chemin, pourquoi m'as-tu fait prisonnier de mon propre manoir d'artichaut ?

Où lire Gaëti

Fairywen - Balai et poussière

Grand ménage.

Le balai j’ai passé
Dans mon cerveau enfiévré
La poussière j’ai soulevée,
Et les mauvais souvenirs chassés
Pour une vie nouvelle,
Une vie plus belle
Une vie libérée
Des souffrances oubliées.

Où voir la balayeuse de mauvais souvenirs et où lire mon blog d'auteur

Lorraine - Balai et poussière

Les soirs de pleine lune , chevauchant leur balai, les sorcières des temps modernes sillonnent le ciel avant d’atterrir secrètement. Elles ont abandonné leurs compagnons habituels, le hibou aux grands yeux, le crapaud baveux, l’araignée fileuse d‘ombre . Leur maléfice d’aujourd’hui porte un joli nom : « poussière d’ange ». Ou, si vous voulez, « poudre d’ange ». Ou tout simplement : « poudre ». Vous savez bien, celle qui hallucine, plonge dans l’horreur après avoir plongé dans l’extase, celle qui asservit, détruit, annihile fierté, force, moral, équilibre, résistance, et finit par tuer.

Il est d’autres poussières plus scintillantes, délicates ou inventées, mais tellement réconfortantes ! Même si nous ne le savons pas, nous sommes faits de limon et de poussière d’étoiles, portant en nous à la fois la force et l’étincelle, le courage et le rêve . Selon l’âge et le cœur, certains cultivent la poussière d’illusion, qui séduit mais risque de décevoir ; ou la poussière d’infini, saupoudrant leur destinée d’escalades aventureuses, de frontières franchies, d’exploits insensés mais gagnés.

Il est tant de poussières si l’on veut bien y regarder, et chacun choisit la sienne, en fin de compte. Au magasin des poussières de tous genres, j’ai choisi la poussière d’âme. Elle est minuscule, invisible, si modeste qu’il faut tendre l’oreille pour l’entendre.

Mais elle me tient compagnie et, les soirs de tristesse, sa si douce mélodie me berce. Infiniment.

Où lire Lorraine

Chri - Balai et poussière

Prune funèbre.

Ils sont là, les têtes baissées, presqu’en cercle sous une pluie violente et glacée, une de début Novembre. Ils sont là sur un parking de cimetière, entourés d’immeubles, au cœur pollué d’une banlieue sinistre d’une ville sans âme. Ils sont quatre, ils sortent comme allégés d’un funérarium. L’un allume une cigarette, deux qui peuvent être jumeaux se parlent en douce, l’une, la plus jeune, toute de noir vêtue tient entre ses deux bras une urne funéraire contre laquelle elle semble se réchauffer. L’un, l’ainé sans doute, celui de la clope, dégoulinant de flotte, les épaules trempées, dans un souffle, parlant assez fort pour couvrir le bruit des gouttes sur les capots des voitures :
__ Ah ça on peut pas dire, elle nous aura bien fait chier jusqu’au bout.
__ Un peu de respect quand même fait l’un des deux sans trop y croire.
__ Quoi dis moi que j’ai tort ? Calancher en Novembre alors que ça fait deux ans qu’on attend, elle n’aurait pas pu faire ça en Juin ? Au moins on se les gèle pas, en Juin.
__ Arrête, c’est notre mère malgré tout, tu pourrais… Au moins aujourd’hui…
__ Notre quoi as tu dit ? Notre mère ? Elle ? Ah ça si il y a un truc qu’elle n’a jamais été c’est bien notre mère ! T’as vu où que c’était ça une mère ? Qui t’as élevée, toi ? C’est elle ou c’est moi ? Notre mère ? C’est la meilleure de la journée ! Il faut que je te rappelle tous les soirs de toutes les semaines de tous les mois de toutes ces années où elle foutait le camp, où elle disparaissait dans les valises d’un type de passage et qu’elle nous laissait seuls à nous démerder. Combien de fois elle t’a emmené en vacances, ta soit disant mère ? Combien de fois elle est venue te chercher à l’école ? Combien de goûters t’a-t-elle préparés ? Combien de chansons pour s’endormir elle t’a appris ? Combien de fois es-tu allée quelque part avec elle ? Cette femme là, elle vivait de temps en temps avec nous. Entre deux hommes, entre deux boulots, entre deux amours? Tu te rappelles que notre père en est mort de chagrin ? Tu t’en souviens de ça ? Dis ? Tu sais Prune il y des choses qu’on ne peut pas oublier. La seule chose un peu jolie qu’elle t’ait donnée cette femme là, enfin ce qu’il en reste et que tu tiens dans tes bras, c’est tes yeux verts. Pour le reste tu n’as rien reçu d’elle, pas même ton prénom. Prune c’est moi qui t’a appelé comme ça. Elle, figure-toi qu’elle avait choisi Cindy. Alors, tu vois bien. Je n’exagère pas, je ne dis pas du mal, je ne charge pas la barque, je fais le bilan. Et il n’est pas très jojo le bilan si tu veux mon avis.
Les deux autres qui n’avaient rien dit se sont approchés d’elle, ils ont entouré Prune de leurs bras solides et lui ont soufflé à l’oreille :
__ Il a raison tu sais. C’était pas une bonne mère parce que ce n’était pas une mère. Elle ne nous a rien laissé d’autre que quelques dettes et deux, trois manteaux pourris. Tout ce qu’on possède aujourd’hui c’est à nous que nous le devons, pas à elle.
L’un a essuyé une larme qui venait de naître au coin de l’œil de Prune et puis il a lancé :
__ Bon si on rentrait, maintenant ?
Ils se sont engouffrés dans la bagnole et sont partis sur les chapeaux de roues. Pendant le trajet, ils ont gueulé ensemble sur un truc qui passait à la radio, qu’ils aimaient chanter à tue-tête. Pour une fois ça tombait bien. Et puis, ils ont ri, aussi.
Arrivés chez eux, ils se sont un peu bousculés dans l’entrée et Prune a lâché l’urne qu’elle tenait dans les mains. En tombant, en arrivant au sol, elle s’est ouverte et une bonne partie de la cendre noire s’est répandue sur le lino blanc de l’entrée.
__ Oh merde !
Prune a filé dans la cuisine. Elle est revenue un balai et une pelle à la main.
Alors, l’ainé dans un éclat de rire a lancé :
__ C’est le comble : Elle qui a toujours détesté tout ce qui est ménage, de près ou de loin, finir dans une pelle… En cendres et poussières, brossées par les poils d’un balai. Quelle misère. C’est à pleurer.
Les autres étaient pliés.
Au bout d’un moment d’une petite voix toute ferme, à genoux :
___ Va chercher l’aspi, tu veux, a dit Prune, je m’en sors pas avec la pelle…

Où lire Chri

Jérôme - Balai et poussière

Qui protégera
Mon balai bien-aimé
De la poussière ?

