Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

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Coitus impromptus V.4.0

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mardi 7 février 2012

Adrienne - Einstein

Adrienne a connu Einstein

Il nous avait été présenté par des amis qui nous avaient longuement vanté ses qualités. Bien sûr, nous avons cru qu’ils exagéraient un peu : nous savions qu’il logeait chez eux mais qu’ils cherchaient à trouver un moyen de lui faire quitter les lieux. Parfois un logeur peut devenir encombrant.

Cependant, il était vrai qu’il avait du charme : il était jeune, très jeune, enthousiaste, débordant de vitalité et ne tenait pas en place. En même temps, il avait quelque chose de doux et d’affable, avec sa petite barbiche et ses grands yeux bruns. Nous lui avons donc offert l’hospitalité.

C’est ainsi que nous avons pu nous rendre compte qu’en plus de ses nombreuses autres qualités, il possédait une intelligence exceptionnelle. Il avait une véritable compréhension du monde et des gens mais n’en faisait pas étalage. Il a toujours gardé une grande humilité.

Il finit par rester chez nous treize ans, jusqu’au cancer qui l’emporta. Mais jusqu’à la fin, il nous faisait rire, avec sa frange qui lui cachait presque entièrement les yeux et ses initiatives un peu folles. Par exemple, il adorait se rouler dans la neige…

Et jusqu’au bout, il n’a cessé de nous étonner par la vivacité de son intelligence.

Il était unique.

Jamais plus je n’ai voulu un autre chien dans la maison.

Où lire Adrienne

GBalland - Einstein

Il y a quinze jours, mon mari a invité un ami d’enfance. J’avoue que quand je l’ai vu, ça m’a fait un choc : c’est le SDF qui fait la manche à la sortie de la boulangerie. Je lui ai dit bonjour, poliment, en interrogeant mon mari du regard. Il m’a dit.
- Bernard restera quelque temps chez nous. Il ne sait pas où aller et comme on a la chambre du bas ... tu sais que Bernard et moi on était à l’école primaire ensemble ?
J’ai acquiescé avec une certaine répugnance. Grande était mon envie d’expédier Bernard sous la douche, mais je me suis retenue. Il est descendu au rez-de-jardin avec son bardas noirci par la crasse et moi, j’ai attendu dans la cuisine que mon mari remonte.
Je passe sous silence nos violents échanges, porte fermée. Mon mari a conclu sur ses mots.
- Tu verras, il te surprendra.

Lors du premier repas, Bernard s’était lavé, mais il y avait toujours cette crasse qui n’avait pas pu partir sur ses mains. Il a pris part à la conversation, a glissé deux ou trois citations qui m’ont étonnée, puis il s’est endormi sur son assiette, vide heureusement.
C’est au troisième repas que les choses ont pris une autre tournure. Il avait mis une chemise bleue et ses main semblaient plus blanches, comme s’il les avait patiemment récurées. Il a commencé en disant : “L'homme évite habituellement d'accorder de l'intelligence à autrui, sauf quand par hasard il s'agit d'un ennemi.” J’ai levé les yeux de mon assiette, je me demandais s’il parlait pour moi. Et il a continué : “ En apparence, la vie n'a aucun sens, et pourtant, il est impossible qu'il n'y en ait pas un !
Mon mari lui a juste demandé.
- La rue ? C’est à cause de ça ?

Et il a fait oui de la tête. Puis il a voulu un bout de papier et s’est lancé dans une démonstration mathématiques qui a laissé mon mari abasourdi, lui qui pourtant se targue d’en connaître un rayon sur les maths. Je l’ai entendu annoner.
- Quoi ? Tu as démontré la conjecture de Syracuse ?
Pour moi, Syracuse c’était la Sicile et la chanson de Salvador, pas la conjecture. Les gribouillis s’accumulaient sur la feuille qui, d’ailleurs, s’avérait trop petite. Je m’ennuyais – j’ai toujours détesté les mathématiques – et je me suis retranchée dans la cuisine pour ranger un peu.

J’étais entrain d’essuyer les dernières assiettes quand j’ai entendu mon mari pousser un hurlement accompagné d’exclamations.
- Tu es un Dieu vivant Bernard ! Putain, mais comment tu as pu faire ça ? Tout seul ! En vivant dans des conditions plus que précaires ! Putain Bernard, mais c’est dingue !
Ensuite, j’ai vu son ami se pencher à nouveau sur sa feuille et, fébrilement, la consteller de suites improbables...
Le lendemain j’ai croisé Bernard dans la cuisine, juste avant d’aller au travail et, en me regardant fixement, il a dit en détachant les syllabes.
- Celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise, est pour ainsi dire mort : ses yeux sont éteints.
Je lui ai dit bêtement : “Merci Bernard”. Et depuis, cette phrase me trotte dans ma tête...

PS : les citations en itallique sont supposées être d’Einstein

Le blog de GBalland