Je n’aime pas les mariages.
Qu’ils soient fastueux, chiches, beaufs, princiers, en petit comité ou en grandes pompes, il y a une constante incontournable à tous les mariages : les invités dont on ne sait pas quoi faire.
Je ne parle pas du problème qu’ils posent à belle-maman ou à je ne sais qui qui se casse la tête sur le plan de table : je ne me suis jamais trouvée de ce côté-là du problème. Non, je parle de ce que c’est qu’être un invité incasable.
Qui sont-ils, ces empêcheurs de faire des plans de tables rondes ? Les célibataires. Ceux qui ne font partie d’aucune bande, qui ne sont plus assez jeunes pour qu’on les mette à la table des enfants et pas assez proches pour la table des mariés. Vous me direz : pourquoi sont-ils invités ? Mais la question ne se pose-t-elle pas, en règle générale, pour la moitié des invités ?
Elle se posait pour moi en tout cas au mariage de cette cousine, tellement éloignée que je ne savais même pas si je l’avais déjà rencontrée un jour. Pour la même obscure raison qui avait dû la pousser à m’inviter, je n’avais pas osé décliner, mais les convenances et les politesses n’ont pas toujours que du bon.
Je n’ai pas eu de mal à la reconnaître, mais je n’ai que peu de mérite : c’était la seule déguisée en meringue. Elle, en revanche, n’a pas su cacher qu’elle ne me remettait pas du tout ce qui, je l’avoue, m’a bien fait rire. Je me suis amusée un moment de son malaise en sur-jouant l’émotion de ces si belles retrouvailles dans de si belles circonstances et bon sang ! que j’étais heureuse pour elle ! elle était plus belle que jamais ! mais je n’avais pas mesuré encore à ce moment là que ce qui ne serait pour elle qu’un bref moment de gêne allait être pour moi une longue torture.
D’abord, le défilé des vieux. Les vieux qui savent très bien qui tu es – la petite-nièce du beau-frère de la mère de je ne sais qui – mais ils pourraient bien inventer n’importe quoi, tu n’irais pas contredire ou vexer un vieux, même si tu ignores totalement qui c’est.
Ensuite, il y a les moins vieux, qui se demandent bien quand même pourquoi toi, tu n’es pas encore mariée et si tu ne vas pas y songer bientôt, parce qu’il serait temps, non ? Bien sûr, c’est toujours tentant de leur répondre que ton truc à toi, c’est le broute-minou de camionneuse. Ou que tu sors d’une douloureuse histoire au terme de laquelle tu es tombée dans la drogue après trois tentatives de suicide. Ou mieux, qu’après t’être fait violer par Tonton toute ton enfance tu n’as plus trop goût aux hommes. Mais tu ne le fais pas, parce que tu ne voudrais pas gâcher une si belle fête.
Et tout ça n’est rien. Le pire vient toujours au moment de passer à table.
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