Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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lundi 25 juin 2012

Lily - Prosopopée

J’ai recueilli tes larmes
Les ai bues jusqu’à la lie
J’ai épongé la sueur
De tes folles nuits
J’ai respiré ton parfum
L’ai diffusé sans fin
Et recueilli jour et nuit
Ta tête alourdie.
J’ai laissé tes cheveux d’or
Me chatouiller le nez
Le poids de ton corps
Jusqu’à m’en étouffer
Je t’ai laissé me broyer entre tes mains
Eparpiller mes plumes aux quatre coins
Me dégonfler, me malmener
Pour une bataille d’oreillers.
Mais ce soir mon amour
Je tire ma révérence
Lorsque ta tête repose sur son torse
La caresse soyeuse de ta joue sur moi
N’es plus qu’un douloureux souvenir
C’est lui désormais
Le confident de tes émois.

Où lire Lily

ABC - Prosopopée

Tire-fesses :

Du matin au soir
Voici mon histoire :
Je tire les fesses
Petites, grandes, épaisses,
Je fais mon boulot
En les menant là-haut
Où sans dire au revoir
Elles lâchent leur perchoir,
Léger je descends
En les regardant
Certaines sont crispées
Restent toujours serrées
Sûrement vont tomber
En tentant de tourner
D’autres plus zélées
Glissent avec aisance
Godillent en cadence
Arrivées en bas
Elles n’hésitent pas
Reviennent me chercher
Pour les remonter,
Du matin au soir
C’est la même histoire
Jamais ne me stresse
Je tire les fesses !

Où lire ABC

Toncrate - Prosopopée

Les pieds

Mes verres vont à pied,
fragiles, dans un souffle
je leur mets mes pantoufles

Ma table a quatre pieds
en bois vernis, ils brillent
droits dans mes espadrilles

Ma vigne a deux cent pieds
elle fait des fagots
au fond de mes sabots

Mon lit, cinq à sept pieds,
il ne faut pas qu’il rompe
quand je lui mets mes pompes

Mes vers ont douze pieds
et des orteils qui riment
avec mes ballerines

A force d’habiller
tous les pieds du logis
je n’ai plus de souliers

Alors je vais nu-pieds
et pour moi il s’agit
de ne pas m’estropier

EVP - Prosopopée

Seigneur ayez pitié !! Faites que cette folle s’arrête, qu’elle m’oublie au fond de son sac, qu’elle me perde même ! Je suis chose respectable et mon usage est normalement de bon aloi. Noter au jour le jour rendez-vous, adresses, numéro de téléphone…Pour ma part j’accomplis rigoureusement mon travail : J’indique le jour, les heures, le saint du jour et même l’état de la lune. A la fin de mes pages, un répertoire complet de A à Z, quelques cartes géographiques fort utiles.

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Venise - Prosopopée

Un irrésistible patchwork d’objets surgissait dans mon esprit.*

-Quai de gare, chuintement de la vapeur, odeur de la chaudière, cambouis, poussière, Conducteur à l’impossible moustache.

Puissant coup de sifflet de la locomotive, et le silence mélancolique qui s’en suivait.*

D’accord, d’accord je reconnais que ce sentimentalisme m’empêche de vivre pleinement avec mon temps.

Le terme de chemin de fer ne déchaine plus les esprits ni les passions !!! J’en conviens.

Les curieux soupirs de la locomotive à vapeur et la montre à gousset du conducteur moustachu sont gravés en moi à tout jamais.

L’automobile, le camion, l’autocar sont tous des cousins rabougris de la locomotive quand j’y pense. Elle était si parfaite avec sa suite cliquetante.

J’ai attaché la fermeture éclair de ma valise pour tout refaire à zéro. Il me restait vingt minutes avant que le train ne débouche dans la vallée. J’attendais pour la énième fois le cheval de fer. Et son curieux grondement s’est emparé de toutes les synapses de mon cortex sensitif. Au fur et à mesure que le bruit s’amplifiait je dissociais les vibrations profondes presque imperceptibles du sol.

Le cliquetis des roues contre les soudures du rail.

-le ronronnement des turbines du moteur diesel.

-l’irrégularité du clic Tam Tam des attelages.

_le frémissement métallique des deux cymbales frottées très vite l’une contre l’autre.

Et là j’ai aperçu l’œil brulant de la locomotive qui émergeait de la brume.

Elle s’avançait comme un animal enragé qui ne voyait plus, mais elle n’avait ni écume aux lèvres et ne provoquait point la terreur générale.

Ce monde, mon monde a disparu écrasé par les nouvelles technologies. Comment ce mastodonte d’acier aux mécanismes huilés et odorants pouvait-il disparaitre ?

