Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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jeudi 9 février 2012

Blj73 - Einstein

COINCIDENCE

"Einstein habite chez moi " : tel est le thème proposé par les impromptus cette semaine….
Que vais-je donc bien pouvoir écrire ? Ce thème ne m'inspire pas…. Moi, qui d'habitude, écris uniquement à partir de choses vécues ou d'après mes émotions, mon ressenti, … Il me reste à imaginer… imaginer quoi ?
Et puis, ce matin, je lis la phrase du jour que je reçois quotidiennement sur mon Iphone :
L'imagination est plus importante que le savoir
Cette phrase me rassure, moi qui ai si peu de culture… il me reste à persévérer dans la créativité, faire travailler mes neurones dans cette discipline….
C'est alors que j'en découvre son auteur : Albert Einstein!
Sacré coïncidence, non ?
Mais, vous qui écrivez, et me lisez, vous le saviez, n'est-ce pas ?

Shakti - Einstein

Einstein habite chez moi !
Mon cœur, me donne souvent le loisir de rêver
Et de me conduire vers des rivages loin de la raison.
Existe t- il une frontière si grande entre l’une et l’autre ?
Y a-t-il argumentation à favoriser l’un des deux. ?
Deux valeurs différentes, mais aussi saines.
La savoir qui conduit à l’Amour !
Est-ce du simple domaine de l’onirisme
Ou une aspiration à rejoindre la réalité ?
Oui, vous disais-je : Einstein est venu chez moi.
Ma douce folie l’a t–elle conduit vers mon intérieur ?

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Valentyne - Einstein

J’abrite Einstein chez moi.
Personne ne veut me croire.
Au début, je ne l’ai dit à personne : on m’aurait prise pour une folle.
La première fois que j’ai dit à Bertrand, mon cher et tendre, que nous avions Einstein comme invité, il m’a regardé d’un air inquiet, bienveillant comme à son habitude, mais visiblement inquiet.
« Tu t’imagines des choses » m’a-t-il dit.
« Pas du tout lui ai je rétorqué. Notre invité est très très intelligent. Déjà il reconnaît Mozart et Schubert, si c’est pas une preuve cela ».
Personne ne veut me croire, pourtant il est exceptionnel.
Tous les jours, il m’étonne par sa présence muette, et oui on peut être muet et rayonner d’intelligence.

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JCP - Einstein

Le Génie du mal

Rien ne prédisposait le jeune Song Ji-hang
A se devoir cacher adulte dans les herbes,
Qui d’un sourire franc et d’une joue imberbe,
Beau bébé potelé ravissait ses parents.

Ce fut à leur insu que dès les quatorze ans
En un cerveau grandi germait toute science :
Épris de liberté détaché des richesses
D’un monde de justice il se fit l’artisan.

Bravant le Mandarin comme le mauvais juge,
Justicier des pauvres et de tous ceux qu’on gruge,
Il fut connu du peuple en sauveur attendu,
Mais pourchassé des grands afin d’être pendu.

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mercredi 8 février 2012

L'Arpenteur d'étoiles - Einstein

Un génie pas comme les autres.

J’étais dans le même état d'esprit que le jour où, au restaurant, je ne savais plus si il fallait (si je devais) manger le boudin noir avec la peau ou sans la peau. Un autre client avait pris le même plat (plat du jour : boudin noir avec pomme fruit rôtie, purée de pommes de terre et sa salade), un peu avant moi. J’ai attendu qu’il commence pour voir que lui, mangeait avec la peau. Rassuré j’en fis autant. Il finit avant moi et en venant débarrasser, la serveuse qui - ceci dit en passant - n’avait pas inventé l’eau tiède, remarqua : "tiens, vous avez mangé la peau ?". Sa réflexion me plongea dans un abîme de sidération étant dans l’incapacité évidente de récupérer la dite peau, bien que cela m’eut effleuré un instant. Ainsi j’avais calqué mon attitude sur un individu qui ne savait même pas manger le boudin noir. Quelle absurdité. Celui-ci rétorqua acerbe "mademoiselle, sachez que c’est ainsi que l’on mange un aussi bon boudin noir" qui cloua le bec à l’impudente. Sauvé ! J’avais regagné le rang des vainqueurs, la légion d’élite : ceux qui savent déguster un bon boudin noir, c’est à dire avec la peau !

J’étais donc assis dans le silence confortable d’une béatitude quiète, dans le royaume désordonné de mon bureau fatras, lorsque j’entendis ces mots étonnants :
- Vous n’aurez qu’à m’appeler Al.
J’étais seul dans la maison, ma douce étant partie assouvir sa passion équestre. Les chats ne parlant pas, ou avec plus d’élégance que ce que je venais d’entendre, je pensai que j’avais du rêver, installé dans ce territoire flou entre conscience et demi sommeil. Mais la voix reprit :
- C’est bien, Al, non ? Familier sans excès, avec un petit côté copain d’école ou plutôt de soirées arrosées. Alors c’est entendu, ce sera Al.
Je me retournais : personne. Je me levais pour faire le tour de l’étage : rien non plus. Je regagnai mon bureau pour me rendre compte que le globe terrestre tout récemment offert comme cadeau d’anniversaire de l’année précedente par ma belle sœur, brillait d’un éclat d’autant plus surprenant qu’il n’était pas branché. Ma belle sœur m’avait en effet choyé en m’offrant un globe lumineux, pour peu qu’on le branche, ce qui n’était pas le cas.
- Bon alors on fait quoi. Tu payes ton coup, ou bien … ?
C’était bien le globe qui venait de s’exprimer ainsi.
- Tu prends quoi ? M’entendais-je répondre.
- Un petit whisky single malt pas trop tourbé. Un des northern highlands par exemple. Je sais que tu en as d’excellents. Mais va d’abord falloir que tu m’ouvres, sinon ça va pas le faire. Et puis tu sais quoi ?
- Euh … ben non. Je devais rêver …
- Alors toi qui ne peux pas t’empêcher d’appuyer sur le moindre bouton, d’enfoncer la moindre touche, de tirer la plus petite manette que tu trouves sur n’importe quel objet, ustensile, machine passant à ta portée, t’as jamais penser à tourner l’espèce de pointe au dessus de l’axe du globe ? …. C’est dingue ça.

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Purdey - Einstein

Ca fait longtemps que je loge ici
c'est pas vraiment moi qui ai choisi
je ne sais pas ce que je fais là
ils disent qu'Einstein habite chez moi

Chez moi c'est grand et c'est tout blanc
j'ai fait l'impasse sur la déco
mes idées n'avaient pas d'écho
Einstein prend toute la place là-dedans

Parfois je rentre en adéquation
avec une ou deux inconnues
variables dans leurs réactions
Einstein met leur physique à nu

Ma seule alliée s'appelle Zoé
une fourmi rouge apprivoisée
on a décidé de prendre en chasse
cet Einstein un peu trop tenace

Ca fait trop longtemps que j'ai envie
de partir de changer de vie
mais l'imposteur est toujours là
j'aimerais qu'Einstein sorte de chez moi

mardi 7 février 2012

Adrienne - Einstein

Adrienne a connu Einstein

Il nous avait été présenté par des amis qui nous avaient longuement vanté ses qualités. Bien sûr, nous avons cru qu’ils exagéraient un peu : nous savions qu’il logeait chez eux mais qu’ils cherchaient à trouver un moyen de lui faire quitter les lieux. Parfois un logeur peut devenir encombrant.

Cependant, il était vrai qu’il avait du charme : il était jeune, très jeune, enthousiaste, débordant de vitalité et ne tenait pas en place. En même temps, il avait quelque chose de doux et d’affable, avec sa petite barbiche et ses grands yeux bruns. Nous lui avons donc offert l’hospitalité.

C’est ainsi que nous avons pu nous rendre compte qu’en plus de ses nombreuses autres qualités, il possédait une intelligence exceptionnelle. Il avait une véritable compréhension du monde et des gens mais n’en faisait pas étalage. Il a toujours gardé une grande humilité.

Il finit par rester chez nous treize ans, jusqu’au cancer qui l’emporta. Mais jusqu’à la fin, il nous faisait rire, avec sa frange qui lui cachait presque entièrement les yeux et ses initiatives un peu folles. Par exemple, il adorait se rouler dans la neige…

Et jusqu’au bout, il n’a cessé de nous étonner par la vivacité de son intelligence.

Il était unique.

Jamais plus je n’ai voulu un autre chien dans la maison.

Où lire Adrienne

GBalland - Einstein

Il y a quinze jours, mon mari a invité un ami d’enfance. J’avoue que quand je l’ai vu, ça m’a fait un choc : c’est le SDF qui fait la manche à la sortie de la boulangerie. Je lui ai dit bonjour, poliment, en interrogeant mon mari du regard. Il m’a dit.
- Bernard restera quelque temps chez nous. Il ne sait pas où aller et comme on a la chambre du bas ... tu sais que Bernard et moi on était à l’école primaire ensemble ?
J’ai acquiescé avec une certaine répugnance. Grande était mon envie d’expédier Bernard sous la douche, mais je me suis retenue. Il est descendu au rez-de-jardin avec son bardas noirci par la crasse et moi, j’ai attendu dans la cuisine que mon mari remonte.
Je passe sous silence nos violents échanges, porte fermée. Mon mari a conclu sur ses mots.
- Tu verras, il te surprendra.

