mercredi 30 mai 2012
Tinouscka - Que de pieds !
Le mercredi 30 mai 2012 à 19:30 :: Que de pieds !
D’arrache cœur
Il était en retard.
Ce n’était pas la première fois que je faisais le pied de grue dans ce restaurant.
Certes, je filais le parfait amour, mais depuis notre rencontre, je me laissais à ce point dévorer, que j’en avais quasiment perdu l’appétit.
Pour tromper mon impatience, je jetais un coup d’œil au menu, au contenu des plus affligeants… :
« Pieds panés, pieds en gelée, pied-paquets… » !
J’en avais le cœur soulevé.
A ma gauche un Commercial boursouflé faisait du pied à une Barbie siliconée et vulgaire. A ma droite, deux gogos qui semblaient vivre sur un grand pied, offraient un spectacle navrant.
Je laissais mes idées vagabonder, se poser au pied du Mont Lozère où depuis longtemps, je voulais un pied à terre, entre causses et planèzes. Sur la mer de Lune de l’Aubrac qui avait toujours été pour moi, le centre du monde, libre et apaisée, je me les imaginais en pied de violette, pour repartir du bon, et rebondir dessus…
Quitter la ville, fuir au pied levé, j’en rêvais !
De pied ferme, le quitter, tout autant.
Il m’avait tout fait ou presque.
Et moi, toujours à ses pieds, je ne les avais plus sur terre, et depuis bien longtemps.
Et quoiqu’il fasse, c’est moi qui me jetais aux siens.
J’avais trouvé chaussure…, c’était bien là tout le problème, alors, partir l’un nu et l’autre chaussé, mieux valait ne pas y penser.
J’avais beau m’en donner, des coups là où vous savez, je ne savais plus sur lequel je devais danser.
Pourtant, il y avait toujours une bonne copine pour m’aider tant bien que mal, à en faire ainsi que des mains ! Mais hélas, ils ne trouvaient plus la force de les mettre dans le plat.
Le quitter… oui…, me mettre enfin sur celui de la guerre et me le faire haut : ce serait bien fait pour les siens, non ?!
Soudain, je vis arriver deux pieds nus dans des Weston, des pieds uniques qui avaient fait de moi une podophile qui s’ignore.
Je frémis… : une fois encore, il allait me la couper, l’herbe, mon colosse au pied d’argile.
« Au pied », entendis-je ! Atterrée, je baissais les yeux, et là, je vis quatre pattes, celles de Footloose, son chien.
(J’ai la peau de l’âme trop sensible ; il faudrait lui apprendre à marcher pieds nus, et s’y faire des cornes…C’est ainsi que le cœur rétrécit.
Jean Cocteau)