Où lire Jérôme

Jacou - Balai et poussière

Le ménage

Un rai de lumière
Danse du balai
Poussières suspendues

Où lire Jacou

Claudie - Balai et poussière

DANS L’ANTRE DE LA FEE

La fée Célesta ne quittait plus son lit malgré les câlins de Narcisso son chat noir de bonne compagnie. La poussière s’accumulait dans les coins et les canettes vides d’eau de rose pour le teint jonchaient le sol. Car elle voulait être la plus jolie pour son prince. Prince qui en bon Monseigneur en pinçait hélas pour sa rivale la jeune et jolie Luna. Pff… Une fée noctambule qui avait une cervelle d’oiseau.
Célesta se sentait délaissée, esseulée et laide à pleurer. Le nez dans l’oreiller, elle n’entendit pas la porte qui s’ouvrait. C’était Tok le nain, son voisin. Il était bien gentil, pas très beau et ennuyeux avec sa manie de l’ordre et du ménage bien fait.
- Encore au lit, allez debout, il y a des étoiles fougueuses et j’ai un cadeau pour toi.
Il tira sur la courtepointe.
- Qu’est que c’est soupira t-elle d’une voix mourante, outrée de l’outrecuidance du nain bourru.
- Un magnifique balai ?
- Tu sais bien que je voyage plus aux confins du réel puisque mon prince m’a abandonnée pour une…
- Celui là n’est pas magique, il est spécial.
Narcisso s’amusait déjà avec les poils soyeux du jouet de sa maîtresse. Tok le repoussa ce qui ne plut pas à Célesta.
- Je ne tolère pas qu’on bouscule mon chat et je ne vois pas ce qu’il a de spécial ce balai. C’est un véhicule lambda. Toutes les fées en ont un et même cette gredine de Luna qui ne sait pas se conduire convenablement.
- Pour retenir un homme, il faut un foyer chaleureux et le tien excuse-moi, c’est plutôt le bazar.
- Mais je ne te permets pas. Et puis, tu as des idées rétrogrades, il y a belle lurette que les fées ne font plus le ménage. Les baguettes magiques sont la pour çà.
- Un balai, ma chère qui vient de la Silicon Balley, bourré de technologie, tu devrais l’essayer et je te garantie un résultat inespéré.
- C’est bien pour te faire plaisir.
Laisser tomber la baguette pour un manche de balai, ce vieux garçon de Tok était fou, mais c’est vrai que chez lui, tout brillait comme sou neuf.
Célesta prit l’engin en mains, Narcisso se percha au sommet du manche et le balai s’activa. Une envolée de poussière opaque traversa la fenêtre et par miracle masqua la Luna qui devint pâlichonne et disparut des bras du Prince inconstant. Tout marri, ce dernier ne serrait plus que des nuées de vide.
- Tu vois, ma belle que le vieux Tok a plus d’un tour dans son sac. Je ne lui donne pas la fin de la nuit pour revenir près de toi.
Et s’il disait vrai, ce nain disgracieux mais bienveillant. Célesta euphorique, plaqua deux baisers sonores sur les joues rugueuses de son ami qui rougit jusqu’à la racine des cheveux et s’enfuit le cœur tirebouchonné d’un amour impossible.
Au matin, le Prince Monseigneur tomba de la cheminée un paquet de croissants de lune à la main à la grande joie de Célesta.
Depuis Narcisso, le frivole, heureux comme prince qui rentre à la maison, danse comme un possédé avec l’engin magique sur des airs de Spandau Ballet.

Lilou - Balai et poussière

C’est bientôt le congrès des sorcières et sorciers….

La nouvelle boite de communication « Impromptus » vous propose d’organiser pendant les pauses, des jeux de sociétés ce qui permet aux membres du congrès de mieux se connaître tout en se distrayant. Les vieilles sorcières pourront se refaire une santé et que les jeunes sorciers resteront en forme. Cette distraction change de la danse du balai classique qui génère toujours beaucoup de remue ménage ou des chaises musicales, activité dangereuse pour les fesses des sorcières surtout si l’on utilise des Stradivarius.

Jeu des 32 balais. Règle du jeu :

° Il faut 32 balais de tous poils et même sans poil… genêt, crin, paille de riz, soie de porc.
° Le balai à vapeur n’est pas autorisé.
° Chaque balai à sa propre valeur, ou sale, selon son état, sa qualité de son manche ou de son ornementation.
° On joue à 4 ou à 128 personnes, pas plus car le jeu pourrait virer à la catastrophe voire même au drame, un coup de balai est souvent mal placé ; jouer à 6 c’est très bien… On peut faire plusieurs groupes… Attention 128 n’est pas divisible par 6 alors débrouillez-vous pour faire vos groupes.
° Après avoir battu les éléments du jeu comme un jeu de cartes ordinaire, vous distribuez les balais au nombre de 5 par joueur ; là encore la divisibilité n’est pas parfaite alors s’il en reste ce sera la pioche, sinon faites preuve de bon sens, d’imagination et d’ingéniosité dans la répartition.

° Chaque partie se joue en 400 points… n’oubliez pas de faire les annonces :
- Une tierce est composée de trois balais différents comme un balai paille de riz, un balai de coco, et un balai de crin….
- Un carré se compose de quatre fois le même balai

° Un balai qui n’a plus de poil n’a pas de valeur sauf s’il est d’atout
° Un balai en poil synthétique vaut double points et la tête de loup vaut triple.
° Lorsque joueur ramasse les balais, il fait un pas danse…. Celui qui aura fait vingt pas de danse ou un petit ballet, initiera les sorcières débutantes pour le bal pas laid dans le bas du palais ! Peu importe que ce soit la valse, le tango, le cha-cha-cha ou le fox trot ; il est bon à savoir que les chats ou les chiens ne sont pas les bienvenus dans ce jeu qui pourrait virer au jeu de quilles ce qui n’est pas la même chose.
° Mélanger un lave-pont avec une brosse à risettes communément nommée brosse de chiendent, est puni d’un gage.
° Couper avec la balayette à chiotte ou mettre la poussière sous le tapis est passible d’exclusion.
° Le joueur qui a dans les mains, le balai de coiffeur doit crier bien fort « peau de balle et balai de crin. » pour être déclarer vainqueur.

Voilà un jeu plein d’entrain qui engendre la bonne humeur.

Où lire Lilou

Daniel Hô - Balai et poussière

je suis peu de chose
moi la poussière d’étoile
allez du balai !

Vegas sur sarthe - Balai et poussière

Erreur de genèse

On était le jour du Seigneur et Le Créateur fulminait: “Moïse aurait dû commencer par balayer devant sa porte avant de proférer cette ridicule citation comme quoi l'homme retournait à la poussière qu'il avait toujours été”.
Chaque matin un énorme tas encombrait le seuil de la porte du Paradis, aussi chaque matin fulminait Le Créateur et c'était pas bien.
Un petit malin y avait même placardé une étrange pancarde qui disait “Bienvenue chez les ch'nis” et c'était pas drôle.
Lassé de fulminer Le Créateur allait devoir se retrousser les manches un huitième jour et il en fut ainsi.
Bien qu'ayant créé la serpe hier, il lui fallait en ce huitième jour imaginer un ustensile pervers à la hauteur de sa fulmination. Il décida d'appeler ce jour le jour du ménage ou ménagedi et c'était bien.
Il prit une touffe de machin qui croissait et se multipliait par là, qu'il baptisa genêt car il trouvait chamaecytisus bien trop compliqué pour le commun des mortels et à fortiori pour le commun des balayeurs.
Il assujettit la touffe à un second machin qui traînait par là - un de ces machins qu'il avait fait pousser au troisième jour - suffisamment long pour asseoir le cul d'une sorcière et assez dur pour provoquer des ampoules aux tendres mains féminines auquel il le destinait... et l'ayant comme un con coincé dans son vêtement il le nomma fort à propos “manche” et c'est ainsi.
Symbole indélébile des tâches ménagères, le balai était né, et il pensa que c'était bien.

Toujours selon Moïse qui n'était pas avare de citations, Le Créateur aurait tendu l'outil à Eve en lui disant - parodiant Julie Pietri - ”Eve, lève-toi. Désormais, tu balaieras dans la douleur” mais rien n'est moins sûr car le prophète avait aussi déclaré:”L'homme mangera son pain avec la sueur de son front”.
J'ai essayé. C'est dégueulasse.
Le Créateur renvoya Eve a ses tâches ménagères - puisque c'était jour du ménage - en disant “Du balai!” et il vit que cela était bon.
Ce fut au tour d'Eve de fulminer car elle avait imaginé quelque chose de plus sophistiqué, un engin qui roulerait mal, muni d'un long tuyau tordu, d'un sac plein de poussière, d'une pompe bruyante et d'une prise au bout d'un fil qui ferait des noeuds, un truc que leur descendance aurait pu chevaucher Caïn-caha pour jouer à Zorro et qu'on aurait baptisé Tornado.