Lors du premier repas, Bernard s’était lavé, mais il y avait toujours cette crasse qui n’avait pas pu partir sur ses mains. Il a pris part à la conversation, a glissé deux ou trois citations qui m’ont étonnée, puis il s’est endormi sur son assiette, vide heureusement.
C’est au troisième repas que les choses ont pris une autre tournure. Il avait mis une chemise bleue et ses main semblaient plus blanches, comme s’il les avait patiemment récurées. Il a commencé en disant : “L'homme évite habituellement d'accorder de l'intelligence à autrui, sauf quand par hasard il s'agit d'un ennemi.” J’ai levé les yeux de mon assiette, je me demandais s’il parlait pour moi. Et il a continué : “ En apparence, la vie n'a aucun sens, et pourtant, il est impossible qu'il n'y en ait pas un !
Mon mari lui a juste demandé.
- La rue ? C’est à cause de ça ?

Et il a fait oui de la tête. Puis il a voulu un bout de papier et s’est lancé dans une démonstration mathématiques qui a laissé mon mari abasourdi, lui qui pourtant se targue d’en connaître un rayon sur les maths. Je l’ai entendu annoner.
- Quoi ? Tu as démontré la conjecture de Syracuse ?
Pour moi, Syracuse c’était la Sicile et la chanson de Salvador, pas la conjecture. Les gribouillis s’accumulaient sur la feuille qui, d’ailleurs, s’avérait trop petite. Je m’ennuyais – j’ai toujours détesté les mathématiques – et je me suis retranchée dans la cuisine pour ranger un peu.

J’étais entrain d’essuyer les dernières assiettes quand j’ai entendu mon mari pousser un hurlement accompagné d’exclamations.
- Tu es un Dieu vivant Bernard ! Putain, mais comment tu as pu faire ça ? Tout seul ! En vivant dans des conditions plus que précaires ! Putain Bernard, mais c’est dingue !
Ensuite, j’ai vu son ami se pencher à nouveau sur sa feuille et, fébrilement, la consteller de suites improbables...
Le lendemain j’ai croisé Bernard dans la cuisine, juste avant d’aller au travail et, en me regardant fixement, il a dit en détachant les syllabes.
- Celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise, est pour ainsi dire mort : ses yeux sont éteints.
Je lui ai dit bêtement : “Merci Bernard”. Et depuis, cette phrase me trotte dans ma tête...

PS : les citations en itallique sont supposées être d’Einstein

Le blog de GBalland

lundi 6 février 2012

Claudie - Einstein

LE LAMANTIN ET SON GENIE

Toute la misère du monde a élu domicile chez moi ! Ainsi se lamentait un lamantin au poil brossé par une armée de va-nu pieds qui le remerciait ainsi de sa générosité. Son antre était constamment occupé. Parfois il en avait marre mais ne pouvait se résoudre à jeter dehors tous les pauvres hères qui frappaient à sa porte surtout en période hivernale.

Imaginez disait-il en se confiant autour d’une bouteille rescapée de sa cave, ils me mangeront la laine sur le dos. L’autre jour, j’ai hébergé une pie impie qui chuintait en levant ses ailes décaties « mon truc en plume » devant un casoar St Cyrien de son état et complètement ébahi par l’impudeur de l’oiselle. Un spectacle désolant et ce n’est rien, une vipère aspic prétendait être le boa de la grande Zoa. Entre nous ma chère, donner asile à tous ces éclopés de la vie, tous ces miséreux me ruinent la santé mais qu’y puis-je, j’ai le cœur généreux. Je ne vous parle pas de ce rossignol, charmant les dames de ses trilles et dévalisant mon grenier à victuailles. Lui c’était un véritable escroc ! Mais je ne vous ai pas tout dit.

Sa voix devenait inaudible, je tendais mes grandes oreilles de lapine, mère de famille nombreuse. Ce soir-là a frappé à ma porte une pauvre créature, tremblante et crottée, le poil hirsute et sale. Je ne savais pas où la loger car ma maison était devenue la cour des miracles. Je l’installai donc dans un coin sombre afin que personne ne persifle ou n’en fasse son souffre douleur. La créature, après un bon bain se révéla être un castor aux dents émoussées par les rogatons d’arbres morts. Il ne parlait pas beaucoup mais son regard brun m’envoyait des ondes de chaleureux remerciements quand je posai une écuelle de soupe devant lui. Je lui avais préparé une couche de paille et le lendemain, je fus surpris de retrouver son lit au carré alors qu’il s’était retourné toute la nuit en gémissant. Mon castor souffrait, je lui fis des décoctions d’herbes et badigeonnait ses plaies avec des onguents. Il me serra contre lui en m’appelant le lamantin, bonheur du matin avec une infinie reconnaissance. C’est qu’il arrivait à m’émouvoir mon petit père Castor.

De jour en jour, il allait mieux et prenait plus d’aisance, battant de la queue pour faire taire un auditoire dépenaillé qu’il avait entrepris d’ouvrir aux joies de la connaissance. Sur un tableau noir, il inscrivait à la craie des formules mathématiques qui me laissait pantois. E = mc2 et je ne sais quoi encore. Tout est relatif disait-il, le monde, l’univers dans lequel nous vivons est en mouvance perpétuelle et l’homme et les animaux ne sont qu’un élément infime de la grande marche des planètes. Cela n’avait pas l’heur de plaire à ma bande de squatters qui se prenait pour le centre du monde. Ils se gaussaient de lui, voulurent le chasser mais je veillais. Ce n’est pas fréquent d’héberger un génie. Non seulement, il avait derrière la tête, une bosse volumineuse mais il était simple, généreux et conciliant. Un sage ! Et c’est pourquoi ma chère voisine que je vis maintenant avec un Einstein qui ne paye pas de mine mais ensoleille ma modeste demeure.

Il me racontait cela mais un beau jour de printemps, le génie se consuma dans la flamme à une lampe à huile et disparut à jamais. Depuis les saisons se teintent d’arcs en ciel, des prismes brillants se dessinent entre les arbres et des particules de tendresse tombent en pluie des nuages.

Jujube - Einstein

Einstein dans ma cuisine

En voilà une drôle de cuisine ! Mais tu sais que tu n’es pas organisée ? Enfin voyons ! Mais tu ne peux pas la laisser dans cet état-là ! Que de gestes inutiles, quelle perte de temps ! Moi, j’ai toujours à l’esprit le Triangle de la Ménagère : en un espace délimité, le plus grand nombre d’objets à disponibilité pour le moindre déplacement possible et le plus de rapidité. Par exemple : les casseroles dans l’axe de la gazinière, le sel et le poivre à côté, à main droite l’évier, à main gauche le réfrigérateur, au dessus le placard à provision et dessous la poubelle. Comment ça, « cela ne forme pas un triangle » ? Tout est relatif, bien sûr, mais si tu observais déjà ce principe, tu gagnerais un temps infini. Tout le secret est dans la formule. E= MC2 ! Ne fais pas cette tête, je t’explique : Efficacité = Ménagère Compétente à la puissance 2. Si tu réussis à te convaincre de ce petit programme de développement personnel, tu verras tes potentialités créatives augmenter, tu deviendras une cuisinière hors pair, et tu ne passeras plus ton temps à tourner comme une girouette pendant que le riz attache et que le lait déborde. Autre suggestion : les poêles, tu les ranges sur un empile-poêles, de la plus large à la plus petite, et pour cela, tu fais un peu de place sous l’évier à côté de la poubelle, simple comme bonjour ! Et d’une pierre deux coups : la place que tu as libérée dans ton élément, tu l’exploites pour ranger tes torchons que tu auras à disposition en un tour de main…
Quoi, le balai ? « Du balai ? ». Mais tu me dis des horreurs !
De toutes les façons, il faudrait être Einstein pour te comprendre !

Venise - Einstein

A L’auberge de la Pinta,moi Rodriguez et mon ami Christophe aimions nous retrouver pour boire un verre de sangria et dessiner quelques cartes tout droit sorties de la tête de mon ami.

Le soleil se couchait sur le port de Séville et au cœur de notre adolescence,
Nous bâtissions des rêves de voyages et d’aventures ; Christophe ne cessait de dire que la terre était ronde et qu’il faudrait bien un jour s’en assurer.

En allant vers les Açores disait-il, "on pourra un jour rejoindre la chine sur la route des épices." "Je serai un marin et un voyageur, c’est-à-dire un menteur et un imbécile aux yeux de tous. Ces paresseux qui philosophent dans leur cabinet et soumettent impérieusement la nature à leur imagination." !!

Il se dressait alors sur un vieil escarbot en s’adressant à Isabelle reine de Castille :
Ma Reine nous voilà, nous te donnerons tout l’or du monde que contiennent mes rêves éveillés !!

