vendredi 20 avril 2012
L'Arpenteur d'étoiles - Les autres îles
Le vendredi 20 avril 2012 à 15:00 :: Les autres îles
Rosa la rose.
Elle avait rêvé d’une photo.
Ce n’était pas tant le contenu du rêve qui l’intriguait. Elle savait bien que l’inconscient prend des moyens détournés pour faire émerger à notre connaissance des signaux souvent difficiles à comprendre. Ce qui étonnait le plus Rosa c’est qu’elle se souvenait parfaitement de ce rêve. Elle disait toujours « je ne me souviens jamais de mes rêves. A peine éveillée ils disparaissent, comme ça, pfuitt » et elle accompagnait ce « pfuitt » d’un mouvement aérien de la main.
Seulement ce matin là, elle se souvenait de tout. De cette photo accrochée aux murs de nulle part. Un rivage sombre, un homme solidement campé devant, portant un pantalon de velours à l’ancienne, une espèce de gilet sur une chemise de toile grossière et un chapeau à large bord. Il avait un sac en bandoulière qui pouvait s’apparenter à une gibecière. Rosa fit une moue vaguement dégoûtée. Elle détestait de tout temps la chasse et les chasseurs et que l’un d’eux put intervenir dans sa nuit, la chiffonnait. Cela dit, l’homme ne portait pas d’arme. Il mâchonnait une longue tige d’herbe entre les dents et saluait quelqu’un sur un petit bateau allant vers le large. Rosa se souvenait parfaitement de ce geste ample du bras et de la silhouette qui lui répondait. Au fond, presque à l’horizon il y avait une île. Rosa en était persuadée. Même bien réveillée, désormais. Une île d’un vert chatoyant, un vert de jungle, un vert d’aventure, un vert de pirate. Cette couleur la frappait d’autant plus que le reste de la photo était en noir et blanc.
Rosa se leva vaguement troublée. Nue dans la salle de bains elle contempla son corps, le trouvant encore fort acceptable. Elle avait été une jolie jeune fille et une très belle femme. Puis, doucement, elle avait glissée dans le clan des « vieilles filles ». L’instinct maternel lui était étranger et son métier de chercheuse biologiste qui l’avait accaparée tout sa vie, avait laissé bien peu de place à l’amour avec un grand « A ». Celui dont peut-être elle rêvait encore. Bien sur quelques amants venaient lui apporter un peu de chaleur, mais les visites s’espaçaient.
Elle était surtout fière de sa poitrine menue mais restée ferme, presque arrogante. Un de ses passagers d’une nuit lui avait dit « tu as des seins petits mais dynamiques » elle avait souri pensant que lui-même aurait justement pu se montrer un peu plus à la hauteur.
Elle prit une douche rapide, s’habilla d’un jean et d’un chemisier clair et fila faire le café. Pendant qu’elle remuait distraitement une tartine dans son bol décoré d’une vache noire et blanche, elle imaginait sa journée à venir. Pas de programme bien établi depuis qu’elle avait arrêté de travailler. En fin d’après midi elle allait dans son club de gym histoire de conserver son tonus. Mais avant, rien de spécial. Un coup d’œil par la fenêtre l’assura d’un temps ensoleillé. Un autre vers sa bibliothèque qui avait depuis longtemps envahi son appartement, pour se rendre compte que son stock de livres à lire avaient fondu. Elle se décida pour un tour à sa librairie préférée dans le quartier Saint Jean, puis un repas léger sur une terrasse suivi d’une balade sur l’île Barbe histoire de faire quelques clichés, avant le sport prévu.