mercredi 8 février 2012
L'Arpenteur d'étoiles - Einstein
Le mercredi 8 février 2012 à 22:54 :: Einstein
Un génie pas comme les autres.
J’étais dans le même état d'esprit que le jour où, au restaurant, je ne savais plus si il fallait (si je devais) manger le boudin noir avec la peau ou sans la peau. Un autre client avait pris le même plat (plat du jour : boudin noir avec pomme fruit rôtie, purée de pommes de terre et sa salade), un peu avant moi. J’ai attendu qu’il commence pour voir que lui, mangeait avec la peau. Rassuré j’en fis autant. Il finit avant moi et en venant débarrasser, la serveuse qui - ceci dit en passant - n’avait pas inventé l’eau tiède, remarqua : "tiens, vous avez mangé la peau ?". Sa réflexion me plongea dans un abîme de sidération étant dans l’incapacité évidente de récupérer la dite peau, bien que cela m’eut effleuré un instant. Ainsi j’avais calqué mon attitude sur un individu qui ne savait même pas manger le boudin noir. Quelle absurdité. Celui-ci rétorqua acerbe "mademoiselle, sachez que c’est ainsi que l’on mange un aussi bon boudin noir" qui cloua le bec à l’impudente. Sauvé ! J’avais regagné le rang des vainqueurs, la légion d’élite : ceux qui savent déguster un bon boudin noir, c’est à dire avec la peau !
J’étais donc assis dans le silence confortable d’une béatitude quiète, dans le royaume désordonné de mon bureau fatras, lorsque j’entendis ces mots étonnants :
- Vous n’aurez qu’à m’appeler Al.
J’étais seul dans la maison, ma douce étant partie assouvir sa passion équestre. Les chats ne parlant pas, ou avec plus d’élégance que ce que je venais d’entendre, je pensai que j’avais du rêver, installé dans ce territoire flou entre conscience et demi sommeil. Mais la voix reprit :
- C’est bien, Al, non ? Familier sans excès, avec un petit côté copain d’école ou plutôt de soirées arrosées. Alors c’est entendu, ce sera Al.
Je me retournais : personne. Je me levais pour faire le tour de l’étage : rien non plus. Je regagnai mon bureau pour me rendre compte que le globe terrestre tout récemment offert comme cadeau d’anniversaire de l’année précedente par ma belle sœur, brillait d’un éclat d’autant plus surprenant qu’il n’était pas branché. Ma belle sœur m’avait en effet choyé en m’offrant un globe lumineux, pour peu qu’on le branche, ce qui n’était pas le cas.
- Bon alors on fait quoi. Tu payes ton coup, ou bien … ?
C’était bien le globe qui venait de s’exprimer ainsi.
- Tu prends quoi ? M’entendais-je répondre.
- Un petit whisky single malt pas trop tourbé. Un des northern highlands par exemple. Je sais que tu en as d’excellents. Mais va d’abord falloir que tu m’ouvres, sinon ça va pas le faire. Et puis tu sais quoi ?
- Euh … ben non. Je devais rêver …
- Alors toi qui ne peux pas t’empêcher d’appuyer sur le moindre bouton, d’enfoncer la moindre touche, de tirer la plus petite manette que tu trouves sur n’importe quel objet, ustensile, machine passant à ta portée, t’as jamais penser à tourner l’espèce de pointe au dessus de l’axe du globe ? …. C’est dingue ça.