Défaitiste, Adam lui dit: ”Comme t'es conne ma pauv' fille! Ca marchera jamais” et il retourna à sa sieste car c'était le jour du ménage et que Le Créateur en avait soupé de ce principe d'égalité homme-femme dont Moïse lui rebattait les oreilles!
“Il n'est pas bon que l'homme soit seul” avait insisté Moïse et le doux bruissement du balai rassura Adam sur ce point avant de le plonger dans le sommeil auquel il aspirait.
Le Créateur était loin d'imaginer que cette ultime création allait être une éternelle cause de dispute, de discorde et plus si pas affinité au sein de ce qu'on appelle bizarrement aujourd'hui un ménage.
Bien plus tard, on allait inventer un cercueil pour enterrer l'objet de discorde, le fameux placard à balai mais ceci est une autre histoire...

Où lire Vegas sur sarthe

Semaine du 13 Octobre au 19 Octobre 2014

Parmi les nombreuses odeurs qui nous ont piégé(e)s la semaine passée, il en est une qui nous force instinctivement à agiter notre balai... c'est celle de la poussière.
Vous avez jusqu'au 19 Octobre minuit pour nous envoyer votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires(at)gmail.com inspiré de ce thème proposé par Tiniak en utilisant obligatoirement les deux mots balai et poussière, après quoi nous passerons l'inspection.

dimanche 12 octobre 2014

Tisseuse - Labyrinthe d'odeurs

La fragrance des mots
Semblable à la recherche du Tao
Le subtile, la quintessence
Des parfums captés par nos sens
Pourraient transpirer dans le vocable

Tel embaumeur de vers intouchables
Nous ferait sentir l’insaisissable
Par la simple alliance de phrases
Nous trouverions la base
De ce qui nous est agréable

Labyrinthe d’odeurs en symphonie
Comme un soin d’aromathérapie
A chacun sa signature olfactive
Dans le réel d’une biographie
Ou le roman d’une vie fictive

samedi 11 octobre 2014

Tiniak - Labyrinthe d'odeurs

CE QUE SILENCE PUT

Taire, nourrisse hier
à l'histoire moins douce que le souvenir
mieux vaut peut-être, alors, savoir ne rien en dire
et laisser le passé mouronner dans son suaire

Un silence apaisé ne masquera pourtant
ni l'écho de son chant
ni l'odeur
où se mêlent effluves de sueur
et les parfums ancrés depuis le premier âge
avec ceux amassés de carnage en carnage

(la paume de la main qu'il a fait bon baiser
le cheveu qu'un marin avait gainé de sel
la chaleur du tétin qu'a libéré l'aisselle
et le prochain festin qu'inspira le dernier)

Bientôt - et sans discours ! je vais me perdre encore
en allant explorer mon dédale à rebours
sans même avoir levé un gramme de mon corps
vers le ciel impotent et ses flasques contours

Proustienne madeleine à l'heur ébroïcien
quel était le jardin qu'il nous fallait quitter
quand tu livrais bataille avec ton seul bouquet
contre le bégonias qu'enviait le voisin ?

Non, Rose... ton bouton ne me grisait pas tant
que celui dégrafé par mes doigts ingénus
qui libérait soudain le fébrile tourment
que devoir accepter l'implicite refus

Voilà, je suis perdu; trop de senteurs m'assaillent
et, ne formant bientôt plus qu'une même essence
Prégnance ! Prégnance !
Remontée des entrailles !
Il m'en sort de partout de ce jus d'évidences

J'en imbiberais bien le creux de ce mouchoir
mais, si j'y fais un nœud sur quelque vague espoir
tout va me revenir
en pire empire !
charriant tous ses relents dans le moindre soupir

(une coulée de fonte embaumait l'orient sale
et gerbait sous les nues un feu rose et violet
plus tard, la marée monta, septentrionale
en broyant son varech au tamis des rochers)

Taire ?
La belle affaire !
Il pue trop, ce silence...
plein qu'il est des odeurs de la réminiscence

Où suivre son flaire...

vendredi 10 octobre 2014

Lilou - Labyrinthe d'odeurs

Odeur et édredon

René, comme son père, son grand-père et arrière grand père avant lui était nez. De père en fils on nait nez !

Il vivait à Grasse et travaillait chez un célèbre parfumeur. René était très connu ; c’est très bien vu d’être bien né.

Chez les nez, il faut être soigneux et on prend soin de cet appendice. Ils utilisent des mouchoirs à carreaux fins de Cholet. C’est alors qu’un grand malheur arriva.

René se moucha trop fort et un carreau se brisa lui coupant net le nez ! Lui, le plus grand nez de Grasse se retrouver sans nez, imaginez ! Le pire c’est qu’il ne pouvait plus glisser son nez entre les nénés de sa doudou chérie ! Quel malheur !

Néanmoins, il garda espoir. Il avait entendu dire que dans son quartier, il y avait un établissement où l’on pouvait avoir facilement de nouveaux nez. Courageusement, il s’y rendit…. Las il déchanta vite et son espoir s’évanouit.

- Mais Monsieur, lui dit la dame de l’accueil, ici il y a des nouveaux nés bien sûr c’est la maternité. Nous ne pouvons rien pour votre nez.

Voyant la douleur dans les yeux de René, elle ajouta :

- Je vais vous donner une adresse, à la clinique du nez… vous connaissez Redon la préfecture de l’Ile et Vilaine ?

La dame n’était pas vilaine et elle était plutôt de bon conseil. Il se rendit donc à Redon et fut bien accueilli. On lui fit un nouveau nez dont René fut très satisfait. Il ne se sentait plus de joie, il pouvait à nouveau sentir. Ah la joie des odeurs, lilas, rose, jasmin !

On lui interdit l’usage des mouchoirs à carreaux. Peu importait, les mouchoirs en papier blanc feraient le même office ; cela lui convenait.

Pourtant il y avait un effet secondaire : à chaque fois qu’il se mouchait, une plume ou deux sortaient de ses narines…. Normal pour un « nez d’Redon ».

Où lire Lilou

jeudi 9 octobre 2014

Mamily - Labyrinthe d'odeurs

Dans ce petit marché de brousse nous espérions approcher les épices étalées sur les tréteaux des marchands.
Une palette de couleurs vives avait attiré nos regards dès notre arrivée.
Piégés au milieu d'une marée humaine de corps collés les uns aux autres,nous macérions dans une atmosphère glauque de transpiration sans pouvoir avancer.
Point de parfum de cannelle ou de citronnelle.
L'odeur de pisse heurtait nos narines.
Les senteurs de ndolé qui cuisait sur le bas côté,cotoyant les matière fécales,embrumaient notre cerveau d'odeurs pestilentielles.
Enlisés dans la puanteur,nous apercevions les aliments exposés aux mouches, à la pluie, au vent et à la poussière.
Tous les parfums des épices locales, au nom intraduisible, que nous avions appréciés dans des plats régionaux délicieux, étaient enfouis dans cette ambiance cauchemardesque, dans ce labyrinthe d'odeurs fétides.
Une seule idée nous poursuivait : trouver une issue !..

C'était où ?..
Quelque part dans un coin de la planète que je me force à croire irréel.