Il allait le soir écouter les récits des marins témoins de naufrages et noter tout sur son petit carnet.
Je crois que c’est à cette époque que Christophe s’est forgé ses convictions.
Un soir il me dit : "Tu sais Rodrigue, les limites de cet océan ne sont connues que de celui qui les a établies".
Je l’ai regardé et j’ai compris qu’il savait intuitivement ce que les autres ignoraient.

Je l’ai suivi plus tard sur la Santa Maria à la découverte du Nouveau Monde comme il disait.
Christophe Colomb a bouleversé la donne et notre rapport au monde a été considérablement modifié depuis.
J’ai compris bien plus tard que j’avais été le compagnon d’un être exceptionnel en tout point.

Lira - Einstein

VIENS L'AMI...

C'était l'heure où le soir
Se faisait menaçant
Pour ta vie mal chaussée
Et ton âme en errance.
Viens, l'ami perdu, viens
Viens poser ton regard
Tout cousu d'ecchymoses
Viens réchauffer ta voix
Et tes mots chiffonnés
Viens pleurer ton chagrin
Au creux d'un air de blues
Viens habiller de mieux
Ton moral en guenilles.
Et l'ombre s'est levée
Réveillant tes projets.
Ton esprit reposé
S'est mis à bouillonner.
Tu mesurais l'espace
Enchantais la tangente
Tu maîtrisais l'obtus
Caressais la médiane.
Quadrature des planètes
Avec l'astre solaire
Échelles et radians
Et autres météores
Envahissaient tes jours
Tes soirées et tes nuits.
D'Archimède et du grec
Maîtrisant peu la langue
Ce n'est pas « Eurêka! »
Mais « Ça y est, j'ai trouvé ! »
Que du fond du jardin
Tu t'es mis à crier.
Tu venais de trouver
La formule infaillible
Pour décrocher la lune.
Les uns t'ont accusé
De menacer leurs rêves
Et l'envie de lutter
Les autres t'ont flatté
Grassement remercié
Du pouvoir octroyé.
Et moi j'ai continué
À regarder le monde
Et rêver d'impossible.

Emma - Einstein

Einstein en moi

Toutes les Mamans du monde croient avoir engendré un génie, qui un artiste, qui un savant, la plupart une future vedette de la Star'ac. Cette douce illusion dépasse rarement les quatorze ans de leur progéniture, étape où souvent elles se convertissent au prozac.
Amélie Nothomb enfant croyait être Dieu. L'ambition de ma mère à mon égard n'allait pas jusque-là, d'autant qu'elle avait eu la chance d'avoir des parents communistes. Mais elle n'échappait pas à l'égarement général des mères. Pendant sept ans elle me prit pour le nouvel Einstein, et je vais vous raconter comment le génie m'habita.

J’avais à peine un an quand Mathilde Toldo, une vague amie de collège de Maman, détecta chez moi des signes indiscutables de précocité, en observant la méthode rigoureuse avec laquelle je patouillais à main nue dans ma purée. Cette découverte propulsa aussitôt Mathilde Toldo au rang de meilleure amie de Maman, qui, dès lors, ne jura plus que par elle.

Au cours d'improbables études de parapsychologie, Mathilde avait commis un mémoire intitulé "le génie par imprégnation", basé sur son intime conviction que la création des synapses cérébrales croît en fonction du nombre des impressions visuelles, fussent-elles subliminales. Selon ses théories, on peut fabriquer un véritable génie, à partir d'un esprit précoce comme le mien, sans lui infliger le moindre entrainement ni enseignement, uniquement par osmose, en proposant à sa vue des éléments de la plus haute tenue.

Papa m'a raconté que les semaines qui suivirent furent consacrées à refaire la déco de ma chambre, jusque-là ornée d'un papier peint de petits chats coquins, intellectuellement affligeants.

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Ice Man - Einstein

(Résumé du dernier épisode : Farid El Guerrouj, journaliste, est convoqué par un mystérieux inconnu pour une interview. Après s’être rendu dans la chambre de ce Robert Fontenay, celui-ci lui demande de le tuer et commence à lui raconter son histoire. Mais ils sont interrompus . kidnappé, menacé, Farid retrouve la trace de Fontenay et fuit un mystérieux ennemi dans des sous-sols avant de se retrouver dans une chapelle provençale. Fontenay lui apprend qu’il est l’objet d’une prophétie et lui donne un médaillon avant de lui dire d’aller à New York)

New York.

Quelque part dans les quelques rues italiennes qui subsistent de Little Italy, un vieil homme regarde par la fenêtre d’un air rêveur. Son visage buriné, son nez cassé, son teint cireux lui donnent l’air d’un octogénaire aventurier. Et pourtant dans son costume sombre bien coupé, avec sa chemise blanche satinée et bien repassée et sa cravate d’une soie luxueuse, il a de l’allure. A tel point dans son petit bureau, où s’accumulent dossiers et coupures de presse, il semble totalement dépareillé. Personne ne sait vraiment d’ailleurs ce qu’il fait dans le quartier mais tout le monde le connaît et le respecte.

Devant lui, sur le vieux meuble de bois noir recouvert d’un cuir vert passé, s’étalent des carnets d’un rouge carmin avec pour seule indication « M. Stanislas » et un numéro : 121, 122, 123, 124…. Et maintenant c’est le 125 qu’il a entamé il y a peu.

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EVP - Einstein

Chaque mois de novembre, nous appelait cet ami,
Epouvantable pédagogue mais philanthrope assurément,
Qui casait pour les fêtes, des étudiants de lointains pays.
Dans des familles accueillantes et un peu « poire » aussi.

Nous avons ainsi partagé le réveillon familial,
Avec un ténébreux colombien et un chinois jovial.
Le colombien nous offrit un sachet de farine de chez lui,
Avec celle-ci, de piètre qualité, le gâteau jamais ne prit…
Le chinois rigolard nous tendit, un pot d’une sorte de confit,
En regardant, hilare, notre bouledogue : Mistigri.

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Sebarjo - Einstein

Mon voisin est tout fier. Pendant la guerre il a accueilli une nuit Einstein chez lui, parce qu'il cherchait une bonne Planck. Ah ! Depuis, mon voisin, il faut dire qu'il a la grosse tête ! (mais le cerveau a gardé la même masse et ne réagit pas du tout à la vitesse de la lumière). Il n'y a vraiment pas de quoi s'en vanter.. Einstein ? et alors ? Il faut savoir relativiser.

Il n'y en avait qu'un...

Au contraire, ma femme et moi, savons dépasser les quantas... La semaine dernière, nous avons accueilli nos amis allemands, les Stein...au grand complet. Et ils ont cinq enfants ! Ce qui fait Sieben Stein... Avouez que c'est quand même autre chose qu'Ein Stein !!!

Où lire Sebarjo

Vegas sur Sarthe - Einstein

E... aime ses 2

Il relativisait quand je l'ai accosté
il disait qu'inventer c'est penser à côté.
Il ne dort pas longtemps mais il s'endort très vite
je compte des moutons, il compte les orbites.

De toutes ses idées il ne tient le journal
il dit n'en avoir qu'une: celle d'aimer ses deux.
Avec ses équations à la mords-moi le noeud
ce qui le guette est plus cérébro que spinal.

Il me dit que la vie, c’est comme le vélo
que c'est en pédalant qu'on garde l’équilibre.
Il ignore le futur, ça vient bien assez tôt.

Tout ce qu'il dit, pour moi c'est du trop gros calibre
si je ne comprends rien au comment-du-pourquoi
par contre j'en suis sûr Einstein habite chez moi.

Où lire Vegas sur sarthe

Toncrate – Einstein

Chavardage

Elle fait peine à voir cette petite chatte
borgne, eczémateuse, claudiquant de la patte,
elle cherche un abri contre le froid mordant
mange une fois sur trois dans ses meilleurs moments.

Personne ne la veut chez lui dans le quartier
pas un humain pour elle n’actionne le portier
l’un a peur de ses puces, l’autre pour ses enfants
craint quelque maladie, irrationnellement.

Elle est pas à la fête cette pauvre minette,
quand l’hiver vient petit, que la nuit fait recette,
que le soleil souvent se contente de peu
croyant que les vivants sont tous auprès du feu.

Céans, je fais l’aumône à la pseudo lionne
je lui donne à manger, alors elle ronronne,
dans son regard je lis de la reconnaissance
et dans son ventre plein de futures naissances.

C’est d’elle que naîtront deux philosophes chats
Socrate l’audacieux et Platon le pacha ;
qui l’eut cru ? cette bête atteinte d’asthénie
a donné à la vie deux immenses génies !

Moralité

Plus on est repoussant et moins on est aimé
c’est une vérité du monde des minets
si vous voyez le cas, n’ayez donc pas pitié
mais plutôt, donnez-y un ti-peu d’amitié.

dimanche 5 février 2012

Semaine du 6 février au 12 février 2012

Nous avons pris ensemble des trains de banlieue ou des Orient-express, des tortillards ou des TGV. Finalement chacun a regagné avec bonheur son domicile.

La réalité reprend ses droits et vous vous souvenez que votre âme généreuse vous pousse à accueillir les mal lotis, les cabossés de la vie. Mais cette fois, vous vous rendez compte que vous abritez un être d'exception, un génie absolu ... Vous pensez effaré : "Einstein habite chez moi" !