Je voudrais le condamner aux galops éternels.

Chercher ses mots - Prosopopée

LE PEIGNOIR

Elle s'est levée de bonne heure et de bonne humeur. Elle a juste enfilé un jean et un tee-shirt. La machine à café ronronne dans le silence de la maison encore endormie. Au miroir de la salle de bain elle a contemplé avec satisfaction les racines argentées qui lui donnent maintenant un air étrange. Les mèches blanches s'enfoncent mystérieusement dans la tignasse brune. Elle n'est pas encore tout à fait certaine de supporter la progression trop lente du blanc qui commence à lui donner l'allure négligée d'une ménagère épuisée. Elle rêve d'une mousseuse chevelure d'un blanc éclatant. Incongru ? Pieds nus sur le carrelage de la cuisine. Elle repense à la soirée d'hier. Une soiré toute légère sur une place de village, comme elle n'en avait pas vécue depuis longtemps. La mairie pavoisée; une scène illuminée; les longues tablées nappées de blanc; des standards pop et jazzy; une piste de danse sur le calcaire; les cuivres, les accords de basse, les trois petites chanteuses qui trémoussaient leur vingt ans et se donnaient comme des pro sous les feux de la rampe; le rosé frais et les anguilles persillées. La tête dans les étoiles; les pétards; le feu d'artifice. La chaleur des bras de son amoureux.

Assise dans le vieux fauteuil de bois sous la véranda elle contemple le jardin. L'explosion de la lavande au bout de l'allée, juste devant les grappes lourdes du bignonia; le noyer et les chardons; les herbes folles, les graminées, les lavatères qui émergent entre les cosmos et les capucines.

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Quebre - Prosopopée

Sermon de saint au vent qui sème,
Je me souviens fête, opportune
Des psalmodies de sémantèmes,
Avant que je compte pour prune.

Après que passent deux cents lunes
Dans le tiroir aux anathèmes,
Tu me vêts pour bonne fortune,
Sermon de saint au vent qui sème.

Je t’aurais souhaité abstème
Lors de tes nuits de bière brune ;
Tu restas bon gars, tout de même :
Je me souviens fête opportune.

Je fus mordue, un soir, par une
Qui te susurra un « je t’aime »
Emu, puis cria à la lune
Des psalmodies de sémantèmes ;

Dix ans plus tard, c’est autre thème,
Petite main qui m’importune,
Me poigne et me croit apothème,
Avant que je compte pour prune.

Sur ta poitrine, où l’infortune
De l’âge grise tes vieux thèmes,
Je tangue et comble ta lacune :
Je suis médaille de baptême,
Sermon de saint.

Où lire Quebre

Vegas sur sarthe - Prosopopée

Coquillages et plumeau

Objets inanimés, avez-vous donc une âme?
Est-ce à moi que tu parles, ignoble bonne-femme
Crois-tu que ton plumeau, tes torchons à poussière
t'autorisent à jouer les conférencières?

Depuis des décennies le cul dans la vitrine
tu m'auras ignoré, moi et ces figurines
souvenirs de voyage, phobies de collection
tu nous a relégués, collés en rang d'oignons

Toi pour qui la Martine(*) n'est rien que ta concierge
et pas plus dégourdie qu'une tête d'asperge
tu oses nous parler d'âme et de poésie?

Boîtes à meuh, coquillages ou colliers fantaisie
dans un vide-grenier nous serons réformés
en priant qu'un sauveur sache enfin nous aimer

(*) Martine C. Immeuble Graziella, 1820 rue du Lac, Mâcon, 71000

Où lire Vegas sur sarthe

Semaine du 25 juin au 1 juillet 2012

Voilà le thème que nous propose Jarez :

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?.. » demande Alphonse de Lamartine dans son poème : « Milly ou la Terre Natale ».

Et si nous répondions à la question en pénétrant l’âme de ces objets prétendument inanimés ?
Quels sentiments exprimeraient-ils à notre égard alors que nous les avons choisis, entretenus, aimés, ou, au contraire, que nous les avons acquis par routine, puis exploités, perdus, jetés, oubliés avec indifférence ou hostilité ?

Ou bien, en restant dans notre réalité humaine, si nous exprimions notre affectivité et ses raisons, de la passion à la répulsion, suscitées par les objets dont l’âme nous paraît familière ?

Le sondage des âmes et leur(s) message(s) peuvent être rapportés – en prose ou en vers – en les envoyant à l’adresse habituelle jusqu’au dimanche 1er juillet à minuit (heure de Paris)

Bonne semaine