Ndolé : plat épicé, principalement à base de plante légumière, de poisson fumé et d'arachides.....

mercredi 8 octobre 2014

Lily - Labyrinthe d'odeurs

C’était un de ces soirs où l’été hésite encore à céder sa place à l’automne. Assise au bord des vagues, ses mains gonflées posées sur ses genoux, elle se laissa aller aux souvenirs du passé. L’air marin chargé en sel caressait son visage plissé par les ans, et cette douceur lui fit fermer les yeux, la plongeant plus loin encore au cœur de sa mémoire.

Elle se rappelait les jeux autour de la balançoire, sa sœur qui lui courait après, le parfum de la tarte aux pommes qu’on dévorait pour le goûter, l’odeur suave et poudrée de sa mère qui l’embrassait.

Elle se rappelait la grande bibliothèque de l’université, ses grands pans de murs lambrissés, ses allées immenses où les pas résonnaient, l’odeur acre et doucereuse des vieux livres qu’elle ne se lassa pas d’effleurer.

Elle se rappelait le soir où, partie danser, elle avait croisé son sourire et ses bras musclés, comment, un peu plus tard, elle avait goûté sa saveur épicée, et l’odeur de sa sueur dans ses draps imprégnée.

Elle se rappelait la douleur, le chagrin, la colère, la façon dont il l’avait hantée, les battements de cœur manqués lorsque parfois il lui semblait sentir son parfum, comme un écho diminué.

Elle se rappelait les blessures, les joies, les peines, l’amour retrouvé. Elle se rappelait les deuils, les enfants, les amis, le parfum du café le matin, la soupe en train de chauffer. L’odeur de la terre les jours de pluie, et celle du talc pour bébé. Elle se rappelait les champs de lavande, la peinture en train de sécher.

Assise au bord de la mer, ses larmes ont séché. Perdue dans un labyrinthe d’odeurs, son sourire s’est figé. Elle glisse dans ses souvenirs, les senteurs du passé. Le parfum des embruns s’efface…

Où lire Lily

mardi 7 octobre 2014

Littér’auteurs - Labyrinthe d'odeurs

Par le bout du nez

« Madame. Nous avons le grand plaisir de vous inviter à participer à notre grande chasse aux écrivains, le … ». À la réception de ce carton, elle s’étonne : certes, elle est lectrice assidue, mais de là à pister les auteurs… Curieuse, elle se décide à se rendre à cette invite. Elle s’apprête soigneusement, convaincue d’y rencontrer quelques plumes célèbres.

Accueillie avec solennité par un majordome caudataire (tiens ! son allure lui rappelle sa lecture du « Voyage en Italie » d’Hyppolyte Taine), elle est conduite dans une sorte de hammam ; là, on l’invite à se dévêtir et à se plonger dans une eau cristalline et singulièrement inodore. Elle qui se préparait aux fragrances de l’Orient ! Puis on la revêt d’une longue toge blanche terriblement inodorante, elle aussi. Puis, après lui avoir bandé les yeux, on la mène dans un quelque endroit. Insonore. La porte se referme derrière elle. Elle tente de calmer les battements désordonnés de son cœur en inspirant profondément.

Tout est là : l’odeur des livres ! Celle du papier jauni par le temps. Celle, cuirée, des couvertures. Et celle des encres fraîchement estampillées sur les pages des ouvrages. Par son odorat, tous ses sens se renseignent et se mettent en alerte. Elle a enfin compris la raison pour laquelle elle est là… Elle avance à tâtons, les bras en avant. Ses mains, soudain affleurent une jaquette. Dont elle s’empare et qu’elle approche de son visage. Un souffle d’herbes sèches, de pins, de rocailles brûlantes et de bois calciné parvient jusqu’à elle …Henri Bosco(1), murmure-t-elle. Elle a compris et fébrile, elle cherche, à l’aveugle, un autre ouvrage. Celui-ci lui renvoie une bouffée d’ambre, de musc, de benjoin et d’encens ; Charles Baudelaire(2) s’impose soudain. Elle poursuit sa quête. « Des odeurs de nuit, de terre et de sel »… la voici aux côtés d’Albert Camus(3). Le parfum maléfique de fruit mûr blessé des lys des rivages qui s’élancent de la terre sourd d’un autre livre : c’est Colette(4), qui émerge de la collection. Elle croit détecter un effluve d’eau de Javel. Elle rassemble ses souvenirs : Yann Quéffélec(5) se présente à sa mémoire. Mais Gustave Flaubert(6) le bouscule et lui apporte l’odeur salée de l’Océan. Voici, un peu plus loin, un livre qui pue la fourmi. Intriguée, elle cherche qui pouvait produire cette exhalaison nauséabonde. Mais oui ! C’est Honoré de Balzac(7) qui parlait ainsi de sa cousine ! Vite, une fragrance plus délicate ! C’est au marché qu’elle trouve Philippe Delerm(8), lorsqu’il achète du mimosa.
Elle se sent lasse, incapable de poursuivre cette collecte enivrante. Elle s’appuie contre une étagère. Elle entend une voix douce et grave : « Tous ces extraits pouvaient être mélangés pour obtenir d'autres nuances(9).... Revenez quand bon vous semble, Madame ! Nous serons toujours là pour vous accompagner au cœur des essences de la vie ! Puissent les vallées être vos rues et les verts sentiers vos allées, afin que vous puissiez vous chercher les uns les autres à travers les vignes et revenir avec les parfums de la terre dans vos vêtements(10)».

(1)"L'été s'enfonce dans septembre avec ses grandes poussières, ses buées du matin et, le soir, ses parfums immenses d'herbes sèches, de pins, de rocailles brûlantes et de bois calciné." Le Mas Théotime
(2)"Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, - Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens ..." Les Fleurs du Mal, Correspondances
(3)"Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes." L’Étranger
(4)"Ces lys des rivages qui s’élancent de la terre, grandissent si vite qu’on ose pas les regarder, épanouissent leur corolle et leur parfum maléfique de fruit mûr blessé, puis retournent au néant" La naissance du jour
(5)"Le public retenait son souffle. Voilà qu'au moment d'envoyer Antigone à la mort, il avait cru détecter sur la comédienne un parfum d'eau de Javel. Le rire avait aveuglé son attention, submergé la tragédie, gagné les autres comédiens avec la vélocité d'un virus : la troupe s'était fait siffler." Le maître des Chimères
(6)"Et l'arôme de tout cela lui apporte l'odeur salée de l'Océan. (...) le grand parfum des bois." La Tentation de Saint-Antoine
(7)"Comme elle pue la fourmi ! (...) Je ne l'embrasserai pas souvent ma cousine !" La cousine Bette
(8)"Le lendemain matin, ils allèrent au marché. Arnold acheta du mimosa qui sentait loin, jusqu'à l'enfance." Il avait plu tout le dimanche.
(9)Michel Baudet, Les parfums antiques.
(10)Khalil Gibran, Le passant d’Orphalèse

Où lire Littér’auteurs

Stouf - Labyrinthe d'odeurs

Du plus loin que me revienne l'ombre de mes souvenirs anciens elle semble obstinée à parcourir ce labyrinthe tordu qui pourrit dans mon esprit nauséabond. Des relents pestilentiels accompagnent ces images détériorées de courts-métrages obscènes, empuantissant un passé dont je ne me souviens que par de macabres épisodes.
Le sexe déchiré de ma mère... une lumière maudite où je suis expulsé et cette odeur exécrable, que je reconnaîtrais plus tard comme celle du sang, ne seront que les prémices de visuelles fragrances qui se colleront irrémédiablement à ce scénario ignoble que sera ma vie. J' exècre encore et toujours ces visages hideux qui se penchaient sur mon visage à peine né... l'oncle Bernard dont les dents malsaines sentaient la merde et mémé Jacqueline dont les exhalaisons vieillissantes présageaient la fin. Papa transpirait déjà l'antipathie que je lui porterai le restant de ses jours, comme une rancœur pour l'explosion pestilentielle de ce sperme dont il avait envahi le vagin de ma mère. Très tôt j'ai décidé de ne plus jamais me laver la raison, de puer plus qu'eux !
Que dire du début du reste de ma vie... tellement de déception et de fatigue, de la servitude morbide et une médiocrité putréfiante. Oui... toujours la nausée et le dégoût !
La peur aussi, la noyade permanente dans les flots troubles des injonctions empoisonnées de mes contemporains et ma rigidité sentimentale effrayante, abjecte. Ma vérité toujours recroquevillée comme un coprolithe millénaire, une déjection dans les abysses stercorales de mon cerveau aux échos excrémentiels. Rien que de la soumission nécrophage.
La distillation malodorante des jours s'est écoulée peu à peu dans le brouet suffocant de mon avilissant raisonnement, en simple et éphémère purulence métaphysique je suis devenu ennemi délétère de l' humanité. Merci pour tout !

