Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 2 mai 2012

Jujube - En bateau

Nouveau récit des Argonautes.

La mer était violette sous une aurore aux doigts de rose quand nous appareillâmes, à bord d’Argos, pour une destination que seul connaissait notre capitaine, le Grand Jason. Acaste et Admète avaient beau le questionner, il fixait l’horizon sans répondre. On le sentait résolu, seule motivation pour que nous le suivions en confiance. Mais la question grossissait dans nos cœurs à mesure que notre fringant navire, encore tout brillant des peaux de chamois que nous avions usées à le lustrer, avalait de courtes lames, avec les coups de museau d’un jeune chien joyeux de partir à la chasse. L’accastillage de cuivre brillait au soleil levant, la grande voile aux reflets de safran tirait nerveusement sur ses drisses, tout nous portait en avant.

De bonnes drisses avec une âme en amaride tressée antigiratoire que Castor avait achetées à la coopérative du Guillevinec, c’est dire si nous étions bien équipés ! C’est au soir, alors que nous étions rassemblés autour de notre chaudron de soupe, que Jason répondit à Astérion qui le pressait à nouveau : « Nous allons chercher la toison d’or ». Nous restâmes muets, interrogatifs. Et de nous raconter une histoire de bélier ailé, un certain Chrysomallos, dont la toison était détenue aux confins du monde des humains, et dont la possession nous rendrait riches car elle avait le pouvoir de retenir les paillettes d’or qui s’enfuyaient dans le courant des rivières.

Intérieurement, je me dis : « Mon pauvre Boutès, tu aurais mieux fait de réserver un voyage organisé auprès de la compagnie des voyages Taquet. Tu aurais suivi un itinéraire moins hasardeux que ce périple, comme les vignobles de Malvoisie, à bord d’un confortable autocar, et tu ne serais pas là, au milieu de rien , à voguer vers nulle part, à la recherche de n'importe quoi. Portant mon regard sur mes compagnons, il me sembla qu’ils roulaient les mêmes pensées. Nous étions tous décontenancés. Seul, Jason souriait et ses yeux pailletés de malice contemplaient le feu qui leur répondait en pétillant.

Lire la suite

Lilou - En bateau

Les deux barques et le paquebot

Deux barques étaient parties en balade, l’une surnommée Manille arborait de belles rayures blanches et bleues et l’autre Safran était rayée de jaune et noir. Toutes deux avaient rompu leurs amarres. Elles en avaient bien assez d’être attachées comme des fugueuses. Et maintenant, elles naviguaient au fil de l’eau, au gré des vents au milieu des clapotis, des vagues et vaguelettes. Elles délaissaient les rames et faisaient fi des canots à moteur qui les dépassaient. Joyeuses et heureuses de leur liberté nouvelle, elles voguaient, riant aux larmes, quand ballottées par des remous, elles plongeaient le nez dans les flots ou se retrouvaient le derrière trempé. Elles firent un brin de causette avec des pédalos égarés ça et là. Safran s’énerva quand l’eau engloutit le fond de sa barque tandis que Manille lui faisait remarquer que le soleil brûlant irisait les gouttelettes d’eau transperçant la lumière.

Lire la suite

Claudie - En bateau

PIRATE

La nuit est tombée et le vent s’est levé avec force. Le vieux brick se rapproche de l’île de la Tortue, tous feux éteints. Naviguer près des récifs demande du savoir-faire et de la discrétion car l’île, un comptoir de marchandises repris aux Espagnols par la couronne d’Angleterre, est solidement défendue par les soldats en uniformes rouges. Eugénie n’aime pas les soldats en général et encore moins les anglais. Tous des reîtres ! L’équipage va pouvoir se ravitailler en taquets car les leurs sont rongés par le sel, en whisky de qualité et en tonneaux de poissons séchés. La belle fête ! Elle met en garde sa bande de vieux briscards, de voleurs, d’assassins contre l’ivrognerie, les maladies tropicales et autres bestioles ramassées dans les bordels. Les hommes ne l’entendent qu’à demi-mots bien qu’ils ne remettent pas en question ses qualités indéniables de chef.
Aux petites heures laiteuses, les marins rament pour fuir au plus vite les écueils. Ils sont avinés et se réjouissent de la capture d’un prisonnier. Le malheureux gémit sous la toile de jute qui lui recouvre le corps. Eugénie donne l’ordre de le lui retirer. L’homme la regarde mais ne cille pas. L’équipage, heureux de sa prise, lui piquent le ventre du bout de la baïonnette de leurs fusils. C’est une belle monnaie d’échange car ce gars là a l’air d’être un personnage important. Seul Bienvenu le mandingue, debout les bras croisés, rumine. Il transpire et ses yeux lancent des lueurs inquiétantes.

Lire la suite

L'Arpenteur d'étoiles - En bateau

Partir

Alors partons …
Puisque les alizés nous poussent
Vers d’absolus voyages aux goûts inaltérables,
Aux songes d’aubes blanches sur des collines rousses.
Même les cartes usées qui glissent sur les tables
Des joueurs de manille, nous parlent d’inconnu
De ces lointains rivages repus de goélands
Dont les cris carnivores mettent nos âmes nues
Et déchirent nos sommeils de leurs becs ruisselants.