Racontez-nous comment vous avez compris que votre invité occasionnel était un personnage brillant susceptible de changer la face du monde. Dites-nous quelles ont été vos réactions et quelles furent les conséquences de cette incroyable découverte.

Envoyez vos textes à l’adresse habituelle, et n'oubliez pas que dimanche 12 à minuit le génie aura quitté la maison.

Bonne semaine !

Césuzanne - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train
Ou plutôt de drôles de gens, à l’air incertain
Des gens dont l’histoire nous est inconnue
Mais que dans notre imaginaire nous faisons vivre sans retenue

On sent de drôles de choses dans un train
Le chocolat, la banane, le jambon, d’un passager qui a faim
Le chaud, le parfum, le deo des générations mélangées
Les effluves de la gare qui à l’arrêt du train se sont invitées

On entend de drôles de choses dans un train
La conversation téléphonique de celui qui se croit seul nous atteint,
D’un baladeur à fond s’exilent des rythmes endiablés de piano
Et ce monsieur, sans doute un peu sourd, à sa femme parle haut.

On goute à de drôles de choses dans un train
Le contrôleur s’acharne sur un chewing gum sans goût, sans parfum
Alors qu’une jeune femme savoure sa prochaine cigarette par la pensée
Un commercial pas réveillé apprécie la chaleur de son café

On touche de drôles de choses dans un train,
Les poignées, accrochées et lissées par tant de mains
Les tissus, les étoffes, frôlés dans la précipitation et la promiscuité
Et ce billet papier dans le fond de la poche, sans cesse manipulé

Lilou - Ferroviaire

"On voit de drôles de choses dans un train ...
D’abord, un monde fou dans une gare inconnue ou l’alphabet russe est incompréhensible. Ensuite c’est un compartiment partagé avec un couple d’inconnu qui ne restera pas longtemps… Moscou Pékin le transsibérien. Les forêts de bouleaux défilent … Le paysage est changeant au fur et à mesure de notre progression vers Iekaterinbourg. Plus tard nous traverserons la Sibérie et par les vitres avant d’aller près des rives nous apercevront le lac Baïkal, le lac souverain. Rien d’autre à faire que de regarder dehors et boire du thé. Un défilé de passagers devant l’immense samovar qui nous distribue une eau brûlante. Nous dégustons à longueur de journée un thé parfumé. Dans les couloirs nous nous croisons en pyjama avec nos oreillers rembourrés avec quelques noyaux de pêches. De grand matin, une femme âgée nous propose de la vodka. Elle trimballe un sac rempli de bouteilles. Chaque arrêt nous vaut de nous dégourdir nos petits mollets en descendant sur les quais des gares ou nous attendent des paysannes qui moyennant quelques piécettes nous font déguster quelques framboises, myrtilles et autres baies sauvages savoureuses. Vite il faut remonter, les hôtesses telles des cerbères nous bousculent ; le train ne prévient pas quand il repart. Un coup de trompette et en route. Une halte plus longue que les autres nous permet une promenade dans un petit marché local perdu au milieu de la Sibérie. Au milieu de brebis, veaux et chèvres, qui pourquoi se gêner visitent la voie ferrée, nous achetons des babioles et du tabac pour le fun : un paquet si vieux à l’effigie de Staline… A peine remontés dans le wagon, nous sommes envahis par des femmes qui vendent des chaussettes de laine, des gants et des bonnets. Certains trouvent leur bonheur tandis qu’une fois encore Mamie Vodka vient nous proposer son breuvage.

Le passage des frontières est difficile … Et cette nuit entre Mongolie et Chine, dans une lumière rouge orangé soulevés avec les wagons, pour un changement d’essieux car les rails ne sont pas au même écartement en Chine.

samedi 4 février 2012

L'Arpenteur d'étoiles - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train …
Ta tac tatoum, ta tac tatoum, ta tac tatoum … train de nuit bourré de militaires couchés en travers des banquettes et des couloirs moites. Il faut les enjamber pour passer. Au mieux, un grognement ou un vague juron auquel répondent des rires pâteux. Au pire, une canette voltigeuse accompagnée d’un chiffre hurlé, péremptoire, sensé asseoir l’autorité du libérable sur le "bleu-bitte" transgresseur et irrespectueux … ta tac tatoum, ta tac tatoum …

Ta tac tatoum, ta tac tatoum, ta tac tatoum … hommes, femmes, enfants entassés dans des wagons plombés. Lécher la tôle pour recueillir un peu d’eau de condensation. Arrêts interminables. On se hisse sur la pointe des pieds, quand on peut encore le faire pour entrevoir des noms de gares qui effarent. Pleurs, cris. Ceux qui se taisent ont compris. Demain, le quai, les habits entassés, les files froides et nues, et la lourde porte de fer qui se referme sur l’effroyable mise en scène de la mort bureaucratisée … ta tac tatoum, ta tac tatoum ...

Ta tac tatoum, ta tac tatoum, ta tac tatoum … dimanche fin d’après-midi. Un dernier regard vers le quai et la main agitée qui s’éloigne. Demain, la première rentrée au pensionnat de la grande ville. Ne pas montrer les larmes. Cette nuit, quand le dortoir se sera endormi, après le dernier passage du surveillant, quelques lits renifleront discrètement. Ne pas montrer de faiblesse, Julien l’a déjà compris. Pourtant il tiendra contre lui le petit ours en peluche qu’il a caché dans son sac, comme un morceau d’enfance préservé dans le monde des grands.

Ta tac tatoum, ta tac tatoum, ta tac tatoum … six heures du matin, TGV. Sur le quai glacé, gants, écharpes, tailleurs noirs ou costumes stricts sous doudounes ou manteaux gris, attachés-cases, portables déjà rivés aux oreilles ou consultés pour les premiers mails. On se presse pour trouver la chaleur de la voiture. A peine assis, on abaisse les tablettes, et les ordinateurs s’ouvrent. En face de moi, deux hommes. Un, la quarantaine carnassière, gestes larges, charismatiques, lunettes griffées posées sur une chevelure épaisse. Homme de pouvoir. L’autre vingt ans de plus, soigné à l’extrême, onctueux, lunettes fines en sautoir. Eminence grise archétypique. Il s’exprime dans un français cultivé et donne à son jeune compagnon du "monsieur le Président" à tous les coins de phrase … on voit de drôles de choses dans un train.

Ta tac tatoum, ta tac tatoum, ta tac tatoum … un parfum léger s’est propagé dans l’allée. Sillage épicé d’un carré court au dessus d’un chemisier blanc laissé libre sur un jean serré. La jeune fille rejoint sa place proche de la mienne mais lui faisant face, décalée d’un rang. Sur le siège à côté d’elle un couffin avec une couverture bleue. Elle prend son portable et parle d’une voix claire avec un très léger accent britannique.
- voilà, je reviens avec lui … oui il va bien … il est tout petit mais déjà très éveillé … les yeux ? Non, on ne peux pas encore dire (elle rit) … oui dans une heure trente environ à peu près … moi aussi … elle raccroche.
Mon imagination court : enfant adopté ? Retour de maternité ? … Non elle ne serait pas seule et puis elle paraît si jeune … Un petit frère ? Un enlèvement ? … Bizarre …
Elle a posé son téléphone et se tourne vers le couffin. Avec infiniment de précaution elle sort un petit corps emmitouflé qu’elle assied délicatement sur ses genoux. Sous le petit bonnet blanc, un adorable bébé … singe.
Ta tac tatoum, ta tac tatoum, ta tac tatoum … on voit de drôles de choses dans un train.

Mamily - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train :
Après avoir repéré, avec ma valise et mon sac, le numéro de voiture, de compartiment, vérifié le numéro de ma place, inscrit sur mon billet que je tiens entre les dents, je cherche à poser mes bagages.
A l'entrée du compartiment dont je retiens, avec un pied, la porte automatique qui n'attend pas mon passage pour se refermer sans cesse, je remarque, à droite et à gauche, deux grilles qui servent d'étagères .Elles sont censées accueillir les bagages de tous les voyageurs de cette voiture .
Pour moi, qui ne fais pas partie des premiers arrivés dans le compartiment, c'est mission impossible puisque déjà s'amoncellent une quantité de bagages impressionnante.
Où mettre ma valise et mon sac?''
Le sac... peut-être... sous mes genoux... mais... la valise?...Entre mes jambes?...
Je ne vois pas bien comment, étant donné que je mets déjà le sac....
Heureusement qu'ils m'ont attribué une place en duo car ,si j'avais trois voisins dans un sas prévu pour quatre ,je serais obligée de la poser dans le couloir, gênant ainsi la circulation des passagers...

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vendredi 3 février 2012

Manoudanslaforêt - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train
Cette maman avec son bébé qui n'arrête pas d'hurler, elle ne sait plus où se mettre, comment le calmer....
Cette jeune fille plongée dans son roman, le casque sur les oreilles insensible à ce qui se passe autour d'elle...
Ces deux ados hurlant de rire tous les deux minutes, on se demande bien pourquoi ?
Cette petite vieille qui sert son sac contre elle et n'ose à peine bouger...
Cet homme en complet veston qui n'arrête pas de tapoter sur son ordinateur d'un air sérieux...
Cette famille au complet qui joue aux cartes, en goûtant joyeusement...
Ce jeune couple d'amoureux que la présence des autres n'a pas l'air de gêner...
et puis elle, seule les yeux dans le vague, qui imagine la vie de chacun, qui ne veut pas penser à la sienne, à ce qui l'attend au bout de ce voyage....

