Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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mardi 28 février 2012

Cadichonne - Île déserte

B on sang mais j’ai trop mal au crâne,
I l me faudrait de l’aspartane…
En virée hier soir j’ai fait l’âne
V idangeant chaque verre qui flâne.
E t ce matin je gis à terre
N u comme un ver et sans un verre !
U n immense océan m’enserre
E n m’isolant et ça m’atterre !

S i je pouvais me rafraichir
U n tant soit peu les souvenirs…
R ien ne revient, j’ai dû dormir.

L’ océan joue la déraison
I l va plus loin que l’horizon ;
L es vagues roulent des caissons
E t restituent la cargaison.

D iantre mais c’est mon paquebot !
E t j’en étais le matelot !
S oudain tout me revient à flots.
E t naufragé sur mon îlot
R escapé du Concordalo,
T out compte fait j’ai eu du pot
E n m’accrochant à mon tonneau !

Café Byblos - Île déserte

Île des Piles, 12 juin 2010, 4h30

J'ai froid soudain. J'entends une mésange tout près. Elle me rappelle la "halte aux oiseaux" à mi-parcours des pistes de ski aménagées sur les terrains du Golf de Grand-Mère. Deux tables à pique-nique bancales et déglinguées sur un tertre de départ recouvert de deux mètres de neige, quelques mangeoires à oiseaux faites de vieux contenants d'antigel percés de deux grands trous et fichés d'un goujon en guise de perchoir, la forêt derrière et de chaque côté, l'allée centrale du trou n° 16 droit devant, plein Sud. Et le soleil, doux et chaud comme un ventre de femme.

Des effiloches de brume que Galarneau dès son réveil guette pour les boire dansent sur le dos de la rivière. Je suis allongé sur la rive à la pointe Sud-Est de l'خle-des-Piles, à l'embouchure d'une petite forêt de thuyas, d'épinettes, de pins et de quelques bouleaux chétifs. L'autre bout de l'île est un cap de roc sur lequel la St-Maurice très large en cet endroit se brise, alanguie, puis se refait aussitôt, entretenant sur son passage la courte plage par où j'ai accosté, et franchit, impétueuse, la passe en aval au-dessus de laquelle on a construit le pont en arche de l'autoroute 55. Le "brrrrroooaaaar" sonore d'un frein Jacob annonce un fardier chargé de tronc d'épinettes qui amorce la longue descente menant au pont depuis les Grandes-Piles.

Je n'ouvre pas les yeux. Pourquoi les ouvrirais-je? D'ici je peux tout voir. Tout. Par secousses et fracas comme à la lueur des éclairs pendant l'orage. "Alzheimer". C'est tout ce que je retiens de ma rencontre d'hier avec le neurologue. Je repose sur la rive, dans la gueule de la forêt, épuisé, mon kayak à mes côtés. Un écureuil roux sur une branche tambourine.

Où lire Café Byblos

Mamido - Île déserte

Sur l’île des Hertes.

Au petit matin d’une nuit arrosée
Sur l’île des Hertes, je me suis réveillée
Dessous la lumière verte
D’ombrageux cocotiers.
Je me suis demandée ce qui s’était passé
Pourquoi sur ce rivage je m’étais échouée ?
La plage était déserte
Et le soleil luisait
J’avais ma robe verte
Mais dessous, j’étais nue
« Bon sang, je suis bien sotte ! »
Je me suis souvenue
Qu’autour de minuit
J’étais venue ici
Que je m’étais baignée
Dans la mer agitée
Et que pour éviter
De mouiller mes cheveux
Mon string j’avais ôté
Pour m’en faire un beau nœud.
Parmi ma chevelure, je l’ai récupéré
Pour lui rendre bien vite son usage premier
Et puis, sans me presser
Et surtout sans m’en faire
Je me suis dirigée
Vers l’embarcadère…
Le bateau m’attendait
Pour me faire traverser.

Lira - Île déserte

Je sens le froid qui me pénètre
Mon corps tremble du poids
De l'abandon
Je lève mes paupières brûlantes
Autour de moi tout est lointain
Tout vacille
Tout est hurlement
Dans le cœur de ma gorge
Avalant le silence
Je ne sais ni où
Ni depuis quand
Je repose sur ce lit
Blanc d'écume
J'erre sur la trahison de mes souvenirs
Je ne connais pas cette verticalité
Glacée comme un hiver
Ni ce cri d'oiseau
Métronome infernal qui enfle dans ma tête
Ni cette odeur éthérée
Sur la violence du délire
Un flacon suspendu
Aux blessures profondes
Dans la chair des mots
Une aiguille plantée
Dans les plis de mon âme
Alors, je commence à comprendre.

