Chri - Danse d'une vie
Par Les Impromptus, mardi 15 mai 2012 à 17:19 :: Danse d'une vie :: #10882 :: rss
Celle là, je ne l’avais pas vue arriver. Pourtant, je passais ma vie toujours sur mes gardes. A force d’y être j’avais des plaques d’eczéma partout. C’était devenu tellement habituel, c’était tellement une seconde nature ! En vrai, faire gaffe était une question de survie. C’est pas qu’on habitait à Gravelotte, mais dans le secteur, ça tombait pour un rien, pour un oui ou pour un non. Et vlan, voilà déjà trois bonnes raisons au moins. Quand y en avait pas, y en avait quand même. L’avait même pas besoin d’en inventer.
Ce soir là, j’avais traîné en route avant de rentrer, comme toujours, vous me direz, mais je vous jure que si vous aviez été à ma place vous n’auriez pas été pressé non plus. Un peu de calme avant la tempête, un peu de silence avant les cris, un peu de rien avant que ça tombe.
Saka et moi on avait pris notre temps en poussant des billes le long des caniveaux, en discutant le coup. Saka, je l’aimais bien, il habitait sur mon chemin pour rentrer de l’école, alors on rentrait ensemble en jouant aux billes. Une fois devant chez lui, on se rendait celles qu’on avait gagnées comme ça on pouvait continuer à jouer. Pas question qu’il y en ait un qui plume l’autre. Ce qui comptait c’est qu’on se soit bien amusé. Je me suis toujours demandé si chez lui c’était pareil. On en a jamais parlé ensemble mais je crois bien que oui. Après avoir laissé Saka, j’avais marché drôlement lentement pour finir le trajet. J’avais tout fait. A cloches pieds, j’avais marché en arrière, j’avais caressé le chien du 26 de la rue Cavell, je l’aimais bien celui-là. Quand on approchait il gueulait comme un branque et dès qu’on lui parlait il remuait la queue et bavait en souriant. Encore un qui aimait la tendresse. L’avait qu’un défaut il puait, mais il puait. Pire, l’odeur s’accrochait à vous comme un noyé. On l’emmenait avec soi si on avait le malheur de fourrer la main dans ses poils sales. Et ses les frotter à l’intérieur de la poche n’arrangeait pas ses affaires. On puait et puis c’est tout. Après, j’avais passé un bon moment devant la vitrine de la boulangerie du coin. J’avais un peu rêvé devant les boites de bonbons. Mais il m’avait fallu bouger. Là c’est sûr j’étais bien en retard.
J’ai couru pour essayer de rattraper le temps perdu, j’ai couru tout le long de la rue. Je n’ai rien rattrapé du tout. J’ai poussé la grille du jardin qui était ouverte. Il était là, derrière, campé sur ses deux jambes comme la statue du square. Il n’a pas dit un mot. Pas un seul. La première gifle m’est arrivée droit sur l’oreille. Il y en a eu quelques une après mais j’ai arrêté de les compter. Un moment, ma tête a tapé contre un des piliers du portail. C’est là, enfin j’ai entendu les docteurs dire que c’est là que j’ai subi le plus grave. C’est là que j’ai perdu connaissance. Pour l’instant, ils ne savaient ni si je me réveillerais ni quelles séquelles j’aurais. Je les entendais dans un flou blanc. Je m’en fichais, je n’avais plus mal. Lui, j’avais entendu qu’il était en prison et ça, dans mon coma, ça m’avait fait sourire.
Cette fois, c’était sûr, j’avais reçu la danse de ma vie…
Commentaires
1. Le mardi 15 mai 2012 à 17:25, par EVP
2. Le mardi 15 mai 2012 à 17:37, par Claudie
3. Le mardi 15 mai 2012 à 18:06, par Pivoine
4. Le mardi 15 mai 2012 à 18:16, par vegas sur sarthe
5. Le mardi 15 mai 2012 à 18:24, par emma
6. Le mercredi 16 mai 2012 à 06:46, par Valentyne
7. Le mercredi 16 mai 2012 à 07:30, par gballand
8. Le mercredi 16 mai 2012 à 09:10, par Tisseuse
9. Le mercredi 16 mai 2012 à 16:22, par Chri
10. Le mercredi 16 mai 2012 à 16:22, par Chri
11. Le mercredi 16 mai 2012 à 19:03, par Tinouscka
12. Le mercredi 16 mai 2012 à 21:48, par Chri
13. Le mercredi 16 mai 2012 à 22:39, par quebre
14. Le jeudi 17 mai 2012 à 22:16, par Lira
15. Le samedi 19 mai 2012 à 00:05, par blj73
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