Son collègue reprit la parole et le sorti de ses pensées :
— « Tu ne crois pas qu’on devrait aller la voir ? Histoire d’anticiper, non parce que quand le patron va voir ça, il va faire beau tiens… »
— « J’y ai tout de suite pensé, plus qu’a trouver le courage…c’est vraiment à nous d’y aller ? »
Témékiel leva les bras, comme pour marquer l’évidence :
— « Il n’y a plus que nous deux à cette heure là, et puis ça sera bon pour l’avancement ».
Ce à quoi son collègue répondit sans grande conviction :
— « Bien, en avant alors… »
Les deux amis partirent dans le long couloir pour arriver à l’ascenseur, et montèrent au dernier étage. Une fois sur le palier, ils arrivèrent dans un grand hall et allèrent frapper à une porte dans le coin gauche.

La Faucheuse finissait tranquillement un solitaire sur son ordinateur quand elle entendit frapper. Prise de panique elle lança « un instant ! » puis ferma son jeu pour ouvrir une page remplit de statistiques. « Oui entrez ! ».
Les deux anges passèrent la porte et trouvèrent la Faucheuse à son bureau, son manteau à capuche noir et sa grande faux pendue au porte-manteau dans un coin de la pièce. Elle engagea la conversation, ricanant à moitié :
— « Je ne vous demande pas ce qui vous amène dans mon bureau ».
Les deux anges échangèrent un regard avant que Témékiel ne réponde :
— « Ta journée s’est bien passée ? Plutôt calme ? »
— « Ho oui oui… », elle s’était levée et leur tournait maintenant le dos, tentant de maîtriser son éclat de rire.

Les deux anges ouvraient des yeux de plus en plus grands à mesure que la Mort en personne semblait se moquer d’eux. Ezibius se laissa tomber dans un fauteuil, cherchant une machine à café dans la pièce. L’air maintenant désabusé, il lui demanda :
— « Bon tu nous expliques ? »
Elle se retourna, les bras grands ouverts et avec une expression sur le visage disant « Comprenez-moi ».
Gardant la pose, elle commença :
— « Est-ce que vous avez une petite idée de la cadence à laquelle je travaille ? Ca fait combien de temps que je fais ça ? Vous le savez ? Ben moi je ne le sais même plus tiens ».
Et ce faisant elle s’assit en travers d’un fauteuil non loin d’Ezibius. Elle poursuivit, ponctuant ses propos de grands gestes du bras, à la limite de l’exubérance :
— « Non parce que faut les voir les humains ! Avec leurs guerres, leurs maladies, et la cigarette ! Alors ça la clope !! C’est moi qui ai demandé au grand chef de faire un tour de passe-passe pour que les humains aient l’idée de faire des campagnes anti-tabac, histoire de réduire ma charge de travail, parce que je m’en sors plus moi… »

Témékiel se liquéfiait sur place, il n’en croyait pas ses oreilles, la Mort en avait marre….de la mort. Il l’interrompit :
— « Et donc aujourd’hui tu n’as pris aucune âme parce que… ? »
— « Parce que ? Tu me demandes pourquoi ? Je n’ai pas était assez convaincante ? J’en ai marre ! Je n’ai pas de RTT moi ! Alors flûte ! Aujourd’hui, nada ! Je suis restée dans mon bureau à jouer aux cartes sur mon écran, dites vous comprenez quelque chose vous aux règles de « la dame de pique » ? »

Ezibius éclata de rire, les nerfs probablement, ou l’usure. Son acolyte ne riait pas lui, il essayait d’entrevoir à quoi ressemblerait le monde maintenant que la mort avait décidé de mettre la clé sous la porte.

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