Jarez - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans les trains. Je dirais même plus : on les vit… Tenez, un exemple : après quelques heures assis sur votre siège, votre attention se lasse de voir défiler les pylônes et vous ressentez l’irrépressible envie de découvrir, hors du compartiment, un lieu de solitude et de recueillement. Les concepteurs des transports publics en ont été conscients et ont imaginé un moyen ludique de satisfaire ce besoin fondamental.

La 1ère phase s’inspire du jeu de piste de la colonie de vacances de notre enfance : de discrets indices sont censés vous guider vers l’endroit recherché. Dans certains wagons – ceux à étages, par exemple – le jeu a été subtilement compliqué par la discrimination sexiste de la destination. La règle impose également que vous portiez votre badge, à défaut de quoi un contrôleur tatillon peut vous obliger à regagner votre point de départ, comme au jeu de l’oie. Il vous faut souvent enjamber quelques valises avant d’atteindre le port bloqué par le petit voyant rouge qui vous informe qu’un navire est amarré à l’unique emplacement existant. L’attente sera d’autant plus stressante que l’urgence de décharger la cargaison sera grande…

La 2ème phase commence dès que vous pénétrez dans ce havre. Il vous faut parfois l’aménager à votre convenance puis procéder à vos préparatifs particuliers. C’est là qu’interviennent des difficultés spécifiquement masculines qui épargnent nos compagnes. Celles-ci, en effet, ignorent les secousses du wagon et les forces inertielles ou centrifuges car leur position place leur centre de gravité très proche de la surface de sustentation. Il n’en est pas de même pour nous, les hommes, qui devons stabiliser l’équilibre et la trajectoire de tir, indispensables pour atteindre la cible. Oui, bien sûr, rien ne nous empêche de faire comme elles… Mais, malgré les risques et les approximations inavouées, c’est dans la nature de l’homme de relever les défis…

jeudi 2 février 2012

Noisette - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train, n'en déplaise à Eléonore qui ne jure que par l'avion. Il est vrai qu'elle a un sacré train de vie ! Pour elle pas de train-train quotidien : en tailleur Chanel à Hong-Kong, avec attaché-case à Melbourne le lendemain, pour se retrouver en fin de semaine à jouer le boute-en-train en frétillant de l'arrière-train dans un after londonien.
Du train où vont les choses, elle sera vice-présidente en moins de deux ! Mais je ne suis pas en train aujourd'hui pour vous en parler. J'ai moi-même un bon train de retard sur le sujet qui nous intéresse au plus haut point :
"On voit de drôle de choses dans un train".

Arthur Hidden - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train mais là, c’est trop pour moi ! Plongé dans mon journal, je n’avais pas fait attention aux deux personnes qui s’installaient en face de moi. Juste sans avoir l’air de rien rapprocher mes pieds pour bien occuper tout l’espace auquel j’ai droit. Ne rien lâcher mais rester absent pour éviter toute contestation. Le plus malotru des humains hésitera toujours à empiéter sur le territoire d’un homme si important qu’il ne peut pas distraire un coup d’œil de l’étude de son journal, un journal de référence, pas une quelconque gazette futile. Tout s’est bien passé, tout c’est passé comme j’ai l’habitude.
Jusqu’à ce qu’il parle. Et mon Dieu, cette voix ! Je me suis senti transpercé par elle comme un bigorneau par l’aiguille qui va le chercher au fond de sa coquille pour le porter à des lèvres gourmandes. Comme le bigorneau je me suis senti cuit. Alain, mon ami de trente ans, sa manière de parler si reconnaissable, sa voix curieusement ensoleillée et trainante. J’ai revécu en un instant tout ce qu’il m’avait infligé. La manière dont il avait séduit Clara, la lumière de ma vie. Mais c’est plus insupportable encore. Je l’entends qui roucoule, qui parle à mots couverts, pas si couverts que cela, de choses qu’on ne raconte pas en public. Je vais hurler. Il ne faut pas. Il faut que je réfrène le tremblement du journal, de mes mains. Je ne peux pas me dévoiler, pas devant Clara. C’est trop humiliant ! Je deviens fou. Clara, je t’en supplie fais le taire ! Clara, toi si délicate ! Clara ! Oh Clara !
Mais cette voix, cette voix qui minaude à son tour, ce n’est pas la tienne ! Clara ! Oh Clara !

Où lire Arthur-Hidden

Valentyne - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train
Même dans un Transilien.
Le matin, les passagers grimpent un peu ensommeillés et se plongent tout de suite dans leur occupation favorite : dévorer un livre, parcourir un quotidien, relire une étude marketing et ses graphiques multicolores, s’isoler dans la musique. Certains finissent leur nuit, la tête renversée en arrière, bouche ouverte. Une jeune fille parait frigorifiée, petite mésange recroquevillée sur elle-même. Son ami lui propose son bonnet, avec une tête de scolopendre brodée dessus, elle refuse d’un sourire.
Ce matin, certains passagers sont un peu inquiets et scrutent le ciel : quelques flocons de neige volètent. Il ne faudrait pas que cela tienne, sinon cela deviendra le parcours du combattant pour rentrer ce soir : des voitures en travers, des conducteurs de train qui ne peuvent pas rejoindre leur poste, des trains annulés, la pagaille, des voyageurs désorientés. Et une fois arrivé à la gare, plus de bus, rentrer à pied dans le froid après avoir prévenu la crèche, l’école, les voisins…
A Louveciennes, un homme d’une quarantaine d’année grimpe dans le wagon. Quelques voyageurs soupirent en le voyant avec sa guitare, qui n’est pas rangée dans une housse. Guitare non rangée signifie sérénade imposée.
L’inconnu se faufile et s’installe le dos contre les sièges relevés. Il commence à gratter quelques cordes. Des cheveux longs, pas lavés, un jean qui a connu des jours meilleurs, de grosses chaussures de chantier pleines de boue.

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mercredi 1 février 2012

Purdey - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train
Rhum agricole,Whisky sur tablette du voisin
Ipad et compagnie et puis autour plus rien
Enfants qui font du bruit, rires et pleurs incertains
Noceurs du samedi rentrent au petit matin
Travailleurs du lundi qui reprennent le train train

Extravagante mamie, baladant son félin
Xylophone il se nomme:il a été contraint
Pliages, origami à l'arrière du train
Rencontres improbables, passagers clandestins
Echenoz 200 pages traîne caché dans un coin
Sac de voyage qui glisse attend un coup de main
Sourires complices en douce, regards sans lendemain.

Lira - Ferroviaire

TRAIN EN PANNE.

On voit de drôles de choses dans un train. Sans doute, mais pour l'heure, point d'idées ne me viennent et ma plume est en panne.
Que ne suis-je Agatha Christie, ou Cendrars, ou éditorialiste à La vie du Rail, ou garde-barrière, s'il en reste, ou chef de gare, que sais-je encore ? Contrôleur ?...
Non, rien, vraiment rien pour alimenter mon imagination.
Et si j'étais voyageur ?...
C'est décidé, je prends le train ce soir même. Je guetterai l'insolite, je serai à l'affût de l'évènement. C'est sûr, je serai le témoin d'une aventure extraordinaire ! Je le sens. Mes oreilles ont sifflé trois fois, c'est un signe !...
Le récit que j'en ferai sera le best-seller de l'année parce que je demanderai à A. N (motus...) de l'écrire.
Assurée du succès qui se profile, je prends un bagage léger, saute dans ma voiture et me dirige vers la gare. Le train part dans trente minutes, c'est plus de temps qu'il n'en faut... quand l'hiver n'a pas choisi de faire valoir ses droits ce jour là.
Chez nous, en mon pays, la panique commence avec le premier centimètre de neige. Le boulevard qui conduit à la gare est saturé. Une heure trente plus tard, je suis toujours dans ma voiture, prisonnière d'un gigantesque embouteillage, quand soudain, mon attention est attirée par ... mais ce n'est pas le thème de la semaine...
Je rentre à la maison, dépitée et le crayon toujours aussi comateux.
Pour me détendre un peu, je vais me promener sur un site d'écriture, et là, doux plaisir de lecture: un florilège de drôles de choses vues dans un train...

Ariane - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train et dans celui-ci la grâce fut au rendez vous.