Ah ah ah ! Excuse pour l' horreur de ce fluidum létale mais je me suis franchement bien marrer à l'écrire..;)

Daniel Hô - Labyrinthe d'odeurs

humées, aimées
rejetées, détestées
elles se sont enfuies
et reviennent aujourd’hui

se brouillant, se mêlant
s’emmêlant, se fusionnant
d’un lieu, d’une fleur
d’une émotion, d’une peur

de ce continuum de perditions
s’envole le frêle papillon
d’un bref éclair de lucidité
bien trop vite emporté

prisonnier de l’inextricable
me voilà totalement incapable
de faire épouser ces fragrances
à mon monde en partance

et à mes côtés, vous Madame
si patiente, si calme
au parfum que j’ai un jour connu
vous ai-je déjà vue ?

L'Arpenteur d'étoiles - Labyrinthe d'odeurs

Le voyage intérieur.

J’étais en ce temps là passionné d’écriture et même dans les songes je composais des vers, cherchant des mots savants de pure littérature pour que brille mon nom au front de l’univers. J’étais donc endormi dans cette éternité et me sentis porté par les ailes des anges, vers ce monde ténu où l’on marche à la frange impalpable, des rêves et des réalités.
Un vieillard me reçut dans un dédale sombre, infinie succession de ruelles et couloirs.

- Que fais-tu jeune ami dans ce monde des âmes
Errantes ? As-tu fui l’apparente sagesse
D’un sommeil trompeur ou la peau d’une femme ?
- Je ne crains pas la nuit, encore moins mes maîtresses,
Et ne sais, à dire vrai, ce que je fais ici.
- Ecris-tu ? – Oui. – Et tu veux être le plus grand
Parmi tous les poètes. Tu désires sans répit
Trouver la phrase juste et le mot élégant ?
- Oui - Alors tu es là pour comprendre. – Quoi donc ?
- Ce qu’est vraiment écrire. Prends un de ces couloirs.
- Lequel ? – Peu importe. Avance et surtout ... respire.

Je marchais au hasard et perçus aussitôt au cœur des palmeraies, le parfum des métisses où se mêlent benjoin vanille et abricot. L’odeur chaude des foins, des saveurs de réglisse, le safran qui éclate dans les souks du Caire, un fond de thé brûlant d’où la menthe s’exhale, quelques traces d’anis dans les rues de Cythère, et les pins parasol, et le chant des cigales.

- Qu’est-ce donc que ce prodige, cette magie ?
- Pas de magie, mon jeune ami. Juste la vie.

J'avançais à nouveau et reçus au visage, l’odeur de vieille cire et celle de la craie, le goût un peu amère de l’encre du jeune âge, et celui de lessive des blouses étrennées. Puis vinrent les arômes du café qui brûlait dans une épicerie derrière le grand préau et, de plus loin peut-être, la douce odeur du lait qu’on nous servait dehors, quand le temps était beau. J’en empruntais un autre retrouvant la senteur écœurante et fumée de l’encens des églises. Et dans un autre encore les relents de la peur du vieux confessionnal chargé de nos bêtises.

- Alors mon jeune ami, as-tu enfin compris ?
Chacun de ces couloirs se rapporte à un mot
Et contient les odeurs auxquelles il donne vie.
Ton talent d’écrivain est de savoir transcrire
L’âme de chacun d’eux, faire vivre leurs parfums.
Si tu sais faire cela tu sais vraiment écrire.
Mais sache cependant que ce lieu n’est pas loin.
Il est en toi. - En moi ? Comment puis-je te croire ?
- Avance doucement dans ce dernier couloir.

J’obéis et les larmes me vinrent aux paupières. De la poudre de riz, et puis Soir de Paris. Du fond de ma mémoire, le parfum de ma mère lui redonnait la vie.

Lorsque je m’éveillais le soleil était haut. Ma table de travail était jonchée de feuilles couvertes de poèmes et de suites de mots. Encore ensommeillé j’allais jusqu’au fauteuil et pensais à ce rêve que je venais de faire. Plutôt que de chercher des termes alambiqués pour prouver aux lecteurs combien j’étais habile, j’allais au fond de moi vers la simplicité, trouver à chaque mot sa fragrance subtile. Alors sans plus attendre je déchirais les pages écrites avec emphase au fil des derniers jours. Une feuille nouvelle, immaculé velours, me servirait de quai pour un nouveau voyage.

lundi 6 octobre 2014

Lira - Labyrinthe d'odeurs

Les visages s'en sont allés
Jusqu'au bout du passé
Couverts de rouille
Et le nom des choses
Et le tracé des chemins
Et l'intention des mots
Se sont éloignés
Le temps n'a plus d'âge
Ne témoigne plus
D'aucune saison
Seules les odeurs s'attardent
Suspendues au désordre
De sa mémoire
Orphelines de leur histoire
Obstiné, le parfum de la mer
Frissonne sur son visage
Entre deux larmes grises
Et l'éclat d'un sourire.
Le parfum de la mère ?

Fairywen - Labyrinthe d'odeurs

Chasse.

La Chose se releva lentement, humant l’air autour d’elle. Elle tourna ses yeux rouges vers le ciel, où brillait une lune sanglante, et se glissa hors du rayon protecteur qui l’avait déposé sur Terre. Elle avança prudemment de quelques pas, masse noire au milieu de la nuit sombre, son nez frémissant analysant les odeurs nouvelles qui l’entourait. Elle plissa le museau, tentant de se repérer au milieu de ce labyrinthe de parfums piquants et âpres qu’elle ne parvenait pas à classer. Mais comment l’aurait-elle pu ? De là où elle venait, il n’y avait pas de véhicules à moteur, donc pas de gaz d’échappement…
La Chose hésita un instant, puis décida de faire abstraction de ces fragrances inconnues, certaine qu’elles n’apportaient rien à sa quête. Elle cherchait une odeur unique, une odeur qu’elle était programmée à trouver depuis sa naissance, là-haut, sur la Mer de la Tranquillité de la Lune de Sang. Elle se remit à quatre pattes, le nez au ras du sol et commença son enquête. Sur son passage se répandait la terreur, une terreur glaçante qui réfrigérait l’atmosphère et faisait s’enfuir le moindre animal qui croisait le chemin de la Chose, le cœur fou de peur. Mais la Chose n’avait cure de leur présence.

Elle avait faim, oui, mais pas de chair. Elle avait faim d’autre chose, faim d’un corps qu’elle pourrait posséder, manipuler, un corps dans lequel elle se coulerait et qui lui permettrait de faire tout le mal possible autour d’elle. La Chose avait un but, une victime, dont l’odeur était implantée en elle, et elle la traquait, encore, sans relâche, toutes les nuits, jusqu’à ce qu’elle atteigne son but…

Et une nuit enfin, au milieu des parfums qui l’entourait, la Chose reconnut ce qu’elle cherchait. Un gémissement d’envie s’échappa de sa gueule baveuse. Elle s’approcha en rampant de la fenêtre puis se dressa sur ses pattes postérieures, son affreux museau ouvert sur une mâchoire aux crocs aiguisés. Ses yeux rouges se fixèrent sur l’un des jeunes gens assis à table, et qui chahutait avec son voisin.