Et me reviennent mes jeux d’enfants …
A dix ans j’étais Surcouf, Jean Bart ou Kerguelen
Sur mon lit, les gréements, artimon et misaine.
J’en étais le gabier aussi le capitaine
J’en étais le bosco aussi le matelot
A la fois à la barre et grimpé sur la hune
Fixant au cabillot la drisse ou les aussières
Hissant le perroquet et le grand cacatois
Je chassais les anglais pour le compte du Roy.
Dès mon livre fermé, je parcourais les mers.

Dans nos cahiers d’école sans s’arrêter jamais
Glissent
Les rondes caravelles.
Haubans tressés d’hommes hagards.
Figés sur l’horizon
Quand leurs espoirs déçus par la terre qui s’esquive
Sous l’équateur brûlant, distillent le poison
D’un rêve citadelle
Et puis les crucifient.

Puis vinrent les vrais départs …
Je reverrai toujours
Ce boutre métissé par les couleurs du monde
Accoster à Bombay … peut-être bien ailleurs …
Les souvenirs s’emmêlent et les mémoires se fondent
Dans le creuset épais des oublis ravageurs
Il versait la misère sur des enfants rieurs
Et sur des femmes rondes
Dans l’infinie poussière du safran et de l’or

Mes compagnons ont fui vers d’autres mers de Chine
De nos jeunes désirs ne demeure que l’écume
Et la poésie seule des termes de marine
Fait pousser quelques voiles à mon esprit de brume.
Des songes de voyages aux bagages à défaire
Immobile rêveur ou marcheur du néant
Ma vie est au taquet.
A mes anniversaires
Aucun ne sait encore les chansons d’océan
Qu’épaule contre épaule on poussait sur les quais.

Lorraine - En bateau

VOYAGE EN BATEAU

Elle tenait un étal sur le marché de Grasse et son joli accent se mêlait au parfum des cerises et des pêches. On l’appelait Marina, sa jupe fleurie dansait au soleil et, la journée finie, elle venait volontiers rejoindre ses amies à « La Boule d’or » où le guignolet-kirch accompagnait leurs rires dans le soir tombant. Elles étaient quelques-unes à jouer à la manille et quand Marc se proposa à son tour, il fut accueilli dans le cercle. Il jouait bien, Marc. Précis, l’œil vif, bon partenaire, rien à redire. Sauf qu’il était marin et repartirait bientôt.
- Ça te dirait de faire un tour en bateau, demanda-t-il un soir à Marina comme ils s’en retournaient après la partie.
En bateau ?...Marina allait-elle avouer : « J’ai le mal de mer » ? Ou crâner et faire semblant ? Et perdre la face devant ce navigateur aguerri qui se moquerait d’elle, c’est sûr.
- Je veux bien, dit-elle d’une petite voix mal assurée. On fait comment ?
- Je t’attendrai à Cannes demain à 10 heures, mon navire s’appelle « Étoile », je suis à quai, tu ne peux pas nous rater.
Elle arriva donc à 10 H. pile sur sa mobylette et trouva l’« Étoile », un voiler de couleur safran , amarré par un taquet. Marc, beau comme un dieu de la mer, la prit par la taille et elle se retrouva d’un seul coup sur le plancher flottant qui, déjà, la faisait chavirer.
Les mouettes lançaient leurs éclats de rire par-dessus le hauban, elles faisaient leur tintamarre habituel mais Marina ressentait chaque cri comme un coup dans l’estomac…Un estomac déjà pas très bien accroché quand Marc se dirigea vers la drisse et annonça joyeux :
- Je vais hisser la voile. Prête ?...
Prête !... Que répondre ? Comment expliquer ?...Marc s’affairait. Lui tournant le dos, assise à même le sol, elle s’accrochait de toutes ses forces tandis que les mouettes, le ciel, le voilier tournoyaient, tournoyaient…
- Ça ne va pas, petite ?...
Après, elle n’entendit plus rien. Elle se réveilla dans les bras de Marc qui l’étendait doucement sur le quai.
- Il fallait me le dire, fillette, que t’as pas le pied marin…
Elle était bien. Elle but le verre d’eau que Marc approchait de ses lèvres, sourit, se releva. Alors, il la prit dans ses bras, et lui chuchota à l‘oreille :
- Femme de marin, tu veux bien ? C’est moi qui voyage, toi tu m’attends sur le plancher des vaches…
Un flot de bonheur l’envahit. Ils sont mariés depuis plus de vingt ans. Elle n’est plus jamais montée en bateau !

JCP - En bateau

Mon vieux bateau

Les haubans détendus les drisses emmêlées,
Les taquets vermoulus et le safran fêlé ;
Trop souvent mise à flot sa coque prenait l’eau :
Il n’était pas très beau, mais c’était mon bateau.

Des trottoirs de Manille aux douceurs de l’Asie,
Sous les vents rugissants ou les mers les plus calmes
Il s’était épuisé luttant contre la lame :
Le temps était venu pour une euthanasie.

C’est le cœur chaviré que je dus l’échouer
Au bout du port là bas - au vaste cimetière.
Je lui promis visite et mis cent primevères
Au pied de son vieux mât, priai[1]gorge nouée.

Je pris consolation sur un plus beau que lui,
Qui file tant de nœuds et ne prend jamais d’eau ;
Mais pourtant c’est de toi qu’aujourd’hui je languis :
Je te dois tant de joies, ô toi mon vieux bateau...

Où lire JCP

Notes

[1] Neptune