ALBERT
(texte long, mais que du dialogue)
Lundi matin. Locaux de la PJ.
- Alors ?
- Encore une, ce matin.
- Où ?
- Dans ma boite mail ce coup là.
- Un moyen de savoir d'où ça vient ?
- On y travaille, mais sans trop d'espoir.
- Et les spécialistes photo ?
- Un peu plus d'éléments de ce côté. Pas de trucage a proprement parlé ...
- A proprement parlé ?
- Attends, attend. Non pas de trucage photo. Mais il semble que toutes ces jambes soient celles de mannequins, habilement habillés et disposés ainsi.
- De mannequins ... de défilé de mode, des top models ?
- Non, non, des mannequins qu'on voit dans les vitrines. Des en plastique ou je ne sais quoi. Mais articulés afin de pouvoir leur donner des positions plus humaines, tu vois.
- Et ça peut nous aider ?
- Oui et non. Il y a pas mal de fabricants. Un peu partout en Europe. Mais ça peut tout aussi bien être des trucs de brocantes, ou d'occase ...
- Aiguille et botte de foin, quoi.
- Genre ...Cependant il y a autre chose : sur les cinq photos qu'on a reçues jusqu'à maintenant, toutes les jambes sont croisées exactement de la même façon. Si les cadres diffèrent, comme un square, un quai de métro ou un jardin, les poses sont identiques. A ceci près, et c'est là que ça devient intéressant, le deuxième personnage n'a jamais les mêmes chaussures, ni tout à fait la même pointure.
- Ah tiens. Montre ... C'est ma foi vrai.
- Et il s'agit sans doute de pieds de femme.
- D'un mannequin femme, alors.
- Non, non. De vrais pieds ...
- Comment ça, de vrais pieds ?
- Ben oui. Des pieds coupés. Correctement d'ailleurs. Coupés puis fixés avec soin sur les jambes en plastique des figurines.
- Comment ils peuvent voir ça les autres spécialistes de mes deux. Et puis ça n'a pas de sens ton truc. D'ailleurs on a jamais trouvé de macchabés sans pieds, que je sache.
- Sur un des clichés le personnage en question porte des escarpins. D'après la scientifique, il y a aucun doute sur l'origine humaine des pieds, et celle industrielle des jambes. Ensuite c'est pas mon truc Et enfin, ce matin ...
- Quoi, ce matin ?
- Dans un container poubelle du sixième arrondissement, on a découvert un cadavre de femme avec les pieds tranchés. Net.
Mercredi. Même locaux de la PJ
- On a les quatre autres cadavres sans pied. Des femmes. Dans des quartiers différents de la ville. Du plus bourgeois au plus populaire.
- Un point commun entre elles ?
- Pour le moment pas trouvé si ce n'est la couleur brune des cheveux et leurs tailles identiques, autour d'un mètre soixante cinq. Elles avaient entre trente et quarante ans.
- Bien entendu, aucune empreinte.
- Aucune.
- A l'autopsie ?
- Ce dont on est sur, c'est qu'il n'y a pas eu agression sexuelle, ni d'ailleurs rapport récent pour aucune des victimes. A priori, pas de violence flagrante non plus. On dirait qu'elles se sont faites descendre de leur plein gré.
- Elles connaissaient le tueur, tu crois ?
- Sais pas. Elle sont toutes mortes d'une balle dans la nuque. De véritables exécutions. Ensuite ... les pieds
- Comment ?
- Scalpel et scie, mais on a nettoyé soigneusement. Les, heu ... moignons, sont nickel si je peux dire.
- Le profileur, il pense quoi ?
- Intéressant. D'abord on a remarqué que sur chaque cliché on voit au premier plan les genoux d'un mec. Pas les chaussures. Juste les genoux. Le profileur pense que c'est le tueur lui-même qui s'est en quelque sorte mis en scène.
Ah oui, attend avant d'en dire plus avec le psy : on imagine que toutes les photos ont été prises au même endroit mais avec un décor différent. La lumière est exactement pareille, l'angle aussi. De toute façon, je vois pas comment on aurait pu faire ça en pleine rue ou dans un jardin public. En plus, le fond flou des photos est aussi toujours le même. Sans doute un décor.
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