La Chose avait trouvé sa victime…

Le début de l'histoire est ici.

Où voir la Chose (si vous en avez le courage...) et où lire mon blog d'auteur

Nounedeb - Labyrinthe d'odeurs

Sortir d’un labyrinthe parfumé ?
Bien garder dans sa narine droite
Toutes les odeurs enflammées,
Dans la gauche celles qui ne sont pas mûres
Car si vert sur rouge, rien ne bouge
Rouge sur vert on se perd.
Et on aura beau renifler
Une fois que le nez est bouché
C’est de l’oreille qu’il faut zyeuter :
Si nous avions la trompe d’Eustache
En guise d’appendice nasal
Elle ferait périscope
Et la sortie serait trouvée.

Où lire Nounedeb

JAK - Labyrinthe d'odeurs

Fragrances amères

A 20 heures tapantes, chaque jour elle émergeait.

Le bitume du trottoir de ses pas résonnait.

Elle exhalait de troublantes et envoutantes odeurs

D’ylang-ylang mêlé de chypre, sans pudeur

Rimmel appuyé, jupe fendue indécemment

Sensuelle elle attirait les regards innocents.

Sous son sourire on ne voyait son désespoir

Elle était condamnée sous le joug d’un couard

Qui sous les coups la faisait ainsi turbiner

Les bigotes se signaient d’un geste salvateur

Leurs maris rêvaient de devenir les squatteurs

De ce corps offert avec beaucoup d’impudence.

Non, elle n’était pas en odeur de sainteté

Dans ce quartier diablement nommé la Charité.

Porte-Plume -Labyrinthe d'odeur

Correspondances perdues.

Je m’y perds dans ces entrelacs, ces croisements, ces sens interdits, ces rues en enfilade et celles à angle droit.Quelques rues plus tôt, j’avais fait un arrêt devant une atmosphère douce de chèvrefeuille mêlée de l’odeur entêtante d’un jasmin. Cela me rappelait le jardin qui était mien…

Maintenant je poursuis des senteurs qui me titillent, un parfum de viandes grillées. Je m’en pourlèche les babines. Fausse piste également que cette viande fumée. Je m’en doutais bien.Les humains n’ont pas idée de faire cuire aux beaux jours, au dehors, ces morceaux de carcasse qui nous rendent un peu fous, nous les cabots. On a cherché à me tromper, à m’attirer, peut-être ? Maintenant, j’ai l’air un peu « bête » sur mes quatre pattes. Comment retrouver mon chemin

La porte donnant sur la rue était ouverte. Quelle aubaine, me suis-je dit ! Mon maître ne faisait jamais cela. Il a dû être étourdi. Mais maintenant, je me mords la langue, ou plutôt, cette langue, je la donnerai bien au chat de la maison. Celui-là, il retrouve toujours son chemin. Et moi, j’ai chaud et j’ai soif. Je donnerais tellement pour retrouver l’ambiance si fraîche, si douce, si verte, peut-être parfois corrompue mais riche et triomphante de mon chez-moi.

Et depuis quelques heures, j’ai l’impression de tourner en rond ou en carré dans toutes ces rues qui ne me disent rien. J’ai beau me fier à mon odorat mais quel mélange de remugles et de parfums ! Un vrai dédale d’odeurs ! Et toutes ces fragrances sont trompeuses. Quel arc-en-ciel olfactif d’ailleurs. Il y a des parfums de toutes sortes, certains élégants comme ceux que porte ma maîtresse, d’autres plus musqués qui rappellent mon panier d’osier, quelques-uns fétides qui m’embrouillent. C’est un vrai labyrinthe.

Moi, petite chienne perdue, au nom si doux d’Ariane, je ne sais quel monstre, quel Minotaure va me croquer d’ici ce soir.

Claudie - Labirynthe d'odeurs

ANIMAL

C’est mon jour de chance. Elle veut bien de moi. J’en avais assez de tourner en rond comme un fauve en cage. J’hume l’odeur de rousse de ma belle, ma future maîtresse. Je fronce le nez. Elle s’est aspergée d’un parfum sûrement très cher. Je n’aime pas cette fragrance. Je préfère le naturel de sa peau, la douceur âcre de sa chevelure. Sa main me caresse, une tendre main aux ongles laqués de rouge. Des griffes cruelles pour certains mais pour moi, elles ne sont que douceur.
L’ivresse de la balade me monte à la tête. Partout des relents d’humus et de feuilles fraîchement volées par la pluie de l’automne. Il m’est facile de suivre la piste des petits animaux, n’en déplaise aux chasseurs qui n’ont pas le nez fin mais la gâchette facile des abrutis. La bêtise a une odeur délétère. Elle me dit d’être prudent, de ne pas fureter partout comme le fou que je suis. Elle aurait trop de peine s’il m’arrivait malheur. Mais quel malheur quand le bouquet sauvage d’un garenne débusqué, détale devant moi, quand la générosité de fleurs en décomposition me heurte les narines. Mille effluves me montent au cœur mais celles que je préfère, ce sont les siennes. Chaque pas laisse une trace, une particule de peau, une goutte de sueur. Devant nous l’étendue de la lande, ses buissons flamboyants, le relent suave de la lavande écrasée, la couleur de l’arc en ciel dans les flaques d’eau. Je m’arrête, la truffe au vent, contemple l’air interrogatif, son visage aux contours lunaires, moi dont les pieds s’enfoncent dans une terre aux remugles brassés par les saisons. Elle rit, sa main se prolonge longuement sur mon dos, arrachant d’un coup sec les brindilles de mon pelage. Mon cœur fond d’amour, je retiens mon souffle.
- Tu sens le chien mouillé me dit-elle.
- Tu n’aimes pas cette odeur lui dis-je en reniflant et léchant ses lèvres à la senteur de violette.
Elle se dégage, dévoile ses petites dents. Pas une menace, non juste un éclat qui allume son regard. Oh j’adore quand elle rit !

Chri - Labyrinthe d'odeurs

Odeurs.

Il est allongé sur le côté dans une chambre insipide, les bras piqués de cathéters, le corps amaigri simplement recouvert d’un drap jaune, il lui tient la main et lui parle dans un souffle ténu :
Oh mon Dieu ! Il y en a tant et tant… Celle d’une route goudronnée après une pluie d’orage dans la moiteur de l’été, d’une plage sur la côte atlantique après le passage d’une dépression, de la peau d’un ventre de bébé qu’on vient de laver, d’un bouillon de queues de langoustines au gingembre bloblotant en casserole, des marais salants se vidant à la descendante, d’une grappe de seringats en fleurs, des suaves alizés portant en eux les senteurs épaisses de végétation tropicale, d’un plateau d’oursins juste ouverts en deux, d’une sauce tomate maison réduisant à feu doux dans une poêle noire, d’un bouquet de romarin à peine coupé, de la peau tendue d’un cou de cheval caressé, d’un petit bois de buis sur pieds, d’une épicerie ancienne, du maquis puissant quand nous approchions de l’île, des ruelles d’un vieux village de Margeride un soir de début Novembre, d’une bergerie de chèvres, d’un cabanon d’ostréiculteur des maritimes Charentes, du raisin piétiné au moment des vendanges envahissant les villages de viticulture, d’une prairie dense d’herbe grasse de Savoie haute, d’un verre à peine servi d’un Saint Amour guilleret, d’un sous bois gorgé de champignons au début d’un novembre bienveillant, d’un filet mignon de porc aux coings transpirant en cocotte, de la neige à peine tombée sur la plaine, des feux de broussailles de feuilles mortes et de cheminées confortables aux soirs humides, d’un four à pain chaud, en plein travail, d’un vin liquoreux au fond d’un verre rond, d’une herbe fraichement coupée, de l’eau vive de la rivière en bas, de la soupe de légumes de l’Antoinette qui cuisait doucement pendant nos balades, du lac où nous nous baignions, de cette maison vide tout l’hiver et dans laquelle nous entrions au Mai triomphant, de ton parfum qui sentait l’huitre et l’air maritime, de ton cou, du creux de ton coude, du plat de ton ventre et de l’intérieur de tes mains douces… Voilà ce qui va sans doute me manquer le plus…
Et oui, oui même celle des volutes bleues de toutes ces cigarettes fumées…

