Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 21 février 2012

Bagazo - Le mariage de ma cousine

Jʼavais dit à ma mère que je nʼirais pas au mariage de ma cousine, la fille de lʼune de ses soeurs. Mais, à la dernière minute, il mʼest soudainement paru important de participer à cette réunion familiale et jʼai commencé à faire des appels pour savoir si je pouvais mʼy rendre avec quelquʼun, car, à cette époque, je nʼavais pas dʼauto.

Malheureusement, comme le mariage avait lieu à Québec, tout le monde avait décidé dʼen profiter pour passer la fin de semaine dans cette ville et dʼy arriver le vendredi soir, alors que pour moi cʼétait tout à fait hors de question que je manque ma pratique de chorale. Comme il nʼétait pas question non plus que je prenne lʼautobus, faute dʼargent, jʼavais renoncé à y aller.

Lire la suite

Poupoune - Le mariage de ma cousine

Je n’aime pas les mariages.

Qu’ils soient fastueux, chiches, beaufs, princiers, en petit comité ou en grandes pompes, il y a une constante incontournable à tous les mariages : les invités dont on ne sait pas quoi faire.

Je ne parle pas du problème qu’ils posent à belle-maman ou à je ne sais qui qui se casse la tête sur le plan de table : je ne me suis jamais trouvée de ce côté-là du problème. Non, je parle de ce que c’est qu’être un invité incasable.

Qui sont-ils, ces empêcheurs de faire des plans de tables rondes ? Les célibataires. Ceux qui ne font partie d’aucune bande, qui ne sont plus assez jeunes pour qu’on les mette à la table des enfants et pas assez proches pour la table des mariés. Vous me direz : pourquoi sont-ils invités ? Mais la question ne se pose-t-elle pas, en règle générale, pour la moitié des invités ?

Elle se posait pour moi en tout cas au mariage de cette cousine, tellement éloignée que je ne savais même pas si je l’avais déjà rencontrée un jour. Pour la même obscure raison qui avait dû la pousser à m’inviter, je n’avais pas osé décliner, mais les convenances et les politesses n’ont pas toujours que du bon.

Je n’ai pas eu de mal à la reconnaître, mais je n’ai que peu de mérite : c’était la seule déguisée en meringue. Elle, en revanche, n’a pas su cacher qu’elle ne me remettait pas du tout ce qui, je l’avoue, m’a bien fait rire. Je me suis amusée un moment de son malaise en sur-jouant l’émotion de ces si belles retrouvailles dans de si belles circonstances et bon sang ! que j’étais heureuse pour elle ! elle était plus belle que jamais ! mais je n’avais pas mesuré encore à ce moment là que ce qui ne serait pour elle qu’un bref moment de gêne allait être pour moi une longue torture.

D’abord, le défilé des vieux. Les vieux qui savent très bien qui tu es – la petite-nièce du beau-frère de la mère de je ne sais qui – mais ils pourraient bien inventer n’importe quoi, tu n’irais pas contredire ou vexer un vieux, même si tu ignores totalement qui c’est.

Ensuite, il y a les moins vieux, qui se demandent bien quand même pourquoi toi, tu n’es pas encore mariée et si tu ne vas pas y songer bientôt, parce qu’il serait temps, non ? Bien sûr, c’est toujours tentant de leur répondre que ton truc à toi, c’est le broute-minou de camionneuse. Ou que tu sors d’une douloureuse histoire au terme de laquelle tu es tombée dans la drogue après trois tentatives de suicide. Ou mieux, qu’après t’être fait violer par Tonton toute ton enfance tu n’as plus trop goût aux hommes. Mais tu ne le fais pas, parce que tu ne voudrais pas gâcher une si belle fête.

Et tout ça n’est rien. Le pire vient toujours au moment de passer à table.

Lire la suite

Cadichonne - Le mariage de ma cousine

Aux épousailles du cousin,
Y avait l’bedeau et l’sacristain,
Y avait l’curé et tout l’gratin,
Mais y avait pas mon Mathurin.

Aux épousailles du cousin,
Il tombait un sacré crachin,
Ma tante avait son air chafouin,
On n’avait pas rentré les foins !

Aux épousailles du cousin,
La promise a eu l’air malin !
Et moi je riais dans mon coin,
Je savais bien qu’il viendrait point.

Il est jamais v’nu l’ Mathurin !
On a trop joué dans les foins
A touch’ pipi et au méd’cin…
Il est à moi mon beau cousin !

