Impromptus Littéraires Les Impromptus Littéraires

Les Impromptus Littéraires
Coitus impromptus V.4.0

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lundi 9 juillet 2012

Geoysp - Piquant

Paradoxe

"Attention, je pique ! ", prévint l'infirmière pour rassurer sa patiente.

Amandine avait été dans cette situation tant de fois, qu'elle n'y faisait même plus attention. Elle trouvait gentil d'être prévenue, mais elle regrettait que ces attentions n'arrivent que maintenant. Car pendant de nombreuses années, elle avait souffert de toutes ces piqûres à répétition, une sorte de passage à l'abattoir où il fallait être piqué coûte que coûte et sans que les infirmières ne se soucient vraiment de ce que leurs patients pouvaient ressentir, ou en tous cas, sans montrer la moindre attention à leur égard. Mais ça, c'était dans un autre temps : au XXème siècle, déjà si loin, mais pourtant encore si proche... Et maintenant, la relation au patient semblait avoir évolué dans le bon sens : on prenait des gants, pour que chacun soit protégé de l'autre.
Désormais, Amandine n'avait plus vraiment de veine potable dans les bras. C'était de plus en plus compliqué d'en trouver une et de la piquer.

L'infirmière avait examiné les bras d'Amandine de tous les côtés, à la recherche du moindre petit filet bleuté, se désolant devant un tel manque de veines. Pour détendre l'atmosphère, Amandine lui avait répondu qu'elle n'en avait jamais vraiment eu, de veine, enfin, de la chance...

C'était désormais l'infirmière qui avait peur de la piquer, et qui se mettait dans tous ses états rien qu'à l'idée d'avoir affaire à Amandine... Le monde à l'envers, se disait Amandine, qui ne s'était jamais mise à la place de l'infirmière. Pourtant, en y réfléchissant bien, elle se dit que son travail ne devait pas être évident : comment gérer le paradoxe de devoir infliger des traitements et leurs souffrances, quand leur but est d'en supprimer d'autres bien pires ?

"Attention, je pique ! ", pensa l'infirmière pour se rassurer.

Vegas sur sarthe - Piquant

Vinaigre

Traversant la persienne entr'ouverte, le verre de Bloody Mary atterrit dans la haie de pyracantha, suivi de la voix perçante du vieux :
"T'as encore forcé sur l'tabasco, vieille sorcière!"
Habituée aux réflexions acerbes, la vieille ne répondit rien, les yeux rivés sur son ouvrage et les deux grandes aiguilles pointues comme si elle tricotait pour la première fois.
Le vieux se méfiait d'elle depuis le jour où la petite Aurore s'était endormie après s'être blessée au fuseau du rouet.
Quelle mouche l'avait piquée de laisser cette gamine jouer avec ça?
La vieille l'observait se servir une rasade de son affreuse piquette... "Qui s'y frotte" pensa-t-elle

Où lire Vegas sur sarthe

Dusha - Piquant

Fallait-il tant de pluie
tant de ronces et de rêves gris
pour forger ce chant
en mode mineur ?

Lorraine - Piquant

PIQUANT

Elle avait vraiment du piquant
La belle Hélène
Elle comptait juste quinze ans
Quinze ans à peine!

Se penchant elle but gaiement
A la fontaine
Vinrent garçons et sacripants
A perdre haleine!

Elle avait un bâton piquant
Couché près d’elle
Dont elle chassait le manant
A tire-d’aile

Il ne manquait pas de piquant
Le bel Arsène
Il ôta le bâton craquant
Des mains d’Hélène

Il avait juste dix-sept ans
Et le domaine
Appartenait à ses parents
Ducs de Tontaine

Elle voulut en rougissant
Quitter la scène
Mais Arsène avait de l’allant
Des yeux d’ébène

Et de l’amour pour très longtemps
Alors Hélène
Enterra le bâton piquant
Ah! Quand on s’aime!...

Lire Lorraine ici ou

Venise - Piquant

J’ai rêvé une fois de plus que mon amant ne s’embarrassait d’aucun préalable pour me faire ses adieux.

Avalée dans le suc de la plus violente séduction je n’arrivais plus à me reprendre et trop effrayée par mon propre désir, je gémissais des paroles sans suite et sans cohérence..

Ce rêve me faisait vivre la perte au point que possession et douleur, folie et sommeil
se confondaient en un cauchemar sans fin.

Jamais je n’aurais imaginé que l’amour physique puisse être une pareille culbute dans un néant de plantes urticantes HAÏ HAÏ !! C’est qu’en plus c’est piquant !!!