Lorsque le personnage prit place à mes côtés, je ne ressentis pas cette habituelle capture d'air commise par certains lorsqu'ils s'installent en prenant possession de leur espace, du mien, de l'accoudoir et des journaux mis à disposition. Je ne me souviens pas non plus d'un parfum lourd qui serait venu se déposer sur moi, pas plus que d'odeurs agressives d'aliments destinés à être bruyamment ingurgités. La tablette ne fut pas baissée, aucun gadget destiné à créer un solide rempart ne vint délimiter son territoire ; le personnage voyageait léger, l'était, et l'air frémit imperceptiblement comme pour annoncer que lui aussi allait le devenir.
Mais d'abord, il circula et les cloisons de nos deux intimités s'évaporèrent. Ensuite, il nous enveloppa dans une bulle à l'intérieur de laquelle les sons nous parvenaient assourdis. Enfin, il souleva mon esprit afin qu'il n'ait plus peur de l'étranger.
J'abandonnai donc mon âme à la confiance et je vis ma main se poser doucement sur celle de mon compagnon de voyage. Et tout en songeant que ma vie pouvait s'abandonner à cette douce et paisible parenthèse, je sentis ma tête toute entière descendre se blottir au creux de son épaule.
N'ayant le souvenir d'aucun visage, d'aucune silhouette mais seulement d'une main irradiante de chaleur, je me demande qui était assis ce jour-là, à mes côtés, avant mon réveil en gare de Lyon.

Blj73 - Ferroviaire

LE TRAIN DE MES REVES

"On voit de drôles de choses dans un train "
Moi qui suis chef de gare, je peux vous le dire
J'en ai sifflé, un certain nombre de départ :
Trains de marchandise, trains postaux
Micheline, Corail, trains express régionaux
Et même les trains à grand vitesse (une grande prouesse!).
Quelle que soit l'heure, toujours la même frayeur
Un train peut en cacher un autre, d'ailleurs,
Pour moi, le pire, les voyageurs
Qui m'en font voir de toutes les couleurs .
Entre ceux qui prennent le train en marche
Ceux qui ont un train de retard
Ceux qui sautent dans le train
Ceux qui passent sous le train
Ceux qui vont grand train
Sans parler des boute- en- train
Qui mènent un train d'enfer
Ignorant leur train de vie
Croyez moi, je ne sais plus quoi faire.
Comment aiguiller tous ces trains ?
Je ne m'y retrouve plus
Je ne suis plus en train
Au train où vont les choses…
Alors, dans mon train-train quotidien
Je m'autorise une pause …
… Je regarde passer les trains
J'imagine les jours de grève
Et Le train de mes rêves…

mardi 31 janvier 2012

Jujube - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train indien … Prenez celui qui monte à Simla dans les contreforts de l’Himalaya. Les indiens le nomme le « Toy Train », car il est minuscule pour escalader la montagne, peinturluré en rouge et jaune, sans doute à cause des constants brouillards, et qu’il siffle à tous les virages avec une vigoureuse insistance de petit voyou. On s’y installe sur des banquettes raides dont la moleskine fatiguée souligne l’ossature de ressorts avachis. Très vite chacun s’enferme dans la somnolence ou la lecture d’un encombrant journal.

Depuis une heure, la principale activité à consisté, pour la mère de famille voisine de ma place, à déplier des serviettes, à déballer les victuailles et distribuer les galettes et les beignets, les légumes odorants, à son mari et sa progéniture, puis à verser à boire à chacun dans des gobelet d’inox, nettoyer les mains, les bouches et chasser les miettes. Puis, pendant que Monsieur se cure les dents, et que les enfants se chamaillent gentiment, elle mange rapidement, elle replie les serviettes, referme les boîtes, revisse les bouchons, renoue les torchons, remplit le panier, le hisse sur le porte-bagages avant de se rasseoir, lissant bien soigneusement les plis de son sari dont elle ajuste le pan autour de ses cheveux sombres répartis par une raie poudrée de rouge vif, distinction des bonnes épouses. Maintenant elle s’endort, tête baissée.

Turlututu ! Le train aborde la gare d’un minuscule village au quai noir de monde. Comment vont-ils entrer là dedans ? Les marchands de ballons sont les premiers à pousser leurs énormes grappes multicolores dans le wagon. Les gamins pleurnichent en les montrant, la mère répand quelques petites taloches, d’ailleurs elle arrête le marchand de thé qui s’est faufilé avec son plateau et sa grosse thermos, à peine si le cireur de chaussures peut passer avec sa caisse sur l’épaule pour rejoindre le client qui lui fait signe à quelques banquettes de là. Le père hèle un gamin resté sur le quai avec son plateau de pans et négocie par la fenêtre l’achat de cette grosse bouchée de verdure épicée qu’il mâchera un bon moment. Des voyageurs bien placés s’entremettent pour acheter des bananes et des bonbons restés sur le quai, et les font circuler jusqu’au destinataire qui leur fait repasser de la monnaie. On parle, on s’apostrophe, on se remercie. En même temps des porteurs chargés de valises précèdent de nouveaux voyageurs eux-mêmes encombrés de paquets et flanqués de famille, on se serre, les valises deviennent sièges pour les enfants, les paquets se glissent sous les banquettes dans un grand effort, de sonores discussion, des conseils et quelques rigolades. Mais le train siffle à nouveau, tous les marchands refluent en se faisant payer rapidement … quoique, à la vitesse où le train démarre, il n’est pas difficile de sauter en marche, ce que fait le marchand de yaourts, avec une souplesse négligente et sans perdre le moindre petit pot de son plateau. Enfin seuls! Chacun peut se rassoupir.

On peut regarder les grands arbres qui caressent les flancs du train, attendre qu’une perspective noyée de brume dévoile le vide d’une vallée profonde où trépigne un torrent plein d’écume, chercher à entrevoir la découpe de crêtes qui en cachent d’autres encore plus hautes, perdues dans les nuages. Le wagon tressaute et vacille sur les rails avec son ferraillement et ses à coups obstinés tandis que la vapeur refoule et s’échevelle, pulsée par la locomotive essoufflée. La côte devient rude, la vitesse décroît tellement que quelques jeunes habitués en profitent pour descendre et escorter le train en petites foulées. Indifférence, encouragements, c’est selon, mais quand ils remontent, mon voisin me dit qu’ils sont jeunes et qu’il le faisait aussi autrefois. Eh oui !

Les heures passent, à chaque étape on se serre, on accueille le divertissement des marchands, on regarde les habitants des quais venus vendre, mendier, regarder ceux qui passent. Forcément, il s’y promène aussi des vaches douces et blanches aux yeux surlignés de noir.

A Simla, la machine sera vérifiée, graissée, les wagons forcément nettoyés : à peine les voyageurs descendus, des enfants prestes monteront récupérer tout ce qu’on aura laissé, jusqu’au dernier journal, au dernier morceau de chapati.

EVP - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train.
D’abord, c’est comme un ballet confus :…C’est ici…Non, le wagon suivant…Ah ! Sur mon billet c’est la 69…Pardon, excusez-moi…
Puis les personnages s’installent : La jeune fille pose ostensiblement « Le banquet » sur sa tablette. Le cadre installe son ordinateur et quelques dossiers. Le jeune militaire cherche la meilleure posture pour allonger ses longues jambes. Une dame âgée sort d’un cabas de marché, un livre jauni et corné. Chacun s’installe dans sa petite bulle. Tous ont des écouteurs dans les oreilles, hormis la personne âgée et moi.
Je n’ai pas envie de lire, le paysage me fascine. Au premier plan, un brouillard strié de longues lignes de fuites horizontales, les champs mornes et gris de ce début janvier ensuite et, plus loin, quelques belles fermes ou de petits châteaux secrets enfouis dans des bosquets. Dans le ralentissement des villes que nous traversons et que je connais, cette impression d’être sur l’envers du décor.

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GBalland - Ferroviaire

Le Rouen-Amiens

On voit de drôles de choses dans un train. De si drôles de choses que j’ai même été tenté de me rendre au commissariat. Comment oublier cette scène-là ?

C’était la semaine dernière, j’étais monté dans le train qui fait Rouen-Amiens, un tortillard qui écume les gares comme certains écument les bars. Vous vous demanderez peut-être pourquoi je parle de bars... c’est à cause de ce type, assis en face de moi, qui a sorti une flasque. Il m’a proposé du cognac, j’ai refusé.

- Jamais le matin, un principe, ai-je souri.

Il m’a rétorqué que lui aussi avait des principes, avant, mais qu’ils étaient tous tombés les uns après les autres, comme des combattants sur le champ d’honneur. Ensuite, il a sorti une photo et me l’a tendue.

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Mamido - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train… et, surtout, on y rencontre de drôles de gens. Enfin, vous, je ne sais pas, mais moi, si. Et, en plus, ils s’assoient toujours à une place proche de la mienne. Je ne sais pas ce qui les attire en moi mais même s’il y a de la place partout, même si la voiture est entièrement vide, ils viennent se coller là, à mes côtés.

J’ai beau alors prendre mon air le plus revêche, m’appliquer à ne pas croiser leur regard, répondre à leur bonjour sur un ton à faire descendre les glaciers du pôle Nord jusque sur la Canebière… ou ne pas répondre, ostensiblement… Rien n’y fait, ils engagent la conversation tout de même et commencent à déballer leur vie.

Et quelle vie ! Ce n’est jamais un long fleuve tranquille, ça je peux vous l’assurer. Ce sont toujours des histoires torturées, tristes à en pleurer. Des enfances difficiles, des mariages malheureux, des maltraitances, des séparations, des abandons, du harcèlement en entreprise quelquefois, de la solitude et de la fragilité, toujours.

