Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient
la couverture du livre. Elle se rappelait son plongeon dans les cents pages de ce livre. Pourquoi celui-là ? Allez savoir !
Il lui semblait que celui qu’elle aimait, l’homme de la septième vie était tout proche quand elle lisait ce livre. Elle sentait qu’elle en partageait la lecture, lui qui n’avait jamais le temps de lire, à part ces journaux qui ne parlaient que d’économie, de développement durable et de politique. Il n’avait pas de temps.
Oui, c’est cela, dans sa tête, elle lui lisait le livre.
Il fallait qu’il connaisse ce livre.
Il fallait qu’elle lui fasse découvrir.
Il fallait, ce livre était si loin et si proche à la fois de leur histoire.
Elle voulait qu’il croie en leur histoire.
Pourquoi plus aujourd’hui qu’hier… parce qu’il avait dit des mots qui la poursuivaient. Tout d’un coup, il avait voulu connaître l’avant lui. Trop long à raconter six vies. Et comme tout bon chat qui se respecte, elle savait que c’était sa dernière chance de vie, plutôt de survie. Elle ne voulait, ne pouvait plus gâcher des moments loin de lui.

Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient
la couverture du livre édité chez Stock, un parmi les quelques six cents livres de cette rentrée littéraire 2009.
Elle se surprit de nouveau en train de lui parler ; elle voulait lui raconter l’histoire de l’Inoubliable.
Elle se mit à lui parler du livre, il devait savoir, alors elle lui raconta :
Ils étaient les deux pôles d’un aimant.
Ils se sont attirés.
Elle l’a obligé à grandir.
Elle l’a quitté, plus exactement elle l’a forcé à s’éloigner.
Il n’a pas pu l’oublier, elle non plus ne l’a jamais oublié.
Il nous en parle aujourd’hui.
Il nous en parlera encore demain car il ne nous a pas tout dit.
Il a encore plein de souvenirs d’elle à nous faire partager.
D’amants ils sont devenus aimants.
Elle est toujours vivante.

Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient
la couverture bleue.
Elle voulait lui parler d’Ava.
Elle voulait lui dire
pourquoi Ava était « si exceptionnelle »,
pourquoi Ava « était vraiment incomparable »,
pourquoi Ava était la « plus ancienne », la « plus fidèle amie » de celui dont la photo imprimée sur le bandeau l’avait guidée vers ce livre.
Elle voulait lui parler
d’Ava qui « tenait absolument à récupérer des Ray-Ban »,
d’Ava, « en robe bleue »,
d’Ava « soldat, geisha, hippie ».
Elle voulait lui parler des cent pages pour l’inoubliable Ava.
Mais elle voulait lui chuchoter qu’« Ava n’est plus ».
Elle voulait lui poser la question : « où est-elle ? ».
Elle voulait entendre, elle est à chaque coin de rue…

Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient
en pensée la main d’Ava.
Elle a fermé le livre, dont elle continue de caresser la couverture.
Ava lui manque tout d‘un coup.
Elle aurait voulu la rencontrer, devenir son amie.
Elle aurait voulu en savoir plus, encore plus, lire le livre d’Ava.
Elle aurait voulu lui raconter son histoire d’amour, la sienne.
Elle aurait voulu prendre la place de l’homme en photo.
Elle aurait voulu, aussi bien que lui, raconter cet amour.
Elle aurait voulu écrire sur l’homme de la septième vie.
Elle aurait voulu manier la plume pour cet homme qui avait si peur de tout perdre mais qui, un jour, avait tout osé.
Il avait osé du temps pour eux.
Il avait osé l’aimer et donner comme jamais.
Il avait osé se rapprocher et non s’éloigner comme Ava.
Il avait osé poser et se poser des questions.

Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient
la couverture bleue du livre « Les aimants ».
Elle aurait voulu avoir la plume de Jean-Marc Parisis et écrire le livre de son amour.
Cela n’aurait pas été l’histoire d’Ava. Cela aurait été l’histoire de son amour pour lui, l’homme de la septième vie.
Plus que quarante-six jours et cela sera le troisième anniversaire de leur 1ère fois.
Ce n’était pas
« en juin, le dernier mois de mes vingt ans dans la salle de cours du rez-de-chaussée de la Sorbonne, avant le début d’un examen d’anglais ».
C’était juste presque trois mois après son cinquantième anniversaire sur un banc anglais au bout d’un chemin.
Elle aurait raconté les quarante-cinq jours trop longs au bout desquels ils s’étaient retrouvés.
Elle aurait raconté ses silences.
Elle aurait raconté qu’il avait osé et qu’il ne pourrait jamais plus nier leur histoire.
Elle aurait raconté leurs premières escapades.

Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient
la couverture bleue du livre « Les aimants » de Jean-Marc Parisis.
Elle sut qu’un jour elle écrirait le livre de leur amour.
Elle sut qu’un jour ce serait son nom sur la 1ère de couverture.
Elle sut que le 4ème de couverture serait :

Les mots que vous allez lire sont dédiés à l’homme que j’ai rencontré un …
Partage de moments… Pas assez à mon goût… Chut !... Il a donné sa parole à une autre… Je sais, cela ne se fait pas…. Mais nous nous sommes trouvés et je ne l’ai pas obligé…
Ces instants vécus, qui font mal pour certains encore aujourd’hui, doivent vivre.
Il ne parle pas, il a peur de notre histoire et comme j’ose le dire, cela ne se fait pas mais on l’a fait et on le fera le plus longtemps possible…
Que les mots aillent vivre leur vie…..

Au Magicien…

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