Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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jeudi 19 janvier 2012

Jarez - Message oublié

1790. Les révolutionnaires provençaux prennent possession, au nom du peuple, du vieux manoir qu’habitait, 80 ans plus tôt, le sieur Bertrand de Vargnes, le petit hobereau local. C’est en bordure du potager-terrasse, dans la tourelle dominant le vallon de l’Aiguebrun, qu’un zélé sans-culotte extrait d’entre les vieilles pierres, au lieu des écus d’or qu’il espérait, un rouleau de papier où est écrit…quelque chose qu’il ne sait pas lire. Bien que rongé par les ans et les souris, l’essentiel du document est finalement déchiffré par le Chef d’escouade :

« Mon Arnaud bien-aimé,

Quand vous trouverez ce billet, je serai à Apt, en compagnie de mon époux qui s’y rend pour son négoce d’huile et de vins. Je ne voulais pas l’accompagner – vous doutez-vous pourquoi ? – mais il a trop insisté, allant jusqu’à me menacer comme il le fait d’habitude quand mes « caprices » le contrarient; c’est du moins ce qu’il se plaît à me reprocher. J’ai dû y consentir car je craignais de provoquer sa colère que je sais impitoyable. Le temps va me durer car sans vous, privée de vos baisers et de vos caresses, ma vie a la fadeur d’un croquembouche raté et le parfum évanoui des lavandes fanées. La lumière des jours n’est que pâles lumignons et, quand vous n’êtes pas près de moi, mon amour, je suis tout près de sombrer dans la plus noire des mélancolies.
Je devrais être à nouveau dans vos bras vers le 1er octobre. D’ici-là, vous ne quitterez pas mes pensées.
Votre Appoline».

Dans l’ancien cimetière de Sivergues, sur un cénotaphe branlant, on devine le nom très effacé de Bertrand de Vargnes et les dates : 1679 -1720, sous l’inscription :
« REQUIEM AETERNAM DONA EIS »
C’est la peste qui a sans doute mis fin à son existence et c’est dans une fosse commune, sous la chaux vive, que les forçats commis aux ensevelissements ont dû abandonner son corps. Quant à Appoline, veuve non-éplorée je suppose, gageons qu’elle a pu rejoindre son manoir et vivre sa passion avec son Arnaud bien-aimé…

Ondine - Message oublié

Robert, mon douloureux amour,

Je ne peux m’empêcher d’écrire ces quelques lignes, que je glisserai entre les deux pierres qui ceignent le minuscule jour de ton cachot. Que tu ne puisses les lire importe peu; saisir l’instant me permet de repousser une fois encore les avances de la folie. Au fond du couloir luit un lumignon dans un verre d’huile, futile rappel de ma vie qui chancelle au même rythme que ton souffle irrégulier. Le garde n’a pas refusé de m’accorder ces dernières heures en ta compagnie. Ce qu’Élisabeth exige, elle obtient. Tout, sauf l’essentiel…

Comment a-t-on pu en arriver là? Tu m’avais juré obéissance et, dès ton retour d’Irlande, on m’annonce que tu as fomenté avec les rebelles, toi mon favori d’entre les favoris. Tu m’avais promis fidélité et pourtant, tu t’es glissé dans les appartements de la duchesse de Nottingham en plein après-midi. Cette bague que je t’avais donnée jadis, gage de notre amour, ne signifie-t-elle plus rien pour toi? Comment as-tu pu la céder à une autre, en échange de cette écharpe de soie brodée d’or, encore imprégnée de ce parfum entêtant de violette, que tu portais à même la peau quand on t’a arrêté?

Tu t’abandonnais dans le sommeil de cette même façon lorsque tu consentais encore à partager ma couche. De mon doigt ganté, je caresse cette mèche rebelle que tu repousses sans cesse, par réflexe, d’un geste nonchalant. Je voudrais la porter pour toujours en médaillon, en souvenir de cette première et fatale rencontre. Un interminable festin comme des centaines d’autres, avec sa succession de viandes rôties, de légumes en sauce, de croquembouches défiant les plus élémentaires règles de l’architecture. Tu discutais avec un comte, j’écoutais distraitement un conseiller bien intentionné, nos regards s’étaient croisés, puis s’étaient soudés. J’aurais dû alors nier l’attraction, mais n’ai pas su, pas osé te résister.

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Cadichonne - Message oublié

PREDICTION POUR LES GENERATIONS FUTURES

Dallas exhalera un funeste parfum,
Au meurtre de l’élu il faudra consentir.
Le lumignon d’antan sera télévision,
Lénifiant feuilleton, qui vous fera grossir
Au croquembouche-coca, vautrés sur vos sofas :
Son univers impitoyable abrutira.

(Anonyme – 1553)

Valentyne - Message oublié

Ma chère Rose,

Je vous écris nuitamment du bout du monde, mon lumignon faiblit et bientôt je devrais m’interrompre jusqu’à demain, nouveau départ de notre rallye. Pardonnez moi si mon écriture est donc hésitante : c’est dû au manque de lumière et non à un quelconque virus attrapé dans ce pays loin de notre chère Normandie.
Je ne vous raconterai pas le voyage de Rouen à Marseille, je ne vous cacherai pas que je n’y aie fait aucune découverte et que j’attendais impatiemment de poser le pied sur le sable africain. La traversée de Marseille à Alexandrie s’est passée dans des conditions plus que correctes : pas de tempête, je n’ai pas eu le plus petit mal de mer. Mon employeur a profité de ces quelques jours de répit dans notre périple pour me faire lire le début de son recueil les « Hiéroglyphes de la pierre de Rosette ». Je suis sûr que cet ouvrage vous passionnerait autant que moi, tendre amie.

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