Valentyne - Le mariage de ma cousine

Je suis demoiselle d’honneur au mariage de ma cousine, Hédième. C’est un nom rare Hédième, c’est son papa qui l’a trouvé (1). Au départ, personne n’y croyait à leur histoire, même pas moi..
Moi je m’appelle Arielle et je m’y connais en histoire d’amour impossible, j’ai eu le cœur brisé puis les jambes coupées mais maintenant ça va mieux. Avec mon prince, on file le parfait amour. Nous nous sommes donc rendus ensemble au mariage de ma cousine Hédième et de son amoureux Jean, plus connu sous le nom de Jeannot.
La cérémonie aurait pu se dérouler à Villeneuve la Garenne, dans la commune du marié, mais la nombreuse famille de la mariée (dont je fais partie) ne pouvait pas s’y rendre. Alors la cérémonie se déroule ici à Bordeaux.
Au début, je n’étais pas trop pour ce mariage : trop de différences entre les mariés
On a beau dire que les différences d’âge et de milieux sociaux ne sont pas un frein à l’amour, il y a des limites quand même.
Mon père a même dit que c’était un mariage contre nature et qu’ils allaient être bizarres les petiots issus de cette union mais cela fait des années que plus personne ne l’écoute mon père ! Enfin surtout depuis mon départ avec le Prince !
« Enfin il y a des siècles que l’on ne se marie plus pour faire des enfants » a répondu ma cousine Julienne. Il faut que je vous dise que l’on est très nombreux dans la famille.
Moi, quand j’ai vu le marié à côté de ma cousine, tous mes doutes se sont envolés : on voyait bien qu’il avait l’air amoureux avec ses yeux de merlan frit, il la dévorait des yeux, ma cousine. « Il ne faut pas se fier à la réputation volage du fiancé », ai-je dit tout haut
« Tout à fait » a surenchéri mon tonton, à côté de moi.
- Et tu sais comment ils se sont rencontrés ? chuchote ma cousine Brigitte Bardot (là j’ouvre une parenthèse car ma cousine c’est pas celle à laquelle vous pensez c’est une homonyme)
- Oui, ils m’ont raconté leur rencontre : c’est très romantique : Hédième est rentrée dans un bar et elle a été à moitié assommée. Jeannot l’a trouvée échouée sur une plage à l’agonie : il l’a emmenée et soignée chez lui
- Il est bien ce Jeannot quand même ! surenchérit Colin mon cousin.
- Oui il est génial ! Parfois il a un peu la moutarde qui lui monte au nez mais il est tellement doux, le reste du temps.
- Mais Chut ! les voilà qui arrivent et qui remontent la grande allée.
Tout le monde est installé, la famille très nombreuse de la mariée et la non moins nombreuse famille du Jeannot les admirent en silence.
- Mais c’est quoi cette musique de fous » demande la tante Lotte ?
- C’est Juliette Greco : la chanson préférée des mariés : « un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre, mais comment s’y prendre quand on est dans l’eau » chantonne mon tonton.
- Chut taisez vous ! le Saint Pierre va parler !
« Nous voici réunis ici en ce lieu pour célébrer le mariage de La Carpe Hédième et de Jeannot Lapin. Silence dans les bancs, sinon je fais évacuer l’océan. »

(1) Comme chacun sait le papa de la carpe Hédième est Claude Ponti

Où lire Valentyne

Tiniak - Le mariage de ma cousine

J'avais ses ans qui font de l'être
les sentiments vertigineux
J'étais amoureux de ses yeux
lumineux plus que des fenêtres

J'appris que l'amour à nos âges
est une fébrile douleur
dont les grands moquent les ardeurs
nous laissant nus, à nos orages

Lui ai prodigué la caresse
et le baiser du débutant
voué le nubile serment
du chevalier à la princesse

L'ai rêvée mienne pour la vie
fraîche sous les pins parasols
près de la maison de Bandol
estivale et douce folie

L'ai perdue auprès d'autres femmes
effaçant un à un les mots
de notre impossible tableau
sans regret ni sans vague à l'âme

Et cependant, tout m'assassine
sourires béats, lumignons
convives, chapeaux et girons
au mariage de ma cousine

Où ronger son frein sur le parvis...

Mamido - Le mariage de ma cousine

Mariage !

Au mariage de mon cousin
Y avait Firmin et Sébastien
Mais pas Paulette
Elle n’était pas de la fête…

On a bu, on a chanté
On a parlé du temps passé
Quand on roulait à bicyclette
Et que l’on courtisait Paulette.

Mais la mariée s’appelle Yvette
Elle ressemble un peu à Paulette
La même allure, les mêmes gestes
Elle aussi, c’est une fille de l’Est

Timidement, vers elle je m’avance
Je l’invite pour une danse
Et là, c’est fou ce qui se passe
Je m’imagine que j’enlace

La belle Paulette

Que je suis parvenu enfin
A oser demander sa main
Que je suis à la place du cousin
Et que la mariée, c’est ma Paulette…

Qu’est-ce que c’est chouette !