Où lire Chri et où voir ses photos

Pascal - Labyrinthe d'odeurs

Les courants d’air

(Un jeune journaliste rend visite à un éminent professeur pour une interview au sujet de son dernier livre…)

…Tout à coup, il se lève, mû par une force inconnue, et se dirige au bout de la pièce encombrée. Sa blouse blanche déboutonnée lui donne l’air d’un fantôme amical.

« Continuez jeune homme... »

Il s’arrête devant une étagère arrondie par le poids des ans et soulève le couvercle d’une boîte de chaussures. Il s’empare d’une petite fiole à l’étiquette encore plus minuscule et la rebouche correctement. Satisfait, il retourne s’asseoir en frottant un doigt sous son nez comme pour effacer l’odeur…

« Vous disiez ? »

Je disais quoi ? Il me fait perdre le fil conducteur de mon interrogatoire avec ses manigances de professeur…

« Je disais, je disais…que je trouve que vous avez l’odorat très développé, mon odeur qui m’a précédé tout à l’heure, la description olfactive que vous avez faite sur ma personne et votre démonstration à l’instant… »

« Oh non, ce n’était que le parfum d’un jeune pommier du Japon qui s’enfuyait de sa fiole… »

Je suis sidéré, anéanti sur ma chaise. Ce n’est pas moi qui ai réveillé son envie de parler, c’est sa passion qui le précède et le voilà parti dans ses explications. J’ouvre grand les oreilles et les yeux, j’apprends cet homme et je respire ses mots...

« Vous voyez jeune homme, vous entendez, vous goûtez, vous touchez, mais plus personne ne sait sentir. La Nature nous a fait un nez mais, nous ne savons que prendre de l’air par fidélité à notre vie et pour nous moucher quand nous en manquons. Pour les uns, c’est un cap, c’est un pic, un promontoire ; pour les autres, c’est se dire bonjour dans les grandes froideurs du Nord.
On se le casse, on se le fait refaire. Il est utile pour se retrouver face à face, nez à nez, on le voit au milieu de la figure, on se le cache, il coule, il se bouche. Certains sont aquilins et contribuent au charme de celles qui le portent, d’autres sont crochus pour rester au fond des bois ou bien encore, ils ne portent que des bésicles ou ces nouvelles lunettes.
On se le pince pour éviter ce qui sent mauvais ou on l’entrouvre pour humer avec peine, la plus belle rose d’un jardin.

Jeune homme, le nez est la porte d’entrée d’un de nos sens, les plus aiguisés.

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Vegas sur sarthe - Labyrinthe d'odeurs

La Cité florale

Pour aller square des Mimosas? Y a rien d'plus facile, M'sieurs Dames.
Vous m'auriez demandé la lune, encore...
A vue d'nez vous en aurez pour une dizaine de fragrances.
Comment ça, le temps qu'on met entre deux fragrances?
Vous êtes des p'tits marrants, vous! Y a pas marqué Guerlain ici.
C'est pas compliqué! Ici vous êtes rue des Rosiers... d'accord? Y a pas d'erreur possible, ça emboucane les falafels et l'huile de friture, vous savez ces boulettes de pois chiches épicées qui rappellent de très loin la Pierre de Ronsard avec un soupçon de De Funès!
Alors respirez un grand coup avant de filer plein Sud jusqu'à l'île de la Cité; vous pouvez pas vous tromper car là ça sentira la Seine.
Quelle odeur a la Seine?
Vous en avez des questions, vous alors!
Ben ça sent Paname, le poiscaille, les fumées d'usines, les gaz d'échappement... ça rappelle un peu... comment vous dire? Vous connaissez la fameuse marque Diesel? Et ben c'est ça!

Plus loin vous allez arriver au jardin du Luxembourg et là, je vous conseille de marcher en apnée jusqu'à Normale Sup!
Pourquoi? Mais malheureux, le jardin du Luxembourg c'est irrespirable! Ca pue tellement l'orchidée et le bégonia qu'ils ont dû les mettre dans des serres.
A Normale Sup, vous pourrez enfin recommencer à respirer, ça sent plutôt la sueur de potache et l'étudiante pubère, autant dire que c'est du gâteau.
Continuez encore tout droit jusqu'à la rue de la Glacière, vous pouvez pas la rater!
Non M'sieurs Dames les étangs de la Bièvre ne sentent plus depuis des siècles mais du côté de la place Coluche flottent comme des remugles de hakik qui ne trompent pas.
Respirez bien à fond, c'est d'la bonne et de toute façon vous êtes quasiment arrivés.
Vous pénétrez dans la Cité florale et là je préfère vous dire que vous allez souffrir.
Entre la rue des Iris et la rue des Glycines se trouve la rue des Volubilis... ça peut paraître bizarre mais c'est comme ça.
Certains l'appellent Ipomée mais l'un comme l'autre c'est du grimpant et il faudra vous accrocher; les pavés sont glissants.
Coincée entre la rue des Glycines et la rue Brillat-Savarin qui sent carrément le lait de vache se trouve la rue des Liserons. Là, c'est pas du grimpant, c'est du rampant... enfin vous n'aurez qu'une chose à faire: ramper.
C'est au 36 de la rue qui sent le lait de vache que vous trouverez la rue des Orchidées.
Enfin, le square des Mimosas termine la rue des Liserons... en cul de sac mais pas d'inquiétude pour l'odeur, vous êtes arrivés.
Comment dites-vous? Si ça sent vraiment le mimosa?
Et puis quoi encore? Si la Cité florale sentait la fleur, ça se saurait!
A deux pas de la rue de Rungis vous ne sentirez jamais le mimosa... c'est selon les arrivages mais je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Où ressentir Vegas sur sarthe

Tim - Labyrinthe d'odeurs

Vie d’odeurs

Tu connais bien l’odeur de l’enfance. Celle de l’amande douce et des crèmes hydratantes et apaisantes, de tes couches et des petits pots. Tu te souviens peut-être avoir repoussé les premières purées maison qui faisaient pourtant la joie de ta maman. L’odeur t’était inconnue et l’inconnu t’inquiétait, forcément. Tu sais l’odeur de Noël, celle des oranges piquées de clous de girofle et de la vieille barbe du Père Noël, et de grand-mère. Aujourd’hui, je peux te le dire : le Père Noël, c’était tonton Marc. Tu connais le nom et l’odeur des fleurs du jardin. Tu as d’abord retenu la rose, ce doit être habituel. Tu t’y étais piqué, surtout. L’odeur de ta maman est familière et rassurante. L’odeur de l’enfance, c’est celle de la mère, sans doute.