Ice Man - Île déserte

(Résumé du dernier épisode : Farid El Guerrouj, journaliste, est convoqué par un mystérieux inconnu pour une interview. Après s’être rendu dans la chambre de ce Robert Fontenay, celui-ci lui demande de le tuer et commence à lui raconter son histoire. Mais ils sont interrompus . kidnappé, menacé, Farid retrouve la trace de Fontenay et fuit un mystérieux ennemi dans des sous-sols avant de se retrouver dans une chapelle provençale. Fontenay lui apprend qu’il est l’objet d’une prophétie et lui donne un médaillon avant de lui dire d’aller à New York…où Ephraim Stanislas reçoit justement une lettre de Fontenay. Farid parvient à trouver à s’enfuir en s’infiltrant dans un mariage)

Farid, épuisé s’endort…
Quelle surprise au réveil de se retrouver sur une plage, comme un rescapé d’un naufrage : Plus de chaussures, les vêtements maculés par le sel et déchirés. Il se relève et cherche des indices autour de lui mais non, pas le moindre débris et pas d’autre personne. Aucune trace de pas non plus. Il est sur une plage bordée de falaises escarpées. Il fait froid, du moins au goût de Farid, avec un vent fort. Farid appelle :
-Eh, Oh, Il y a quelqu’un ?

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Pivoine - Île déserte

Un mariage mallarméen

Pourtant, elle ne s’est pas mariée un vendredi, elle. Mais il pleuvait. Mariage pluvieux, mariage heureux ai-je peut-être entendu quelque part. Rien n’est plus faux. Et puis, ce n’est pas vrai, son mariage n’est pas désertique, même si l’assistance n’est pas nombreuse, car l’Hôtel de Ville et la Grand-place de Bruxelles regorgent de monde. Et comment oublier cette mariée au bouquet en forme de longue croix orange et verte, et qui ronchonnait dans la salle gothique ? « Déjà ! » t’exclamais-tu… Parce que l’enchaînement des festivités pour sa noce accumulait du retard.

« Ou cela que furibond faute »

Et si l’on se mariait sur une île déserte, celui-ci aurait-il plus de longévité ? Ou durerait-il encore une moyenne de quatorze années, si tant est qu’on reste quatorze années sur une île déserte ? L’île déserte est le lieu du désenchantement et du courage, son mariage fut un lent désenchantement et chaque jour, il lui fallut réinventer le courage. Pour avoir juste un peu de courage. Celui de continuer jusqu’au naufrage, comme quoi, l’île déserte peut parfois précéder le naufrage. Et non l’inverse.

« A la nue accablante / Tu »


***

L’histoire de mon mariage est un engloutissement.

« Le flanc enfant d’une sirène »

Et si je m’étais mariée sur une île déserte, pour rester dans le thème, mais l’exporter ailleurs, aurais-je eu des pivoines dans mon bouquet ? Ou au contraire, toute en tenue d’Eve, me serais-je vêtue d’un gigantesque ananas, de feuilles de bananier, de goyaves et de cristophines ? Et puis, aurais-je bombardé les invités-palmiers de copeaux de noix de coco à la place de riz long grain ? Après tout, la tradition se peut respecter partout.
Il n’est pas jusqu’à Vendredi, qui n’accepte point de recevoir son dimanche un samedi, qui ne finira par débouler dans cette île-là, comme singes, loutres, caïmans, perroquets, toucans et martins-pêcheurs, dans la campagne de Maldonado, pour nous faire exploser de tous côtés, à la manière de fusées de détresse sur une flûte de la Royale…

« Quel sépulcral naufrage (tu
Le sais, écume, mais y baves)
(…) Abolit le mât dévêtu »

Où lire Pivoine

Joe Krapov - Île déserte

L’ÎLE AUX TRESORS

- L’eusses tu cru, Zoé mon trésor ? Nous sommes vraiment seuls dans cette île déserte !
- Sauf que, Arthur mon trésor, depuis que nous y avons débarqué, ça n’est plus une île déserte !
- Je te le concède, Zoé, mon trésor. Mais la possibilité, dans cette île, d’y rencontrer Michel Houellebecq n’était pas à exclure non plus ! Aussi plates que soient tes formes, la perspective de notre nuit de noces en ce lieu c’est un peu comme l’extension du domaine du rut, non, mon trésor ?
- Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Je te propose, Arthur mon trésor, pour notre premier repas loin de la civilisation, de nous faire des crêpes ce soir. Qu’en dis-tu, mon trésor ?
- Ca me convient tout à fait, Zoé mon trésor. As-tu bien amené tout ce qu’il faut dans le canot ?
- Je crois, Arthur mon trésor. Attends, je vérifie. Les œufs, le lait, la farine, le camping gaz... Zut !
- Que t’arrive-t-il, Zoé, mon trésor ?
- J’ai oublié le sucre et la Robincassonade !
- Oh ben ça c’est bête alors, Zoé mon trésor ! Et ça va être difficile de trouver ici quelqu’un qui puisse nous en vendre, dis !
- Tant pis, Arthur mon trésor. Si tu veux, je peux faire des îles flottantes sans caramel à la place. Ca te dit ? Tu aimes ça ?
- Les îles flottantes ! Si ça va me plaire ? Plutôt Defoe qu’une, Zoé mon trésor !

Où lire Joe Krapov