Lira - Le mariage de ma cousine

L'annonce, pour le printemps prochain, du mariage de notre cousine, nous laissa tous sans voix. Elle, la plus discrète, la plus réservée...
Nous sommes taiseux, dans la famille. Elle, c'est le monde du silence !
Entre cousins, nos langues vipérines l'appellent « la grande muette ». C'est cruel et injuste. Elle est la moins belliqueuse d'entre nous. Elle est aussi la plus jolie, alors, quand nous sommes enclins à plus d'amabilités, elle devient notre « sirène », notre « nymphe ».
Et voilà qu'elle se marie !
Aucun d'entre nous ne connait l'élu. Un secret bien gardé qui nous trouble et froisse un peu notre complicité habituelle.
Notre impatience est à la mesure de notre curiosité malmenée.
Enfin, le jour tant attendu est là !
Nous piaffons devant la mairie. Elle arrive, ondoyante et radieuse . Sa robe est sobre et élégante, à son image. Puis, s'approche d'elle, un étrange personnage. À n'en pas douter, il s'agit de son futur mari. Très élégant lui aussi, d'allure plutôt sportive.
Tous les regards convergent vers le jeune couple.
Nous, les cousins-cousines, échangeons à voix basse, observations et commentaires. Intrigués, parfois moqueurs, nous nous accordons à le trouver beau garçon bien qu'un peu rustique. Pestes que nous sommes, les sarcasmes ne tardent pas à fleurir nos sentiments. Qui raille sa silhouette de « grand dégingandé », qui se gausse de « ses grandes oreilles décollées ».
Arrive le moment où le jeune couple entre dans la mairie, suivi d'un cortège plutôt cosmopolite. Nous nous installons. L'émotion plane sur un silence recueilli.
Le maire entre à son tour, accompagné d'une secrétaire portant les documents officiels. Son visage est de marbre et d'une voix glaciale, il éructe les droits et les devoirs des futurs époux.
C'est l'écharpe en révolte, le regard soupçonneux et la voix tricolore que l'édile fut contraint de célébrer l'union d'une carpe et d'un lapin.

Claudie - Le mariage de ma cousine

La cousine Célestine a jeté son bonnet par-dessus les moulins et c’est avec un air soulagé que le papa, vêtu de son plus beau costume a conduit à l’église une rougeaude au ventre gros. Le fiancé suivait accroché, porté par une matrone autoritaire. La noce est belle et la fautive pardonnée. Le curé s’est emmêlé les pinceaux dans son sermon, le fiancé a eu du mal à enfiler les alliances mais la joie est au-rendez-vous sur le parvis pour une sortie triomphale sous le soleil de midi. Le photographe a fixé cet instant mémorable sous une volée de riz. Les gosses grimacent, le marié a l’air abasourdi mais le teint rubicond et le ventre rebondi de la mariée seront gommés par l’homme de l’art et la photo trônera pendant des années sur le buffet du salon.
L’heure est à la fête. La grande table recouverte d’une nappe en papier déborde de victuailles et les oncles rougeauds itou, vident allègrement les tonnelets de piquette du pays. On ripaille, écorchant les jambons, volant dans les plumes des chapons entiers (hé) posés sur de grandes assiettes pour la décoration. La pièce montée est vite démontée, la mariée a perdu son voile et le reste grincent les langues de vipères, le parquet ciré couine sous les souliers ferrés des danseurs. Un musicien fait tournoyer la noce de son accordéon. Des chenilles à la queue leu leu se forment et se déforment sous la pression des convives flageolant sur leurs jambes. Bien arrosée la belle noce tourne difficilement sur la piste, la jarretière a disparu dans la poche du tonton fétichiste et les mères, la plaisanterie gaillarde aux lèvres préparent dans la cuisine, la soupe à l’oignon.

GBalland - Le mariage de ma cousine

Une chose est sûre, au mariage de ma cousine, je ne reconnaissais personne ; cela faisait au moins 15 ans que je n’avais pas vu la famille de ce côté-là.

Si je l’ai reconnue, elle, c’est à cause de sa robe blanche. Quand je l’ai saluée, elle m’a dit “ Boujour madame “, tout simplement, et j’ai fait de même. La vie ne l’a pas épargnée. Je l’ai quittée à quinze ans, jolie et souriante ; je la retrouve à 30, transformée en saucisse de Morteau avec une choucroute sur la tête. Je ne parlerai pas de son mari et de son air de ruminant qui aurait dû faire fuir n’importe quelle femme normalement constitiuée.

