Hommage à Pierre Soulage

Or, Je me suis noyée dans le noir,
Dans son noir si caressant.
Noir léger de l’encre de seiche,
Noir doré du brou de noix fraiche,
Grisé métallique du noir de fumé,
Noir de réglisse des pigments densifiés.

Or, je me suis noyée dans le noir,
Dans son noir si vivant.
Le bleu de Prusse en sous-couche,
Le Véronèse sculptant juste une touche,
Un Cadmium qui mercurise l’encre,
Un bleu de Cobalt franc sur trois bandes.

Or, je me suis noyée dans le noir,
Dans son noir si vibrant.
Comment, avec quelle intensité,
Il fait chanter cette non-couleur,
Comment sans forme, sans mouvement posé,
Il trouve, de la matière même, le cœur.

Or, je me suis posée dans le rythme noir,
De ses lignes de plomb.
Dans les vitraux de l’abbaye de Conques.
Du verre neutre et des bandes noires :
Ont surgis tous les ors du monde,
Ocellant la pierre blonde du déambulatoire.