Monsieur,
Je vous envoie cette lettre car je pense que vous devez savoir ce qu’il se trame près de chez vous. Dans votre respectable situation d’homme marié, vous vous devez d’être au courant de ce genre de choses afin de vous préserver.
Voila, j’ai remarqué les allées et venues d’une jeune femme qui a l’air de roder autour de votre maison. Apparemment, elle connait votre emploi du temps à la lettre. Précisément, je la vois derrière l’arbre qui longe votre allée au moment où vous partez travailler, derrière le mur du voisin au moment où vous rentrer, et faire les cents pas devant l’allée lorsque vous mangez dehors le week-end. Elle n’a l’air ni folle ni dangereuse, mais plutôt triste à pleurer. J’ai essayé de la faire partir, mais ça a l’air d’être trop dur pour elle. J’ai même l’impression que parfois elle se retrouve devant votre portail sans même avoir voulu y venir. Ça a l’air plus fort qu’elle.
Si j’essaie de me mettre dans sa tête, je pense qu’elle est transie d’amour pour vous. Je pense qu’elle vous connait, je dirai même que la flamme qui la brule est partie d’une étincelle que tu as provoqué. Il m’est facile d’imaginer vos gestes de la main, votre main au creux de ses reins, tes regards qui en disent long, tes compliments et ta voix chaude et suave. Peut-être l’avez-vous rencontrée sur votre lieu de travail, selon une forte probabilité. Je ne vous accuse pas d’avoir trompé ta femme, peut être que ces sentiments sont nés bien avant ton mariage. Mais il faut y mettre un terme, autant pour toi que pour elle. Ça la ronge, ça la pourrit, ça l’empêche d’avancer, ça la mine, ça la tue, c’est un cancer incurable, qui fait d’elle ton obligée à jamais. Rassurez-vous, je crois que jusqu’à maintenant votre femme et vos enfants ne se sont aperçus de rien.
Mais pourquoi diable a-t-il fallu que tes yeux bleus la transpercent avec cette force ? Que la chaleur de tes mains réchauffent son cœur glacé par les maladresses d’un autre ? Que malgré toute la bonne volonté du monde elle n’arrive pas à rester loin de toi ? Que le souvenir de tes mains sur son corps ait laissé des marques indélébiles ? Qu’en se remémorant vos fous rires elle ait envie de pleurer ? Que ses lèvres s’enflamment au souvenir des tiennes? Pourquoi diable a-t-il fallu que tu croises sa route un jour ? Mais surtout pourquoi est-ce que j’ai le sentiment que jamais de ma vie je ne m’en remettrai…?
En conclusion, voici ce que vous devez savoir : en ce moment, là dehors, il y a une femme qui vous aime. Une femme qui vous aime à en pleurer, qui vous aime à vous haïr. Mais surtout une femme qui vous aime à en mourir. Au moment où vous lisez cette lettre, le problème est pratiquement réglé, elle a décidé de ne plus vivre avec ce poids sur le cœur. De se délester. Dormez sur vos deux oreilles, dès demain, elle ne rodera plus autour de chez vous. Vous ne la verrez plus jamais. Tout ce qu’il vous restera d’elle sera son souvenir. Elle ne vous suivra plus jamais, mais elle vous aimera toujours.
Cordialement,
A toi pour toujours.