Quant au reste de la famille, j’ai eu beau les regarder un à un, je ne savais pas qui était qui. Le jeu a consisté à essayer de reconstituer les liens, un jeu d’une effrayante complexité qui nous a bien fait rire, mon frère et moi, pendant une heure au moins.

Nous nous sommes interrompus à cause d’un homme qui s’est approché de nous. Il m’a fixée de son regard bleu, presque transparent, et m’a dit en souriant.
- Caroline ?
J’ai sûrement rougi en répondant.
- Oui, à qui ai-je l’honneur ?
- Jean, a-t-il continué, le frère de la mariée.

J’ai failli m’étrangler. Jean ! C’était Jean ? Le Jean qui était “ monté ” à Paris et dont j’étais presque tombée amoureuse à l’adolescence. Je ne sais pas pourquoi, mais son regard me mettait mal à l’aise. Au bout d’une minute qui m’a paru interminable, il m’a dit.
- Eh bien, je ne t’aurais pas reconnue.
- Ah bon, pourquoi ?

Je n’aurais jamais dû lui poser cette question. Il m’a répondu.
- La dernière fois que je t’ai vue, tu avais à peine quinze ans, je crois même que j’étais un peu amoureux de toi, tu étais si drôle et séduisante. Et maintenant il y a ce pli amer au coin de tes lèvres, ce regard qui jauge et soupèse. Il ne doit pas y avoir grand monde qui trouve grâce à tes yeux !
La mine faussement contrite, j’ai juste rétorqué.
- Si, toi peut-être.

Il n’a pas relevé. Il nous a dit “ Je dois rejoindre la mariée ! ” et il a tourné les talons. Ce départ soudain a sonné comme une gifle.
Mon frère a ri en concluant.

- Raté, essaie encore ! Mais je crois qu’avec lui, je n’essaierai plus.

Où lire Gballand

June - Le mariage de ma cousine

CARNETS.

21.02.2012.
Nous sommes sortis avec Mère aujourd’hui. Elle m’a dit de me faire beau, qu’aujourd’hui était un jour exceptionnel. J’ai fait plaisir à Mère. Je me suis habillé de mes plus beaux vêtements.
Nous avons marché et Mère m’a expliqué. Je l’ai écoutée. Aujourd’hui était un jour exceptionnel, mais pas pour nous. Il fallait faire semblant de rire et d’être heureux. J’ai demandé pourquoi. Mère m’a répondu que c’était comme ça. Qu’il n’y avait pas à discuter. Alors, je n’ai pas discuté. J’ai fait semblant de rire. D’être heureux. Mère m’a embrassé.

Il ne fait pas beau. Il fait froid. Devant les marches de l’église les gens s’entassent, rient doucement. Créent un peu de chaleur. Tentent de se réchauffer. Le jour est mal choisi. Il pleut.
Mère porte sa belle robe à bustier violine. On dirait que c’est elle qui se marie. Elle est magnifique. Je l’amène jusqu’en bas des marches, solennel. Elle ferme son parapluie. Quelques gouttes tombent sur son beau visage. Ses yeux brillent étrangement. Ses yeux sont des cadeaux du ciel. Beaucoup nous regardent. Mère les salue d’un signe de tête aimable. Elle sourit. Fait semblant d’être heureuse. Elle ne connait pas ces gens. Moi non plus. Ils nous embrassent et sourient. Ils sont heureux. C’est l’impression qu’ils donnent. Ils sont heureux. Ils font semblant de ne pas ressentir la pluie, ne pas ressentir le froid. Ils sont heureux alors ils sourient. Nous faisons pareil. Nous sommes les pantins d’une mascarade. Je sens les fils tirer sur ma peau et déformer mon visage. Je baisse les yeux, j’ai honte de ne plus être moi-même.

Les bancs sont froids. Les bancs sont durs. Nous sommes tout derrière. La mariée entre, elle n’est pas belle. Elle est enfermée dans une robe fade, trop élégante pour elle. J’espère qu’elle tombe, mais elle ne tombe pas. Mère la regarde aussi. Elle sourit. Elle ment.
Là-bas, la femme rejoint un homme trop élégant pour elle. Il n’a pas l’air de s’en rendre compte. Ils sourient. Parlent. Mais je n’écoute pas, j’écoute l’eau de la pluie tomber sur les vitraux de l’église.

Mère me prend la main. La serre très fort. Mère souffre. Je le sens. Mon cœur s’accélère. Je la regarde. Mais Mère ne me regarde pas. Alors je les écoute, je les regarde et j’absorbe les peines de Mère. Je la serre aussi. Le silence me fait mal.
Et puis, le prêtre pose la question.
Mère ferme les yeux.
Elle dit oui.

Mère pleure.

Le blog de June