Dois-je vous conter dans quel état j’erre, le dimanche soir lorsque je trouve, impromptu, dans ma boite à messages, des consignes aussi ardues qu’originales, émanant d’un groupe de jeunes freluquets et freluquettes ; (je suis pour la parité alors débrouillez vous avec), et pour ajouter à mon angoisse, il y en a toujours un, qui a écrit un chef d’œuvre avant que les chefs aient fini de poster leur missive.
Ah, remettre sur le métier dix fois, vingt fois son ouvrage ; non par pitié je ne m’appelle pas Pénélope ! Je veux bien composer, rédiger, mais il ne faut pas exagérer.
Dois-je aussi lire et relire les textes qui m’inspirent ? Oui, vous savez imiter, faire à la manière de… copier quoi ! Oh, je vous entends déjà hurler : « Quoi ! Elle pompe ». Pas la peine de s’offusquer, nous avons tous subrepticement jeté un œil sur le cahier du voisin quand nous étions minots. Et qui, un jour, n’a pas consulté l’anti-sèche pour justement éviter de sécher ; la panne sèche tout bêtement ?
Et bien je le dis très haut et très fort : sur ce thème là, c’est évidemment la panne d’écriture. Il y a mille raisons pour être en panne d’écriture.
Tiens : César de Pagnol à la main un peu grosse pour le porte-plume, si cela ce n’est pas un raison je ne m’y connais pas en matière de panne.
Souffrir d’une tendinite pour ne pas rendre le devoir (là c’est l’instit de base qui revient au galop), ou d’une méchante poussée d’arthrose qui pourrit les articulations des doigts jusqu’à vous provoquer la maladie des doigts écartés, ne sont-ce là pas, non plus de bonnes raisons pour être en panne. Heureusement la bécane est là ; l’ordinateur me tend les bras ou plutôt les touches si j’ose dire.
Mais là encore il y a des surprises ; des coups du sort inopinés : les options sont en option et disparaissent, la barre de tâche ne travaille plus ; le clavier se coince, le modem tire sa flemme, le mulot refuse de gigoter, le scanner fait une crise de nerfs, la mémoire n’est plus si vive, la carte mère n’a pas plus de père ; quant à l’écran il n’a plus de pixels, c’est le noir complet… Le Pentium a absorbé trop de calcium.
Mais fi de la mauvaise volontitude, je reviens aux bons vieux outils pour essayer de trouver une idée bucolique.
Las le stylographe n’a plus de cartouche, le crayon n’a pas bonne mine, l’oie n’a plus de plumes et l’encrier est vide…

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