Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 1 mai 2012

Tiniak - En bateau

à Curnonsky

Las, cure n'ont ceux qui n'ont plus que l'aube
- pour tout pays !
de ces refuges tropicaux - pour être honnête !
A leurs talons, des nuits sans tête
Devant eux rien qui ne ressemble au paradis
que le fumet connu des saisonnières daubes
sous la pluie

Ils cheminent pourtant, progressent coude à coude
Ils ont un lieu commun qui leur ouvre l'esprit
Ils vont, l'Humanité sous le bras qui les soudent
en leur anonymat porté loin du nombril

Haubans inachevés, les réverbères
font mine de veiller sur les crottoirs
Des larmes de safran s'écoulent de leurs blaires
finir au caniveau dans un jus noir

Au-dessus, le platane à la tête au carré
Son bel alignement est à mauvaise école
Une jeune corneille y demeure au taquet
(la nichée n'est pas près de prendre son envol
le printemps traîne ici
dans un vieux pyjama sa trop courte vessie !)

Derrière ses rideaux, la cadette au supplice
voit brûler l’armada établie aux acquêts
son fanal orgueilleux ramené sur sa drisse
et de poupes en proues le chaos des parquets
malgré la pluie tenace

Maints tenant, le cortège avance comme un flot
ou tel un plein filet qui monte à la manille
marmonne, chante et crie de Nation à Bastille
"Ministres ! N'avons pas dit notre dernier mot;

voici le premier : Mais... !"

Où mener sa lutte avec classe...

Rochambeau - En bateau

C’était moi…

Sur ce rivage abandonné, je suis seul. Et devant moi, un ciel immense, une musique devenue silence, des oiseaux en errance. Aujourd’hui, en ce jour gris, mon cœur naufragé, dans le livre aimé du passé, cherche ces images lointaines, nimbées de lumière et baignées de vent, mes images-souvenirs, mes mystérieuses navigantes, mes traversières de saisons, mes visiteuses de la nuit. Je vous retrouve et vous regarde, fasciné, mes venantes de si loin, à la courbure de ma vie ! Et avec ce soliloque des vagues, je t’y revois l’ondine de mes 18 ans ! Mon estivante de Nauplie, ma vacancière de notre Eté ! Oh oui celle que j’appelais Amphitrite, ma Néréide ! Il est loin ce temps où sur ton voilier, tu m’amenais sur cette mer Egée, à saute vagues. Que tu étais belle ! Et je t’admirais, te faufilant sous les haubans, tirant sur la drisse pour hisser la voile, maniant à merveille le safran pour gouverner et faire naviguer ton coursier de bois ! Je te revois, détachant d’une manille un cordage pour l’entortiller au plus vite à un taquet du bord. Et moi comme un enfant je jetais dans l’océan du jour, mon filet pour y pêcher des soleils et des étoiles que je t’offrais avec candeur ! Tu riais, Toi qui m’avais capturé dans la nasse bleue de tes yeux, ma vieille de 22 ans ! Nous étions si heureux ! Nous voguions dans ce golfe d’Argolide, cette Vasque immense de vin bleu, et des mouettes en cavale, venaient s’abreuver et repartaient en criant ivres d’avoir bu le nectar des Dieux ! Au retour tu contournais avec une si grande aisance, l’îlot de Boutzi et son fort pour rentrer au quai.
Nous revenions alors, dans ta petite maison blanche, fleurie d’un bougainvillée, perchée, en haut de ce merveilleux petit port de stuc et de marbre. Nous faisions alors nos méridiennes estivales ivres de l’alcool ambrées de notre amour fou. Et je te faisais rire avec mes mauvais jeux de mots du style « Ah comme nos corps hâlés allaient ! Veux-tu fille de la Mer que je te fasse fille Mère ? ». Toi que je charmais tant en chantant ma chanson préférée de Gilbert « C’était moi »
Moi aussi je t’ai dit la 1° fois : "Salut Toi, je suis sûr qu’on ira bien ensemble."
Et n'en n’ai plus dormi pendant des jours et des nuits,
Celui qui aujourd’hui ne sait plus ni ton nom, et à peine ton âge,
Qui ne sait plus rien de toi, si ce n’est que tu étais jolie…
Qu’es-tu devenue ma Princesse de Juillet?

Où lire Rochambeau

Quebre - En bateau

Depuis le train, lent, on voit l’embouchure immense
Roidir l’horizon ; est-ce la Meuse, ou l’Escaut ?
Ils régatent dans ce palud, à sa cadence,
Sloops et esquifs tanguant, et gîtant, en écho.

Sur le pont, les haubans ont la crête rosie
Et le métal, ossu, luit comme du gros beurre ;
Elle croit voir Manille, Saigon, ou une Asie
Très hagarde, aqueuse, où miroite le rêveur.

Tous les ponts de fleuves et leurs rives soudaines
Affluent à son torrent ; tant la Loire aux cours traîtres
Que la Seine, équine, et les Garonnes bedaines

Ultramarinent l’air, poissant ses kilomètres ;
Et le safran de ses joues collées à la vitre
Triche aux buées : ma gosse affabule, un vrai pitre.

Où lire Quebre