- Ça a débuté comme ça. Je vous jure, je voulais changer. M’occuper de ma fille. Je voulais tout ça. Ce mardi-là, je me suis levé tôt. Il faisait beau. Le soleil éclairait ma chambre à travers les rideaux. Comme l’espoir. J’entendais des éclats de rire. J’ai prêté l’oreille. Cela venait de mon cœur. Il battait sur une mesure joyeuse. C’est la première fois que je l’entendais ainsi. Son chant n’avait rien de douloureux. J’étais fort surpris.

C’est alors que je décidai d’aller voir ma fille. Je venais de recevoir mon chèque. Vous savez, il faut vite en profiter. L’abondance, ça ne dure pas. Juste quelques jours. Avant de retrouver les jours gris de la dèche. Je suis allé au magasin de jouets. Là, j’ai acheté un ours couleur de miel. Comme l’histoire de Boucle d’or et les trois ours. Ma fille aime bien ce conte. Je lui avais promis de lui rapporter un petit ours pour qu’il devienne son ami. Qu’il la protège des méchants. Parfois, sa mère lui dit que je suis un méchant. Je lui montrerai que ce n’est pas vrai.

J’ai frappé à la porte. Ma femme m’a ouvert. « Ah ! C’est toi ! » Son visage ne souriait pas. J’en avais l’habitude. J’ai demandé à voir ma fille. Quand elle est entrée, j’ai eu mal aux yeux. Trop de soleil. Vous savez, le bonheur, je n’y suis pas habitué. Ma fille m’embrassait à pleine poignée. Mon cadeau lui avait plu. Je lui ai dit que j’allais revenir. Que j’allais m’occuper d’elle. Je vous jure, j’y croyais. Je ne voulais pas qu’elle vive comme moi. Sans parents. Dans une perpétuelle errance. De ma famille, je me sentais responsable.

Et puis, il y a eu ce rire. Strident. Comme une vrille qui s’enfonce dans ma tête. Oh ! Quelle douleur ! « T’occuper de ta fille ? Avec quel argent ? » me lança en plein visage, ma femme. Je suis parti. Avec ce rire dans mes oreilles, qui n’en finissait pas. Je devenais fou… Mon ami Nathan m’a dit qu’il allait m’aider. Qu’iI savait comment se procurer de l’argent. Je l’ai suivi.

- Pourquoi avoir tué ce couple de personnes âgées?

- Je vous jure, on ne voulait pas les tuer. Seulement prendre leur sac. Mais ils ne voulaient pas le lâcher. Alors, Nathan les a repoussés d’un coup sec. Ils sont tombés. Nous sommes partis avec le sac.

- Maintenant, ils sont morts. Sous la poussée violente, leur tête a heurté une pierre coupante.

- Je vous jure, on ne voulait pas…

Le policier feuillette le dossier : Âge : 19 ans. Orphelin à l’âge de trois ans. Fratrie de quatre enfants répartie sur quatre établissements. Fugues. Familles d’accueil successives. Toxicomanie. Dépend de l’aide sociale… « Cela débute toujours comme ça », soupire le fonctionnaire. Glissant le billet d’écrou dans la farde, il la referme.

- Allez, mon gars, il faut y aller.