Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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mercredi 25 avril 2012

Arthur Hidden - La chambre d'amis

Une odeur de vide et de renfermé. Il essaie d’analyser. C’est curieux cet intérêt soudain pour ses sensations olfactives. Mais cela a le mérite d’occuper l’esprit, ça va peut-être lui permettre de découvrir une autre réalité plus vivable. Au point où il en est. Cette odeur particulière, presque insensible doit venir de ce que l’air est enfermé dans une pièce où il n’y a habituellement rien de vivant, rien qui ait une odeur propre. Pas de meubles en bois ciré, pas de brassements d’air, d’entrées et de sorties, pas d’humains qui sentent la cigarette, le parfum, la chaleur ou la savonnette, encore moins de citronniers en fleur. Une armoire vide en formica au pied du lit à deux places qui occupe presque toute la largeur de la chambre avec un couvre-lit dans une espèce de peluche jaune. Un sac de voyage qui contient quelques affaires pour la nuit et le lendemain Et lui couché au milieu du lit, ses pieds croisés et chaussés dépassent pour ne pas salir, et touchent presque l’armoire. Sur le mur de gauche il sait qu’il y a la porte à moitié ouverte d’une minuscule salle de bain-WC avec un lavabo et une cabine de douche.

Mais il ne regarde pas en direction de la salle de bain. Son regard est fixé sur le plafond crépi blanc gaufré. À regarder ce plafond éclairé par deux meurtrières horizontales de part et d’autre de l’armoire il ne sait pas à quelle illumination il espère accéder. La pièce est aux trois quarts enterrée et pour peu que le gazon soit tondu les meurtrières ne permettent pas de voir la tête des herbes, même quand on est debout. Il ne faut surtout pas qu’il se mette à penser que c’est un caveau. C’est une chambre d’amis, pas un caveau. Couché les bras croisés derrière la tête à regarder le plafond il attend que la nuit tombe. En cette saison il a une bonne heure et demie à attendre. Et après ?

Il ne peut s’empêcher de guetter les bruits de la maison, au-dessus de sa tête. Le déplacement d’une chaise sur le carrelage de la cuisine et son cœur s’arrête de battre. Il s’est promené tout le dimanche après-midi. Il a pris un sandwich et une bière au café de la Place et il est rentré par le garage et la cave dans la chambre d’amis sans faire de bruit pour que personne ne remarque sa présence. Maintenant il devine le brouhaha des enfants, il aimerait pouvoir suivre les conversations autour de la table familiale de la cuisine. Le dimanche soir on ne dîne pas à la salle à manger. Il a l’impression qu’un animal cruel, un renard comme dans l’histoire du jeune spartiate, lui dévore le cœur. Il ne sait pas comment il va pouvoir tenir.

Demain matin, quand Anne et les enfants seront partis il ira joindre son cabinet au rez-de-chaussée. Avant il aura transféré ses vêtements de ce qui ce matin encore était sa chambre vers l’armoire de la chambre d’ami. Cela durera jusqu’à ce que les remboursements de la maison et du cabinet pèsent moins lourd. Des mois, des années peut-être.

Où lire Arthur Hidden

L'Arpenteur d'étoiles - La chambre d'amis

Brazey

Ils nous avaient dit :
- Rendez-vous à Saulieu vers la statue du taureau de Pompon. Samedi vers dix heures.
Nous y étions. Plus précisément entre Loiseau et le taureau, pour être surs qu’ils ne nous ratent pas.
Depuis longtemps ils insistaient :
- Venez à Brazey, venez à Brazey. On passera un week-end campagnard et bucolique.
"Ils" c’étaient Marie-Françoise et Jacques. Ce dernier était alors mon associé. Petit, élégant et d’une exquise courtoisie, il était fin autant qu'elle était pétillante. Ils formaient ensemble un couple chaleureux.

Brazey, c’est Brazey en Morvan. Village minuscule au coeur d’une campagne assez rude. Quelques modestes maisons de pierre groupées autour d’une simple église, au carrefour des routes reliant Saulieu et Autun à des localités de moindre importance. Brazey c'est rien, perdu au milieu de nulle part.

Après les effusions d’usage (dis donc, qu’est-ce que c’est beau par ici …) nous dûmes passer chez Pierre, le boulanger. Personnalité imposante et Brassensomorphe (même corpulence, mêmes moustaches et même regard de bon chien) qui appelait Jacques « mon Jacky » en le gratifiant de bourrades amicales, menaçant à chacune d’elles de le faire tomber dans le pétrin. Cet homme était un parangon de bonhomie et de blancheur poudreuse. Jacques était secrètement fier de montrer qu’il avait des amis du terroir et donc, que lui-même faisait partie de cette terre sauvage et belle. Il arrangea son foulard, rajusta son blazer, l’épousseta soigneusement et nous conduisit chez eux, aux confins d’un hameau retiré.

Une maison basse et épaisse, couverte d’un toit pentu, aux tuiles en écailles. Les murs plus larges à leur base qu’à leur sommet, donnaient à la bâtisse cette impression d’un paysan les mains aux hanches et les jambes écartées, planté dans son labour. Elle était ceinte de murets de pierres et dominait un immense terrain en pente douce. La vue sur les monts du Morvan s’avérait magnifique.

On pose les valises, puis on va admirer le domaine qui « va de là à là et puis de là à là, tu te rends compte ». Il appartenait à l’arrière grand père. Il restait d’ailleurs dans la pièce principale un portrait de l’ancêtre, raide, austère, serré à l’extrême dans le costume des grandes occasions. La pièce est vaste. Vaisselier ancien, maie sombre lustrée par le temps, évier de pierre grise et lourde table, attestent de sa sincérité paysanne. Pas de cheminée, mais un poêle à bois pour lequel on va couper quelques bûches avant l’apéro.
Et aussitôt après : "ah, on va vous montrer la chambre d’amis … votre chambre".

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