Spontanément, les gens se confient à moi et que faire d’autre, sinon les écouter ? A part se boucher les oreilles, peut-être (tiens, ça me donne l’idée de prévoir des boules Quiès, lors de mon prochain voyage).

Lorsque je descends du train, je me sens épuisée, triste et déprimée d’avoir accumulé ainsi le malheur et la souffrance des autres. Pendant un temps, ceux-ci restent miens et j’ai du mal à m’en détacher…

Mon mari me dit qu’il y aurait une profession à proposer à la SNCF : psychologue ferroviaire. Mais cela marcherait-il aussi bien qu’avec moi ou mes semblables, voyageurs de hasard, chez lesquels ceux qui nous choisissent ont décelé un je-ne-sais-quoi qui leurs permet de se libérer du poids de leur vie difficile, le temps d’un trajet ferroviaire… Et de s’en délester, tel un bagage trop lourd qu’on abandonne sur la banquette, en descendant du train.

lundi 30 janvier 2012

Marotte - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train, pensait Albertine.
Assise dans le bureau du chef de la gare St Lazare, elle pleurait. Hyacinthe, son mari, avait disparu. Pour leur anniversaire de mariage, le 13 août 1876, il lui avait offert le voyage jusqu’à Meudon , dans ce transport infernal, le chemin de fer. C’était la grande mode, la folie des parisiens. Ce qui les excitaient le plus : les wagons à impériale. « Une vue extraordinaire, cher ami, croyez-moi ». Se précipitant à s’étouffer dans l’étroit escalier de fer qui menait à ces places aériennes, c’était à ceux ou celles qui seraient les premiers installés. Les dames, heureusement, avaient depuis peu abandonné la crinoline mais devaient relever leurs longues robes, permettant aux polissons de pincer les mollets, ce qui était d’ailleurs une distraction fort prisée. Pour l’heure Albertine attendait le chef de gare parti chercher la police. Elle revoyait le départ de Meudon et l’incroyable bousculade, préférant monter dans le wagon en laissant Hyacinthe aller sur l’impériale. Des pensées jalouses agitaient son esprit, « et s’il était parti avec une autre, profitant du voyage et de la cohue, dans la foule, elle n’aurait rien vu », non, elle eut honte, ce n’était pas un homme à perdre la tête . Elle se sentait coupable de l’avoir laissé seul. La porte s’ouvrit, le chef de gare et deux policiers en civil entrèrent.

- C’est vous la femme Larivière ? demanda l’un d’eux sans ménagement.
Albertine fit un signe d’assentiment.
- Nous pensons avoir retrouvé votre mari, la description des vêtements correspond.
Elle comprit aussitôt et ne pouvant en entendre davantage, elle s’évanouit. En effet, Hyacinthe était tombé du train et, horreur, s’était fait décapiter par un pont. Il avait finalement bien perdu la tête !

Les wagons à impériale furent retirés des transports, les voyageurs tombaient en cours de route et certains imprudents furent en effet décapités par un pont. La gare St Lazare est la première gare parisienne.

Claudie - Ferroviaire

On voit de drôles de choses dans un train… Je réponds d’un hochement de tête à l’homme qui s’adresse à moi d’une voix de fausset. Je n’aime pas être dérangé et le trajet sera long en compagnie de cet individu qui s’installe en face de moi, les bras protégeant une sacoche de vieux cuir. Des carrés de vie encadrés de fils électriques, s’impriment à grande vitesse sur la vitre : coins de campagne maigrichonne, flèches des églises pourfendeuses de nuages, petites gares vides. Mon regard se noie dans le crépuscule qui s’installe, je n’entends plus le bruit de mastication de mon voisin qui attaque un sandwich, je n’entends plus le bruit des passagers fumant dans le couloir, ni celui des chariots poussés par des employés badgés et peu amènes. Je sais que le voyage avec elle n’était pas possible, le voyage de l’amour en général. Les illusions se perdent sur les quais anonymes, dans chaque pas perdu des salles d’attente glaciales. Mes yeux maintenant sont pleins de larmes, je voudrais ouvrir la fenêtre, respirer l’air enfumé du soir, sentir la vie de nouveau emplir mes poumons et le sang vif couler dans mes veines. Je n’ose pas bouger, je ne veux pas parler à l’individu qui me dévisage avec curiosité. Il a un aimable sourire et me tends un morceau de son sandwich. « Tenez, jeune homme, il faut vous nourrir, vous êtes si pâle ». Sa sollicitude me pèse, elle est feinte. Je le remercie assez sèchement puis le détaille à mon tour. Il me ferait presque sourire avec son complet gris, sa cravate tirebouchonnée et ses cheveux plaqués à la gomina si j’avais envie de sourire. Il le sait que je suis au plus mal, il le sent, il m’observe depuis le début du trajet …

Le train ralentit avant de s’engager dans un tunnel, les ampoules s’allument au plafonnier. Le visage de l’homme est verdâtre sous la lumière jaune. Son regard fouille le mien.
- C’est vous n’est-ce pas ?
Sa voix s’est affermie.
Que répondre, il a déjà deviné, il n’est pas là par hasard dans ce compartiment, il m’a suivi à la trace, en fin limier qu’il est.
- La valise trouvée sur le quai, la femme en morceaux… Elle vous était infidèle, c’est ça ? N’ayez pas peur de parler, parfois ça soulage, mais avant laissez-moi vous passer ceci.

Ceci est une paire de menottes sorties prestement de la sacoche de cuir. Le train s’est immobilisé en rase campagne avec de longs soupirs, les flics investissent le compartiment et félicitent le commissaire. Des fragments de visages choqués s’inscrivent dans ma mémoire immédiate. Une grande lassitude fige mes membres.

Venise - Ferroviaire

On voit de drôle de chose dans un train...
Les langues qui se parlent dans un train ne sont jamais la mienne, et malgré une écoute patiente et ouverte, la mosaïque des dialectes des passagers est tellement compliquée et foisonnante, qu’il faudrait attendre le jour de Pentecôte pour dire enfin le vrai ensemble.

Il me reste à imiter les anges qui sur le quai des gares portent nos valises.
Je les vois avec nous dans ce train chahuter, faire du bruit, chanter danser jouer même de la musique sans commettre aucune indélicatesse.
Ils nous regardent nous surmener en courant sur les quais de gare.
Notre monde abonde de ces malentendus qu’aucun départ n’arrive à effacer.
Alors on voit des passagers fatigués, bercés entre le vrai et le faux dans la nuit.

Pendant que je m’endors sur l’épaule de mon voisin qui modèle des mots que je ne connais pas, mon rêve m’emporte vers Prague, Rome, ou Lisbonne. C’est un voyage dans le voyage à côté de chacun dans le présent et hors du temps.
Dans mon sommeil que le train bouleverse, j’invente des chemins et sculpte une nouvelle langue connue de tous.
Ma réserve de sommeil épuisée, me voilà dans ce drôle de train en train de regarder ma vie se perdre sur les rails soudés comme les ailes des anges.

Et par la colonne vertébrale du trajet qui ne mène nulle part sinon à soi j’attrape la correspondance pour rentrer chez moi.

Vegas sur Sarthe - Ferroviaire

Le destin du Malabar

On voit de drôles de choses dans un train... à commencer par cette chose collante glanée dans la salle des pas perdus et pas perdue pour tout le monde! Entre moonwalk et pas chassés j'essaie de transmettre ce cadeau d'un anonyme et indélicat mâchouilleur à mon voisin de banquette qui n'a pour seule excuse que celle d'être mon plus proche voisin.
Le destin d'une gomme à mâcher tient en peu de mots comme mastication, déambulation, claudication, plus rarement déglutition ou constipation, bref. C'est fou ce que le trajet semble interminable dans ce train plus régional qu'express... je n'ai pourtant aucune raison d'être pressé d'arriver à Vierzon puisque j'y rejoins Germaine qui n'aura - crise oblige - pas plus de fleurs que de bonbons mais bizarrement je n'ai pas peur de la perdre.
D'ailleurs depuis quelque temps je perds tout, hier c'était ce fameux triple A, ce matin c'est mon billet aller-retour et c'est ce qui m'inquiète le plus car je sais au moins ce qu'il m'a coûté... trente deux euros pour une soirée de merde au Macumba, quelques slows trop collés-trop serrés parce que je le vaux bien et ce régécolor parfumé naphtaline qui nous libère la piste plus vite qu'un chasse-neige à Roissy.

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Ice Man - Ferroviaire

(Résumé du dernier épisode : Farid El Guerrouj, journaliste, est convoqué par un mystérieux inconnu pour une interview. Après s’être rendu dans la chambre de ce Robert Fontenay, celui-ci lui demande de le tuer et commence à lui raconter son histoire. Mais ils sont interrompus. Kidnappé, menacé, Farid retrouve la trace de Fontenay et fuit un mystérieux ennemi dans des sous-sols avant de se retrouver dans une chapelle provençale.)

