DIM, DAM , DOM !
Dans la chambre d’amis où a dormi Domi je stocke mes dévédés. Hé quoi ?! C’est mon domicile ! Je les range où je veux, mes missels, mes missiles, mes vinyles de Mike Oldfield, mon radome de Pleumeur-Bodou dans sa boule de neige, mon jeu de mikado, ma boîte de dominos, ma collec’ de bas Dim, mes livres de Damon Knight et mes photos de Demi Moore !
Domi a farfouillé et puis s’est endormie. Dans le demi-sommeil qui précède ses rêves y’avait Roger Vadim qui rhabillait Bardot, Jacques Demy qui chantait sous la pluie avec des demoiselles qui venaient de Rochefort, un bourg où tout est cher, même les parapluies, Matt Damon qui rencontrait trois types dans la quatrième dimension, une Médée médusée devant Pasolini, Eisenstein qui tenait des discours démocrates devant les membres de la Douma, des tas d’amants sur le pont neuf, Claude Chabrol semi-dément qui faisait chabrot au restaurant au grand dam de Fanny Ardant qui protestait « Vivement dimanche que ce MIDEM se termine !» alors qu’il s’agissait du festival de Cannes.
- Quand on casse la graine, répondait Chabrol, Truffaut c’qu’y faut ! Et puis il se mettait à chanter en duo avec Mylène Demongeot des chansons de Bernard Dimey et le « Maladie d’amour » d’Henri Salvador.
A minuit Dominique s’est réveillée en proie justement à une maladie de la jeunesse. Dans la chambre d’amis, elle venait de rêver d’un chibre d’amant surdimensionné - je n’aurais peut-être pas dû laisser traîner là le tome 4 de la Rubrique-à-Brac sur la couverture duquel Gotlib parodie Orange mécanique ! - mais il n’y avait, pour calmer ses ardeurs, que Madame Doubtfire avec une épaule démise ! Du coup elle s’est joué un solo de mandoline au lecteur d’MP3 avant de replonger dans les bras de Morphée, çui-là qui met un terme au tactile de dame Hard.
Le lendemain au petit-déj, Domi m’a raconté son démentiel cinéma de minuit. On a ri comme des folles.
Mais une fois qu’elle est partie, je les ai montées au grenier, toutes ces vieilleries. Si ça donne le démon de midi à minuit à Domi, qu’est-ce que ça va être quand je logerai Damien ici ?
Au moins, où y’a du zen, y’a pas d’plaisir ! Les copains et copines sont bien gentils mais je tiens à ce qu’on respecte mon surnom et mes choix de vie : on m’appelle Cléo Decinque, l’ascète.
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