Ainsi j’étais à peine installé devant l’atelier de la grand’rue à Dinan que déjà un couple avec deux enfants s’est arrêté devant moi, subjugué, soit par mes formes soit par ma couleur ou par les deux. Ils m’ont adopté, je les ai adoptés et je veille maintenant sur eux.
Depuis, je trône dans leur salon. Un très grand salon d’ailleurs au vu de mes dimensions : 1.80 de long, soit de trois à 5 belles places, selon la taille du popotin à installer.
Dans cette pièce, je suis quasiment le seul meuble en dehors de la chaîne hifi et d’une grande table où se réunit la famille pour les anniversaires.
Je suis donc devenu le confident de la famille tout naturellement.
J’ai entendu plein de secrets mais chut je ne répète pas.
Parfois la petite fille s’installe sur moi avec un livre, ses guiboles ne touchant pas terre, se balançant, se balançant jusqu’à ce que j’ai le tournis.
D’autres fois, c’est la maman et la petite qui s’installent pour se raconter leur journée. Elles mettent alors un peu de musique. Parmi mes préférées, il y a Renaud et ses mistrals gagnants : je fredonne tout doucement avec elles : « à m’asseoir sur un banc cinq minutes avec moi, et regardez les gens tant qu’il y en a. »
Souvent le mercredi, les enfants organisent une ribambelle de jeux et de danses : je connais par cœur la chanson : « tortue pourquoi te tais tu, tortue tu es têtue ». La première semaine, je suis devenu « un n’avion » pour le petit garçon, les suivantes son imagination débordante m’a fait découvrir qu’avec mes nuages sur le corps rien ne m’empêchait d’être tour à tour un bus scolaire à doudous, un château fort attaqué par un méchant sorcier et libéré par une gentille chevalière et même un sous marin. Mes pieds sont pratiques, on peut y attacher les doudous fait prisonniers par les indiens.
Quand l’imagination des petits débordent trop, alors la maman dit : « attention à ne pas vous cogner sur le banc, les enfants, il est très dur. »
Un autre bon moment est l’heure du conte : je vous ai parlé de Pinocchio tout l’heure mais il n’y a pas que lui que j’aime, j’adore aussi le Vaillant petit tailleur qui tue sept mouches d’un coup et qui dit avoir tué 7 géants d’un coup. Quel vantard celui là ! et aussi le capitaine Crochet et Peter Pan parce qu’après ce conte, c’est moi le bateau de pirates, le parquet devient la mer et je navigue vers des pays lointains. J’aime aussi toutes les histoire de Martine : Martine à la plage, à l’école, au parc…. Un sujet inépuisable cette Martine !
Parfois, ce sont les parents qui viennent se lover contre moi après que les petits soient couchés : Nathalie dit alors qu’elle est sur un petit nuage et cela me fait plaisir qu’elle parle de moi ainsi. Ensuite, Thierry lui propose de monter plutôt au septième ciel et ils montent dans leur chambre. Du coup cela me donne envie de chanter : J’aime beaucoup Brassens, figurez vous, avec ses amoureux et ses bancs publics (même si je n’en suis pas un de banc public, plutôt banc familial), mais un peu de solidarité bancale ne fait de mal à personne.
Je n’ai qu’un seul regret ! avec mon matériau de base, l’acier tout de même, mes occupants ne restent jamais longtemps et la chanson a raison sur ce point : cinq minutes sur mon assise et les gens repartent mais ce n’est pas grave, c’est court mais intense.
Les petits coussins installés là pour l’occasion ne retiennent pas mes visiteurs : je suis vraiment séduisant mais très inconfortable. Moi je m’en fous, ainsi je rencontre plus de gens qui me racontent tous leur histoire. Si vous voulez me racontez la vôtre d’histoire n’hésitez pas, je garde très bien les secrets. Passez me voir un de ces jours (pas trop le mercredi, c’est infesté de crocodiles dans le coin).