Poppie Poirier - Piquant

Placés en rang d'oignons, tous fumant une cigarette devant le bar « Cheap & Chic ». Les mecs du vendredi soir à la recherche d'une señorita pour une nuit d'abord, pour le reste, on verra plus tard. Je le sais parce que j'en suis. Rouler des mécaniques, jouer l'homme ténébreux. L'attirail standard. Mais à la différence, chaque vendredi soir, je me lance un défi. Et ce soir, je roule les R, danse le tango et porte un pantalon en lin. Ce soir, je suis italien. J'aurais voulu être espagnol mais un visage pâle ne peux prétendre à cela.
C'est d'abord un bruit de talons qui se rapproche. Automatiquement, tous tournent la tête dans leur direction. Je ne fais pas exception. Le clac clac nous attire, il est l'annonce d'une beauté approchant. Mes yeux se posent sur une femme élancée, habillée d'une robe rouge ni trop ni pas assez décolletée. Mon imagination se libère. Les bretelles sont fines. De celles qu'on rêve d'arracher. Si on les retire, la robe tombe toute seule. Le tissu volatile glisse sur la peau. La dévoile avec grâce et sensualité. Je m'égare.
Elle s'avance d'un pas sûr. La tête haute. La robe un peu au dessus des genoux n'en révèle pas trop. Le fantasme qu'elle crée est parfait. Ses cheveux bruns, frisés et volumineux lâchés se rabattent sur son visage avec le vent. D'une main, elle les ramène au sommet de sa tête. Sa démarche, sa crinière, elle m'apparaît comme une panthère agile, sauvage et stimulante. La brise qui l'a décoiffée transporte l'odeur de son parfum jusqu'à moi. Fruité. Enivrant.
Son regard est dirigé droit devant. Elle ne me voit même pas alors que mes yeux la dévore. Je prie pour que sa bouche charnellement dessinée et entrouverte me murmure n'importe quoi. Elle passe. Elle m'achève avec son dos-nu s'arrêtant juste au dessus du creux des reins. J'ai si chaud que je pourrais manger un piment sans que ça ne me fasse ni chaud ni froid. Reine de pique, retourne-toi, jette un seul regard sur moi et je fonds !


J'aime marcher dans la rue vêtue d'une robe et sentir les regards se tourner sur moi. Je l'admets. Mais quelle femme n'aime pas. J'aime faire claquer mes talons sur le pavé pour qu'ils m'entendent arriver et aient la curiosité et l'envie de me voir. Je passe devant le « Cheap & Chic». Les hommes fumant dehors se retournent tous vers moi. Mais un attire mon attention.
Je regard droit devant moi, la tête haute. J'espère lui être irrésistible. Il porte un pantalon en lin, une chemise déboutonné en haut sur son torse. Carré des épaules, grand, une barbe de trois jours, les cheveux un peu fous, le genre d'hommes qui protègent, enlacent avec assurance et douceur. Je suis sûre qu'il danse langoureusement. Il doit embrasser comme un dieu. Le genre de baisers capables d'envoûtement. Le genre trop beau pour moi. Je lui passe devant. J'aspire à lui laisser un souvenir intarissable de moi mais j'en doute.
En passant, je sens son parfum. Puissant. Piquant.

GBalland - Piquant

Piquante

On l'avait toujours qualifiée de piquante, pourtant, si elle piquait leur curiosité, c'était jusqu'à un certain point. Elle commençait à s'inquiéter : serait-elle vierge à vie ?
Sa mère, à qui elle s'en était ouverte, lui avait répondu.
- Ma fille, plutôt coiffer Sainte Catherine que des verges dont la finition et la texture ne te conviendraient pas.
Elle en était restée coite..."