Tu ne connais pas l’odeur des hommes. Celle du livre neuf qu’on ouvre sur la terrasse, le soir, l’été, quand tu es déjà endormi. Quand, à l’odeur du papier, vient se mêler la tourbe d’un Laphroaig ou d’un Ardbeg, l’odeur suave et égoïste encore d’un Molinos. Tu vois, l’odeur des hommes, ce sont aussi des odeurs de plaisirs, davantage peut-être que celle des enfants, parce qu’on peut les choisir. Tu ne connais pas l’odeur d’humanité camphrée des vestiaires, où je passe tous mes dimanches, où tu n’as pas eu le temps de m’accompagner. Tu ne connais pas, quel bonheur, les déodorants, les après-rasage. Je ne t’ai habitué qu’à l’odeur muette de la pierre d’alun : devant le lavabo aussi, tu sais, on peut choisir. Tu ne connais pas l’odeur des femmes le matin, la légère âcreté de leur transpiration, l’odeur de la femme qu’on aime.

Non, tu ne connaîtras pas l’odeur des hommes, tu as sauté cette case. Ton cerveau endormi et tes narines ne connaissent déjà plus qu’agressions éthérées et médicamenteuses. Tu as appris malgré toi, malgré nous, l’odeur froide des chambres stériles, l’odeur de la maladie et des malades, de l’hôpital. Il ne sent pas mauvais, l’hôpital, en réalité, et de cela tu ne te plains pas. Mais il pue la fin, à chaque couloir de chaque étage. L’odeur de la fin, tu la connais déjà.

Semaine du 6 octobre au 12 octobre 2014.

Après avoir découvert les mystères de la Mer de la Tranquillité, vous redescendez sur notre bonne vieille Terre, mais surprise, vous voici piégé au cœur d'un labyrinthe d'odeurs...
Vous avez jusqu'au 12 octobre minuit pour vous extraire de ce piège parfumé et nous faire part de votre expérience à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires(at)gmail.com.

dimanche 5 octobre 2014

Stouf - Mer de la Tranquillité

Voici une part de douleur, une lutte...
Un chagrin affrontant la mort et son chemin,
l'infinie espérance.
Une sombre prescience fait savoir le péril,
acceptant la vie dans son obscure fatuité.

Et soudain... un vol de sagesse
et des barrières qui s'ouvrent
vers les dons de l'esprit.
Vers une lune... un voyage inattendu surgi des actes malheureux,
un regard sur les pouvoirs masqués.

L’œil intemporel brise l'étreinte pensante
et libère son énergie muette.
Voguant ça et là...
au gré d'une mer de la tranquillité.

samedi 4 octobre 2014

AOC - Mer de la Tranquillité

L’air était doux ce soir de Novembre.
La journée avait été longue, harassante, aussi désespérante qu’un tableau de Füssli ou un miracle à la Genet. Comme toujours dans ces cas-là, elle s’évadait en fin d’après-midi pour tenter de renouer avec un peu de tranquillité, apaiser son esprit comme on caresse un fauve.
Ses pas l’amenèrent sur la rive déserte, livrée à la nuit qui enveloutait doucement de ses bras voraces l’immensité des flots. Arrivée là où la mer caresse doucement la main de la terre, elle tourna résolument à l’Est vers le plus noir, la pensée des lueurs matinales ne lui effleurait même pas l’esprit. Elle marcha longtemps, puis elle s’assit comme on pose un fardeau fragile.
Sortant d’elle-même à l’appel diffus d’un reflet, elle admira un lever de lune de toute beauté. La rousse avait repoussé quelques lambeaux de cirrus et doucement, dévoilait son sourire. A la faveur d’un hochement de tête, elle lui répondit en la faisant rebondir à l’horizon jusqu’à ce que son regard accroche celui du satellite. Rond, interrogateur, et triste, si triste.
Un bruissement lui fit tourner la tête un instant, comme on regarde sans voir. Lorsqu’elle revint à sa contemplation, la lune avait repris sa liberté, elle dansait maintenant avec l’immensité liquide et c’était si beau, si serein qu’aucune pensée ne parvint à sa conscience. Elle se leva et marcha droit devant. Son entrée dans l’eau ne troubla rien, elle s’allongea dans la robe moirée et nagea.
Un peu.
L’amer de la tranquillité avait un goût de solitude.

Jak - Mer de la Tranquillité

Suite de la goutte

……Malheureuse, sur mes godillots tu atterris.
On ne m’y prendra plus d’errer sans parapluie.
Car voilà que j’atchoum, j’éternue violemment.
Et la fièvre s’installe, m’enflamme, et me porte jusque dans les firmaments.
Là j’alunis il fallait s’y attendre sur la Mer des Pluies. Un peu de sédatif je me retrouve fumant une pipe sur la Mer Orientale.
Brutalement projetée dans la Mer des Nuées, lentement je retombe dans la Mer de la Sérénité.
Sur le cap Laplace je trouve enfin un coin.
J’y fais la connaissance du Petit Prince voyageur des Étoiles.
Avec lui un instant je compte les moutons, mais chargé de mission sur la B612, il m’abandonne vite dans mon Lac des Songes.
Sur le Lac de l’Effroi la sonde LRO silencieusement m’observe, cela me pétrifie.
Un martien enflammé me dégage ultimo du Marais du Sommeil, et me couche tout de go sur le Lac de la Tendresse.
Alors Le lac de la Félicité devient le nirvana.
Sur le lac de l’Espérance je voudrais que tout se réalise, et, inlassablement, je ne discontinue pas de prospecter cet astre, j’aspire à y rester pour percevoir un jour le Lac de la Perfection.

Mais hélas, au fond du lit anéantie et courbatue je mouille ma chemise

Sans parapluie… vraiment… on ne m’y prendra plus !

jeudi 2 octobre 2014

Tisseuse - Mer de la Tranquillité

Je m’en allais
La lune sous le bras
En écharpe serrée
Comme une attelle en bois

J’avais remisé
Toutes mes pensées
Dans son tissu tressé
De rêves et de folles idées

J’avais ensablé
Quelques débris de vanité
Pour me faire un abri
Dans cette mer de pierre

J’espérais trouver
Un peu de tranquillité
Loin de tous les cris
Qui parcourent la terre

Je me sentais
Voleur de nuit
Retenant la vie qui fuit
En secret

mercredi 1 octobre 2014

Adel - Mer de la Tranquillité

Sommeil

Pas un souffle
Mais un infime balancement ondule les voiles nacrés d'une coque fragile
Bercée par la mère, ronde vierge au cœur de glace, l'enfant pâle dort

Pascal - Mer de la Tranquillité

Les Voleurs de Lune

On a volé la Lune ! On a volé la Lune ! Quelle aventure ! Il faut retrouver les voleurs ! Regardez si l’échelle est encore là ! Il faut les mettre derrière les barreaux ! Prenez les empreintes ! Ils ont fait ça cette nuit, c’est sûr ! Normalement, elle devrait être là, bien calée entre l’Étoile apprivoisée du Berger et notre Jupiter ! Au secours ! Au secours ! Mais faites quelque chose ! Demandez donc aux savants !

Les savants se perdaient en conjectures. Rien n’indiquait, dans leurs cartes astrales, le départ soudain de la Lune. Elle était là depuis des milliards d’années, habituée, docile, en attraction de notre Terre. Elle faisait ses quartiers, elle avait ses périodes de clarté et ses nuages d’étoiles nébuleuses pour ne pas s’enrhumer. Les grands savants étaient désorientés. Ils remontaient leurs bésicles sur leur nez en sueur d’incompréhension scientifique. Ils refaisaient fébrilement leurs calculs impossibles, ils la cherchaient vainement entre les pulsars et les quasars. Avait-elle été aspirée par un trou noir ? Les télescopes, les plus puissants, les plus modernes du monde entier s’évertuaient à récupérer la Lune dans leurs lunettes et ils pointaient fébrilement leurs lentilles astronomiques dans tous les horizons du ciel. Les chercheurs sont faits pour chercher et non pour trouver, autrement ils n’auraient pas ce nom. A les écouter réfléchir, il faudrait dix mille ans pour retrouver cette écervelée fugueuse.

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