- On voit de drôles de choses dans un train..., reprend Fontenay, surtout quand on se retrouve dans un compartiment avec des inconnus. C’est ce qui m’est arrivé l’année dernière et c’est là que j’ai entendu la première fois parler de vous.
- De moi ?
- Oui, de vous, par deux inconnus à l’allure d’hommes d’affaire, comme on en rencontre dans les premières classes corail. Ils parlaient d’un journaliste dont « la prophétie » disait qu’il ferait échouer leur affaire.
- Vous allez me faire croire que ces deux personnes discutaient comme cela devant vous ?
- Oui… En réalité, ils ne savaient pas vraiment que j’étais là ou que je pouvais les entendre. Mais c’est une autre histoire. Laissez-moi poursuivre : donc ils parlaient d’une prophétie qu’un journaliste allait déjouer et qu’il faudrait vous éliminer mais au moment opportun.
- C’est pour cela que la dernière fois, lorsque l’on m’a kidnappé, on ne m’a pas tué ?
- Sans doute mais je ne l’ai pas compris tout de suite. Je ne peux pas vous dire qui ils sont sans que cela gêne l’accomplissement de cette prophétie. Je peux juste vous aider à l’accomplir et vous donner les éléments pour cela. C’est ma mission comme cela était ma mission de suivre ses individus.
- Donc je suis le jouet d’une prophétie, maintenant ! Et si je refuse de faire quoi que ce soit ?
- Vous ne pouvez pas. Cela s’accomplira avec ou sans votre consentement. Par le passé, j’ai déjà essayé d’aller contre le destin et sans succès. J’en ai souffert tant que l’éternité ne suffit même pas à étouffer le chagrin qui me ronge.
- Alors que dois-je faire ?
Fontenay se dirige alors vers une statue de la Vierge Marie et passe la main derrière, semblant chercher un objet. Il en ressort avec un médaillon, minuscule mais étincelant malgré l’obscurité qui règne dans ce coin de la chapelle.
- Prenez-ceci et partez d’ici. Vous irez à New York, chez mon ami Stanislas dont voici l’adresse. Apprenez par cœur cette adresse et détruisez là. Vous devez partir vite et le voir avant la fin de la semaine, sinon….Partez maintenant, vite, je sens qu’ils se rapprochent.
Farid, toujours vêtu de son accoutrement de bal masqué, n’essaye pas de comprendre, sentant que le danger lui commande d’obéir. Il suit son instinct, ou est-ce la volonté de Fontenay, et quitte le village par la forêt pour rejoindre une route et trouver un véhicule.

Où lire Ice Man

Toncrate – Ferroviaire

Le train jaune

On voit de drôles de choses dans un train jaune
qui circule en Cerdagne depuis Vernet-les-Bains
jusqu’à Latour-Carol, au milieu des sapins
à l’assaut des montagnes en jouant du klaxon.

Sur le pont de Gisclard, deux immenses pylônes
enrobés de papier comme des massepains,
font une haie d’honneur au petit train lambin
et à ses wagonnets qui suivent en colonne.

A l’entrée des tunnels c’est le pandémonium,
le paisible convoi devient le train fantôme
où l’on joue à crier, à mimer l’apeuré.

Si cet été, en Catalogne, vous allez
vous dorer la pilule, faites-vous trimballer
par le petit train jaune, vous ne regretterez.

Semaine du 30 janvier au 5 février 2012

Cette semaine, laissez là horoscopes et cartes du ciel, et partez exercer vos talents d'observateurs dans un contexte plus... ferroviaire. Vous avez toute liberté pour nous faire part de vos observations, hormis l'amorce : votre texte commencera impérativement par cette phrase : "On voit de drôles de choses dans un train..."

Vos participations doivent parvenir à l’adresse habituelle ; surtout ne manquez pas le dernier train, dimanche 5 février minuit, heure de Paris.

Bonne semaine !

dimanche 29 janvier 2012

M'annette - Zodiaque

Mon arrivée sur terre eut bien lieu en septembre. Je suis de petite taille, et ce n'est pas là une taille mannequin , et s'il m'arrive de porter du gris, ce n'est pas mon seul choix de couleurs. Ma naissance a eu lieu dans une chambre rose (de toutes façons il faisait nuit!) qui donnait sur une cour de ferme dans laquelle les poules, les vaches et les chevaux dormaient, qui dans un poulailler, qui dans une étable, qui dans une écurie. Et il faisait bon.

Et je suis une femme...

Sans doute est-ce pour cette raison que je me sens parfois différente... et seule.

Où lire M'annette

samedi 28 janvier 2012

Clise - Zodiaque

La femme capricorne a du ressort
Mais elle peut s’effondrer au bord du ravin
La femme capricorne est têtue et obstinée
Et elle peut redresser la tête d’un bond hors du gouffre…

Où lire Clise

vendredi 27 janvier 2012

Florie B - Zodiaque

La neige de ses seins roses réveille en fondant l’amant valeureux -
Abhorrer le refuge, toujours s’interdire le confort heureux.

Fantasme de femme par qui tout commence, tout continue, tout meurt,
Elle crève d’envie d’incarner l’Eve, la Marie ou l’Amazone.
Magicienne de la nuit, elle ensorcelle et dompte l’éternel -
Mourir sous la branche de gui empoisonnée du doux capricorne -
Etre la femme sagittaire, c’est ne connaître aucune borne.

Déboussole les balises, et part plus loin que le vent ne porte !
Et une autre fois s’endort sous les étoiles de l’archer Centaure.

Des yeux forêts de sapin au feu de sauge agitant sa poitrine,
Entourée du soleil qui se réinvite sur Terre, sur le seuil,
Chimère merveilleuse née dusolstice et de l’indiscipline,
Elle ramasse l’automne et, une à une, fait brûler ses feuilles.
Montagnes ou lacs roussis, sentiers sur les cimes, partout elle chemine.
Brûler ses ailes pour suivre la flèche, embraser l’hiver morne,
Ruer sans frein vers l’univers, rugir, verser son feu sur les mortels,
Elle dansera sur le ciel - galopant à la recherche du bonheur.

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Arthur Hidden - Zodiaque

L’Homme de janvier peut être un homme ou une femme. Parfois c’est un petit garçon ou une petite fille, ou quelqu’un qui se souvient de l’avoir été ou encore qui l’est resté.

Il a pu naître dans la chaleur de l’hémisphère Sud, dans la froidure de l’hémisphère Nord, ou dans la touffeur d’entre les deux tropiques. Il arrive également, mais c’est plus rare, que l’Homme de janvier réconcilie climat nord et climat sud lorsqu’il est né au pôle Nord ou au pôle Sud.

L’Homme de janvier peut mourir de honte et de misère ou de satiété et d’ennui. Il peut être heureux ou malheureux, parfois l’un parfois l’autre aussi. Il peut avoir toutes sortes de croyances et d’incroyances, d’espoirs et de peurs, d’amours et de haines.

Mais toujours l’Homme de janvier mérite qu’on reconnaisse sa dignité comme les Hommes des onze autres mois de l’année.

Où lire Arthur Hidden

jeudi 26 janvier 2012

Randover - Zodiaque

Le poisson a un caractère aqueux en cela il se rapproche du piano, et pourtant ils n'ont aucun point commun. Le poisson navigue avec fluidité dans son milieu, sans faire de bruit mais souvent efficacement...hormis lorsque il croise un animal plus gros auprès duquel il croit naïvement trouver assistance et qui l'absorbe goulûment. Pauvre poisson!

Le poisson n'a pas d'ailes sauf quand il fait un vœu et que celui-ci est exocet.
Alors le poisson si heureux en vient à bondir hors de son milieu naturel, qu'il ne tarde pas à rejoindre, tant le poisson aime être sécurisé et entouré d'éléments familiers.

Le poisson n'a donc nativement pas d'aile mais quand par hasard il lui vient l'envie de s'en rajouter même une seule, il devient non pas un ange, mais très... polisson, et on découvre là un autre trait de personnalité un peu caché.

Le poisson est multi-facettes et dit-on, insaisissable... à moins de trouver le bon endroit où l'agripper.
La conjonction, unique en cette année 2012, de Vénus et de la Lune pourrait réserver aux natifs du poisson pour la semaine à venir une débauche de surprises diverses et variées. Certains mordront à l'hameçon et en prendront pour vingt ans, d'autres frétilleront d'aise, tandis qu'une bonne partie continuera à buller sans bruisser...

Lolo - Zodiaque

Si le ver so (entendre « solitaire ») balance tout aux lions, sa gît (par) terre.
La vie erre, je tords au cou les idées préconçues que les cas pris (aux) cornes de la pleine lune cache un signe du zodiaque.
Can sert donc votre matière grise ? Faites en bon usage pour déceler le signe manquant.
Sans ce corps pi, on sera incapable de calculer la trajectoire menant à lui.
G'aime au poids son allure.
Alors l'avez-vous trouvé ?

Blj 73 - Zodiaque

BALANCE, BALANCE

"Verseau ? Sagittaire ou capricorne?
Que choisir parmi ces références?"
se dit l'écrivain Balance.

"Pas de conflit, pas de violence
De la tempérance "
Explique maman Balance.

"Santé, social, justice
Recherche ou sciences?"
S'interroge l'étudiant Balance.

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