Où lire GBalland

EVP - Piquant

Monsieur Diziz Pedzouille, je vous reçois dans notre émission « Que dire encore avec des mots » pour cette magnifique somme, l’ouvrage incontournable pour qui veut découvrir la rapologie : « C’est quoi qui disent ceux qu’on le flow ».
En effet, sur les 22 pages de cette œuvre, vous rendez un hommage piquant à vos amis du rap.
- Ah non hein, moi je me pique pas, j’ai peur des aiguilles…
- Euh non, je veux dire que votre livre est vivant, enlevé, sympathique. Vous parlez avec admiration de vos prédécesseurs : Joe Etoile du groupe NTM, Akhetaton du groupe Je suis. Vous parlez aussi si gentiment des américains : Snoop le chien, Kenny Ouest, et Demi-Nem…Je cite : « Wouch, c’est trop cool ça qui font… » Mais vous notez aussi le rap d’aujourd’hui avec Laurel Stan ou la Belette, vous partagez leur révolte ?
- Ah oui, que moi que je suis d’la cité de la Trimouille, dans le 8-6, si qui croivent qu’on a pas plein des problèmes aussi, ouais pareil que dans le Bronx, moi et ben moi-même, je me suis fait contrôler deux fois pas les keufs !!
- Quelle est merveilleuse et créative votre musique : L’utilisation récurrente des paronomases et des homéotéleutes donne cette cadence syncopée si particulière…
-… ?
- Les assonances et les allitérations…
- Faut pas y dire trop des gros mots que ma mère elle dit que ça donne la mauvaise image au rap, m’dame.
- Bref, chers téléspectateurs, si vous désirez tout découvrir sur cette nouvelle culture, je vous recommande cet ouvrage délicieusement…Euh…
- Piquant, que t’as dit, piquant ça le fait !

Claudie - Piquant

DU RIFIFI A LA BANQUE

On savait les agents de change et autres courtiers en bourse en danger depuis l’écroulement du système bancaire mais certains jeunes présomptueux sont particulièrement imprudents.
Mardi dernier, les pompiers sont intervenus au 31 rue Croix des Petits Champs à l’agence centrale de la Banque de France. On a dépêché une brigade spéciale d’intervention car il s’agissait de capturer un animal peu courant sous nos climats frileux. Un serpent froid et calculateur malgré ses couleurs bleues, blanches et rouges. Un clone de reptile exotique, génétiquement modifié par l’homme pour servir d’animal de compagnie aux banquiers austères. On l’avait appelé « le serpent monétaire » car c’est une espèce sonnante et trébuchante depuis son pénible accouchement des monnaies européennes.
Malheureusement cet animal peu disert, enfermé dans un compartiment spécial aménagé dans la salle des coffres a profité d’un moment d’inattention de l’agent de change préposé au nettoyage de son vivarium pour filer à l’anglaise. L’employé malchanceux, dénommé Gilbert Piton a été cruellement mordu au visage par une langue siffleuse et piquante. Il souffrait le martyre, le visage violacé sous l’effet du venin du perfide animal, nourri aux pétro dollars. Une nourriture qui rend le serpent monétaire particulièrement agressif en période de récession économique.
L’ambulance des pompiers a conduit l’infortuné agent envenimé aux urgences de l’hôpital Widal.
Toute la classe politique s’est répandue dans la presse à propos de cette fuite mal venue en état de grâce électorale.
Malgré des recherches intensives dans les conduits de chauffage de la banque, puis dans les égouts de Paris, les pompiers ne purent arrêter la fuite de Capito, l’animal fugueur du gouverneur de la Banque de France.
Aux dernières nouvelles, des pêcheurs l’auraient aperçu dans la Seine. Le reptile filait comme vif argent dans les eaux troubles du fleuve. D’autres parlèrent d’une couleuvre qui remontait le long du Rhin.

Quebre - Piquant

D’elle, à sa langue trop piquante
Où ma salive se nitrique,
L’aigre-doux de ma bouche, aimante,
Rompt la digue des eaux chimiques.

Elle roule un flot hispanique,
Guadalquivir aux eaux tonnantes,
Qui prend sa source volcanique
D’elle, à sa langue trop piquante.

Comme ronde la langue amante,
Comme elle vainc mon famélique,
Je ne sais si mes sens s’aimantent
Ou ma salive se nitrique…

C’est un mascaret lunatique
Qui envahit, comme eaux ardentes,
Mon baiser poivre et sel, mutique,
L’aigre-doux de ma bouche aimante.

Et mes papilles, feues dormantes,
S’écarquillent, se basiliquent ;
Au statut neuf, ma langue lente
Rompt la digue des eaux chimiques.

Se mordillent fretins, aspics,
S’entortillent nos lézardantes,
Quand midi sonne à notre à-pic…
Je prends satiété haletante
D’elle, à sa langue.

Où lire Quebre

Semaine du 9 juillet au 15 juillet 2012

Après avoir recherché l'or et le noir, revenons à d'autres réalités avec un thème plutôt "piquant" :
Que ce soit le fait d'une boisson, d'une haie vive, d'une réflexion acerbe, d'un objet du quotidien, d'une situation cocasse, la vie ne manque pas de piquant ... Racontez-nous en prose ou vers une expérience vécue ou inventée dans laquelle le piquant tient le premier rôle.

N'oubliez pas que le dimanche 15 juillet à minuit, le service d'urgence des Impromptus ne pansera plus les piqûres.

Bonne semaine